Le Comité protestant est composé
D'un nombre de membres protestants égal à celui des membres catholiques romains, qui sont aussi nommés, durant bon plaisir, par le lieutenant-gouverneur en Conseil...
49. Les questions scolaires dans lesquelles les intérêts des catholiques romains ou des protestants sont exclusivement concernés, sont décides par celui des deux Comités qui représente la croyance religieuse que professe la partie y concernée.
50. Le surintendant de l'Instruction publique est le président du Conseil.
55. Les Comités catholique, romain ou protestant, selon le cas, suivant que les dispositions cjui les concernent l'exigent, peuvent, avec l'approbation du|lieutenant-gouverneur en Conseil,faire des règlements:
1» Pour Torganisation, l'administration et la discipline des écolespubliques ;
2° Pour la régie des écoles normales ;
3^ Pour la régie des bureaux d'examinateurs ;
40 Pour l'examen des aspirants à la charge d'inspecteurs d'écoles.
76. Le lieutenant-gouverneur en Conseil peut nommer des inspecteurs pour les écoles publiques, choisis parmi les personnes qui possèdent les qualités prescrites à l'article 78 de la loi...
77. Tout inspecteur, dans l'exercice de ses fonctions, doit suivre les^ instructions qui lui sont données par le surintendant de l'instruction publique...
215. Il est du devoir des commissaires et des syndics d'écoles :
30 De prendre les mesures nécessaires pour que le cours d'études adopté par les Comités catholique ou protestant, selon le cas, soit suivi dans chaque école ;
40 D'exiger que, dans les écoles sous leur contrôle, on ne se serve que de livres autorisés, qui doivent être les mêmes pour toutes les écoles de la municipalité ;
50 De faire des règlements pour la régie de leurs écoles.
273. Lorsqu'une communauté religieuse place une de ses écoles sous la régie des commissaires ou des syndics, celle-ci a droit à tous les avantages accordés, en vertu de cette loi, aux écoles publiques.
435. L'allocation voté annuellement par la législature pour les écoles publiques est payée à la demande du surintendant.
438. Pour avoir droit à une part d'allocation sur les fonds des écoles publiques, il faut qu'une municipalité ait fourni la preuve :
9^ Qu'on n'y emploie que des livres autorisés ;
IQo Que les règlements du Conseil de l'Instruction publique, ou de l'un ou l'autre de ses Comités, selon le cas, et les instructions du surintendant de l'Instruction publique ont été observées.
445. L'allocation accordée pour l'éducation supérieure doit être répartie, chaque année, entre les institutions catholiques et protestantes, proportionnellement au chiffre des populations catholiques romaine et protestante de la Province, lors du dernier recensement.
Les subventions accordées sur cette allocation le sont pour une année seulement.
Le lieutenant-gouverneur en Conseil peut attacher à ces subventions les conditions qu'il juge avantageuses pour l'avancement de l'éducation supérieure.
446. Le surintendant de l'Instruction publique doit refuser une subvention à toute école ou institution qui n'a pas produit, à l'appui de sa demande, dans le cours du mois de juillet, un rapport indiquant 1
10 La composition du corps qui l'administre ;
2» Le nombre et les noms de ses directeurs, principaux, professeurs, instituteurs ou conférenciers ;
3*^ Le nombre, les noms, la nationalité et la croyance religieuse de ses élèves, indiquant ceux âgés de moins de seize ans et ceux qui ont plus que cet âge ;
4<^ Le cours d'études suivi et les livres en usage ;
50 Le coût annuel de son entretien et la source de ses revenus ;
6*5 La valeur de ses propriétés immobilières ;
1^ Un état de ses dettes ;
Ç>^ Le nombre d'élèves y recevant gratuitement l'instruction et la pension ou l'instruction seulement ;
90 Le nombre des livres, globes et cartes géographiques et la valeur de tout musée et laboratoire de physique et de chimie lui appartenant.
447. Le surintendant de l'instruction publique peut en outre demander tous les renseignements qu'il juge à propos ; et, en ce cas, le rapport mentionné dans l'article précédent doit les contenir.
451. Le lieutenant-gouverneur en Conseil peut adopter toutes les mesures nécessaires pour l'établissement et le maintien d'écoles normales instituées pour former à l'art de l'enseignement des instituteurs pour les écoles publiques de la Province.
432. Le montant nécessaire pour l'établissement et le maintien des écoles norm.ales est voté par la législature.
455. Les écoles normales sont sous le contrôle du surintendant de l'instruction publique, et sont régies par les règlements qui les concernent.
454. Les principaux des écoles normales doivent faire au sprintendant de l'instruction publique, tous les ans et chaque fois que celui-ci leur en fait la demande, un rapport de leur administration et lui fournir un état détaillé de leurs recettes et de leurs dépenses.
455. Les professeurs, les directeurs et les principaux des écoles normales sont nommés ou destitués par le lieutenant-gouverneur en Conseil, sur la recommandation du Comité du Conseil de l'instruction publique.
456. Les élèves sont admis dans une école normale sur l'ordre du secrétaire de la Province.
458. Le surintendant de l'instruction publique doit délivrer un brevet de capacité à tout élève d'une école norm.ale qui a obtenu, du principal qui la dirige, un certificat constatant qu'il y a suivi avec succès un cours régulier d'études.
459. Le titulaire peut être employé comme instituteur dans toute
académie, école modèle ou école élémentaire sous le contrôle des commissaires ou des syndics d'écoles.
460. La fabrique de toute paroisse peut faire avec les commissaires ou les syndics d'écoles de la municipalité scolaire dont elle fait partie, un acte d'accord mutuel dans le but d'unir, pour une ou plusieurs années, les écoles de fabrique en activité aux écoles publiques établies en vertu de la présente loi.
493. Toute personne qui a atteint l'âge de cinquante-six ans et qui a été employée comme fonctionnaire de l'enseignement primaire durant vingt années ou plus, a droit à une pension annuelle calculée d'après la moyenne du traitement qu'elle a reçu pendant les années qu'elle a passées dans l'enseignement et pour lesquelles elle a payé la retenue.
494. La pension est fixée à un cinquantième du traitement moyen. 513. Le fonds des pensions de retraite des fonctionnaires de l'enseignement primaire provient :
1° D'une retenue... sur le traitement de cbaque fonctionnaire ; 2^ D'une retenue... sur le fonds des écoles publiques ; 30 D'une allocation, n'excédant pas cinq mille piastres par année, 'du gouvernement de la province.
545. Le lieuteuÊint-gouverneur en Conseil peut ordonner qu'une somme, ne dépassant pas deux mille piastres, soit affectée annuellement, ou durant un certain nom^bre d'années, sur le fonds de l'éducation supérieure, pour favoriser l'établissement des bibliothèques de cité, village, paroisse ou canton.
Cette subvention est accordée en argent ou en livres, et aux conditions que le lieutenant-gouverneur en Conseil juge convenable d'imposer.
546. Les corporations scolaires peuvent affecter un montant quelconque pour l'établissement et l'entretien de bibliothèques, et avec l'autorisation du surintendant de l'instruction publique, émettre des obligations pour créer un fonds à cette fin.
Ces bibliothèques sont soumises à la régie, à l'inspection et aux rètlements que le Comité catholique ou protestant du Conseil de l'instruction pubHque, selon le cas, peut imposer avec l'approbation du lieutenant-gouverneur en Conseil.
547. Le lieutenant-gouverneur en Conseil peut acquérir, pour la province, le droit de propriété des li\Tes, cartes géographiques et autres publications quelconques, approuvés par l'un ou l'autre des Comités du Conseil de l'Instruction publique.
548. Le lieutenant-gouverneur en Conseil peut distribuer gratuitement aux élèves des écoles, sous les conditions qui pourront être im-
posées, des livres ou séries de li^Tes, cartes géographiques et autres publications quelconques choisis parmi ceux approuvés par l'un ou l'autre des Comités du Conseil de l'Instruction publique.
552. Les officiers du département actuel de l'Instruction pubhque, les inspecteurs d'écoles et autres employés exerçant des fonctions en vertu des lois scolaires, continueront à remplir leurs fonctions jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné par le lient an ant-gouverneur en Conseil suivant la présente loi.
553. La présente loi entrera en vigueur le jour que le lieutenantgouverneur en Conseil fixera par proclamation.
30. Le lieutenant-gouverneur en Conseil peut, en tout temps et chaque fois qu'il le juge nécessaire, annuler les nominations qu'il a faites et faire de nouvelles nominations à la place de celles qu'il a annulées.
Et voici quelques remarques que comportent ces extraits du Code scolaire de la province de Québec. (Les chiffres entre parenthèses indiquent les articles du Code).
10 Le Département du Conseil de l'Instruction publique, faisant partie du service civil (37), il est réellement une dépendance de VEtat.
2° Le surintendant, chef du département de l'Instruction publique, est un officier, un agent de VEtat (38).
3° Tous les membres de l'Instruction publique sont dans l'exercice de leurs fonctions soumis à VEtat et dépendent de VEtat (46).
4° Les évêques, ordinaires, ou administrateurs des diocèses et des vicariats apostoliques catholiques situés, en tout ou en partie, dans la province, font partie ex-officio du Comité catholique du Conseil de l'Instruction publique (47) : ex-officio, c'est-à-dire désignés d'avance, en vertu de leur office, pour être membres du Comité catholique, mais en tant qu^ auxiliaires de l'Etat seulement, tout comme les autres membres du même Comité.
(« En demandant au Parlement de Québec la création d'un Conseil de V Instruction publique, le Gouvernement a voulu se constituer, dans les membres qui le composent, des auxiliaires... Quand il s'agira de législater sur le sujet, je serai toujours bien content de recevoir leurs sages conseils et d'en tirer tout le profit possible,
dans une matière où le religion a à jouer le premier rôle. » {Déclaration de V honorable J.-A. Moiisseaii, chef du Gouvernement de Québec. — Voir sa lettre du 23 décembre 1882 à M. Gédéon Ouimet, surintendant de V Instruction publique. — Voir aussi comment le surintendant G. Ouimet^ dans son Rapport pour 1881-1882, p. 24, approuve et s'efforce de justifier la déclaration officielle faite par Vhonorable J.-A. Mousseau, au nom de son gouvernement, en réponse à une plainte des évêques et autres membres du Comité catholique du Conseil de l'Instruction publique. »)
5° Les évêques, en tant que faisant partie du Département et du Conseil de l'Instruction publique, pourraient être considérés comme des officiers du service civil (37) ; auxiliaires ou fonctionnaires de l'Etat enseignant (47). De plus, ils sont placés, au Comité catholique du Conseil, sur un pied d'égalité avec autant de laïques (47).
6° Chaque Comité du Conseil doit s'occuper exclusivement des questions scolaires qui regardent sa croyance religieuse (49) : le Comité catholique ne devrait donc rien faire qui ne fût en parfait accord avec les droits des parents et des enfants catholiques, ainsi qu'avec les droits et les enseignements de l'Eglise de Dieu, leur mère.
7^ Sans V approbation du lieutenant- gouverneur en Conseil (c'està-dire de VEtat), il n'est pas plus permis au Comité catholique qu'au Comité protestant du Conseil, de faire des règlem.ents touchant :
L'organisation.^ V administration et la discipline des écoles publiques ; la régie des écoles normales ; la régie des bureaux d'examinateurs ; et Vexamen des aspirants à la charge d'inspecteur d'écoles (56).
8° A l'Etat aussi est attribué le droit de nommer les inspecteurs d'écoles (76) — lesquels inspecteurs sont tenus de suivre les instructions du surintendant (77), agent de l'Etat (38).
9° A l'Etat aussi le droit d'établir des écoles normales pour la formation des instituteurs des écoles publiques (72).
10° Et qu'est-ce qu'un gouvernement ne pourrait pas faire
sortir de l'article 30 du Code, surtout de cet article tel qu'amendé?
11° L'Etat, par son Code scolaire, accorde, il est vrai, que les. commissaires d'écoles, soient élus par les contribuables (150) ; mais, même alors, comment peut-on dire avec vérité que les commissaires représentent les contribuables (ou pères de famille) dans la direction des écoles ?
Car, a) d'abord, en tant que soumis au Département de l'Instruction publique qui fait partie du service civil (37), les commissaires d'écoles ne sont guère que des fonctionnaires subalternes du service civil et des serviteurs de l'Etat enseignant ; b) les commissaires doivent faire des règlements pour la régie des écoles (215, no 5) ; mais ils doivent suivre les recommandations et les conseils du surintendant (45, n^ 8), lequel surintendant, nous l'avons vu, est un simple agent de l'Etat (38, n" 1) ; c) les commissaires doivent aussi voir à ce que le cours d'études adopté par le Comité catholique du Conseil de l'Instruction publique soit suivi dans chaque école, et qu'on n'y emploie que des livres autorisés par le dit Comité (215, n°^ 3 et 4) : mais, dans l'exercice de leurs fonctions, les Comités du Conseil de l'Instruction publique sont sujets aux ordres et aux instructions du chef de l'Etat (46).
120 On sait qu'en vertu du droit naturel, c'est aux pères de famille, sous la haute direction de l'Eglise qu'il appartient de choisir les maîtres et les maîtresses de leurs enfants : mais, de fait et en vertu d'une loi civile, l'Etat prend leur place, soit en désignant indirectement les maîtres et les maîtresses par la collation du brevet, soit en les formant dans ses écoles normales qu'il établit (451) et dirige à sa gui^c par ses agents (453).
130 Et comme d'après l'article 30 de la loi, tel qu'amendé, l'Etat peut tout défaire et refaire à sa gaise, on ne sait ce qu'on deviendra le lendemt in.
140 Les écoles indépendantes de l'Etat (toutes ou presque toutes tenues par des congréganistes) dans la catholique province de Québec, nous le savons, sont permises encore ou plutôt tolérées; car, plus d'allocation pour elles de la part du gouvernement
et invitation pressante, d'autre part, de devenir dépendantes de l'Etat, de se mettre sous son contrôle : tandis que le gouvernement prend largement, chaque année, sur les fonds publics, sur l'argent de tous, pour aider ses écoles.
15° Puis, à part les empiétements de l'Etat sur les droits des pères de famille et de l'Eglise, notez encore que, en pratique, le système scolaire de Québec mène vite au socialisme d'Etat.
Là, on peut voir déjà, l'ingérence de l'Etat, jusque dans les choses les plus ridicules. Ainsi, le pouvoir ci^'il, imitant en Canada l'esprit envahisseur et tracassierdu gouvernement français, ne se contente pas de s'arroger des droits qu'il n'a point et de se constituer même comme le principe et la source de tout droit en éducation, il semble rendre des points à son modèle en prescrivant des choses comme celles-ci, par exemple :
« Les urinoirs auront deux pieds et demi de largeur et trois de profondeur (93) » (1).
« Toute école sera pourvue d'un poêle, d'une boîte à bois ou à charbon, d'une pelle et d'un tisonnier (115) ; il faut encore « de la craie et des brosses pour le tableau noir (116) », une fontaine à robinets ou un seau couvert et aussi au moins un gobelet », « un balai » (id.), « un panier à papier (117) », etc.
On n'a pas songé encore au bourdaloue qu'on pourrait croire indispensable.
(1) Les chiffres qui suivent entre parenthèse indiquent les N<" des Règlements du Comité cathohque du Conseil de l'Instruction publique. Voir ces règlements à la fin du scolaire de la province de Québec.
