‹ Vers l'abîme (volume 2)Chapitre 94 sur 102 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Il faut toujours conclure. Mais dans cette occasion comment donc s'y prendre? En 1885, il y avait déjà deux ans que le <Dr Landry et ses héritiers attendaient de Rome la solution du procès intenté à Mgr Taschereau, à son grand vicaire Hamel et à l'Université Laval; et cette solution avait été promise! Eh bien! aujourd'hui, 1911, ça fait 28 ans écoulés, et ces honnêtes gens, lésés, outragés et finalement négligés, attendent encore cette solution : ce qui prouve pour le moins «qu'il n'y a pas que Dieu qui soit patient parce qu'il est éternel; Rome, l'est à son exemple, peut-être parce qu'elle est l'antichambre de l'éternité-

N'empêche que tout le monde n'est pas tenu de se laisser traiter par cette méthode, qui a tout l'air de n'en être pas une mais qui ressemblerait à s'y méprendre à la vaillance de certain volatile du désert qui met son courage hardiment sous l'aile pour s'épargner la peine de voir sa tâche et ne demande ainsi qu'à s'y soustraire, dût-il être soupçonné de pusillanimité.

Je sajs bien que Mgr 11- Smeulders, délégué apostolique au Canada, fut chargé d'enquêter sur les affaires Laval, diocèse des Trois-Rivières el Landry, et qu'il le fit très loyalement; je sais, de plus, qu'il était persuadé que Laval avait tort, qu'il jugeait que le diocèse des Trois-Rivières n'étail pas à diviser et qu'enfin le Dr Landry avait été odieusement calomnié et lésé, méritant ainsi considération et réparation; mais je n'ignore pas non plus, que Mgr Taschereau sul tant se déjnener el si bien se débrouiller à Rome, en dépit des faits qui l'accablaient, que Mgr IL Smeulders fut discré-

uité et disgracié jusqu'à ne pouvoir rendre compte ni de ses enquêtes en particulier, ni de sa mission au Canada, en général : il fut remisé dans son monastère qu'il n'avait certes pas demandé à quitter pour une tâche aussi ingrate, et pour des hommes aussi peu enclins à entendre la vérité qu'à rendre La justice.

Je me le reprocherais si j'oubliais de noter en finissant que durant le séjour de Mgr Smeulders au Canada, certain jour, ou certaine nuit, peu importe, un personnage ecclésiastique aborda M. Philippe Landry et lui proposa un arrangement à l'amiable, mais encore une fois à des conditions si invraisemblables que l'honorable sénateur dut le repousser et Mgr H- Smeulders quitta le pays sur ces entrefaites sans que rien fût résolu.

Notons encore, à la décharge de Rome, que Mgr Taschereau en reçut l'ordre de rappeler son mandement fait apparemment sur la franc-maçonnerie, mais en réalité contre le Dr Landry; et ce mandement fut, en effet, retiré de la circulation. Cependant, ce faisant, Rome pouvait paraître plus soucieuse de son orthodoxie que de la réputation du Dr Landry.

Et quant à l'Université Laval, elle aussi reçut un avis. un ordre même, portant qu'elle avait à se garder du singulier gaffeur qu'était son ancien Recteur Hamel, qu'il fallait en tous cas s'abstenir de lui confier encore aucune charge ecclésiastique en vue; c'est au milieu des poudres savantes de la Bibliothèque qu'elle l'enfouit pour finir sa noble carrière.

Mais en fait de jugement pour ou contre le Dr Landry, il n'y en eut jamais officiellement et ses héritiers l'attendent toujours avec une patience qu'on trouvera avec moi. je le suppose, inlassable.

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