‹ Vers l'abîme (volume 2)Chapitre 93 sur 102 · II. M. Hamel est accusé d'avoir exprimé l'espoir que · texte numérisé non relu

II. M. Hamel est accusé d'avoir exprimé l'espoir que

Pie IX ns serait pas assez fou pour amener devant le Concile du Vatican la question de l'infaillibilité du Pontife Romain!

» M. Landry insinue ici que deux prêtres au moins sont piêts à affirmer, probablement sous la foi du serment, cette assertion. Ces deux prêtres doivent évidemment être parents de ceux, prêtres aussi, qui, présents à une conférence ecclésiastique où la question à traiter était le sujet de l'infaillibilité dans l'Eglise, prétendirent que M. Hamel s'était prononcé contre l'infaillibilité du Souverain Pontife. Le Concile du Vatican n'avait pas encore eu lieu. Après avoir entendu développer la thèse de l'infaillibilité pontificale. M. Hamel s'était levé et avait dit au développeur du cas : « J'admets votre ♦ thèse; mais je voudrais bien savoir comment l'on répond à telle objection. » Le développeur comprit si bien la pensée de M. Hamel qu'il commença sa réponse par ces paroles : « M. Hamel est un singulier raisonneur : il commence par admettre la thèse, puis il fait une objection contre elle » ; ce à quoi M. Hamel répliqua : « Ce n'est pas pour infirmer votre thèse que je fais mon objection, » puisque j'admets la thèse; mais c'est pour avoir la réponse à » une objection dont je ne connais pas la solution et que je désire » savoir. » — - Eh bienl voilà un petit bout de conversation qui a eu lieu devant une quarantaine de témoins ce qui n'empêche pas certains prêtres d'affirmer que M. Hamel s'est alors prononcé contre l'infaillibilité pontificale 1 *

Toute cette petite histoire est complètement étrangère à la question et n'est mise là que « pour gonfler » le mémoire de M. Hamel.

309. « A la question maintenant. Peu de temps avant le concile du Vatican, un certain groupe d'hommes en France, dans le temps où la question de l'infaillibilité était dans toute sa chaleur, prétendaient que le dogme de l'infaillibilité pontificale ne serait pas discuté au Concile, mais qu'il serait défini par acclamation. Naturellement cette idée ridicule eut son écho en Canada. M. Hamel eut occasion de dire ce qu'il pensait de cette idée-là, et il le fit de cette manière énergique d'expression qui est dans son caractère bien connu et qui du reste est tolérée en conversation familière, parce qu'on est censé parler à des gens d'esprit pour ramener les mots à leur sens réel. »

M. Hamel fait ici de lui-même un portrait qui aidera énor-

mément au tribunal à juger ce dignitaire ecclésiastique. C'est un homme dont le caractère bien connu ne marchande pas les expressions énergiques, et qui a toujours besoin d'avoir affaire à des gens d'esprit qui ramènent à leur sens naturel les mots dont il fait usage, ces mêmes expressions énergiques que volontiers il emploie.

Nous pensons qu'il serait préférable, à tous les points de vue, que M. Hamel laissât de côté les expressions énergiques pour se servir, comme le reste des humains, des mots propres, des termes convenables, que personne alors ne serait obligé de ramener à un sens plus naturel. Il s'éviterait ainsi bien des mécomptes et ne blesserait pas la charité et la justice.

310. « A-t-il employé les mots assez fou » ? M. Hamel ne se le rappelle pas. Mais supposons par impossible qu'il les ait prononcés, et, en tenant compte de la remarque qui précède, sur la familiarité de la conversation, jsupposons qu'il ait dit : « Bien certainement le Pape ne sera pas assez fou pour permettre de proclamer an tel dogme par acclamation; et s'il permet que la question vienne devant le Concile, elle sera bien certainement discutée à fond ». — Supposons, dis-je, que M. Hamel eût tenu ce langage, où serait l'hétérodoxie? »

La question n'est pas de savoir si M. Hamel a tenu le discours qu'il suppose, mais il s'agit pour M. Hamel de nier avoir tenu le discours qu'on lui attribue. Pourquoi ne nie-t-il point? Cela couperait court à toutes ses suppositions. Craindraitil de donner une négation pure et simple?