DEFENSE DES CATHOLIQUES AU MANITOBA. SIXIEMiE PERIODE DE LA QUESTION SCOLAIRE. MGR LANGEVIN, SUCCESSEUR DE MGR TACHÉ SUR LE SIÈGE DE SAINT-BONIFACE, CONTINUE LA LUTTE SANS COMPROMISSION NI DÉFAILLANCE
Vu raccord Greenwa y-Laurier, trahis par les leurs, abandonnés à eux-mêmes, il ne restait plus aux Canadiens-Français et catholiques du Manitoba qu'à organiser leur défense. Le ciel, qui veille sur les siens de nos jours comme il était pitoyable pour le peuple de Dieu, quand celui-ci se montrait fidèle ou repentant, avait donné à Mgr Taché, en la personne de Mgr Adélard Langevin 0. ]\1. L un successeur généreux et vaillant, dont la prudence aussi bien que le courage se montreront toujours à la hauteur des circonstances douloureuses, parfois critiques.
Nous voilà en 1894, c'est-à-dire avant la fin de procès complexes et interminables. ]\Igr Taché rendit sa belle âme à Dieu, et Mgr Langevin, son coadjuteur, recueillit sa lourde succession, exactement deux mois après la décision des juges de la Reine en faveur des catholiques manitobains, si odieusement opprimés jusque-là.
Une bonne fortune, nous met entre les mains des notes confidentielles destinées au Saint-Siège, lui-même, qu'il fallait éclairer exactement sur la situation scolaire dans le Nord-Ouest canadien. L'auteur de ces notes est des mieux placé, sa situation est prépondé-
rante,les Sacrés Congrégations l'ont en haute estime et le Saint-Père lui témoigne une grande affection. Nous pouvons le citer avec assurance et on peut l'écouter avec autant de confiance que de respect, bien que nous ne donnions pas sa pensée sous une forme qui lui soit absolument personnelle. En effet, nous nous permettions des corrections de détails, complétant au besoin avec des preuves et des documents en notre possession. Même nous nous aventurons jusqu'à ajouter en notes des lettres et des circulaires de Mgr Langevin, (qui nous excusera) étant le principal intéressé dans l'affaire des écoles : elles ne feront qu'éclairer et fortifier notre texte.
Or, donc, le 21 mars 1895, deux jours après la consécration de Mgr Langevin, le gouverneur en Conseil, à. Ottawa, après avoir entendu les deux parties adverses rétablit les droits des catholiques « à construire, entretenir, garnir de mobilier, gérer, conduire et soutenir des écoles catholiques romaines » et il reconnut leurs droits à une quote-part à toute subvention consentie, sur les fonds publics, etc., etc. Mais le gouvernement local de Greenway répondit le 25 juin de la même année par un refus catégorique de se conformer aux ordres du gouverneur général.
Il manquait à Greenway, décidément, autant de souplesse que <i'équité.
Mais le gouvernement fédéral, par contre, manqua de fermeté. Il se contenta de proposer alors au Parlement d'Ottawa sa loi réparatrice {remédiai Bill) où le système des écoles séparées était, ■certes, bien défini. Cette mesure avait l'agrément de tous ceux qui, n'étant pas engagés dans la politique militante, n'étaient pas non plus les jouets de l'esprit de parti.
Voici quelques clauses de cette loi :
N.-B. — Par un amendement tout récent (2ED. VII), cet article 30 de la loi se ht maintenant comme suit :
Le lieutenant-gouverneur en Conseil peut, en tout temps et chaque fois qu'il le juge nécessaire, annuler les nominations ou les actes admi-
nistratifs qiCil a faits et faire de nouveaux actes administratifs ou nominations à la place de ceux qu'il a annulés.
« Le lieutenant-gouverneur en Conseil et à son défaut le gouverneur général nommera pour former et constituer le bureau d'éducation des écoles séparées un certain nombre de personnes ne dépassant pas le nombre neuf, étant toutes catholiques romaines. »
Le Bill réparateur donne à ce bureau tous les pouvoirs dont jouit le Bureau des écoles publiques, c'est-à-dire qu'il a « sous son contrôle et sa direction les écoles séparées avec l'autorité de faire les règlements qu'il jugera utiles pour la gouverne, la discipline des écoles. »
De choisir tous les livres, cartes, globes qui devront être employés dans les écoles sous son contrôle pourvu que ces livres, cartes ou globes aient été autorisés pour l'usage des écoles séparées (catholiques) d'Ontario (Voir Débats des Communes, 1896).
Le Bill remédiateur ne pouvait contraindre le Parlement du Manitoba à voter un crédit. Il était libre à cet égard et le Parlement vote d'ailleurs les crédits scolaires comme tant d'autres, chaque année et non pas d'une façon définitive, après une seule délibération. Cependant le Bill pourvoyait à l'ouverture et à l'entretien des écoles catholiques avec les contributions des catholiques, et il exemptait ceux-ci de l'obligation de subvenir aux besoins des écoles publiques dont ils n'usaient pas. D'ailleurs la subvention parlem.entaire couvre une bien faible partie des dépenses scolaires.
Les catholiques avaient bâti des collèges, des couvents, des Académies sans l'aide du Parlement ; comme le Bill leur restituait la propriété et le contrôle de leurs écoles, où ils étaient reconnus maîtres comme dans leurs propres églises, il n'y avait plus lieu ni place à discussion.
Aussi tous les évoques, qui voulaien'. que l'E^^lise fut maîtresse enfin dans les écoles de ses enfants, se joignirent à Mgr Langevin pour demander le vote de ce Bill réparateur.
C'était à vrai dire une planche de salut : les catholiques obtenaient le contrôle et la disposition de leur argent, de leur matériel et personnel, comme de leurs manuels scolaires ; ils étaient maîtres de l'enseignement religieux. Point ê^ retenir soigneuse-
ment. C'était une majorité protestante, qui leur offrait inopinément de leur reconnaître ces droits précieux, les catholiques ne comptant que pour 40 0 /O, dans le corps électoral. Ils n'avaient donc qu'à s'unir aux évêques, qu'à mettre la religion au-dessus de la politique, et l'Eglise catholique dès lors triomphait par l'adoption d'une loi permanente qu'aucun acte d'une législature locale n'aurait pu contrebalancer à l'avenir.
La seconde lecture du Bill fut proposée.
L'honorable Wilfrid Laurier, en fin pohticien, sans le moindre égard pour les graves intérêts alors en jeu, ne songea qu'à manoeuvrer son adversaire pour lui prendre le pouvoir. Il demanda le renvoi à 6 mois, à meilleurs jours, c'est-à-dire en termes connus, aux Calendes grecques.
C'était , sans aucun doute, un moyen parlementaire pratique pour enterrer un projet de loi qui paraissait inopportun ou gênant, ou dont on voulait accaparer le bénéfice. La motion Laurier fut rejetée par un vote émis le 20 mars 1896 : en effet, 91 députés parmi lesquels 28 catholiques votèrent avec Laurier, mais 112 votèrent contre lui parmi lesquels, retenons-le bien, 86 protestants ! La seconde lecture du bill étant ainsi acquise, la Chambre se forma en comité général pour la discussion des articles.
En comité, chaque membre a le droit de prendre la parole autant qu'il lui plaît sur la même question. L'opposition en abusa pour se livrer à une obstruction systématique. La durée du Parlement était limitée au 23 avril, date de sa dissolution fatale. Voilà comment et pourquoi le Gouvernement conservateur ne put faire aboutir son projet qui n'arriva pas à sortir des controverses du comité général. Les protestants, dont on dénoncera plus tard l'hostilité bien à tort, il faut en convenir, furent, en réalité, empêché par les libéraux, soi-disant catholiques, de donner à la question scolaire une solution attendue avec confiance, et que tout permettait alors d'espérer satisfaisante pour la minorité opprimée.
Incident Dickey, Smith et Desjardins. — Pendant cette session funeste aux catholiques du Manitoba, le gouvernement d'Ot-
tawa, dans un but évident de conciliation, envoya trois délégués : MM. Dickey, Smith et Desjardins auprès du gouvernement Manitobain et de la minorité catholique pour arriver à une entente amiable. Le gouvernement Provincial repoussa les propositions des délégués pour l'unique raison qu'elles accordaient trop aux catholiques. Mgr Langevin, représentant de la minorité, ne put pas les accepter davantage, p^r<îe qu'elles leur accordaient trop peu. (Voir Débats des Communes^ 1896).
En cette circonstance quelle fut exactement l'attitude de Mgr Langevin ?
Il monta sur le siège archiépiscopal de Saint-Bonif ace-Manitoba, le 19 mars 1895 et il persévéra inébranlablement dans la ligne de conduite, si digne et si sage tracée par son prédécesseur, Mgr Taché. Il réclama au nom du droit naturel, ecclésiastique, aussi en vertu de Ja Constitution, la reconnaissance de tous les droits des parents et des enfants catholiques dont il avait la garde. Après avoir beaucoup prié lui-ûïéme et fait prier les fidèles, les prêtres et les Gomm,unautés ; après avoir consulté les jurisconsultes les plus réputés et qui se tenaient en dehors de la politique active, il accepta le Bill remédicUeiir (remédiall Bill), c'est-à-dire le projet de la loi réparatrice.
Il avait entendu le chef du Gouvernement, l'honorable Bowell Mackenzie dire de son siège au. Parlement : « Les catholiques qui veulent des écoles séparées -demandent :
10 Le droit d'établir des écoles sépar-ées.
2^ Le droit d'être exem,ptés de la taxe des écoles publiques.
3° Le droit d'enseigner dans leurs écoles la religion et la morale, telles qu'ils l'entendent.
4° Une part proportionnelle daiQS les deniers publics destinés à l'enseignement scolaire.
5° L'administration complète et la direction entière de leurs écoles. »
Le gouvernement dont je suis le chef est prêt à aller jusque là si le Manitoba refusait d'accorder le j?e;dressement des griefs dont ou se plaint (Voir Hansard^ 1895).
En mai 1896 sir Chs. Tiipper remplaça sir Bowel Mackenzie. De son côté il déclara, ce que MM. Martin, Sifton et Grennway entendirent et dont ils se servirent pour soulever le fanatisme protestant :
« Les lois de 1890 sont une iniquité. Elles constituent une violation du Pacte fédéral qui dit que les Anglais et les Français, les catholiques et les protestants, la majorité et la minorité, les grands et les petits sont égaux devant la loi. J'ai été partie à ce pacte et je ne serais pas un homme d'Etat digne de ce nom si je consentais à laisser écraser la minorité du Manitoba, parce qu'elle est catholique et qu'elle est faible. »
La loi réparatrice était, en tous points, la confirmation de ces nobles paroles. Mgr Langevin d'ailleurs en avait une preuve suffisante dans le fait que 27 députés ultra protestants abandonnèrent leur chef pour se joindre à l'opposition. Les ministres protestants les plus sectaires et les apostats catholiques dépourvus de scrupules firent entendre de concert de véritables vociférations contre le Bill réparateur. C'était fait déjà pour éclairer l'archevêque et ce qui ne le fut pas moins, c'est que certains catholiques, soi-disant, qui jusque là trouvaient qu'évêques, prêtres religieux et religieuses faisaient perdre trop de temps dans leurs écoles par l'enseignement du catéchisme, se déclarèrent soudain catholiques si fervents qu'ils trouvèrent que le Bill n'allait pas assez loin dans la voie des réparations dues à leurs coreligionnaires. Laurier fut de ce nombre et le plus ardent de tous. C'est à retenir encore pour mieux souligner les contrastes à venir.
L'opposition libérale ne pardonna jamais à Mgr Langevin son adhésion loyale au Bill rem^édiateur ; mais celui-ci, appuyé sur les droits divins immuables, se tint alors et resta fermement depuis, au-dessus de tous les partis politiques. Il estime avec raison que, sous un régime parlementaire, pour l'adoption d'une loi nécessaire désirée, urgente, il faut bien s'adresser au Gouvernement de fait, c'est-à-dire, au parti qui détient avec la majorité le pouvoir souverain de vous satisfaire. Cela n'est, certes, pas de
la courtisannerie ; c'est, en maintes circonstances, une nécessité inéluctable. Or, en cette occasion mémorable, 83 protestants se déclaraient en faveur de la minorité catholique opprimée que tant de faux frères abandonnaient cependant, conjoncture assez rare, on en conviendra, dans l'histoire politique des protestants pour être mise à profit sans délai. C'était une occasion unique, inespérée d'obtenir justice, il fallait en profiter. Cependant, plus tard, quand l'honorable Laurier, chef de l'opposition d'alors arrivera au pouvoir nous l'entendrons expliquer à ceux qui le presseront de régler la question scolaire à laquelle il fit échec en la faisant ajourner :
— Bien volontiers, mais je ne suis pas seul, il y aies protestants !! »
Oui, mais nous venons de voir comment et contre qui ils votaient. Ces protestants avaient voulu et sans doute voulaient encore ce que Laurier ne voulait plus et avait si perfidement combattu pour mieux faire, disait-il mensongère ment. Rarement homme d'Etat fit une pirouette plus soudaine, plus complète, avec autant d'effronterie, se retranchant derrière le fanatisme de ses alliés pour refuser aux siens les réparations essentielles qui leur étaient dues, qu'il avait occasion, moyen et obligation de leur accorder.
Si W. Laurier, oublieux de ses promesses, fit un grief à Mgr Lange vin de s'être rallié au Remédiai Bill^ ce qui réduisait les chances qu'avaient les libéraux d'arriver au pouvoir ; le Saint- Siège, par ailleurs, l'approuva hautement et loua chaleureusement la conduite de l'archevêque, plus soucieux d'assurer le bien des âmes, que de complaire aux cham-pions d'un parti suspect de compromissions.
Le règlement Laurier- Greenway devint loi en 1897. De 1896 à 1909. Le chef du gouvernement sir Chs. Tupper fit de la loi réparatrice la plate-forme électorale du parti conservateur. Le peuple canadien fut ainsi mis en mesure de se prononcer sur la question brûlante qui divisait les partis dirigeants.
De son côté, W. Laurier s'écriait audacieusement : « Je déclare dans la province de Québec comme je l'ai déclaré dans l'Ontario, C[nê je veux justice complète pour mes coreligionnaires du Mani" toba. » Le 7 mai, à Saint-Roch de Québec, il ajoutait : « Je réglerai la question des écoles à la satisfaction de toutes les parties intéressées ; si la conciliation ne réussit pas, j'exercerai le recours constitutionnel que fournit la loi ; recours que j'exercerai complet et entier. »
C'était, avec une hypocrisie consommée, un changement de tactique qui devait lui réussir, car personne alors n'aurait. pu se faire élire dans la province si catholique de Québec sans se déclarer hautement et sans réserve en faveur des opprimés du ^lanitoba.
Pendant cette campagne électorale, le parti Laurier accu-ait avec véhémence le gouvernement Tupper de ne pas accorder assez aux catholiques et ses candidats dirent d'une commune voix qu'ils acceptaient la direction donnée par la lettre pastorale collective des évêques (1).
Le 23 juin 1896 les électeurs de Québec en donnant à l'honorable Laurier 50 comtés -sur 65, votaient ainsi très nettement en faveur d'un système d'écoles séparées pour le Manitoba. La province protestante d'Ontario, en donnant un comté de plus à Sir Chs. Tupper, se déclarait aussi résolument en faveur de ce même système ; et ainsi tous étaient d'accord sur cette question d'actualité.
L'honorable Wilfrid Laurier arrivait donc à ses fins qui étaient le pouvoir. Il constituait sa majorité parmi les députés catholiques de la province de Québec ; car, les députés protestants étaient divisés en deux fractions d'égale importance. Donc, sans l'appui des catholiques le parti de Laurier se trouvait en minorité. Dès lors s'il eût voulu sincèrement, comme il s'y était engagé, régler la question des écoles il le pouvait sans difficulté, d'autant
(1) Nous avons donné cette lettre collective avec les justes réflexions qu'elle suggéra au P. Bernard, voir tome VII des Voix Canadiennes, pages 337 et suiv.
plus que Sir Chs. Tupper, protestant, devenu par sa défaite chef d'opposition, avait déclaré de son siège à la séance du 24 août 1896 : « Je puis assurer le chef du Gouvernement que non seulement je lui souhaite de tout mon cœur qu'il puisse régler heureusement et promptement cette importante question, mais que tout ce que je pourrai faire pour la même fin sera fait en tout temps et avec grand plaisir. (Voir Débats des Communes^ 1896).
