La publication de la correspondance
» Encore un changement de rôle fait par M. A.-C.-P.-R, Landry, » Le grand-vicaire Hamel est accusé pendant plusieurs mois d'avoir émis et de soutenir des opinions énoncées dont il est complètement innocent. C'est une vraie diffamation qui se colporte chez un public choisi et qui s'étend à toute la Province. Pour donner plus de fondement à cette diffamation, on s'appuie sur une enquête à laquelle M. Hamel est complètement étranger, et l'on fait circuler en preuve contre lui le fait que l'autorité religieuse par ménagement pour M. le Dr Landry n'a pas voulu le forcer à parler sur une question qui ne regarde pas M. Hamel. Tout cela se fait à la sourdine et de manière à ne pas permettre à M. Hamel de se défendre. — M. Hamel, qui d'abord ne croît pas à l'étendue de la diffamation, souffre en patience jusqu'à ce qu'enfin un évêque de la Province appelle son attention sur la gravité du fait et montre la nécessité d'une protestation. »
M. Hamel nous avait déjà dit (N° 232) que c'était à M. Bégin qu'avait écrit Mgr Moreau; cette première assertion contredit la présente, mais, comme le fait est peu important pour la (discussion, nous passerons outre.
Dans le paragraphe que nous venons de citer, M. Hamel se contente de réaffirmer gratuitement ce que nous avons nié, ce que nous nions encore. Sa seconde affirmation ne vaut pas mieux que la première et n'apporte aucune forée quelconque à ç&on argumentation.
281. « D'abord que faire? Le public, où circule la diffamation, est insaisissable. On ne sait ni où il est, ni quel est son nombre; seulement on constate qu'il se ramifie dans tout le pays; et qui sait s'il ne s'étend pas au dehors? — Une seule personne est nommée, M. le Dr Landry, et cette personne se trouve le point de départ, la source de la diffamation, en racontant une conversation qu'elle interprète de travers. De plus l'on sait que les personnes complaisantes, qui disséminent la calomnie, s'appuient sur la haute respectabilité et la bonne foi de M. le Dr Landry, pour détruire dans la personne de M. Hamel le prestige d'une institution dont, en apparence, pour le plus grand bien de la religion, on croit avoir intérêt à amoindrir l'autorité. »
M. Hamel s'aventure ici sur un terrain, des plus glissants et il a parfaitement tort de vouloir protéger sa personnalité en tentant de la mettre ainsi à l'abri de l'institution dont il parle. C'est une manie chez M. Hamel de s'affubler fi tout propos et sans à propos du prestige universitaire. Le procédé peut avoir des avantages pour M. Hamel, mais il est une 'source de graves inconvénients pour l'Université.
Que M. Hamel le sache une fois pour toutes. Le public n'a aucun intérêt à diminuer ou à détruire le prestige de l'Université. Celle-ci trouvera dans son propre sein les germes du mal dont elle souffre, et pour sauver cette institution, pour lui rendre aux yeux du public le prestige de ses anciens jours, il faut une main énergique, Une action décisive. Le fer du médecin doit tailler sans merci et enlever sans hésitation le cancer qui dévore des chairs encore jeunes et vigoureuses.
Ceux qui aiment l'Université devraient comprendre cette nécessité et savoir lui sacrifier généreusement, pour son salut, des personnalités qui, après tout, ne lui sont pas indispensables. On sauve une institution en se sacrifiant pour -elle et non pas en l'entraînant dans sa chute.
282. « Encore une fois que devait faire M. Hamel? Devait-il plier le dos sous la calomnie, afin de ne pas faire tort à M. le Dr Landry en disant que ce Monsieur avait mal compris et s'était trompé? » C'eût été un peu fort, nous l'avouerons.