311. * Sans doute, l'expression employée serait inconvenante dans un discours, ou dans une discussion publique, mais dans la conversation familière entre trois ou quatre personnes, elle ne fait qu<> manifester l'énergique conviction, basée sur l'histoire des Conciles, où était M. Hamel, que le Pape laisserait discuter 'a question jusqu'à ce qu'on eût répondu à toutes les objections, précisément parce que la vraie question était celle de l'opportunité dv la définition, plutôt que la question même du fait de l'infaillibilité. »

Traiter le Pape de fou est une expression inconvenante à M. Hamel, si elle est employée dans un discours ou dans une discussion publique; hors de là, dans la conversion familière par exemple, elle devient tolérable-

Nous n'admettons nullement cette distinction qui nous paraît simplement monstrueuse dans la bouche d'un grand-vicaire.

312. « Quant au fait d'avoir laissé échapper un seul mot contre l'infaillibilité pontificale elle-même, c'est encore une de ces choses que M. Hamel prétend impossible en ce qui le concerne, et cela parce qu'il ne Va jamais pensé. — En effet, M. Hamel a toujours cru et professé l'infaillibilité personnelle du Pape, avant même d'avoir étudié la théologie; à plus forte raison depuis son grand séminaire. Avant la tenue du Concile du Vatican, M. Hamel a prêché l'infaillibilité pontificale dans un Triduum à St-Pierre, Isle d'Orléans : six ans auparavant il l'avait soutenue dans une discussion amicale avec des officiers protestants, en présence d'ecclésiastique? et d'écoliers, pendant les vacances à St-Joachim. »

M. Hamel se donne beaucoup de peine pour nous prouver, ce que nous ne contestons pas, sa croyance à l'infaillibilité pontificale; mais il se garde bien de nier la conversation compromettante que nous lui avons attribuée et qu'il a certainement tenue.

313. « III. Il est assez difficile à M. Hamel de pouvoir dire quel a pu être le prétexte qui a donné lieu à la troisième accusation, dont le caractère vague n'est pas aisé à préciser et à comprendre. Au meilleur de sa mémoire, M. Hamel ne voit pas d'autre circonstance que la suivante, qui ait pu prêter à une telle interprétation.

» A Rome, sous la domination pontificale, le droit était toujours d'accord avec la force, puisque la puissance se trouvait entre les mains du Souverain Pontife. De là un état de choses qui ne présentait jamais de conflit entre le droit et la force. Il en résultait que ceux des employés des congrégations romaines qui n'avaient pas eu occasion de résider ou de voyager dans des pays où cet heureux état de chose? n'existe pas, avaient une certaine difficulté de bien se mettre au courant d'une situation d'affaires toute différente, où le

droit strict, n'ayant pas l'appui ou le contrôle de la force, ayant même quelquefois à lutter contre elle, est obligé de se contenter de tirer le meilleur parti possible des circonstances qui lui sont faites. — Aussi fallait-il quelquefois de longu s explicitons pour mett e certains membres ou employés des co agrégations romaines bien au courant, v.-g. de notre situation spéciale au Canada. »

Cette thèse est un reproche à peine déguisé contre les congrégations romaines : M- Hamel insinue qua ces congrégations ne comprennent pas bien la situation politique des pays qu'elles ont mission de gouverner spirituellement-

314. « Quand est survenue l'occupation piémontaise, les circonstances à Rome ont changé; le droit est bien resté du côté du Souverain Pontife, mais la force s'est trouvée dans le camp ennemi. Bon gré, mal gré, il a fallu tirer parti des circonstances, faire certaines concessions pratiques (I), qui ont permis à tout le personnel des Congrégations de toucher journellement du doigt des difficultés dont auparavant il n'entendait parler que de loin et dans des cas particuliers. — M. Hamel se rappelle fort bien avoir, h plusieurs reprises, fait bonnement et sans défiance la remarque que l'occupation piémontaise, en conformité de cet adage, à quelque chose malheur est bon, nous aura fait quelque bien et un bien qui restera après cette occupation, à savoir : qu'elle aura fait comprendre, aux congrégations romaines les difficultés de la situation anormal© dans laquelle se trouvent les pays mixtes, où l'autorité est entre les main* des hérétiques, et où par conséquent il faut procéder avec prudence et par voie de compromis ou d'entente amicale autant que possible, en fait de discipline. »

