Que reste-t-il à faire à M. Hamel
Nous avons déjà prouvé (N° 282) que M. Hamel n'a pas pris là l'unique moyen qu'il avait à sa disposition, qu'il a au contraire négligé ou plutôt refusé le seul moyen efficace qui pouvait éviter le scandale donné au public.
291. « La meilleure protestation était la lettre même qu'il avait écrite au Dr Landry pour obtenir justice; mais, s'il l'eût publiée seule, M. le Docteur eût pu se plaindre que M. Hamel parlait ex parte. Certes, M. Hamel avait bien le droit de parler seul dans cette circonstance, puisque depuis au moins 8 mois, on l'accusait gravement ex parte, à la sourdine, sans lui donner l'occasion de se défendre, et puisqu'il en était réduit à produire sa justification sur les journaux. Mais M. Hamel ne voulut pas en agir ainsi : il voulut ren dre aussi complète justice que possible à M. le Dr Landry, en publiant la correspondance entière. »
M. Hamel commet ici une grave erreur. Il sait parfaite-
ment qu'il a livré à la publicité les lettres dans lesquelles il injuriait et calomniait le Dr Landry; il sait également bien qu'il n'a pas livré à la publicité, qu'il à soustrait complètement à la connaissance du public cctLe importante lettre qui le condamne parce qu'elle est mi refus injustifiable à la .proposition que lui faisait le Dr Landry d'une entrevue. M. Hamel a craint le mauvais effet pour lui de cette lettre mise devant le public. En homme loyal, qui veut rendre justice à son adversaire, il a cru que c'était plus honnête de supprimer cette pièce à conviction. Nous lui laissons volontiers tout le mérite que peut lui rapporter un pareil procédé.
292. « D'ailleurs M. le Dr Landry déclarait dans ses leitres qu'il était prêt à en publier le contenu sur les journaux quand on le voudrait. Il y avait donc dans le procédé de M. Hamel plus que justice égale, mais cependant M. Hamel se contentait de cette justification. Si M. Hamel a publié ensuite une nouvelle correspondance, c'est à cause d'une tierce personne intervenue dans le débat. Quant à la correspondance signée Ernest My ranci, inutile de répéter que M. Hamel n'y est pour rien et qu'il a au contraire refusé de donner les renseignements que M. Ernest Myrand lui demandait ».
Le Dr Landry n'a jamais accepté la lutte avec M. Hamel dans les journaux. Nous ne voyons pas cette justice égale que réclame M. Hamel en faveur do son procédé, hormis que M. Hamel appelle ainsi la position qui lui était faite dans la presse et qui était impitoyablement refusée à ses adversaires. Ainsi, pour ne citer qu'un fait, M. Hamel pouvait écrire contre M. Livernois dans le Journal de Québec, mais lorsque M. Livernois voulait répondre on lui refusait l'usage des colonnes de ce journal. Est-ce là la justice plus qu'égale dont parle M. Hamel?
293. « Maintenant nous le demandons : Y a t il là diffamation? Depuis quand celui qui fait strictement sa défense personnelle et
qui pour cela est obligé do dire que Ison accusateur a eu tort, estil un diffamateur? »
Nous avons répondu longuement à cette question (Nos 138 et suivants), en prouvant que M. Hamel' est sorti des limites d'une légitime défense pour se faire injuste agresseur, qu'il n'avait pas même le droit de légitime défense.
294. « 10 « M. Hamel a-t-il transporté dans la presse une cause » dont l'otficialité était saisie? » — Nous en demandons pardon à M. A.-C.-P.-R.. Landry; mais l'officialité n'a jamais été saisie de l'accusation du Dr Landry contre M. Hamel. Pour s'en convaincre, il suffit de relire la lettre de M. l'official à M. Bégin et ce qui a été dit plus haut sur la nature de l'enquête faite par M. Bégin au nom de l'official.
» M. Hamel n'a donc pas enlevé à l'officialité une cause dont elle était saisie. Il n'a pas non plus discuté dans la presse un sujet défendu par les décrets conciliaires ou autres. Il a simplement essayé de se disculper en publiant le pour et îe contre bien loyalement. C'était son unique ressource et dans ce pour et ce contre, le plus diffamé n'était pas certes M. le Dr Landry. »
Pourquoi alors utiliser ce moyen dont il se plaint aujourd'hui? Nous avons répondu (N° 174) à la première assertion de M. Hamel au sujet de la mission restreinte du promoteur de l'officialité telle que définie par l'official dans sa lettre à M. Bégin. Nous avons également réfuté (N° 175) la seconde prétention de M. Hamel, à savoir qu'il n'est pas en opposition aux décrets conciliaires. Nous défions M. le grand-vicaire de détruire un seul de nos arguments.