» Devait-il faire une protestation d'innocence dans les journaux? — Mais il était impossible de faire cette protestation sans dire que M. le Dr Landry avait innocemment ou malicieusement fait une calomnie et dit une fausseté! — C'est alors que M. A.-C.-P.-R. Landry aurait eu raison de dire : Pourquoi, suivant le précepte de l'évangile, n'avez-vous pas essayé d'abord d'arranger l'affaire privément avec M. le Dr Landry, sauf à vous, si M. le Docteur vous faisait justice, de faire ensuite votre protestation devant le public? »
Cette tentative d'un arrangement à l'amiable est précisément ce que M. Hamel n'a pas essayé ; c'est môme ce qu'il a repoussé en refusant l'entrevue que lui demandait le Dr Lan-
dry, par l'entremise du Dr LaRue. M. Hamel est donc coupable. Il n'a pas suivi le précepte évangélique, il n'a pas pris le seul parti possible et honnête que le Dr Landry lui offrait de terminer un malheureux différend. Il a préféré la publicité, le scandale, et c'est bien à tort qu'il tente la justification suivante :
283. « M. Hamel a donc pris le seul parti possible et honnête : il a écrit à M. le Dr Landry, lui faisant voir le tort que son accusation pouvait faire, lui rappelant les faits pour aider sa mémoire, lui donnant une explication tellement plausible que, dans l'espèce, elle équivalait à une disculpation complète. Car remarquons que en supposant M. Hamel réellement innocent de ce dont on l'accuse, il lui était impossible de se disculper davantage. De plus, cependant M. Hamel niait, sur son honneur de prêtre, avoir pu parler dans un autre sens. Enfin, il lui demandait de vouloir bien reconnaître qu'il devait s'être trompé dans l'interprétation des paroles de M. Hamel. — II n'y avait rien là de déshonorant pour M. le Dr Landry, puisque tout en continuant d'affirmer sa complète bonne foi, ce n'était que reconnaître un fait journalier, la possibilité de mal interpréter un fragment de conversation. »
Le jDr Landry jure avoir entendu M. Hamel émettre certaines opinions sur la franc-maçonnerie. M. Hamel affirme que le Dr Landry est de bonne foi, mais qu'il se trompe (N° 296). M. Hamel envoie au Dr Landry un plan de rétractation (Mémoire, page 75) dans laquelle il demande au Dr Landry d'affirmer qu'il « regrette beaucoup d'avoir contribué à répandre » le bruit que le grand-vicaire Hamel aurait dit au Dr, à son » retour de Rome, que ce n'est pas un grand mal pour un ca- » tholique de se faire franc-maçon et autres assertions de ce » genre. » Or, le Dr Landry n'a jamais répandu ce bruit, n'a jamais affirmé cette assertion. M. Hamel demande donc une rétractation impossible.
Ce que le Dr Landry a entendu de M. Hamel, ce qu'il rapporte de lui n'est pas du tout ce que M. Hamel lui met dans la bouche dans son plan de rétractation. Mais ce que le Dr Landry a entendu de M. Hamel (Mém., page 68), il jure l'avoir
entendu et M. Hamel lui-même est forcé d'admettre la bonne foi du Docteur. Or, si le t)r Landry est de bonne foi, s'il croit sincèrement que M. Hamel a émis telle ou telle opinion, s'il jure l'avoir entendue, comment peut-il ensuite affirmer que M. Hamel n'a pas émis l'opinion incriminée?
La bonne foi admise, il devient impossible au Dr Landry de signer la rétractation que voulait avoir M. Hamel. La bonne foi du Dr. Landry admise par M. Hamel, proclamée par lui, comment celui-ci pouvait-il avoir l'espérance d'obtenir la rétractation qu'il demandait? Ne savait-il donc pas qu'il proposait au Dr Landry un acte déshonorant, mie pure infamie?
284. « Dans tous les cas il s'agissait d'un prêtre, d'un dignitaire ecclésiastique qui, s'il était innocent, n'avait pas d'autre défense à donner que celle qu'il offrait, et qui, même en le supposant coupable, offrait l'équivalent d'une rétractation de ces erreurs supposées et de manière à ouvrir à son accusateur une porte honorable pour les sauver tous deux. Donc, quand même il serait resté dans l'esprit de M. le Dr Landry des doutes sur l'innocence du gr.-vic. Hamel, M. le Dr Landry, qui se vante avec raison de son esprit chrétien, devait donner à l'accusé prêtre le bénéfice du doute et saisir avec empressement une explication plausible qui permettait de couvrir tout. »
Le seul inconvénient à tout ce charmant système, c'est de supposer des doutes chez le Dr Landry. Or, celui-ci n'en avait pas du tout.
285. « En résumé, si M. Hamel était innocent, il donnait le maximum de la défense et il avait droit d'exiger la réparation qu'il demandait Si M. Hamel était coupable intérieurement il donnait une explication si naturelle, si plausitte que M. le Dr Landry devait au moins concevoir des d mites, ce qui lui ôtait le droit de refuser la déclaration demandée ou toute autre analogue. »
Vcilà une singulière prétention I Et si M. Hamel est réellement coupable, si véritablement il a émis sur la franc-maçonnerie les opinions que rapporte le Dr Landry, son expli-
cation subséquente si naturelle, si plausible, devrait-elle — comme le prétend sans rire M. Hamel — obliger le Dr Landry à déclarer qu'il n'a pas entendu ce que pourtant il a entendu? Evidemment, M. Hamel n'est pas sérieux.