Et dire qu'il ne fallait rien moins que la spoliation 'de? biens de l'Eglise, l'emprisonnement du Pape au Vatican, et l'occupation de la Ville Eternelle par une soldatesque étrangère pour donner cette leçon de prudence aux congrégations romaines et leur apprendre, une bonne fois, l'art de conduire T'Eglise catholique, dans les pays mixtes-

Les explications que vient de donner M- Hamel aggravent sa faute et constituent une insulte sanglante pour les congrégations romaines.

Si nous prenons les paroles du grand-vicaire pour ce qu'elles valent, il faut nécessairement conclure que les pays mixtes n'ont obtenu justice du St-Siège que depuis l'invasion piémontaise. Voilà le grand bien, que nous n'avions pas auparavant et que seule a pu nous donne:' l'occupation de Rome par les troupes de Victor Emmanuel et de Humbert IL Heureusement c'est un bien qui restera; M. Hamel nous 'le dit-

Nous protestons contre de semblable paroles- Elles ne sont certainement pas dignes d'un prêtre catholique- Nous protestons également contre cette insinuation qui porterait à croire que dans la province de Québec l'autorité e?t entre les mains des hérétiques. Pour ceux qui connaissent notre province rien de plus erroné. Dans la province de Québec, c'est la majorité catholique qui gouverne, et le pouvoir n'est en aucune manière entre les mains des hérétiques. Nous protestons également, avec respect, mais aussi avec toute l'énergie possible, comme catholique et comme homme politique, contre des renseignements essentiellement faux que l'on a fait parvenir jusqu'au St-Siège et allant à dire que dans notre paisible province les protestants étaient inquiets et irrités contre le clergé sous prétexte d'ingérence indue de la part de celuici dans les élections politiques.

On a fait alors ce que M. Hamel insinue aujourd'hui; pn a représenté notre pays entre les mains des hérétiques, on a agité le spectre du fanatisme, on a calomnié, on a indignement calomnié notre clergé.

Ah ! pour ces calomniateurs l'occupation piémontaise a été un bien; à quelqu'un malheur est bon. Mais à nous tous catholiques convaincus et dévoués la perte du pouvoir temporel n'a donné aucun avantage quelconque et rien ne nous empêche de protester aujourd'hui, comme il y a quatorze ans, contre les vainqueurs du 20 septembre.

M. Hamel, lui, trouve que ceux-ci ont ouvert les yeax aux membres des congrégations romaines.

315. « Loin de nier ces allégations, M. Hamel les croit encore vraies et ne les désavoue pas.

» Au reste il ne voit pas autre chose qu'il ait pu dire pour donner matièie à comprendre de travers à ceux qui l'ont interprété si curieusement »

M. Hamel a été parfaitement interprété, les explications qu'il vient de donner en sont une preuve irréfutable. On remarque aussi que M. Hamel trouve plus prudent de ne pas nier notre accusation. Ce serait d'ailleurs, parfaitement inutile après la thèse qu'il vient de développer.

316. « IV. Les crucifix ! Ici du moins, M. Hamel est d'accord avec M. Landry sur le fait des paroles que celui-ci lui met dans la bouche, et il croit bien se rappeler avoir dit ces paroles; dans tous les cas, il les admet pour la cause.

» Quant à l'intention blasphématoire que M. Landry lui attribue, M. Hamel a une trop haute idée de l'intelligence de M. Landry pour penser que ce Monsieur y croie.

» Non, jamais M. Hamel n'a eu la pensée de tenir un langage blasphématoire relativement à l'emploi des crucifix. Ce que M. Hamel voulait persifler, en prononçant ces paroles, surtout en présence du jeune homme, c'était l'idée de ceux qui avaient prétendu prouver à Mgr Conroy que l'enseignement de l'Uni versi té-Laval n'était pas orthodoxe, parce qu'il n'y avait pas de crucifix dans l'Université I »

Nous n'avons jamais dit que M. Hamel avait l'intention de blasphémer, nous ne sommes pas juge des intentions. Ce que nous avons dit et cela nous le maintenons, c'est que M. Hamel s'était servi d'un langage quasi-blasphématoire.