295. « III. L'Intervention de l'Université. — La Charte de l'Université-Laval donne au conseil universitaire « plein pouvoir et autorité de nommer et déterminer les différents professeurs pour les diverses facultés de Droit, de Médecine et des Arts, et de révoquer et annuler telle nomination et détermination chaque fois qu'il en trouvera une cause juste et suffisante. »
Ainsi c'est le conseil universitaire qui est le seul juge des raisons qu'il peut croire avoir d'annuler et de révocpier une nomi-
nation de professeur. Libre à chacun de ne pas approuver la conduite du conseil universitaire; mais celui-ci n'est obligé de rendre compte à personne pour ce qui concerne les trois facultés de Droit, de Médecine et des Arts, sauf le droit de veto du Visiteur.
Le conseil universitaire a cru devoir cesser d'attribuer à M. le Dr Landry le titre de professeur honoraire qu'il lui avait donné luimême. Il n'appartient pas à M. Hamel de juger ni d'apprécier les raisons qui ont déterminé l'action en question du conseil universitaire. Tout ce qu'il a pu faire observer ici, c'est que le conseil universitaire n'est à cet égard justiciable de personne, et que ce qu'il avait le droit absolu de faire, il a pu le faire sans injustice. »
Uno université peut tout faire sans injustice et une 'université catholique n'est justiciable de personne, pas même du Souverain Pontife ! 1 ! Telle est la doctrine de M. Hamel. Pour réponse voir N° 176.
296. « Conclusion. — Nous croyons avoir démontré que M. Landry a, dans cette cause, changé les rôles en Voulant faire passer l'accusateur pour la victime et l'accusé pour le bourreau.
M. Hamel n'est pas l'accusateur, mais l'accusé qui se défend. Pour cela il a dû dire que son accusateur, M. le"î)r Landry, se trompait; mais il ne l'a aucunement calomnié. Il a au contraire reconnu et sa haute respectabilité et sa complète bonne foi dans son accusation, c'est-à-dire qu'aux yeux de M. Hamel, M. le Dr Landry est parfaitement sincère lorsqu'il énonce sa conviction relativement à la vérité de ses affirmations. »
M. Hamel n'a nullement démontré sa thèse. Il comparaît aujourd'hui comme accusé devant le tribunal parce qu'il s'est fait lui-même accusateur devant tout un public et qu'il a insulté et calomnié le Dr Landry.
297. « Mais M. Hamel reproche à M. Le Dr Landry d'affirmer plus qu'il ne pout, lorsqu'il affirme ce qui est au lieu d'affinnor ce qu'il croit être. Car ce que M. le Dr Landry croit être peut n'être pas et de fait n'est pas ce qui est. »
M. Hamel donne ici parfaitement raison au Dr Landry. Celui-ci, en effet, au dire même de M. Hamel a affirmé ce qui est. M. Hamel, lui, aurait préféré que le Dr Landry affirmât
ce qu'il croit être. Mais évidemment il vaut cent fois mieux affirmer la réalité, la vérité, ce qui est, que d'affirmer des illusions, des possibilités, ce qu'on croit être. Nous ne voyons pas comment M. Hamel peut reprocher au Dr Landry d'avoir affirmé ce qui est.
298. « M. le Dr Landry, en maintenant son affirmation et se déclarant prêt à la maintenir sous serment, fait à M. le grand-vicaire Hamel un tort bien autrement grave que celui causé par M. Hamel à M. le Dr Landry en prétendant que celui-ci s'est trompé. Ce serait donc à M. le Dr Landry à faire réparation, si, dans cette cause, il y avait une réparation à faire. »
Il faut être bien convaincu de sa propre culpabilité pour plaider ainsi compensation, et quelle compensation invoque donc ici M. Hamel? Un acte qui lui est propre; car c'est son fait à lui si les affirmations positives du Dr Landry ont été connues du public; c'est lui, M. Hamel, qui a publié la correspondance échangée avec le Dr Landry. Or, c'est dans cette correspondance que se trouvent l'affirmation réitérée et l'offre de la donner sous serment dont se plaint M. Hamel.