Mgr Langevin, en dehors de tout esprit de parti écrivit donc à l'honorable Laurier le 9 juillet 1896,1e jour même où il fut appelé à former le ministère: « Je tiens à -vous assurer de mon profond respect et de mon sincère désir de traiter avec vous comme je l'ai fait avec les hommes de l'ancien Gouvernement.
« A Dieu ne plaise que nous refusions jamais de seconder votre bonne volonté (1). »
D'autre part des théologiens (?) avaient dit à l'honorable Laurier qu'il n'était pas obligé de procéder comme les conservateurs pour guérir le mal enduré par ses coreligionnaires, mais qu'il avait le choix de ses moyens.
Voyons le donc à l'œuvre.
Il envoie d'abord son collègue, l'honorable Tarte s'aboucher avec le Gouvernement manitobain, d'où il avait thé Sifton pour lui confier un portefeuille dans son ministère.
Or, précisément ce Mr. Sifton avait été au Parlement du Manitoba l'adversaire irréductible des catholiques, où, deux heures durant, il avait insulté et bafoué l'Eglise romaine, ce foyer, selon lui,, d'obscurantisme qui avait brûlé l'intelhgence des nations soumises à sa loi tyrannique.
L'honorable Tarte alla trouver Mgr Langevin qui le reçut cordialement, à sa grande surprise, car il l'avait gravement outragé dans son journal Le Cultivateur.
Mais auparavant M. Tarte avait écrit de bien belles choses dans son autre journal i Le Canadien^ sept. 1892, comme, par exemple : « Nous savons de source certaine que des efforts déses-
(1) Archives de raichsvêché de Saint Boniface,
pérés se font en ce moment pour engager les catholiques de Manitoba dans la voie des concessions nouvelles.... Ce serait de la trahison comme de la lâcheté de faire un pas en arrière. »
« Le pouvoir politique qui siège à Ottawa a le devoir impérieux
de rendre justice il ne s'agit plus de question de parti, nous
sommes acculés à une crise nationale... »
Mais comme le bon apôtre, au pouvoir, va changer d'opinion et de langage ! Il est maintenant ministre du parti qui triomphe à Ottawa. En son nom que vient-il dire à Mgr Langevin ?
A leur première entrevue, il lui inspire de grandes espérances ; à la deuxième il lui dit que ses amis du Gouvernement du Manitoba ne voulaient rien changer à ce qui touche au fonctionnement des écoles neutres sous le contrôle du Gouvernement de la province. Il demandait donc à l'archevêque de céder lui-même.
Celui-ci expliqua à cette bonne tarte que les droits des parents catholiques sur leurs enfants, et les droits de l'Eglise sur tous les fidèles ne lui appartenaient pas en propre, qu'il en était le simple gardien ; qu'il ne pouvait pas, par conséquent, faire les concessions de principes qu'on osait lui demander.
— Je crois qu'en conscience vous devriez accepter, Monseigneur, répliqua la « Tarte » à la crème.
— Alors votre conscience, observa Mgr Langevin, est plus élastique que celle d'un évêqae catholique-romain, car, ma conscience à moi, me défend hautement de sacrifier les droits catholiques ».
Tarte parcourut ensuite Winnipeg où l'on offrait un banquet pour le servir au dessert, banquet présidé par le trop fameux Joé Martin, auteur de l'inique loi dont gémissaient les catholiques du Manitoba.
Dès la première parole de Mr. Tarte il fut facile aux convives de constater qu'il s'était déjà rendu avec armes et bagages. Quelle déception cruelle pour l'archevêque dont on s'était joué et pour tous les amis de l'Eglise, quand ils lurent le lendemain le discours de la « Tarte qui s'offrit complaisamment à la dégustation libérale, aux applaudissements des tyrannaux de la province. Il dit en effet : « Qu'à la place des Martin, des Sifton, des Green-
way il eût fait comme eux et n'eût permis à personne de le prendre à la gorge qu'eux étaient protestants et lui, catholique par SIMPLE ACCIDENT,,... qu'il ne voyait pas qu'une demiheure de catéchisme par jour pouvait affecter la fertilité du sol et le prix du blé.... qu'il ne voyait pas non plus pourquoi les enfants catholiques et protestants ne seraient pas élevés dans les mêmes écoles. »
Quelques semaines plus tard, les journaux annonçaient que la question scolaire au Manitoba était réglée, et ils publiaient les clauses du compromis Laurier-Greenway.
Des télégrammes arrivèrent aussitôt de toutes parts à l'archevêché de Saint-Boniface, ]\Igr Langevin répondit qu'il était surpris entre tous, ne sachant rien et n'ayant pas été consulté en cette affaire.
Il reçut alors par John M. Ewart, défenseur des catholiques, le texte du règlement Laurier-Greenway. Il l'étudia soigneusement et, selon son habitude en matières graves, il consulta des jurisconsultes expérimentés sur la portée légale de ce règlement inattendu. Le dimanche suivant du haut de la chaire de sa cathédrale, il le dénonça comme une mesure injuste, inefficace, qui ne donnait point satisfaction aux catholiques, du Manitoba, par laquelle les droits de l'Eglise étaient manifestement méconnus. D'ailleurs Léon XIII devait le déclarer plus tard défectueux, imparfait, insuffisant.
« Point d'écoles séparées — No séparation of children by religions dénomination — point de contrôle par l'Eglise sur les livres d'enseignements. De neuf heures à trois heures et demie, l'enseignement devait être profane (Secular). A trois heures et demie on pouvait enseigner le catéchisme jusqu'à quatre heures, »
Après mûre réflexion, Mgr Langevin envoya le 24 nov. 1896 une lettre circulaire à ses prêtres (l)oùil leur demandait d'orga-
Saint-Boniface, 24 novembre 1896.
(1) DÉVOUÉS ET CHERb COLLABORATEURS, — Le prétendu règlement scolaire que les deux cabinets d'Ottawa et de Winnipeg viennent d'adopter est inacceptable, parce qu'il consacre le principe des écoles communes et neutres que l'Eglise condamne (voir
niser dans leur paroisse respective des écoles catholiques. Il les convoqua tous à l'arohevêcké afin de s'entendre sur les moyens à prendre pour parvenir au but désiré. Une autre lettre du
sec. 8), et qu'il ne tient aucun compte de la Constitution du pays. Jusqu'ici, nous n'avons voulu prendre aucune mesure pour l'organisation de nos écoles, parce que nous attendions à chaque saison un règlement équitable de cette grave question en litige ; mais puisque Ton nous refuse justice, et qu'il s'agit ou bien de nous soumettre à une situation fausse, injuste et honteuse, ou bien de nous organiser pour soutenir nos écoles, nous croyons devoir nous arrêttr à ce dernier parti après avoir consulté les hommes les plus sages et nous être mis en face de notre conscience.
Désormais, nous allons donc travailler à ouvrir de nouvelles écoles, et il faudra bien que les écoles qui ont passé sous le régime de 1890 reviennent sous notre contrôle en temps opportun. Ne nous effrayons point de la gravité de la situation et de la lourde tâche que nous entreprenons. Nous n'avons pas encore lutté partout, nous avons laissé faire en beaucoup d'endroits, dans l'espoir que justice nous serait rendue ; faisons maintenant un effort suprême, le Bon Dieu ne permettra pas que nous succombions, car nous luttons pour la liberté religieuse ; il s'agit de protéger l'âme des enfants que l'on veut priver de l'atmosphère catholique de l'école telle que l'Eglise la veut pour la jeunesse.
Nous luttons pour des libertés civiles et politiques que la Constitution, interprétée en notre faveur par le tribunal suprême de l'Empire Britannique, nous garantit. Faisons donc notre devoir sans hésiter et espérons en Celui qui tient en ses mains le salut des nations comme des individus. Vous avez trop à cœur, cliers collaborateurs, le salut des petits enfants, et vous aimez trop votre pays pour hésiter un instant à faire tout votre possible afin de sauvegarder nos intérêts religieux et nationaux. Je ne saurais trop louer ceux d'entre a'ous qui se sont faits instituteurs pour ne point laisser les eafants dans l'ignorance ; c'est un acte de courage héroïque qui produira ses fruits.
Nous avons la noble mission de jouer en ce pays le même rôle que le clergé canadierk dans la noble et chère Province de Québec aux époques tourmentées de notre histoire. Nous avons appris à être fiers de nos intrépides devanciers, et leur patriotisine est à l'abri des attaques posthumes de ceux qui n'ont ni les mêmes lumières, ni les mêmes états de service.
Je me repose donc sur votre zèle sacerdotal ; le succès dépend de vous. Si vous apportez tous vos soins à stimuler le bon vouloir des parents, vous obtiendrez sûrement des résultats importants.
Désormais, je jugerai de la prospérité et de la bonne administration d'une paroisse par le nombre d'écoles ouvertes, par la moyenne d'assistance des enfants inscrits, et par les progrès que feront les enfants. Vos paroissiens auront à se prononcer contre le soi-disant règlement de la question des écoles, soit dans une assemblée de paroisse, soit dans une convention générale à Saint-Boniface ou à Winnipeg, soit dans des pétitions aux autorites du pays.
Mais afin de nous concerter sur les meilleurs moyens à prendre pour faire face à la situation critique qui nous est faite, je convoque le clergé du diocèse pour le 2 décembre prochain (1896), à 8 heures p. m., à l'archevêché.
En outre, je vous prie de vouloir bien répondre par écrit aux questions suivantes et d'apporter vous-mêmes les réponses en venant à l'assemblée ou de les expédier par la poste.
1° Quel est, dans chaque arrondissement scolaire catholique ou autre, le nombre d'enfants en âge d'aller à l'éeoie (de 5 ans à 15 ans) et quelle est la moyenne d'assistance aux écoles ? N'oubliez pas vos missions ?
2° Qui enseigne dans les écoles catholiques ou autres auxquelles les enfants catholiques assistent, et de quels livres se sert-on? Quel diplôme ou brevet possède l'institituteur ou l'institutrice ?
3" Combien d'écoles fermées et depuis combien de temps ?
4" Combien pouvez-vous en ouvrir ?
5 mars 1897 (1) fait connaître que son attitude est approuvée par ses confrères dans l'épiscopat et par Rome qui lui donne la direction suivante :
5^ Quels moyens suggérez-vous pour obtenir des ressources pécuniaires de vos paroissiens ou des catholiques des autres provinces du Canada ou des pays étrangers ?
6° Quelle est, à votre avis, la meilleure série de livres à adopter pour nos écoles ?
Je vous expédie aussi avec cette circulaire la magistrale encyclique de S. Sainteté Léon XIII, sur l'unité de l'Eglise.
Le Souverain Pontife rn'a recommandé fortement, dans mon audience du 7 août dernier, de la répandre et de la faire expliquer aux fidèles. « Répandez-la, ajouta-t-il, même parmi ceux qui n'appartiennent pas à notre foi. C'est la bonne volonté. J'y apporte les témoignage? les plus concluants tirés de l'Ecriture Sainte et de la tradition. Rien n'est plus fort que la vérité et les esprits droits en seront émus, i
Vous pourriez ranaly.ser et en faire l'objet de plusieurs instructions, nos fidèles ont plus que jamais besoin d'être nourris de la saine doctrine. L'encyclique sur le T. S. Rosaire que je vous envoie en même temps vous restera comme document.
J'ai lieu d'espérer que les catholiques du Dominion et en particulier nos frères de la province de Québec, et même ceux qui ne partagent pas nos croyances, mais qui croient à la liberté religieuse et aux droits sacrés des parents, viendront à notre secours afin de nous aider à maintenir des principes sacrés qui sont à la base de l'ordre religieux et social en Canada et dans tout pays chrétien. Votre piété vous portera, en outre, à redoubler de ferveur au saint Autel et dans la récitation du saint Bréviaire afin de faire une douce violence au Ciel et d'obtenir la réalisation de nos espérances.
Et puisque le Saint-Siège nous a donné pour patron un fils de l'Angleterre catholique devenu, par la suite, apôtre de l'Allemagne, il me semble opportun de nous adresser, à cette heure solennelle, au grand Saint-Boniface afin qu'il montre son puissant crédit auprès de Dieu. Vous voudrez donc bien réciter désormais, à la messe, l'oraison du bon saint : elle est à la date du cinq juin dans le missel romain. Ce sera désormais la seule oraison de mandato.
Veuillez croire, dignes et chers collaborateurs, à mon entier dévouement en J. et M. I.
Adélard, 0. M. I., archevêque de Saint'Bcniface.
(1) Mes chers Coll.\borateurs, — l. Question des éco/es: Comme nous l'avons déclaré, le 22 novembre 1896, du haut de la chaire de notre église cathédrale de Saint- Boniface, le prétendu règlement scolaire Laurier-Greenway n'est nullement acceptable pour les catholiques, puisqu'il ne fait que rééditer la loi' de malheur de 1890 avec ses amendements subséquents et consacrer ainsi le principe des écoles mixteset neutres.
Cette réédition d'une législation injuste est d'autant plus révoltante qu'elle se fait au mépris d'un jugement favorable à la minorité, émané du plus haut tribunal de l'Empire Britannique.
Rien d'étonnant donc que l'épiscopat canadien tout entier ait réprouvé cet arrangement injuste qui est un outrage au droit naturel et divin aussi bien qu'à la Constitution du pays et à l'ordre social tout entier, puisqu'il foule aux pieds la plus sacrée de toutes les libertés, la liberté de conscience.
Aussi, le savant et illustre archevêque de Cyrène, Mgr Bégin a donné le mot d'ordre aux catholiques quand il a dit qu'aucun évêque ne veut ni ne peut accepter ce soi-disant règlement de la question scolaire manitohaine.
Enfin, pour comble de joie, nous avons le mot de Rome qui nous a servi de boussole au milieu des tempêtes soulevées par des compatriotes moins réservées dans leurs écrits et leurs démarches que nos frères séparés eux-mêmes.
Le 12 décembre 1896 nous recevions de Son Eminence le Cardinal Ledochowski, préfet de la Propagande, la direction suivante : « Amplitude Tua energicam protestationem emittat, ac simul, ne in ipso veluti, limine certaminis transactio habeatur,
« Que Votre Grandeur émette une protestation énergique et qu'elle déclare ne pouvoir rien accepter qui ne soit en accord avec la Constitution et les décisions du Conseil Privé de la Reine. »
amplitude tua declaret se nihil acceptare posse quod Constitutioni et Decreto Consilii Privati Reginse non sit in hac materia consonum. « Intérim vero Deum precor ut te diutissime sospitet.
« A. T., Addictissimus Servus.
i< M. Gard. Ledochowski, Pref. ?
Ces paroles de l'illustre prince de l'Eglise auquel le Saint-Siège a confié la sollicitude des pays de missions dans le monde entier, sont la meilleure réponse que nous puissions faire à ceux qui oublient la parole de saint Paul à Timothée :
Nemo adolescentiam tuam conternnat.
Au reste, les écoles mixtes et neutres ont été condamnées plus d'une fois par le Souverain Pontife dans tous les pays catholiques du monde où il y a eu une question scolaire, et le Canada ne peut point faire exception à la règle générale.
Ce n'est donc pas une question politique, c'est une question religieuse qui intéresse l'âme des enfants et qui relève de notre autorité comme gardien de ces chères âmes.