Toute la légende, qu'il nous rapporte ne change en rien la position et n'est, en aucune manière, une atténuation quelconque. En effet, dans la lettre qu'il a écrite, M. Hamel ne raconte nullement sa conversalion avec Mgr Conroy, par conséquent M. Livernois ne savait rien de cette circonstance. La lettre do M. Hamel doit être jugée comme un tout, com-

plé terrien t dégagé des atténuations que veut y ajouter aujourd'hui M. Hamel (Nos 186 et suivants).

317. « Voici maintenant la conversation de Mgr Conroy à ce sujet: Un jour, après avoir parlé de différents sujets, Mgr Conroy dit

à M. Hamel, d'un ton légèrement moqueur : Savez-vous que votre enseignement n'est pas orthodoxe à l'Université?

» — Vraiment! Excellence; j'en serais affligé! Mais V. E. peut être sûre que nous sommes disposés à reconnaître nos erreurs; pourrais-je savoir de quoi on nous accuse?

» — Oh! il n'y a rien de précisé : c'est l'enseignement général contre lequel on a une preuve évidente!

» — Et quelle est cette preuve?

» — Il n'y a pas un seul crucifix dans l'Université! Evidemment votre enseignement est mauvais 1

» M. Hamel, qui s'attendait à autre chose, se mit à rire et répliqua : Mais, dans tous les cas, il y a une grande croix dorée sur le dôme central, ce qui doit suffire pour faire voir que c'est une institution catholique.

» — Ohl cela c'est pour l'extérieur, mais à l'intérieur, vous pourriez bien être païens! »

La lettre de M. Hamel à M. Livernois (N° 188) contredit, dans une variante d'une importance capitale, cette prétendue remarque de Mgr Conroy, M. Hamel continue :

318. « Le fait est, Excellence, que les salles à l'Université sont encore dans l'état où les ont laissées les plâtriers. Nous n'y avons mis aucun ornement encore, nous avons été au plus pressé : les murs, une chaire, des bancs. Je pense bien que lorsque nous ornerons ces salles, nous y mettrons des crucifix ou des tableaux qui en tiennent lieu.

» — Eh bien! pour faire taire ces critiques, distribuez quelque crucifix çà et là dans l'Université, et votre enseignement sera tout à fait orthodoxe !

» Tout ceci a été dit sur le ton du badinage, ot il n'est pas venu à l'idée de M. Hamel de croire que Mgr Conroy avait tenu là un langage blasphématoire. »

Nous avons nos doutes sur cette conversation et il nous répugne de croire qu'un Délégué du Saint Siège ait trai-

té d'une manière si légère une question aussi grave. Mais Mgr Conroy est mort et il ne pourra jamais, dans ce. monde du moins, nier les paroles qu'on lui attribue. Dans tous les cas, cela importe peu dans la discussion actuelle. C'est le procès de M. Hamel qui s'instruit à l'heure qu'il est, nullement celui de feu le Délégué Apostolique.

319. « Comme toujours, l'Université s'est fait un devoir de tenir compte de ce qu'il y avait de sérieux dans ce que Mgr Conroy dit alors, et fit mettre des crucifix dans les principales saFes.

» Quelque temps plus tard, M. Hamel, passant dans la sale du droit, avec un jeune homme, lui dit, sur le même ton que M^r Conroy et avec la même intention, les paroles dont M. Landry fait semblant d'être scandalisé.

» Le jeune homme le comprit bien, mais i! en a gardé rancune évidemment. »

On sait ce que vaut tonte cette histoire de jeune homme; la lettre de M. Hamel, écrite à M. Livernois, brise toute cette légende, se substitue à elle et place M. Hamel dans une position qu'il n'avait pas prévue.