286. « N'oublions pas qu'il s'agit d'une conversation entre deux interlocuteurs, sans témoins, dont l'un accuse l'autre d'avoir parlé dans un sens, tandis que l'autre prétend n'avoir pas été compris et avoir parlé dans un autre sens. L'un accuse pour faire tort; l'autre se défend sans faire tort, car il n'y a pas de déshonneur à reconnaître qu'on a pu mal interpréter une conversation. »
N'oublions pas non plus que M. Livernois affirme sous serment que M. Hamel lui a communiqué les mêmes opinions sur la franc-maçonnerie.
Nous avons aussi à la disposition du tribunal plusieurs personnes qui, sous la foi du serment, attesteront que M. Hamel leur a communiqué les mêmes opinions sur la franc-maçonnerie. Tout cela fortifie la position du Dr Landry. Nous nions que celui-ci ait accusé M. Hamel pour lui faire tort, nous nions également que M. Hamel se soit défendu sans faire tort au ]Dr Landry.
287. « S'il faut peser les interlocuteurs, le moins qu'on puisse dire, c'est, qu'ils se valaient. Dans ce cas, ne doit-on pas admet- Ire qu'ils étaient de bonne foi tous les deux? S'ils sont de bonne foi, comme ils se contredisent, il faut bien que l'un se trompe. Or, M. Landry dit à M. Hamel : Vous, vous avez dit telle chose; M- Hamel répond: Non, je n'ai pas dit cela, vous devez avoir mal compris. M. Landry peut avoir mal entendu : cela arrive souvent; M. Hamel ne peut pas se tromper sur ce qu'il pense (nous supposons toujours lei interlocuteurs de bonne foi). »
Cette argumentation de M. Hamel appliquée à la conversation tenue entre le Dr Landry et M. l'abbé Bégin détruit complètement la version donnée par M. Bégin dans sa lettre officieuse. Franchement nous remercions M. Hamel de pouvoir détruire ainsi son principal témoin avec les armes qu'il
nous fournit. Nous reviendrons dans notre réponse au paragraphe suivant sur la valeur des deux interlocuteurs.
288. « Si M. Landry reconnaît qu'il peut s'ê.re t/ompé, pas de déshonneur pour lui; s'il refuse cette reconnaissance, il inf ige autant qu'il est en lui un déshonneur à M. le grand-vicaire Hamel dont il nie par là même la bonne foi en l'accusant de mensonge! Telle est la situation. »
Telle n'est pas la situation. M. Hamel fait le raisonnement suivant, qu'il a déjà formulé une fois contre M. Livernois (M., pages 80 et 81) : Si l'accusation portée par M. Landry est réelle, les conséquences en sont graves piour l'accusé. Si l'accusation est fausse les conséquences ne sont que peu de choses pour l'accusateur.
Le Dr Landry se trouvait en présence de conséquences graves d'un côté et peu graves de l'autre. Quel était son devoir? Prendre en considération (non pas la vérité ou la fausseté de l'accusation elle-même, mais) les conséquences diverses de l'accusation vraie ou fausse, et, comme il y avait deux espèces de conséquences, les unes graves, les autres /minimes, le Dr Landry, d'après M. Hamel, devait dire : Je juge de la vérité de l'accusation par les inconvénients qu'elle peut produire. Or, voici des inconvénients minimes qui vont se produire si l'accusation n'est pas vraie. Donc l'accusation ne doit pas être vraie.
Telle est réellement l'argumentation de M. Hamel. La signaler c'est la réfuter. Quant à la valeur des deux interlocuteurs, il est facile de l'établir.
Le Dr Landry n'a aucun intérêt quelconque à accuser M. Hamel; au contraire, l'intérêt du Dr Landry est de ne pas accuser M. Hamel. M. Hamel, lui, a tout l'intérêt du monde à ne pas rester sous le coup de l'accusation portée contre lui. On voit maintenant de quel côté se trouve le plus grand intérêt personnel, et qui doit être porté à se tromper plus facilement dans la relation de cette conversation où il n'y
avait que deux interlocuteurs. Ajoutons que la version du Dr Landry est corroborée par d'autres témoins qui prêtent à M. Hamel les mêmes opinions sur la franc-maçonnerie que celles manifestées par lui au Dr Landry.
289. « Eh bien! M. le Dr Landry, non seulement refuse la déclaration qu'on lui demande; mais il enchérit en déclarant qu'il est prêt à maintenir ses accusations sous serment en présence de tout tribunal ecclésiastique ou civil ou encore par la voix des journaux.
Le Dr Landry a fait ce que tout homme honorable et convaincu aurait fait en telle occurrence. Il a maintenu ses assertions et a offert à M. Hamel de les donner sous serment. Si M. Hamel trouve là mie aggravation quelconque, Une diffamation plus complète pour lui, pourquoi alors a-t-il publié cette déclaration du Dr Landry dans les journaux, car c'est M. Hamel seul qui est responsable de toute la publicité donnée au différend survenu entre lui et le Dr Landry?