Si nous avons cru de notre devoir, au mois de mars 1896, de refuser d'accepter des propositions qui, au témoignage de l'honorable procureur-général du Manitoba, renfermaient le principe des écoles séparées, nous avons encore beaucoup plus de raison de refuser aujourd'hui d'accepter un règlement qui est, au témoignage du même homme public, le triomphe du principe de Vécole commune. Nous n'avons donc pas deux poids et deux mesures, et nous ne voyons point comment on peut nous accuser de faire de la politique. Ce n'est pas nous qui nous mettrons jamais à la solde d'un parti politique ; nous savons trop combien est grave le devoir de notre charge pour oublier un seul instant que nous nous devons à tous, et qu'il nous appartient de planer au-dessus de l'atmosphère troublée de la politique humaine.
Mais que penser de ceux qui nous ont secondé jusqu'ici, qui ont proclamé bien haut les droits scolaires des catholiques de Manitoba, qui nous ont même reproché, bien à tort pourtant, d'être prêt à accepter moins que ce que la Constitution et le jugement du Conseil privé nous accordaient, et qui, maintenant, nous pressent d'accepter un arrangement qui ne nous rend aucun de nos droits ? N'est-ce pas une preuve que l'esprit de parti a obscurci les lumières de leur foi et a faussé leur conscience ? Ce n'est pas nous qui avons changé, mais ce sont eux qui ont modifié leurs vues et leur manière de faire à cause de certaines circonstances qui n'ont pourtant altéré aucun de nos droits.
Avant cette solution inacceptable et inacceptée de nos difficultés scolaires nous avions fait des démarches afin de nous aboucher avec ceux qui gouvernent le pays et pour prouver à tous que nous ne sommes lié à aucun parti ; mais hélas ! nous nous sommes heurté à des obstacles insurmontables.
Toutefois, malgré cette absence de conciliation en haut lieu, nous aurions accepté avec joie et reconnaissance, du gouvernement établi, la restitution de nos droits, la pleine et entière justice promise, ou au moins, des concessions substantielles, telles que l'exemption de taxes pour les écoles protestantes, le droit d'imposer des taxes scolaires à nos coreligionnaires, le droit de nous organiser en arrondissements scolaires catholiques même dans les centres mixtes, le droit de contrôler l'enseignement religieux et les livres ; mais non, on n'a rien voulu nous concéder.
Comme pour justifier notre attitude d'opposition au soi-disant règlement ceux qui gouvernent, à Winnipeg, viennent de déclarer qu'il n'affecte en rien la loi de 1890, et qu'il maintient le principe de l'école commune aux enfants de toutes croyances et de toutes nationalités. (7he principle is amalgamation). " In the billwe hâve preserved the leading principle of the national school. ? (Non. Cameron, Mardi, llth).
Pour nous, catholiques, la question des écoles n'est donc pas réglée ; elle est sacrifiée !
Cette direction, il fallait la suivre. Il établit donc des écoles catholiques, il fonda l'œuvre du denier de ]\Ianitoba ; il nomma l'abbé Cherrier surintendant du « Bureau des Ecoles catholiques »
Que Dieu éclaire ceux de nos fidèles qui se croient plus sages que leurs pères, et qu'il leur fasse comprendre que la prudence de la chair donne la mort, selon le mot de saint Paul, et qu'elle n'a jamais sauvé une nation.
Pour nous, nous avons pour stimuler notre courage l'exemple du vénérable épiscopat de Belgique qui, en dépit des hauts cris et même de l'opposition déloyale, intéressée et souvent perfide des prudents et des sages de ce monde, a organisé des forces catholiques pour les conduire sur le champ de bataille constitutionnel où ils ont conquis leur liberté scolaire.
Le vénérable épiscopat d'Allemagne et celui d'Angleterre ont aussi remporté de grands triomphes en luttant à la tête de leurs fidèles et en ralliant à leur cause beaucoup de ceux qui n'appartiennent point à notre foi. Ceci prouve que l'union des fidèles avec leurs pasteurs est Tunique moj-en de faire respecter les droits sacrés de la conscience et de la foi catholique.
Mettons-nous à l'œuvre avec ardeur, afin de réparer les ruines scolaires que l'injustice a accumulées partout, mais qui sont encore moins grandes que ne cherchent à le faire croire ceux qui insultent à notre malheur. Comme il nous fallait des secours pécuniaires, nous avons voulu d'abord tendre la main aux vénérables membres du clergé, et l'empressement avec lequel Nos Seigneurs les archevêques et évêques de la province de Québec ont répondu à notre appel nous a comblé de joie. Les lettres circulaires de ces vénérables prélats resteront dans les annales de notre histoire comme des monuments de leur grande charité et du zèle généreux et tout apostolique de leur clergé pour la plus sainte des causes...
Nous avons, en outre, organisé une petite œuvre intitulée le Denier de Manitoba, et nous avions demandé pour cette œuvre la bénédiction du S. Pontife. Quelle n"a pas été notre joie de recevoir la lettre suivante, accompagnée du Rescrit Pontifica,l, que nous vous communiquons en rendant grâces à Dieu et au Père commun des fidèles, dont le cœur s'est ému en songeant à notre détresse :
Pcome, 5 février 1897.
Palais de la Sacrée Congrégation de la Propagande..
A Mgr Adélard Langevin, archevêque de Saint-Boniface.
Illustrissime et Révérendissime Seigneur, — La S. C. de la Propagande a appris avec la plus grande joie que V. G. avait établi dans son archidiocèse une œuvre pie pour soutenir les écoles catholiques détruites par d'injustes lois dans le Manitoba. Une telle œuvre pie est certainement digne des plus grands éloges. J'espère qu'elle se répandra heureusement et produira des fruits abondants. Je suis heureux de communiquer à Votre Grandeur la Bénédiction Apostolique que le Souverain Pontife accorde à l'œuvre du Denier de Manitoba. J'ajoute de plus sous ce pli le Rescrit apostolique par lequel le Saint-Père accorde des privilèges spirituels à ceux qui concourront à cette œuvre. Je prie Dieu de vous conserver encore très longtemps.
« De Votre Grandeur le très humble serviteur,
M., Gard. Ledochowski, préfet.
« A., Arch. de Larisse, secrétaire.
Rescrit Pontifical {Audience du Saint Père, le 26 foncier 1897).
« S. S. Léon Xin, Pape par la divine Providence, sur notre rapporta noas, soussigné, secrétaire de la S. C. de la Propagande, accorde à la demande de Mgr Langevin, archevêque de Saint-Boniface, à tous et à chacun des fidèles de l'un et de l'autre sexe qui donneront quelque secours à l'œuvre pie établie pour soutenrir les écoles catholiques dans le Manitoba, Vindulgence plénière à gagner le jour de la fête de saint Joseph Calasance (27 août), patron des écoles, en visitant leur propre église paroissiale,
et annonça le projet d'établir une école normale pour la formation des instituteurs catholiques.
A peine cette lettre était-elle arrivée à ses ouailles que Mgr Lange vin apprenait qu'un délégué apostolique envoyé par le Saint- Père arrivait à Québec.
Depuis le compromis Laurier- Greenway, les partisans du Gou-
pourvu que réellement contrits de leurs fautes, confessés et ayant reçu la sainte conamiinion, ils prient Dieu quelque temps pour la Propagation de la sainte Foi et seion l'intention du Souverain PonLife.
« Cette indulgence plénière est applicable, par mode de suffrage, aux âmes du Purgatoire.
« Donné à Rome, au Palais de la Sacrée Congrégation de la Propagande, le jour et l'année cités plus haut.
« A., Arcli. DE Larisse, secrétaire. »
La bénédiction du Saint Père, une indulgence plénière pour tous les bienfaiteurs de l'œuvre • mais c'est la mesure qui surabonde et déborde pour nous ! Mensuram plenai?i siiperfluejitem.
Quelle approbation plus paternelle et plus formelle pouvons-nous désirer pour notre attitude et l'œuvre entreprise ? Quel est le catholique qui hésitera à croire maintenant que la position qui nous est faite est inacceptable ■' Quelle douce consolation pour notre âme d'évêque et de patriote abreuvée d'amertume par la lâcheté de ceux qui nous trahissent et par l'audace de ceux qui nous insultent et nous calomnient !
Ad Dominum cum irihidarer cîainaci et exaudivit me. — « Oui, nous avons poussé un cri de détresse vers Dieu dans notre tribulation et 11 nous a exaucé.
Nos adversaires sont forts et,puissants et la lutte pourra être longue et acharnée, mais nous redirons désormais avec un redoublement de confiance les paroles du roiprophète : Adjutorium nostrum in nomine Domini.
Notre faiblesse deviendra notre force. Cum infirmer tune potens sum. Marie Immaculée sera le salut de notre peuple.
Il me rîste maintenant, mes biens chers Collaborateurs, à faire appel à votre zèle bien connu pour vous prier d'encourager les écoles catholiques déjà existantes et d'en ouvrir de nouvelles, s'il y a lieu. Je ne saurais trop vous remercier des efforts parfois héroïques que vous avez bien voulu faire pour maintenir des écoles catholiques dans nos paroisses. Tous nos cathohques doivent nous seconder dans cette belle œuvre, parce que tous, sans distinction de parti, doivent accepter la direction de l'Eglise donnée par leur premier pasteur en une matière qui concerne l'âme de nos chers enfants. C'est là une question de vie ou de mort pour ces pays nouveaux. Aussi tout catholique qui s'oublierait au point de contrecarrer cette organisation de l'éducation catholique manquerait gravement à son devoir et son cas devra m'être référé avec celui de tous les coopérateurs directs ou indirects à cette œuvre néfaste.
Là où il y a des écoles catholiques, les parents ne pourront pas envoyer leurs enfants à d'autres écoles sans la permission de l'Ordinaire.
Ce n'est pas tout, il faut que nos catholiques soient prêts à faire des sacrifices pour la cause sainte des écoles. Vous aviserez donc aux moyens les plus propres à obtenir des fidèles des contributions volontaires, et nous espérons pouvoir fournir ce qui manquera, au moyen des aumônes reçues et à recevoir.
Ne pourrait-on pas demander à nos catholiques la taxe qu'ils paieraient pour des écoles sous la loi en déduisant ce qu'ils paient déjà pour les écoles protestantes ? Ne peut-on pas prélever une taxe spéciale là où il n'y en a pas d'exigée de par la loi ? Nous ne devons nulle part exiger une double taxe. Il y aurait aussi à examiner le système de cotisation volontaire par chaque enfant...
Adelard, 0. M. I., arch. de Saint- Bonif ace.
vemement ne cessaient de crier que la question des écoles était réglée et que les catholiques Manitobains se plaignaient à tort. De son côté Mgr Lange vin et tous les évêques de la province de Québec consultés, disaient qu'elle ne l'était pas. Le parti Laurier, sournoisement, avait demandé ce délégué à Rome et les journaux, organes de ce parti, annoncèrent son arrivée c.lors qu'aucun évêque n'en était même informé. Ce délégué, apostolique, nous l'avons vu tome VII des Voix Canadiennes, n'était autre que ]\Igr Merry del Val. Celui-ci apprenant à Londres que la question était réglée définitivement par le compromis Laurier-Greenway, se montra fort surpris et douta un instant, dit-on, de l'opportunité de son voyage (1). Il demeura néanm.oins en Canada quelques mois, se rendit au Manitoba,où il fut reçu avec infiniment de respect. En retournant à Rome, il recommanda de garder le slence sur la question scolaire jusqu'à ce que le Saint-Père eut pris à son égard une décision. L'Encyclique Affari vos parut le 8 décembre 1897. En voici quelques extraits :
« Il ne saurait être permis à nos enfants d'aller demander le bienfait de l'instruction à des écoles qui ignorent la religion catholique, ou la combattent positivement... Pareillement il faut fuir à tout prix, comme très funestes, les écoles où toutes les croyances sont accueillies indifféremment... De là, la nécessité d'avoir des maîtres catholiques, des li\Tes de lecture et d'enseignements approuvés par les évêques. »
Et plus loin, au sujet de certaines décisions prises par les deux gouvernements :
« La loi qu'on a faite dans le but de réparation est défectueuse, imparfaite, insuffisante. C'est beaucoup plus que les catholiques demandent et qu'ils ont, personne n'en doute, le droit de demander. »
Par cette lettre du Pape Mgr Langevin recevait pleine approbation de son attitude prise vis-à-vis des gouvernements : il avait, en effet, refusé d'accepter les écoles publiques pour les raisons
(1) Voir au tome VII, les détails relatifs à la désignation de Mgr Merry del Val en qualité de délégué et aux résultats de sa mission.
exposées par le Saint-Père lui-même dans sa lettre Affari vos. Mais Léon XIII demandait aux catholiques de ne pas refuser les satisfactions i>c«'tielles.
Mgr Langevin craignait cependant qu'en acceptant le règlement Greenway-Laurier, qu'on disait être le règlement définitif de la question scolaire, il ne se fermât toute issue pour des revendications ultérieures.
Le Saint-Père lui disait bien de réclamer tout son dû, de ne rien abandonner de ses droits, mais d'accepter néanmoins les « Réparations partielles ».
Mgr Langevin, qui ne mit jamais de sourdine à sa dévotion envers le Saint-Siège se mit donc aussitôt à l'œuvre pour obtenir, toutes les réparations accessibles et d'établir un modus vwendi d'accord avec les instructions reçues de Rome même. Il réunit son clergé, lui expliqua la manière de voir du Pape, qu'il fallait suivre.
« II faut, leur dit-il, agir comme si le Saint-Père était parmi nous. »
L'abbé Therrier lui expliqua alors qu'il ne pouvait plus guère agir comme inspecteur ecclésiastique dans une situation aussi compliquée. jNIgr Langevin se chargea sans hésiter de tout organiser selon les instructions du Saint-Siège. A vrai dire, ce fut pour lui une épreuve poignante. Abandonné par W. Laurier, qui le renvoyait au Gouvernement du Manitoba, délaissé par la province de Québec qui, trompée par les organes de Laurier, disait que la question était réglée, sommé par Rome de s'entendre avec les deux gouvernements — fédéral et provincial — qui ne s'entendaient même pas entre eux, car l'un était libéral en politique à Ottawa, et l'autre, conservateur à Winnipeg depuis la chute de Greenway ; obligé d'organiser près de cent écoles de manière à ne point sacrifier les droits de l'Eglise, tout en acceptant les réparations partielles, le digne prélat passa plus d'une heure d'angoisse, plus d'une nuit sans sommeil. Du moins était-il certain de ne pas errer en obéissant au Pape. Heureusement il fut soutenu par la confiance inébranlable de son clergé dont pas un membre, nous l'affirmons sans crainte de démenti, ne fit entendre la
moindre note discordante. Le « Cor unum et anima una » des premiers chrétiens se retrouva à Saint-Boniface, à propos de l'angoissante question scolaire. Ce fut l'honneur de ce clergé, et la grande consolation de son chef, comme aussi la cause de l'ascendant extraordinaire que Mgr Langevin prit sur son peuple qui écarta toute « allégeance politique » pour ne suivre que sa direction clairvoyante et résolument chrétienne. Là, où il faudra payer double taxe, les fidèles diront à leur chef dévoué : Nous les paierons ; là où les catholiques, par leur nombre et leur influence, pourront empêcher l'école d'être neutre, les anti-Laurieristes se joindront à leur archevêque pour accepter les principales dispositions du règlement Laurier-Greenway.