320. < M. Hamel, à l'occasion de ces accusa1 ions déclare qu'il ne prétend pas reconnaître comme avouées les autres accusations ou insinuations que pourrait contenir le Factum de M. A.-C.-l'.-R. Landry, sous prétexte qu'il n'en a pas parlé dans sa réponse; M. Hamel, ayant beaucoup d'ouvrage, a été au plus court et s'est borné au strict nécessaire.

» Thos : E. Hamel, Ptre, V. G. » 18 juin 1884. »

Si M. Hamel a beaucoup d'ouvrage, ce que nous ne nions pas, il devra du moins admettre qu'il a eu beaucoup de temps pour la préparation de sa défense. Il a eu sept mois bien comptés, ce qui doit paraître et ce qui est un délai suffisamment raisonnable. Maintenant, si le tribunal désire

avoir une preuve plus complète, celle-ci est à sa disposition, et nous demandons que l'enquête et l'interrogatoire des témoins se fassent aussitôt que possible.

Le tout respectueusement soumis, A.-C.-P.-R. Landry. Villa Mastaï — 8 juillet 1884.

MORT DU Dr LANDRY ; SES HÉRITIERS REPRENNENT L'INSTANCE

M. Landry fils avait reçu la réponse de S. G. l'archevêque de Québec et celle de M. Hamel et il préparait sa double réplique, lorsque deux événements importants eurent lieu.,

Le 23 avril de cette année, S- G. Mgr Taschereau partait peur Rome. '

Deux mois plus tard, le 17 juin, le Dr Landry mourait-

I. Le départ de l'archevêque donna lieu à la correspondance suivante :

« Villa Mastaï — 22 avril 1884.

» A Sa Grandeur Mgr E.-A. Taschereau, archevêque de Québec.

» Monseigneur, l'annonce de votre prochain départ pour Rome me justifie de demander à V. G. le nom de la personne qu'Elle entend constituer son procureur dans la cause actuellement pendante devant le tribunal de Son Excellence le Commissaire Apostolique, entre Votre Grandeur et le Dr Landry.

» J'ai l'honneur d'être, etc.

» (Signé) Ph. Landry, t Proc. du Dr Landry ».

« Québec, 22 avril 1884.

» A.-C.-P.-R. Landry, Ecr., M. P., Proc, du Dr Landry, » Monsieur, En réponse à voire lettre de ce jour, j'ai l'honneur de \rous informer que j'ai nommé pour mon procureur, dans la cause actuellement pendante devant Son Excellence et le Dr Landry, le Très Révérend Monsieur C. E. Legaré, mon vicaire général. » J'ai l'honneur d'être, Monsieur, etc.

» (Signé) t E. A., Arch. de Qukbfx. »

II. Le Dr Landry mourut le 17 juin, à cinq heures et demie a. m.

Le lendemain soir, vers huit ou neuf heures, M. le grand-

vicaire Hamel écrivait à M. Landry fils, la lettre reproduite au numéro 803 de la réplique spéciale à M- Hamel.

Nous l'avons donnée uniquement pour prouver ce fait que M. Hamel, après la mort du Dr Landry, par la transmission du supplément à sa réponse — lequel supplément perte aussi une date postérieure à celle de la mort du Dr Landry — avait accompli un acte judiciaire qui lui ôtait tout droit d'exiger une reprise d'instance, ou de se prévaloir d'un défaut de reprise d'instance de la part de M- Landry fils, ce qui n'empêcha pas ce dernier de mettre la procédure en état pour éviter toute objection quelconque, placer la cause actuelle complètement en dehors des atteintes de toute exception déclinatoire, dilatoire ou à la forme.

Le 25 février 1885, M. Landry adresse au cardinal Siméoni et à la S. C. de la Propagande, la lettre que nous avons reproduite en note, tome IV, page 74 et suivantes, des Voix canadiennes- Il y rappelle les griefs de son père et ses revendications maintenues et poursuivies par ses héritiers qui demandaient justice et des réparations égales à celles qu'ils pouvaient attendre .des tribunaux civils, s'ils avaient été saisis de la cause.