299. « De plus, en admettant que, sous l'excitation du moment, il ait échappé à M. Hamel quelques expressions exagérées à l'égard de M. le Dr Landry, il faudra bien admettre que le stigmate de prêtre, non seulement ne connaissant pas son devoir relativement à la franc-maçonnerie, mais de plus mentant effrontément, lorsqu'il soutient ce qui n'est pas, stigmate que les affirmations maintenues par le Dr Landry tendent à attacher au front de M. Hamel, est une ample compensation, d'autant plus que les affirmations de M. le Dr Landry sont froidement calculées, tandis que les exagérations de langage de M. Hamel, s'il y en a, ne sont que des échappées involontaires, que du reste M. Hamel est prêt à désavouer, supposé qu'elles existent. »
C'est précisément ce que nous demandons et nous aurions tort de ne pas profiter des bonnes dispositions actuelles
de M. le grand-vicaire. M. Hamel rerient sur son système de compensation. Le tribunal sait parfaitement à quoi s'en tenir sur cette question.
Nous n'avons pas à examiner si les exagérations de M. Hamel (calomnies et injures) sont des échappées involontaires 'ou non, et nous ne voyons pas quel intérêt M. Hamel aurait à nous entraîner sur ce terrain. Cette question, c'est Dieu qui la décidera
Involontaires ou non, ces exagérations de langage, comme les appelle M. Hamel, ces calomnies et ces injures, comme nous les qualifions, exigent une rétractation et nous la demandons.
300. « Pour toutes ces raisons, M. Hamel, bien qu'il ne demande aucune réparation, conclut au rejet de la plainte et des conclusions du Mémoire de M. A.-C.-P.-R. Landry ainsi que des dépens tant de la demande que de la défense, M. Hamel ne veut pas accuser, mais simplement se défendre. Il pardonne de grand ccaur à M. le Dr Landry et ses accusations et le tort qu'elles ont pu lui faire; et il désire que ce vénérable Monsieur le sache pour que ce soit une consolation sur son lit de douleur.
Thos : E. Hamel, Ptre.
Inutile d'ajouter que nous objectons à toutes les conclusions du factum de M. Hamel, excepté toutefois celle iqui demande le rejet des dépens de la défense. Sur ce point ne us sommes d'accord aver M. Hamel et nous ne voulons pas payer les frais de la défense. Mais, sur tous les autres peints, nous maintenons les conclusions de notre Mémoire et nous demandons que M. Hamel, Mgr l'archevêque et l'officialité soient condamnés à tous les frais et dépens de la présente cause en la manière indiquée dans notre mémoire.
301. Après avoir reçu la réponse de M. Hamel nous ;;■ cru devoir lui adresser la lettre suivante :
« Villa Mastaï, Québec, 16 juin 1884.
» Hevd M. Ths Et. Hamel, Ptre, Y. G., Recteur de l'Université- Laval, Québec.
» Monsieur le Recteur, Je viens de parcourir votre répons*' h
mon mémoire et je constate que vous ne répondez aucunement aux quatre accusations portées contre vous à la page 32. Cela m'étonne d'autant pluj que S. G. l'archevêque de Québec, dans son factum, affirme que vous saurez répondre victorieusement à cette partie de mon mémoire.
» Comme ces quatre accusations se trouvent énoncées dans cet::e partie de mon factum qui regarde plus spécialement S. G. l'archevêque, il se peut faire qu'elles aient échappé à votre attention et que vous ayez ainsi oublié de préparer une réponse à ces quatre chefs.
» Si c'est un oubli, vous pouvez le réparer facilement en me donnant d'ici à mercredi soir une réponse spéciale à ces accusations.
» Si ce n'est pas un oubli, l'incident est vidé et mes affirmations restent non contredites.
» Je profite de la présente circonstance pour vous demander l'autorisation de passer votre factum aux personnes intéressées, à celles que vous nommez, que vous désignez ou que vous accusez, afin qu'elles soient mises au courant des allégations dont elles sont l'objet.
» J'ai l'honneur d'être, Monsieur le Recteur, etc.
» Ph. Landry. »