Mgr Langevin, pour montrer son bon vouloir, accepta l'inspecteur Rochon que W. Laurier avait envoyé d'Ottawa pour faire agréer par les catholiques manitobains le compromis Greenway. Mais ce Rochon s'était permis de donner une direction en matière d'enseignement rehgieux. D'après lui, la loi scolaire du Manitoba permettait d'enseigner les dix commandements de Dieu, mais il fallait les expliquer d'après la loi ancienne : on pouvait dire, par exemple, aux enfants de ne pas faire de travaux manuels le dimanche, mais il ne fallait pas leur parler d'aller à la messe.
Quant à la pénitence, on pouvait en parler comme vertu, mais non pas comme sacrement.
La sainte Vierge était la mère du Christ, mais non pas la mère de Dieu.
C'était du protestantisme tout venant.
Mgr Langevin fit venir cet inspecteur indiscret qu'il avait refusé de recevoir et lui dit : « Le Pape veut que j'accepte les réparations partielles ; nous, évêques, nous obéissons au Pape en conscience, toujours, et non pas seulement quand il pense comme nous. Je vous accepte donc parce que vous pouvez, si vous le voulez, alléger notre fardeau et nous donner un commencement de réparation pour les injustices dont nous sommes les victimes infortunées ; mais à la condition que vous ne direz plus un seul VIII. — Vers l'Abîme 16
mot au sujet de Tinstruction religieuse dans les écoles, ce qui n'est pas votre affaire. Je me réserve le droit exclusif de donner une direction aux maîtres et maîtresses sous ce rapport. Vous avez voulu nous imposer l'école que les protestants appellent neutres^ mais qui est purement protestante. Je m'y suis opposé, comme c'était mon devoir.
M. Rochon promit de se taire désormais, et il eut le bon esprit de tenir parole. Il ne fut pas aussi circonspect en matière politique, et lorsque Greenway fut battu, les conservateurs exigèrent sa retraite. Il dût ainsi regagner la Province d'Ontario.
Le Gouvernement provincial qui succéda à celui de Greenway, sur la sim.ple demande de Mgr Langevin, nomma inspecteur M. Roger Goulet, métis catholique, homme droit et juste.
Aussitôt l'affaire Rochon réglée Mgr Langevin partit pour Montréal (janvier 1898), malgré l'état précaire de sa santé et contrairement à l'avis de son médecin : c'est qu'on lui écrivait de Rome qu'il lui fallait s'entendre avec W. Laurier et que c'était, là encore, la volonté du Pape qui venait d'avoir une longue conversation avec ce dernier, de passage dans la Ville Eternelle.
Mgr Langevin alla donc trouver Mgr Bruchesi qui arrivait de Rome. Celui-ci lui confirma que c'était bien la volonté du Saint- Père qu'il s'entendit avec sir Laurier.
Une entrevue fut alors sollicitée et obtenue.
Sir Wilfrid Laurier reçut Mgr Langevin et ]\Igr Bruchesi à Montréal.
— C'est la volonté du Pape que je me concerte avec vous au sujet des écoles, lui dit l'archevêque de Saint-Boniface, et je le fais volontiers, espérant que nous allons nous entendre.
Sir Wilfrid Laurier lui répondit par de très bonnes paroles qui ne lui coûtaient guère généralement.
]\Igr Langevin lui passa alors la liste de ses vœux en faveur de ses écoles.
Sir W. Laurier lut ce mémoire avec attention et le rendant à son auteur lui dit :
— Je trouve tout ceci fort raisonnable. Je crois que nous pouvons très bien nous entendre.
Or, voici la liste des demandes que Mgr Langevin avait soumise à sir W. Laurier :
Mémorandum de Mgr V Archevêque de Saint-Boniface
Les écoles catholiques libres jouiront à l'avenir des droits ou privilèges suivants :
1» Elle recevront leur part proportionnelle de toutes les allocations et de tous les subsides fédéraux ou provinciaux, aussi bien que des taxes municipales et autres imposées pour fin d'éducation.
A Winnipeg cette part proportionnelle d'argent dont on vient de parler, sera mise à la disposition d'un Comité nommé par le gouvernement et approuvé par l'Archevêque de Saint-Boniface.
2° Un Comité sera spécialement nommé pour accorder immédiatement des diplômes aux maîtres catholiques enseignant actuellement dans nos écoles libres et le département d'éducation accordera sur recommandation de l'inspecteur Canadien des permis d'enseigner à ceux qui ne seront pots jugés aptes à recevoir des diplômes. Ces permis ne de^Tont être donnés que pour deux ans, à partir de ce jour.
3^ On n'exigera pas de diplômes d'instituteurs pour les membres des communautés religieuses ; une lettre de l'Archevêque de Saint-Boniface, reconnaissant aux membres du clergé catholique ou des communautés religieuses les qualifications requises, sera considérée comme garantie suffisante pour permettre à ces derniers d'enseigner dans les écoles catholiques libres.
4. On établira à Saint-Boniface ou à Winnipeg une école normal» et un bureau d'examinateurs pour ceux qui doivent enseigner dans les écoles catholiques libres.
Le programme de cette école normale sera le même que celui des autres écoles normales, avec la faculté pour les candidats de choisir la longue française.
Les sessions de cette école devront durer dix semaines à compter du 15 de juillet ; l'inspecteur Canadien-français sera du nombre des professeurs. On adjoindra à cette école un bureau d'examinateurs catholiques composé de l'inspecteur canadien français et de trois, ou plus, -ies membres catholiques du Conseil universitaire.
5° On nommera un certain nombre d'inspecteurs catholiques qui devront préalablement recevoir l'approbation de l'Archevêque de Saint-Boniface.
6^ Les livres de lecture, d'histoire et de géographie, anglais et fran-
çais, en usage dans les écoles catholiques devront recevoir l'approbation de l'autorité ecclésiastique.
Les livres anglais en usage dans les écoles catholiques séparées d'Ontario, et les livres français en usage à Québec sont considérés comme ayant déjà reçu l'approbation, pour les écoles libres et catholiques de Manitoba.
7*^ On se servira dans les écoles catholiques libres des mêmes livres anglais et français en usage dans les écoles publiques.
8° L'Archevêque ou un prêtre par lui délégué sera nommé membre du Bureau d'éducation.
Mgr Bruchesi, qui fut toujours partisan de Laurier, dit après le départ de ce dernier :
— Vous voyez bien que sir Wilfrid est favorablement disposé et que tout s'arrangera.
Mgr Lange vin répondit :
— Si Sir Wilfrid nous accorde nos droits le pays tout entier saura qu'il a donné satisfaction aux catholiques de mon diocèse et il en aura tout le mérite.
Peu après cette entrevue, Mgi Langevin se rendit à Ottowa. Sir Wilfrid Laurier lui dit alors :
— Je ne suis pas prêt à aller aussi loin que vous. Je ne crois pas qu'il faille des livres catholiques ; la demie heure d'instruction à trois heures et demi suffit bien.
L'archevêque manifesta son étonnement de ce changement et se rendit compte que sir W. Laurier subissait déjà l'influence de 'SI. Sifton.
L'ayant revu une troisième fois, Mgr Langevin reçut de lui pour toute réponse à ses question^ : qu'il exigeait beaucoup trop^
Mgr Langevin se trouvait à Rome en 1898, mais avant de s'y rendre il exposa la situation à s, n clergé dans une lettre datée du 10 avril 1898 (1). Sur ces entrefaites et durant son absence
« Mes chers Collaborateurs, — 11 e?; de mon devoir de déclarer ici solennellement :
1° Que cette grave question n'est pas eii^ ore réglée ; 2° Que nous n'avons abandonné ni cédé aucun de nos droits scolaire- ; 3° Que nous n'avons pas encore jugé à propos d'accepter une place dans le Bure •u d'éducation ; 4° Que nous continuons
l'administrateur du diocèse, Mgr Ritchot, P. A. et l'abbé Charrier se rendirent à Ottawa, nourrissant le vain espoir de s'entendre «nfin avec l'honorable Laurier.
enfin de réclamer tous nos droits et privilèges en matière scolaire tant au nom du droit naturel et de la liberté de la Constitution qu'au nom du Pacte fédéral.
« Si nous tirons parti des concessions que l'on pourrait nous faire, ce ne sera qu'à titre d'acompte et sous protêt.
« Le Pape a parlé par la mémorable Encyclique Affari vos et il sera de votre devoir d'expliquer au peuple, chaque année, jusqu'à nouvel ordre, ce document important qui est, en ce moment, notre planche de salut. J'y trouve, surtout, deux enseignements importants qui sont propres à rectifier bien des idées fausses, et une direction pratique qui s'impose à notre obéissance filiale.
« Après avoir proclamé les principes, le Pape explique quelle est la nature de l'école catholique, puis il indique quel est le devoir des parents.
« Permettez-moi de vous signaler brièvement comment je désirerais que vous instruisiez notre population trop souvent trompée par de mauvais journaux.
« Qu'est-ce qu'une école catholique ? Quand nos seigneurs les évèques du Canada ont flétri les écoles neutres, ils ont été blâmés comme des exagérés ; on disait dans les journaux catholiques ou dans des assemblées politiques « qu'une école où il n'y a rien de contraire à la religion catholique n'est pas en opposition ai-ec nos principes religieux que l'idéal, dans un pays mixte, est de voir les enfants de toutes croyances s'asseoir sur les mêmes bancs d'école pour recevoir la même instruction, la même formation nationale Or le Pape dit expressément :
« 11 ne saurait être permis à nos enfants d'aller demander le bienfait de Tinstruetion à des écoles qui ignorent la religion catholique ou la combattent positivement .. ?
« Le Pape réprouve donc et l'école neutre et l'école anti-catholique. Même si on traitait avec un honneur égal, dans une école, la religion catholique et les autres religions, il faudrait regarder cette école comme très funeste.
« Pareillement, il faut fuir à tout prix, comme très funestes, les écoles où toutes <i les croyances sont accueillies indifféremment et traitées de pair, comme si, pour ce « qui regarde Dieu et les choses divines, il importait peu d'avoir ou non de saines doctrines, d'adopter la vérité ou l'erreur. ?
« Les évêques avaient exigé des livres de lecture catholiques, alors qu'on ne nous offrait que des livres neutres, bilingues ou autres, et on avait crié hautement que les évêques demandaient trop, que les maîtres peuvent suppléer à ce qui fait défaut dans un livre neutre, que dans d'autre pays on tolérait les livres neutres, etc..
« L'épiscopat avait, en outre, insisté pour que les maîtres fussent catholiques, c'està-dire non seulement baptisés, meiis formés dans un milieu catholique. Or, le Pape dit bien formellement :
« De là, la nécessité d'avoir des maîtres catholiques, des livres de lecture et d'ensei- « gnement approuvés par les évêques. ?
« Est-ce assez c air
« Les évêques peuvent bien tolérer pour un temps, mais ils ne peuvent pas approucer des livres neutres pour la lecture et les divers enseignements concernant la morale, l'histoire, la philosophie, la pédagogie, etc. Or, nous avons eu jusqu'ici des livres catholiques approuvés par l'autorité diocésaine, serait-ce conforme à la direction du Pape de les mettre de côté pour prendre des livres neutres
« Enfin, les évêques avaient demandé que nous eussions le droit de nous organises partout, en districts scolaires, avec des commissaires d'écoles catholiques chargés de veiller, au nom des parents et sous la direction de î'évêque diocésain, à ce que tout fût conforme aux principes catholiques dans l'école. Mais on s'est récrié. On a dit que nous dema'^dions tout cela pour créer des embarras, que nous étions par trop exigeants.
« Mais le Pape dit !
« De là la nécessité... d'avoir la liberté d'organiser l'école de façon que l'enseignement y soit en plein accord avec la foi catholique ainsi qu'avec les devoirs qui en découlent. ?
La première entrevue qu'ils obtinrent fut naturellement engageante. La seconde le fut aussi naturellement bien moins. Sir Laurier leur annonça, en effet, qu'il ne pourrait suivre aussi loin que yi. Cherrier le désirait ; et, à la troisième réunion, Sir Laurier
« Que peut-on demander de plus pour venger l'épiscopat canadien de l'accusation
de vulgaire partisannerie et d'intransigeance rétrograde ? Les écoles neutres ont-elles jamais été plus formellement condamnées ?
Entendez ce que l'évêque des évèques dit à ses frères :
«Aussi, lorsque la nouvelle loi vint frapper l'éducation catholique dans la province « du Manitoba, était-il de votre devoir, vénérables Frères, de protester ouvertement « contre l'injustice et contre le coup qui lui était porté ; et la manière dont vous avez « rempli ce devoir a été une preuve de votre commune vigilance,et d'un zèle vraiment <c dignes d'évêques. Et bien que sur ce point chacun de vous trouve une approbation « suffisante dans le témoignage de sa conscience, sachez néanmoins que nous j' ajou- « tons notre assentiment et notre approbation ; car elles sont sacrées, ces choses que « cous avez cherché et que vous cherchez encore à protéger et à défendre. »
a La conduite passée et présente des évèques peut-e e recevoir une approbation plus entière
« Ne manquez donc point de bien expliquer ces choses au peuple.
« Devoirs des parents catholiques. — Un point sur lequelvous devez attirerl'attention de vos ouailles, c'est le soin avec lequel le grand Pontife proc ame le droit et par conséquent le devoir des parents de faire donner à leurs enfants une éducation religieuse en même temps que scientifique. Ecoutez ces belles paroles :
« Il est un autre point sur lequel nous serons facilement d'accord avec ceux-là « même qui seraient en dissidence avec nous pour tout le reste : savoir,que ce n'est pas « au moyen d'une instruction purement scientifique, ni de notions vagues et super- « ficielles de la vertu, que les enfants catholiques sortiront jamais de l'école tels que la « patrie les désire et les attend. C'est de choses autrement graves et importantes qu'il <t faut les nourrir pour en faire de bons chrétiens, des citoyens probes et honnêtes : « leur formation doit résulter de principes qui, gravés au fond de leur conscience, s'im- « posent à leur vie, comme conséquences naturelles de leur foi et de leur religion. Car, « sans religion, point d'éducation morale digne de ce nom, ni vraiment efficace : at- « tendu que la nature même et la force de tout devoir dérivent de ces devoirs spéciaux « qui relient l'homme à Dieu ; à Dieu qui commande, qui défend, et qui appose une « sanction au bien et au mal. »
<t Mais on pourrait dire que c'est au père de famille à juger par lui-même de la somme de religion qui suffit à son enfant, de telle sorte que s'il le croit suffisamment sauvegardé dans une école neutre ou une école protestante qui n'a aucun caractère agressif, il peut former sa conscience et demeurer en paix. Mais le Pape ajoute :
« Or, pour le catholique, il n'y a qu'une seule vraie religion, la religion catholique « et c'est pourquoi en fait de doctrines, de moralité ou de religion, il n'en peut accep- « ter ni reconnaître aucune qui ne soit puisée aux sources mêmes de l'enseignement « catholique. La justice et la raison exigent donc que nos élèves trom-ent dans les « écoles, non-seulement l'Instruction scientifique, mais encore des connaissances « morales en harmonie, comme nous l'avons dit, avec les principes de leur religion, « connaissances sans lesquelles, loin d'être fructueuse, aucune éducation ne saurait <r être qu'absolument funeste. De là, la nécessité d'avoir des maîtres catholiques, des « livres de lecture et d'enseignement approuvés par les évèques, et d'avoir la liberté d'or- « ganiser Fécole de façon que renseignement y soit en plein accord avec la foi catholique, 0 ainsi qu'avec tous les devoirs qui en découlent ? s
« De là l'obligation pour un cathohque de consulter son curé et de demander la permission à son évêque, s'il veut envoyer ses enfants à une école non-catholique. C'est la doctrine du Pape, de Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même et non celle d'un simple évêque ou de l'épiscopat d'un pays ; et ils sont bien coupables ceux qui disent que le prêtre n'a rien à voir dans Vécole. il doit la surveiller, mais les parents sont tenus
déclara encore et maintenant sans détour, que ces Messieurs demandaient beaucoup trop.