Le Délégué apostolique chargé d'élucider l'affaire et de la solutionner n'ayant pas abouti, M. Landry s'adresse encore à la S C. de la Propagande en ces termes :

Eminentissimes Seigneurs, Le samedi, 18e jour d'avril de la présente année, S- G. Mgr E.-A. Taschereas, archevêque de Québec, me manda auprès de lui, à son palais archiépiscopal. Je m'y rendis.

Sa Grandeur m'annonça qu'Elle venait de recevoir une lettre de Son Eminence le Cardinal Préfet de la Propagande et que dans cette lettre, Son Eminence demandait à Sa Grandeur d'intervenir dans le procès Landry-Hamel pour obtenir

des héritiers Landry le règlement du malheureux différend porté devant la cour de Rome.

Sa Grandeur ajouta que si cette difficulté n'obtenait pas une solution immédiate par la voie d'un arrangement à l'amiable, elle serait soumise à la S- C. de la Propagande et que, dans ce cas, ça prendrait beaucoup de temps avant d'obtenyjugement.

Je répondis à Sa Grandeur que je n'avais aucune proposition à faire, que ce n'était pas à moi à demander arrangement, que je comprenais néanmoins, dans les circonstances actuelles, étant données les personnes en cause, que je ne pouvais refuser un arrangement qui serait honorable pour les parties, mais encore fallait-il, avant de me prononcer, que l'on me formulât les propositions d'arrangement que Ton avait à me soumettre.

Sa Grandeur m'annonça alors que l'Université Laval consentait à rescinder sa motion du 4 juin 1883 et que M- Hamel était prêt à donner une déclaration exprimant son regret d'avoir porté à la connaissance du public le fâcheux différend survenu entre lui et le Dr Landry, mais à la condition que les héritiers de celui-ci signassent l'une des deux déclarations suivantes :

« Déclaration. — Nous déclarons conjointement que nous acceptons, au nom de M. le Dr Landry, notre père, les explications données par le Très Révérend M. Hamel au sujet de la conversation qui! a eue avec lui à propos de la franc-maçonnerie.

» Nous déclarons conjointement accepter au nom de notre père, M. le Dr Landry, la parole du Très Rév. H. Hamel, savoir : qu'il n'a dû ni pu, sur la question de la franc-maçonnerie, lui tenir un langage en contradiction avec l'enseignement de l'Eglise et les saines doctrines ».

Sa Grandeur me donna une copie do cette déclaration quo je soumis le soir même aux autres héritiers du Dr Landry, et le lendemain, je transmis à Mgr Taschereau la réponse suivante :

« Québec, 19 avril 1885,

» Â Sa Grandeur Mgr E.-A. Taschereau, Archev. de Québec.

» Monseigneur, j'ai communiqué aux héritiers du Dr Landry la demanda que m'a faite hier Votre Grandeur d'un arrangement à l'amiable avec M. l'abbé Thos. Et Hamel, V. G.

» Je leur ai répété ce que Votre Grandeur m'a dit, lorsqu'Elle m'a fait demander au palais archiépiscopal, à savoir : que Son Eminenca le Cardinal Siméoni aurait écrit à Votre Grandeur lui demandant d'intervenir et d'obtenir, si possible, le règlement pacifique du procès « Landry vs Hamel », que cette cause allait retourner devant la Propagande, qu'elle ne serait pas réglée avant longtemps, qu'il valait mieux et qu'il était désirable d'arriver à une entente pacifique, etc.

» J'ai communiqué aux héritiers la déclaration que m'a passée Votre Grandeur pour être signée par les héritiers du Dr Landry comme document préliminaire et qui se lit comme suit...

» ... Après mûre délibération, les héritiers sont venus à la décision qu'il leur était impossible de signer l'une ou l'autre de ces déclarations.