Cependant le « fin matois » avait d'abord dit à Mgr Langevin : « Vos demandes me paraissent très raisonnables. » Pourquoi donc alors ne l'étaient-elles plus ?
en conscience de le seconder. Le Pape rappelle en ces termes le devoir des parents :
« Au reste, de voir dans quelles institutions seront élevés les enfants quels maîtres « seront appelés à leur donner des préceptes de morale, c'est un droit inhérent à la « puissance paternelle. Quand donc les catholiques demandent, — et c'est leur devoir « de le demander et de le revendiquer, — que l'enseignement des maîtres concorde « avec la religion de leurs enfants, ils usent de leur droit. Et il ne se pourrait rien de « plus injuste que de les mettre dans l'alternative, ou de laisser leurs enfants croître « dans l'ignorance, ou de les jeter dans un milieu qui constitue un danger manifeste a pour les intérêts suprêmes de leurs âmes. »
Que dire donc des parents catholiques, qui oseraient afficher l'indépendance vis-àvis de l'Eglise en cette matière ? Que dire des commissaires d'écoles cjui s'oublieraient jusqu'à engager une maîtresse d'école protestante, comme cela s'est vu quelquefois 1 Que dire des pareuts ou des commissaires qui mettent de côté des livres catholiques pour prendre des livres neutres ? Que dire de ceux qui ont prétendu cju'une demiheure de catéchisme à trois heures et demie suffit pour donner à une école le caractère catholique ? Le Pape, sans même mentionner la demi-heure de catéchisme déclare qu'il faut des livres de lecture et d'enseignement approuvés par l'évêque, des maîtres catholiques et la liberté d'organiser l'école de façon que l'enseignement y soit en plein accord avec la foi catholique. Donc, les hommes publics, les parents, les commissaires d'écoles, les journalistes, les hommes de profession ou du peuple qui ont ainsi parlé sont condamnés par le Pape. Se sont-ils soumis ? Ont-ils modifié leurs idées fausses 1 Qu'ils se rappellent la parole de saint Ambroise : Ubi Pelrus, ibi Ecdesia, « Là où est Pierre, là est l'Eglise. » Avant l'Encyclique, quelques-uns pouvaient se faire illusion, trompés qu'ils étaient par des journaux politiques mensongers auxquels ils ajoutaient foi plutôt qu'aux prêtres et aux évêques ; mais maintenant. Us n'ont plus d'excuses. La parole du Pape a dissipé tous les nuages au firmament de la vérité.
0 II est important, mes chers collaborateurs, que les parents et les commissaires d'écoles qui les représentent, comprennent qu'ils ont des obligations graves ; que leur conscience est souniise aux mêmes principes que celle des prêtres et des évêques, qu'ils seront jugés sur cette doctrine du Pape, de l'Eglise ; que Jésus-Christ, à son tribunal, n'acceptera pas les excuses que l'intérêt d'un parti pohtique ou un intérêt personnel fortifié par le caprice ou l'orgueil, pourraient imaginer.
« Quand il s'agit de l'école catholique, ce n'est ni un journal, ni un parti politique, ni le caprice, ni l'orgueil qui doivent diriger nos catholiques, mais bien la parole de ceux qui sont chargés de les gouverner au spirituel et d'éclairer leur conscience. Invitez donc vos paroissiens à examiner soigneusement leur conscience sur ce point. Qu'ils acceptent en toute humilité et sincère soumission l'enseignement du Saint Père ; ils ne peuvent ni le mettre en doute, ni refuser de le mettre en pratique.
« Ces principes de jugement et de conduite, qui reposent sur la vérité et la justice, « et qui sont la sauvegarde des intérêts publics autant que privés, il n'est pas permis « de les révoquer en doute, ni de les abandonner en aucune façon. »
« Les fidèles oublient trop qu'ils ont une responsabilité personnelle ; il faut le leur rappeler souvent.
« Direction pratique du Pape .Que faut-il faire ? — Le Pape apprécie dans son Encyclique, le soi-disant règlement de 1896 et la loi de 1897. On avait dit : « C'est bien- Tout est sauvegardé. Cela suffit. La question est réglée. Il n'y a que les extrémistes qui ne seront pas satisfaits. ? On ajoutait perfidement : « Les catholiques de Manitoba ont plus de catéchisme pour leurs enfants dans l'école que les élèves de nos collèges
Il avait dit au Saint-Père qu'il réglerait la question des écoles. Or, pourquoi se dérobait-il. Car, il ne le fit pas et Léon XIII luimême le lui reprocha plus tard à lui-même.
Aus?i MgrLangevin ne voulut jamais admettre que les droits de
catholiques. » Aujourd'hui le Pape déclare que cet arrangement est défectueux, imparfait, insuffisant.
« Nous ne pouvons toutefois dissimuler la vérité : la loi que l'on a faite dans le but de » réparation est défectueuse, imparfaite, insuffisante. C'est beaucoup plus que les cathoa liques demandent et qu'ils ont, — personne n'en doute, — le droit de demander. » « Même le Pape signale le danger que présentent ces modificat'ons de la loi de 1890. « En outre ces tempéraments mêmes que l'on a imaginés ont aussi ce défaut que, « par des changements de circonstances locales, ils peuvent facilement mancjuer leur effet pratique. »
« Enfin le Pape conclut que la question est loin d'être réglée.
« Pour tout dire en un mot, il n'a pas été suffisamment pourvu aux dioits des catho- « liques et à l'éducation de nos enfants au Manitoba. »
« Or, tout demande dans cette question, et en conformité avec la justice, que l'on 0 y pourvoie pleinement, c'est-à-dire que l'on mette à couvert et en sûreté les prin- « cipes immuables et sacrés que nous avons touchés plus haut. C'est à quoi l'on doit « viser, c'est le but que l'on doit poursuivre avec zèle et piudence. Or, à cela rien de « plus contraire que la discorde ; il y faut absolument l'union des esprits et l'harmo- « nie de l'action. ?
« Et après avoir dit que les moyens d'arriver au résultat désiré peuvent être multiples, le Saint Père ajoute :
« Que tous pèsent mûrement ce qu'exigent les circonstances, déterminent ce qu'il « y a de mieux à faire et le fassent, dans une entente toute cordiale, e? non sans avoir a pris votre conseil. ?
« Dites bien aux fidèles qu'il n'est pas permis de répéter que la question est ensevelie et que l'on peut se croiser les bras et ne plus s'en occuper. Le Pape veut, au contraire, que les catholiques s'unissent pour agir avec modération, douceur et charité fraternelle.
« Mais que demande-t-il des catholiques de Manitoba en particulier ? Il nous engage à espérer et il ajoute :
« En attendant, et jusqu'à ce qu'il leur soit donné de faire triompher toutes leurs e revejidications, qu'ils ne refusent pas des satisfactions partielles. C'est pourquoi, « partout où la loi, ou le fait, ou les bonnes dispositions des personnes leur offrant " quelques moyens d'atténuer le mal et d'en éloigner davantage les dangers, il con- « vient tout à fait, et il est utile qu'ils en usent et qu'ils en tirent Je meilleur parti a possible ?
« Le Pape nous engage à désarmer, tout en nous faisant une obligation de continuer à réclamer nos droits imprescriptibles auxquels il veut que l'on pourvoie pleinement. Cela veut dire que dans l'état de détresse où nous sommes et, alors que nos amis naturels nous ont abandonnés, il convient de tirer le meilleur parti possible des soulagements que l'on pourrait nous accorder ; mais rien n'est réglé, lorsque tous nos droits ne nous sont pas rendus et que notre position reste incertaine et précaire.
« Nous pouvons accepter l'inspection du Gouvernement, comme autrefois, du reste, et des permis pour no^^ maîtres et maîtresses avec la promesse d'un cours d'école normale catholique ; mais nous devons garder nos livres catholiques de lecture, d'histoire et de géographie anglais et français, et nos crucifix, et la pratique de prier avant et après les classes.et la liberté de parler du Bon Dieu et de la religion en expliquant les leçons de lecture et d'histoire. Pour vous aider dans l'accomplissement de ce devoir, nous vous faisons une obligation de conscience sub gravi d'y veiller avec un soin scrupuleux et nous vous en demanderons compte surtout pour ce qui regarde les livres.
l'Eglise catholique eussent été et fussent alors reconnus ; mais il accepta toutes les réparations partielles ; bien mieux, il les demanda à diverses reprises au gouvernement persécuteur de Greenway, surtout pour se conformer aux vues du Saint-Siège.
Partout où les commissaires d'école étaient catholiques ou en majorité catholiques, il fit agréer des frères ou des sœurs, et dans tous les cas des maîtres catholiques.
Il ordonna que la prière fut faite dans les classes avant l'heure réglementaire, et que le catéchisme fut enseigné de trois heures et demie à quatre selon les règlements. Il obtint même que, pendant les classes, on put expliquer la Décalogue au point de vue catholique. Mais il y avait une difficulté à vaincre.
Incident de la question du serment. — Les ennemis de l'Eglise avaient exigé, avant d'accorder la subvention, la prestation d'un serment dont voici la première formule : « Je fais serment qu'aucun enseignement religieux ne fut donné pendant les heures de classes «^
Si on veut plus tard nous enlever ces libertés sacrées, nous devrons protester vigoureusement et il faut préparer nos fidèles à le faire, car ce sera un devoir de conscience pour eux. Voilà pourquoi il est nécessaire de les instruire et de leur bien expliquer l'Encyclique dans le sens indiqué.
Que les fidèles, en outre, comprennent bien qu'il n'y a pas lieu de crier victoire si notre état s'améliore. Tout demeure incertain, éphémère, parce que nous n'avons aucune autre garantie que rintérêt de nos gouvernants à ne pas nous molester, et la fermeté de notre population à maintenir ses droits. Mais nous devons compter sur la bénédiction que Dieu donne à l'homme d'obéissance, car d'après la Sainte-Ecriture il remportera la victoire. Le Pape qui est chargé de sauvegarder les intérêts de la véritéde la justice et de la paix dans le monde entier nous dit : Duc in altum, nous sommes donc justifiables d'avancer avec confiance en lui disant : Sub umhrâ alarum tuarum speravimus, donec transeat iniquitas ?
Veuillez bien vous donner la peine de choisir quelques jeunes personnes de talent qui devront se préparer dans nos couvents de ville ou de campagne et dans d'autres écoles supérieures, à passer leurs examens, soit pour les brevets spéciaux dont le programme sera arrêté et qui exigera moins d'anglais que les autres, soit pour les brevets ordinaires de troisième, seconde et première classe dont chaque couvent devrait avoir les programmes, soit enfin pour les cours d'école normale. Je suis convaincu que vous aurez à cœur de nous aider à former des instituteurs et des institutrices compétents : c'est la recommandation formelle du Saint Père et ce doit être notre ambition à tous.
« Que l'on prenne surtout garde de n'admettre aux fonctions de l'enseignement, « que des hommes abondamment pourvus de toutes les qualités qu'elles comportent, ' naturelles et acquises. Il convient, en effet, que les écoles catholiques puissent riva- ^ liser avec les plus florissantes, par la bonté des méthodes de formation et par l'éclat
de l'enseignement »...
Signé : Adelard. 0. M. I., arch. de Saint-Boniface.
Mgr Langevm avait demandé à sir Laurier d'user de son in- j îluence pour faire disparaître ce serment odieux. Laurier alla à 1 Winnipeg avec M. Sifton pour s'occuper de la question scolaire, disaient les journaux.
L'abbé Cherrier, nommé par Mgr Langevin surintendant des écoles catholiques, s'aboucha en effet avec lui, mais finalement Laurier le renvoya à son collègue, Sifton. Celui-ci et ses amis ne voulurent rien entendre et maintinrent ce qui était restrictif dans les règlements. On alla même plus loin.
Quel ne fut pas, en effet, l'étonïiement des catholiques du Manitoba en apprenant que le gouvernement Greenway avait décrété qu'une nouvelle formule de serment, plas odieuse que la première, devait être signée par les instituteurs pour obtenir la subvention du gouvernement. Il fallait : J
« Je jure qu'il n'y a eu aucun enseignement religieux, et qu'au- m cun exercice religieux n'a été fait durant les heures de classe. » |
C'était un effort nouveau vers l'étranglement ; et ce fut aussi l'unique résultat apparent de la visite de sir Laurier et de l'honorable Sifton. Sans doute qu'ils ne demandèrent pas davantage.
Mgr Langevin n'en devint que plus perplexe. Il écrivit à Rome ses angoisses et reçut à cet égard du cardinal Ledochowski une direction qu'il communiqua à son clergé par une circulaire datée du 19 mars 1900(1).
(1) Le 19 mars 1900, Mgr Langevin, s'adressant encore à son clergé, dit au sujet des écoles que « pour suivre les directions du Saint-Siège et pour ne pas exposer la jeunesse à un sort lamentable, nous avons consenti à tirer parti des concessions qui nous ont été faites, conditions qui n'ont altéré en rien la nature des lois scolaires injustes, contre lesquelles nous n'avons cessé de protester, mais qui en sont une application plus bénigne ».
Il n"a rien sacrifié, n'a pas accepté les livres neutres, les livres de lecture et d'histoire en usage dans les écoles publiques, mais il a recommandé et recommande aux maîtres et maîtresses de conserver les livres catholiques, anglais ou français et si, par ci par là, les « Victorias Readers s ont été adoptés, cela tut à rencontre de sa volonté formelle. Et le refus de l'archevêque était basé sur l'Encyclique Affari vos où le Souverain Pontife insiste sur la nécessité d'avoir des maîtres catholiques, des li\Tes de lecture et d'enseignement approuvés par les évêques.
Or, poursuit-il textuellement, nous possédons, de par la Constitution du pays, le droit d'avoir des livres catholiques dans nos écoles, et depuis trente ans nous usons de ce droit si important. Rien d'étonnant que nous le maintenions. Au reste, nous avons reçu, à ce sujet, la pleine approbation du Souverain Pontife dans deux communications successives qui nous ont été adressées en divers temps.
Bien que Mgr Langevin eut communiqué cette direction aux instituteurs, plusieurs cependant hésitèrent à prêter serment, ayant traité des choses de la religion durant les heures réglementaires.
Quant à la déclaration solennelle, équivalant à un serment, qui est exigée de tous les maîtres d'écoles du Manitoba dans leur rapport semestriel et qui se lit comme suit: {« That there has been no religious teaching nor hâve religions exercises been held in said school during the half-yearly term on school days, during school hours, after the opening of said school and before half past three o'clock in the after-noon. » « Je déclare solennellement : 1" Qu'il n'y a pas eu d'enseignement religieux et qu'on a fait aucun exercice religieux dans la dite école durant ce semestre durant les jours et les heures de classe, après l'ouverture de la classe et avant trois heures et demie de l'aprèsmidi. » Nous la déplorons et la réprouvons à cause de la restriction odieuse que présente son sens obvi et du but que se sont proposé les législateurs de 1890 et 1897, et nous allons continuer à travailler de toutes nos forces à la faire disparaître ; mais nous en avons obtenu une interprétation considérée comme officielle, et cette interprétation nous permet de tolérer, pour le moment, la signature de cette formule destinée au fond à consacrer le principe de l'école neutre. Nous avons, au reste, reçu du Saint- Siège une direction qui nous permet d'agir en sûreté de conscience dans les circonstances présentes. Voici la traduction française de la lettre en italien que Son Eminence le Cardinal Ledochowski nous a envoyé à la date du 6 mai 1899 :
Congrégation de la Propagande.
Rome, le 6 mai 1899.
« Illme et Revme Seigneur, — A peine eus-je reçu votre lettre du l^"" mars dernier, que je me suis fait un devoir comme auparavant, d'ailleurs, de soumettre la chose au jugement du Saint Père. Voici la réponse qui m'est transmise par l'intermédiaire de Son Em. le secrétaire d'Etat. Sa Sainteté a jugé que l'on peut tolérer que les maîtres catholiques du Manitoba « à cause de circonstances particulières, se plient aux exigences du règlement scolaire telles qu'exposées par l'archevêque de Saint- Boniface, pourvu qu'on pourvoie à la formation de la jeunesse catholique, en dehors des locaux et des heures de classe ».
« Vous communiquant textuellement cette décision du Saint Père, je prie le Seigneur qu'il vous conserve longtemps et vous accorde le succès.
« De Votre Seigneurie, le serviteur dévoué.
« Signé : M. Gard. Lebochowski, Préf., « A. Arch. Laris, Seec. »
A propos de cette formule nous croyons devoir nous signaler les principes faux et mêmes les hérésies qui sont parfois énoncés, par des catholiques, au sujet de la nature de l'enseignement religieux exigé par l'Eglise dans l'école.
Il n'y a pas de christianisme commun à toutes les dénominations religieuses et constituant un terrain neutre sur lequel il est permis à toutes les confessions chrétiennes de se rencontrer. Tout enseignement chrétien est nécessairement catholique et vice versa. Voici, au reste, les paroles mêmes de l'encyclique Affari vos :
P. 14 « Or, pour le catholique, il n'y a qu'une vraie religion, la religion catholique et c'est pourquoi, en fait de doctrines, de moralité ou de religion, il n'en peut accepter, ni reconnaître aucune qui ne soit puisée aux sources mêmes de l'enseignement catholique. »
De là la nécessité d'avoir la liberté d'organiser l'école de « façon que l'enseignement y soit en plein accord avec la foi catholique. »
pO"r ce,
\ ou partout recouvré' et c'est ce qui explique pourqi
La difficulté fut levée de façon inattendue.
En janvier 1901, des ministres protestants allèrent trouver Mgr Langevin pour s'entendre avec lui sur les moyens à prendre, en vue d'obtenir une plus grande tolérance de l'instruction religieuse dans les écoles.
centres mixtes comme Winnipeg et autres où nos diocésains sont dans un état de douloureuse souffrance. On les oblige, contre toute justice, à payer de lourds impôts pour le soutien des écoles publiques auxquelles ils n'envoient pas, généralement, leurs enfants, et ils ne reçoivent pas des villes ou du gouvernement les subsides auxquels ils ont droit pour le soutien de leurs propres écoles !
Aussi, nous croyons opportun de vous rappeler les paroles du Souverain Pontii'e en vue d'un appel à faire aux fidèles en faveur de ceux qui portent tout le fardeau de« lois injustes de 1890 et 1897.
« Partout, au contraire, où le mal n'aurait pas d'autre remède, nous les exhortons et les conjurons d'y obvier par un redoublement de généreuse libéralité. Ils ne pourront rien faire qui leur soit plus salutaire à eux-mêmes ni c]ui soit plus favorable à la prospérité de leur pays, que de contribuer au maintien de leurs écoles dans toute Ja mesure de leurs ressources », p. 16.
En conséquence, nous vous faisons savoir que le produit de la quête du premier dimanche de décembre sera appliqué aux écoles des centres mixtes dans le diocèse. 11 s'agit d'un cinquième de la population scolaire à secourir.
Nous réglerons de concert avec le clergé de Winnipeg et des autres centres mixtes la contribution qui pourra être exigée des parents. De plus, pour favoriser l'œuvre du Denier de Manitoba, déjà béni par le Saint-Siège le 26 janvier 1899, nous demandons à chaque prêtre, en charge d'une paroisse ou mission, de vou oir bien un dimanche du mois de mars, et un dimanche du mois de novembre, chanter ou dire la messe à l'intention des bienfaiteurs vivants et défunts, ce qui remplacera l'intention pro populo. Les communautés religieuses sont priées de ne pas oublier la neuvaine qui leur est demandée en mars et en novembre pour les bienfaiteurs de nos écoles.
Toute aumône recueillie pour nos écoles devra être envoyée au Rév. M. Arthur Béliveau secrétaire.
Après cet exposé de la situation chacun de nous devra répéter avec le Saint Pontife dans la même encyclique Affari vos (p. 15) : « Nous ne pouvons toutefois dissimuler la vérité. La loi que l'on a faite dans le but de réparation est défectueuse, imparfaite, insuffisante. C'est beaucoup plus que les cathohqeus demandent, et qu'ils ont, personne nen doute, le droit de demander. »
Et je vous prie, bien chers Collaborateurs, de remarquer les paroles qui suivent. Elles vous feront voir avec quelle sûreté de coup d'œil notre grand pontife Léon XIII a prévu les inconvénients qui peuvent résulter de la situation précaire dans laquelle nous met la loi de 1897, condamnée par nous et tout l'épiscopat canadien. ■
P. 15-16. « En outre, ces tempéraments mêmes cjue l'on a imaginés ont ce défaut, que, par des changements de circonstances locales, ils peuvent facilement manquer leur effet pratique. Pour tout dire, en un mot, il n'a pas encore été suffisamment pourvu aux droits des catholiques et à l'éducation de nos enfants au Manitoba. Or, tout demande dans cette cjuestion, et en conformité avec la justice, que l'on y pourvoie pleinement, c'est-à-dire que l'on mette à couvert et en sûreté les principes immuables et sacrés que nous avons touchés plus haut. ?
« C'est à quoi l'on doit viser, c'est le but que l'on doit poursuivre avec zèle et avec prudence. »
C'est pour se conformer à cette direction du Souverain Pontife que le vénérable épiscopat de notre province ecclésiastique de Saint-Boniface n'a pas cessé de réclamer tous les droits de la minorité catholique dans des documents publics et privés et de travailler en même temps à améliorer notre situation scolaire.
Après bien des pourparlers, sur la proposition de l'Archevêque, il fut enfin décidé de demander au Gouvernement de changer la formule du serment de façon qu'elle ne fît plus allusion à ce qui s'était passé en classe au sujet de l'instruction religieuse ; et que l'on mentionnât seulement qu'il y avait eu ou qu'il n'y avait pas eu d'instruction religieuse à trois heures et demie.
Ainsi, par les rapports, le gouvernement saurait combien il y avait d'instituteurs et d'institutrices qui donnaient un enseignement religieux.
Mgr Langevin s'empressa d'aller trouver l'honorable Mr. Roblin, premier ministre du Manitoba, qui lui promit de faire de son mieux, pour obtenir l'assentiment du bureau des « aviseurs » par ses collègues du Cabinet dont l'un était anglican ; l'autre, presbytérien ; et lui-même méthodiste. « Mais, dit-il, laissez-moi faire, car si vous apparaissiez, à cause des préjugés qu'on a contre l'Eglise romaine, l'affaire pourrait échouer. »
Quelques jours après la formule du serment était, en effet, amendée dans le sens indiqué par Mgr Langevin, et depuis lors, il n'y eut pas de difficulté pour les catholiques à obtenir en faveur de leurs écoles des campagnes, une part des subventions parlementaires. L'archevêque de Saint-Boniface, nous l'avons vu, avait déjà obtenu, après la chute du Gouvernement libéral, des chefs conservateurs, MM. J. Hugh, McDonald et Roblin, la nomination d'un inspecteur catholique, ayant juridiction sur toutes les écoles
Il est donc évident que les journaux ou les politiciens qui osent, soit au Manitoba, soit ailleurs, dénaturer les faits et faire croire à la population que notre question scolaire est réglée, ou qui exagèrent à dessein la valeur des avantages d'ordre secondaire dont nous tirons parti pour le moment ne sont pas inspirés par le désir de se conformer à la direction du Saint-Père.
Nous sommes encore sous le coup de l'oppression et si nous devons profiter sagement de la trêve qui a été conclue à la voix du Pape, n'allons pas croire que c'est la paix. Il ne peut y avoir de paix que dans la pleine justice. Et par justice, nous entendons la pleine et entière restauration de nos droits scolaires.
Nous avons profité il est vrai des bonnes dispositions des gouvernants pour sauvegarder la liberté religieuse dans l'enseignement, maintenir nos livres catholiques, préparer des maîtres catholiques, et obtenir par là de retirer les octrois scolaires dans les centres catholiques. Nous ne nous dissimulons pas les dangers de cette situation présente mais nous espérons que notre obéissance constante et loyale au S. Pontife nous obtiendra la victoire.
bilingues franco-anglaises, pratiquement sur toutes les écoles catholiques de la campagne.
Le même gouvernement délivra aussi des diplômes « Ad eumdem gradum » à tous les frères, sœurs et autres instituteurs, porteurs de diplômes obtenus dans les autres provinces.
Ecoles normales. — Il est à remarquer cependant que dans les villes de Winnipeg et de Brandon, les catholiques n'ont pu ac- €epter en conscience les quelques trop partielles réparations du règlement G.eenway. Dans ces villes, les commissaires d'écoles, à qui il appartient d'engager les maîtres selon la direction donnée par « le bureau des aviseurs », ne sont pas catholiques. Les livres catholiques ne sont donc pas admis. Les enfants, de 9 heures à trois heures et demie se trouvent dans une atmosphère franchement protestante ou plutôt athée.
Or le Pape dans sa lettre Affari vos dit : « Il ne saurait être permis à nos enfants d'aller demander le bienfait de l'instruction à des écoles qui ignorent la religion catholique ou la combattent positivement. »
Les catholiques de langue française, anglaise, allemande, polonaise et ruthène, résidant dans les villes du ]\Ianitoba, étaient donc obhgés, d'après cette dii'ection, d'entretenir à leurs frais leurs propres écoles, bien qu'ils fussent obligés de payer pour l'entretien des écoles publiques.
Il fallait tenter d'obtenir du bureau des commissaires d'écoles, une réparation au moins partielle de cette injustice.
Attitude de Mgr Langeçin, à propos du projet d'entente entre le bureau des écoles publiques de Winnipeg et les catholiques de
cette cille (1).
(1) Pour éviter tout malentendu au sujet des tentatives d'accommodement avec les autorités de Winnipeg ,Mgr Langevin adressa aux catholiques de Winnipeg, le 2 juin 1900, la lettre pastorale que voici :
Nos TRÈS CHERS Frères, — CoHime la démarche qui a été faite dernièrement au nom des catholiques de cette ville et avec notre assentiment a été mal interprétée par un trop grand nombre de personnes, je me crois tenu, en justice, de donner publiquement des explications qui dissiperont tous les nuages et qui justifieront pleinement cet acte si important, si louable et si nécessaire.
Comme on vient de le voir, les catholiques de Winnipeg sont obligés de payer double taxe scolaire. En face de cette iniquité, le cœur de Mgr Langevin s'émut et il crut entrer dans les intentions du Saint-Père, en permettant et en encourageant même l'action des catholiques influents de Winnipeg, allant traiter avec le bureau des commissaires. Leur délégation demandait que les écoles catholiques libres, de Winnipeg fussent agréées avec les frères et les sœurs comme maîtres et maîtresses et qu'ils reçussent leur quote-part des subventions scolaires. Trois ou quatre membres s'opposèrent à ce projet pour les raisons que voici :
10 L'avocat de la commission scolaire déclare que le règlement Laurier-Greenway de 1896 devenu loi en 1897 ne le permet pas, puisqu'il y est dit qu^il n'y aura pas de séparation d'enfants, d'après les croyances rehgieuses.
Ai-je besoin de déclarer d'abord que la politique a été complètement étrangère à cette démarche nécessitée par notre détresse actuelle, et qui s'imposait à des patents chrétiens et soucieux de l'avenir de leurs enfants en ce monde et en l'autie. Tant pis si la politique dénature vos intentions et vos actes ! On abuse des meilleures choses en ce monde !
« Notre politique, comme disait un de vos représentanxs, c esi de tenter de recouvrer nos droits scolaires en faùsant appel à tous les hommes de bonne volonté dans le pays. »
Je ne m'arrêterai pas non plus à Tinjuste et ridicule supposition que vous étiez fatigués de la lutte et que vous consentiez enfin à vousrendre sans conditions coqime des soldats sans bravoure et déserteurs du drapeau.
La malveillance ou l'ignorance seules pouvaient s'arrêter à une accusation si odieuse dirigée contre des catholiques qui ont porté plus que tous les autres, depuis dix ans, le poids du jour et de la chaleur, dans un combat sans relâche, et sans le plus petit adoucissement.
Je suis fier de le dire aujourd'hui publiquement, vous avez montré, N. T. C. F., un courage, une persévérance et une générosité au delà de tout éloge, et si tous les catholiques du Canada mettaient comme vous la question des écoles avant tout, cette question serait bien vite réglée.
Mais quelle était donc la signification de votre démarche ? demanderont ceux qui s'intéressent à nous. La voici.
Vous gémissez depuis dix ans sous le joug de lois injustes qui après vous avoir dépouillés de vos droits scolaires garantis par la Constitution du pays, par « un Pacte fédéral ? solennel et sacré, vous forcent encore à payer de lourds impôts pour le soutien d'écoles publiques, neutres en principe, et auxquelles vous ne pouvez pas, en conscience, envoyer vos enfants.
Les Révérendes Sœurs de Jésus-Marie, qui enseignent vos enfants avec un dévouement au-delà de tout éloge, et un succès qui leur attire même l'encouragement de ceux qui ne sont pas de notre croyance, n'ont reçu aucun salaire depuis bientôt deux ans !
Deux de nos maisons d'école tombent en ruine et les autres sont trop étroites pour contenir le nombre croissant des enfants qui affluent de toutes pau'ts. Nous sommes même obligés de payer des taxes pour la propriété scolaire 1
2° Ce serait pratiquement accorder des écoles séparées, et la loi s'y oppose.
Puis la commission disait aux délégués catholiques :
« Si l'arrangement a lieu malgré nous, nous plaiderons pour le faire interdire. »
Mgr Langevin demanda alors à sir Wilfrid Laurier de lui obtenir des juristes canadiens les plus en renom, une interprétation plus large de sa propre loi. W. Laurier le lui promit, mais il n'en fit rien. De plus les opposants à l'acceptation des écoles libres firent les déclarations suivantes que la presse commenta.
Il n'y a pas le moindre doute que la ville de Winnipeg et le gouvernement du Manitoba font des épargnes au dépens de notre pauvreté, puisque vous n'en avez rien reçue depuis dix ans, malgré que vos écoles aient instruit durant ce temps des centaines d'enfants avec un succès évident pour tous.
Qui donc s'étonnera alors, N. T. C. F., que vous ayez voulu faire une démarche auprès des écoles publiques de Winnipeg, afin d'obtenir une amélioration de votre position, sans pourtant rien sacrifier des principes sacrés qui vous sont si chers.
Qu'avez-vous demandé ?
Vous avez demandé que l'on vous fasse à Winnipeg la situation qui est faite à vos frères des centres catholiques, sans rien changer à la situation des parents et enfants non-catholiques.
Et quelle est cette situation ?
C'est un modus vivendi qui a certainement amélioré la condition des catholiques depuis 1897, sans pourtant régler notre question des écoles, et qui est dû à trois causes:
La première et la principale, celle sans laquelle rien n'aurait été fait, c'est la direction du Souverain Pontife, Sa Sainteté Léon XllI qui tolère que les catholiques de ce pays subissent, pour le moment et sans renoncer à leurs droits scolaires, certaines restrictions de leur liberté religieuse exigée par les lois scolaires injustes de 1890, et leurs amendements subséquents.
La seconde raison du modus vivendi c'est le fait que la totalité ou la majorité des commissaires d'écoles dans les centres où il existe, est catholique ; ce qui rend mille fois plus facile une application libérale de la loi.