( » P. Landry. »

Cette lettre contient notre refus sans le motiver. Or, il existe de puissants motifs pour repousser un tel arrangement et nous demandons la permission de les exposer brièvement à Vos Eminentissimes Seigneuries-

Ncus refusons cet arrangement :

1° Parce qu'il n'est pas honorable pour nous — on ne doit pas demander aux héritiers du Dr Landry de faire au nom de leur père et pour lui, ce que lui-même a toujours refusé et ce qu'il refuserait de faire aujourd'hui;

2° Parce que n'ayant jamais été témoin de la conversation tenue entre M. Hamel et notre père, il nous est complètement impossible d'admettre que M- Hamel a raison, contre notre père, surtout lorsque nous avons prouvé et lorsque nous pouvons prouver encore que M. Hamel a tenu à d'autres personnes une conversation en tout semblable à celle qu'il a eue avec le Dr Landry, fait que nous prouverons quand on voudra bien nous accorder cette enquête juridique

qtie nous avons demandée et que nous demandons encore avec instance;

3° Parce que l'arrangement proposé n'est pas équitable.

Le Dr Landry, en effet, a été publiquement calomnié

a) Par M. Hamel qui a publié des lettres diffamatoires;

b) Par Mgr l'Archevêque de Québec, qui a lancé un mandement et publié une lettre contre lui;

e) Par l'Université Laval qui l'a chassé de son sein.

De plus, le Dr Landry a souffert d'un déni de justice, tout à fait scandaleux, et de la part de l'officialité et de la part de S. G. l'archevêque de Québec. Or, par l'arrangement proposé, on veut faire admettre que le Dr Landry a eu tort. Mais si le Dr Landry a e u tort, comment l'Université est-elle prête à consentir à le remettre en possession du titre honorifique qu'elle lui a enlevé?

Remarquons que dans l'arrangement proposé, il n'est aucunement question de la conduite de Mgr l'archevêque ni de l'étrange procédure suivie par l'officialité. Or, c'est l'Archevêque de Québec qui a surtout lésé la justice et fait tort au Dr Landry, par son abus de pouvoir, par son mandement, par sa lettre publiée dans les journaux-

N'est-il pas moralement responsable des actes de son grand vicaire et de ceux de l'Université? De plus, par sa haute pcsition, par le caractère officiel qu'il a donné aux attaques injustes de M. Hamel, n'a-t-il pas aggravé, d'une manière incalculable, le tort qu'il a causé? C'est donc lui plus que tout autre qui doit faire réparation à la mémoire du Dr Landry.

Et on voudrait mettre tous les torts du côté de celui-ci I Voilà ce que l'on demande. Qu'offre-t-on en retour?

En vérité, l'arrangement proposé n'est pas équitable. Il n'est proposé, c'est évident, que pour g'igner du temps.

Quand le Dr Landry, au début même du différend, a demandé à M. Hamel une entrevue pour terminer à l'amiable

une difficulté qui menaçait de prendre des proportions formidables, M. Hamel a catégoriquement refusé.

Quand M. Landry a demandé justice, Mgr Taschereau l'a traité haut la main, et l'officialité a même impitoyablement refusé de l'entendre.

On nous a montré Rome, Rome dans le lointain, de l'antre côté d'un Océan, à dix-huit cents lieues d'ici. Nous sommes allés dans la Ville Eternelle.

Rome a accepté notre cause et nous a envoyé un Commissaire Apostolique.

Rome, par l'entremise de ce Commissaire Apostolique, a proposé un arrangement à l'amiable entre les parties en conflit. Nous avons accepté; nos adversaires ont refusé.

Oui, l'arrangement proposé par Son Excellence le Coim missaire Apostolique a été refusé par ceux qui cherchent aujourd'hui à gagner du temps en proposant un arrangement impossible. Eh bien ! que la justice ait maintenant son cours.

Nous la demandons instamment- Nous laissons notre cause devant la cour de Rome et nous déclarons que nous ne pouvons plus ouvrir l'oreille à aucune proposition faite par les autres parties.

Voilà deux ans que nous attendons. Le temps des pourparlers est passé.

Respectueusement, au nom des héritiers du Dr Landry, je demande une action immédiate, le .jugement qu'on nous a refusé ici, mais que Rome plus juste et plus éclairé doit à la mémoire d'un homme de bien.

Dans cet espoir le soussigné demeure de Vos Seigneuries, le très humble et tout dévoué serviteur,

Ph. Landry, Député à la Chambre des Communes du Canada.

Ottawa. — Chambre des Communes, 30 avril 1885.

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