La troisième raison, c'est que les autorités fédérales et provinciales, tout en maintenant le principe injuste de la loi, même avec les tentatives d'amendements qui ont été faites, ont cependant montré, en plusieurs circonstances, le désir d'adoucir notre position et nous ont, en effet, concédé certains avantages qui constituent, avec l'application encore trop rigoureuse de la loi, un modus vivendi que nous ferions peut-être mieux d'appeler un modus non moriendi.
Et si quelqu'un nous demande pourquoi nous avons tiré parti depuis deux ans de concessions ou d'adoucissements que nous avions refusés jusqu'ici, avec des avantages encore plus grands peut-être, nous répondrons que les circonstances sont changées ; que nous avons perdu en 1896, grâce au manque d'union des catholiques dans le parlement fédéral, une occasion des plus favorables de recouvrer tous nos droits ; que nous craignions jusqu'ici de compromettre ces droits sacrés en acceptant moins ; et qu'enfin, le Souverain Pontife, juge suprême et gardien intrépide des intérêts catholiques dans le monde entier, a déclaré le moment venu pour nous d'entrer dans cette voie nouvelle.
Ceci étant bien expliqué, il est facile de comprendre pourquoi vous avez député, il y a quelques semaines, des représentants auprès du Bureau des Ecoles publiques de Winnipeg.
Vous vouliez vous aussi un modus vivendi. Forts de votre désir de vous conformer
10 « Si malgré nous, les écoles catholiques passent sous le régime des écoles publiques, que nous gouvernons, les signes de religion disparaîtront au dehors et au dedans de l'école. Plus de croix, plus de crucifix, d'images pieuses. »
20 Les religieuses devront quitter leur costume. » (No religious garl).
3° Les religieuses seront remplacées plus tard par des filles du nom de diplômées.
4° Les plus avancés de nos enfants seront envoyés au choix de
à la sanction du Souverain Pontife en subissant certaines restrictions de notre liberté sous protêt ; forts aussi de l'esprit de justice égale pour tous qui semble régner en ce moment dans le pays, vous avez espéré trouver une solution favorable. Mais hélas ! votre espoir a été trompé.
Vos représentants ont rempli leur mission délicate avec une prudence, un tact et un zèle que je ne puis trop louer, mais, s'ils ont rencontré de la courtoisie, ils ont aussi eu à regretter d'entendre formuler un ensemble d'objections auxquelles nous ne nous attendions point tant elles étaient injurieuses pour les catholiques et mesquines chez des hommes publics. Le résultat final a été, comme vous le savez, un refus d'accepter vos propositions si justes, si modérées pourtant !
Et ce refus a été motivé par une application rigoureuse d'une loi ou d'un amendement à la loi qui aurait peut-être offert à une majorité mieux disposée vis-à-vis de nous et plus soucieuse des intérêts de la justice et de la paix, une solution favorable.
En somme, le contraste de votre situation avec celle de vos frères du reste du diocèse est frappant, et prouve combien vous êtes dignes delà sj'mpathie de tous les amis de la justice, et combien on aurait tort de vous reprocher votre conduite si sage, qui n'a été que l'accomplissement d'un devoir de chrétiens, et d'hommes libres. Votre démarche prouve encore combien il est inexact de dire que notre question des écoles est réglée au Manitoba et à la satisfaction des catholiques. Comme représentant officiel de la minorité catholique je proteste énergiquement contre cette fausseté.
Courage ! N. T. C. F., le bon Dieu ne peut que bénir une population si religieuse, si digne, si modérée et si sincère dans la revendication de ses droits.
Continuez à contribuer généreusement, selon vos moyens, au soutien de vos écoles tout en portant les lourdes charges des écoles publiques. Il peut se faire que vos concitoyens rougissent un jour de faire instruire leurs enfants aux dépens de votre pauvreté. Aimez vos écoles, encouragez-les de préférence à toutes autres.
Ce n'est pas au moment où le drapeau est attaqué qu'il faut passer à l'ennemi. Envoyez fidèlement vos enfants à nos écoles. Espérons en l'avenir. Nous luttons, nous souffrons pour la justice. Nos pères ont souffert encore plus que nous. Je puis vous dire comme saint Paul : « Vous n'avez pas encore résisté jusqu'au sang » « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » Faites votre devoir consciencieusement, et nous trouverons encore les moyens de maintenir nos chères écoles catholiques de Winnipeg, plus prospères, plus'fortes, plus fréquentées que jamais.
Nous allons commencer une croisade de prières qui nous obtiendra, j'espère, le triomphe final. Que la bénédiction céleste promise aux peuples fidèles tombe sur vous et vos enfants comme une rosée céleste et qu'elle soit pour vous le prélude et le gage des joies éternelles (II Cor., xiii, 13). Que la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ et que la charité de Dieu, et la communication du Saint-Esprit soient avec vous tous. Amen.
Donné à Saint-Boniface, le 2 juin, veille de la Pentecôte.
Adel.\.rd, 0. M. I., arch. de Saint-Boniface.
l'inspecteur dans les écoles publiques pour suivre les cours supérieurs de Faribault.
Devant cette opposition motivée, ces menaces de poursuites et de spoliation, l'Archevêque, avec l'appui unanime des catholiques, délégués pour traiter cette question, déclara qu'il ne pouvait conclure de compromis sans mettre en péril les intérêts de ses ouailles et sans les exposer à un désastre aussi lamentable.
Cependant, il faut bien le rappeler, en 1900, sir W. Laurier recherchait une entente à seule fin de pouvoir dire aux électeurs, dont il allait bientôt solliciter les suffrages : Voyez, la question est réglée ; pas un catholique du Manitoba ne paie double taxe scolaire.
Il cherchait aussi ,à cette époque à faire peser sut Mgr Falconio^ délégué apostolique, aujourd'hui cardinal, lui disant :
— Mgr Langevin étant en bons ternies avec Mr. Roblin, premier ministre du Manitoba, il peut tout obtenir de lui.
Comme si cet inférieur, M. Roblin, avait pu réformer la loi de son supérieur, sir Wilîrid Laurier !
Les lettres de son Excellence le délégué établissent une entente évidente avec Laurier. Or, le délégué, confiant en Laurier et se défiant beaucoup de l'intransigeance de l'archevêque de Saint- Boniface, lui demandait en 1900, à la veille même des élections générales, qui remettaient en jeu la destinée de W. Laurier, de faire un acte manifeste de confiance et de consentir aussi à un arrangement, risqué, sans doute, mais à l'exécution duquel W. Laurier veillerait en personne.
Mgr Langevin se récusa, évoquant le cas pitoyable de Faribault (1), déclarant, en outre, que tout catholique, non politicien, de Winnipeg, blâmait pareil projet.
Son Excellence insista cependant et c'est alors- que Mgr Langevin lui dit résolument :
(1) Les vingt Dominicaines de cette ville furent invitées à se mettre en laïques, tout en conservant leur règlement et leurs pratiques. Nul ne se félicita, Mgr Ireland, moins que personne, de l'expérience.
— Excellence, je suis un homme d'obéissance et j'aime les situations nettes. Ecrivez-moi donc une lettre me disant que c'est bien le désir du Saint-Père que je consente à cet arrangement ; dés lors je dirai aux catholiques : Il faut, coûte que coûte, faire ce que le Saint-Siège nous demande, sans nous occuper autrement des conséquences possibles, sachant que tout tournera à la gloire de Dieu. »
Mais le délégué dut reconnaître qu'il ne pouvait lui faire une telle déclaration.
En ce cas, s'écrie l'archevêque de Saint -Boniface : « Comment voulez-vous, Excellence que je fasse, contrairement à m.a conscience, ce que vous refusez de m'ordonner sous votre signature et responsabilité, au nom du Siège Apostolique ! »
On osa dire cependant, à Rome même, que si cet arrangement avait échoué, c'était bien à jMgr Langevin qu'il fallait Fimputer, parce qu'il se montra intransigeant. Or, personne plus que lui, cependant ne désirait un accord acceptable qui l'eut singulièrement soulagé, lui et ses fidèles, écrasés d'impôts indus, au moment même où il leur fallait construire de nouvelles églises pour les immigrants Polonais, Ruthènes et Allemands, tout en assumant la charge de dettes énormes.
Mgr Langevin et le port du costume religieux
Nous venons de voir que certains membres du « Bureau des écoles publiques de Winnipeg » avaient déclaré que si l'arrangement projeté entre ce bureau et les catholiques de cette ville intervenait malgré eux, ils exigeraient que les sœurs enseignantes quittassent leur costume religieux, ajoutant que, même en ce cas, ils arriveraient à faire remplacer les religieuses par des laïques dir plômées, comme, du reste la chose s'était pratiquée à Faribault. diocèse de Saint-Paul, aux Etats-Unis, alors que Mgr Ireland fût autorisé par le Saint-Siège à essayer un arrangement identique qui ne tint pas plus d'une année à l'épreuve.
Sir W. Laurier fit sonder Mgr Langevin, à cet effet, par un po-
liticien, alors et plus encore aujourd'hui, très connu àSaint-Boniface, Mr. Roblin du Manitoba, et aussi par un catholique influent de Winnipeg; même, et le croira-t-on, par son Excellence Mgr Falconio qui fut mis en œuvre pour convaincre le digne archevêque de la convenance de faire quitter leur costume à ses religieuses. Pour le déterminer, ce dignitaire ecclésiastique disait qu'à Rome aussi on avait fondé un Institut de sœurs qui ne portaient point de costume religieux.
Mais Mgr Lange vin ne voulut rien entendre et toujours il répondit :
— Jamais ! parce que, d'abord, c'est une concession inutile comme l'a prouvé l'expérience de Faribault.
Et il expliquait que les Francs-maçons du Canada et des Etats- Unis étaient comme les gardiens de saint Ignace, martyr : que plus on se montrait conciliant avec eux, plus ils devenaient avides et féroces.
D'ailleurs, le courageux Archevêque estimait que c'eut été faire un outrage gratuit aux saintes fem,mes, qui avaient honoré leur costume par plus de trente années de services signalés dans l'enseignement au Manitoba. De plus, il trouvait odieux qu'un évêque obligeât des servantes de Dieu à reprendre la livrée du monde, alors qu'avec une sainte allégresse elles y avaient renoncé par amour pour Dieu, afin de mieux servir son Eglise.
Les religieuses tenaient à juste titre, et l'évêque avec elles, à ce costume d'honneur et de sacrifice que l'Eglise bénit et conseille hors le temps de persécution violente.
Et au surplus, alors même que l'archevêque eût été assez faible pour consentir à ce sacrifice douloureux, humiliant, autant qu'inopportun, les sœurs auraient à coup sûr et avec juste raison, manifesté plus d'attachement que lui à leurs statuts, et plus de fidélité à ce qui pouvait aider leur vocation et la préserver : elles auraient résisté. Comment en douter puisque leur communauté se montra décidée dans la suite à les rappeler d'un pays où leurs convenances et leurs règles étaient menacées ? Elles se seraient évidemment retiré?s aux Etats-Unis d'où leur venaientà chaque
instant des demandes pressantes qu'elles ne pouvaient accueillir faute de personnel disponible.
Et, en pareille occurence, que seraient donc devenues les écoles de Winnipeg ? Privées de leurs religieuses, auraient-elles pu subsister ? Ce n'était pas, certes, l'affaire ni le souci des ennemis de l'Eglise ; nous l'entendons bien. Mais si l'Archevêque avait favorisé leurs menées, qui le lui eut pardonné ?
Au demeurant, le costume n'était pas la seule objection des francsmaçons : il y avait aussi la loi qui proscrivait la séparation des enfants catholiques d'avec les autres dans un même district scolaire. On était disposé à demander aux juges l'application de cette loi et d'infliger par là même une nouvelle humiliation à l'Eglise.
S'adressant à Mgr Langevin et par deux fois, Mgr Sbaretti aborda la question du port du costume religieux, insinuant lui aussi, que ce serait, à tout prendre, une concession fort utile. Mais chaque fois encore, Mgr Langevin lui fit la même réponse qu'aux autres, appuyée des mêm.es raisons ; il ne crut pas, pour autant, encourir le moindre blâme de la part de quiconque, encore moins du Saint-Père. Car il dominait la question et la critique lorsqu'il déclarait déjà à Mgr Falconio : « Vous n'avez qu'à me dire de le faire et qu'à prendre sur vous-m.ême la responsabilité de cet acte ! je vous promets alors l'appui de tous mes diocé.^ains. Seulement, si je suis abandonné au seul jugement de ma conscience, je ne puis l'accomplir sans qu'elle m'accuse amèrement de sacrifier à l'ennemi les insignes et les droits de l'Eglise que je représente en face d'hérétiques hostiles.
C'est pourquoi, se fiant à Dieu seul au milieu de tant de contrariétés et d'incertitudes le vaillant archevêque de Saint -Boniface faisait prier et priait lui-même ardemment le ciel de l'éclairer et de le secourir.
Le 25 décembre 1900, notamment, Mgr Langevin ordonnait des prières pour l'amélioration de la situation intolérable des écoles catholiques de Winnipeg et des autres centres en majorité protestants ; aussi pour que la Providence mit un terme aux odieuses
restrictions qui -entravaient la liberté religieuse dans toutes les autres écoles.
Ici nous nous permettons d'intercaler une lettre pastorale de Mgr Langevin datée du 9 mars 1902, où, après avoir rappelé les devoirs des parents catholiques dans l'éducation de leurs enfants et les conseils contenus dans l'Encyclique Affari vos déjà citée et rappelés, il arrivait à la question scolan^e telle qu'elle subsistait au Manitoba et poursuivait ainsi : ^
Dans la mémorable encyclique Affari ços, le Très Saint Père, après avoir proclamé les principes catholiques en matière d'éducation, nous dit ce qu'il faut penser de la loi funeste de 1890, qui nous a enlevé nos droits scolaires. 11 s'exprime ainsi :
« L'Acte d'Union à la Confédération canadienne avait assuré aux enfants catholiques le droit d'être élevés dans des écoles publiques selon les prescriptions de leur conscience. Or, ce droit, le pai'lement du Manitoba l'a aboli par une loi contraire. C'est une loi nuisible. »
Et c'est alors que le Pape réprouve, pour les enfants catholiques, toute école autre qu'une école catholique...
De plus, la même voix autorisée nous a dit, à tous, ce qu'il faut penser de l'amendement apporté en 1896 et 1897 à cette loi nuisible.
« Nous n'ignorons pas qu'il a été fait quelque chose pour amender la loi. Les hommes qui sont à la tête du gouvernement fédéral et du gouvernement de la Province ont déjà pris certaines décisions en vue de diminuer les griefs, d'ailleurs si légitimes, des catholiques de Manitoba. Nous n'avons aucune raison de douter qu'elles n'aient été inspirées par l'amour de l'étiquité et par une intention louable. Nous ne pouvons toutefois dissimuler la vérité ; la loi que l'on a faite dans le but de réparation est défectueuse, imparfaite, insuffisante. C'est beaucoup plus que les catholiques demandent et qu'ils ont — personne n'en doute — le droit de demander... Pour tout dire, en un mot, il n'a pas été suffisamment pourvu aux droits des catholiques et à l'éducation de nos enfants au Manitoba. »
En relisant cette page, N. T. C. F., et en considérant l'état de chose actuelle, alors qu'aucun de nos droits scolaires ne nous a été rendu, de par la loi, bien que notre situation soit améliorée, nous nous demandons comment il peut se faire que des catholiques, pères de famille ou hommes d'Etat, journalistes ou autres, osent dire que la question de nos écoles est enfin réglée à la satisfaction de la minorité catholique ! Rien ne peut être plus contraire à la vérité. Non, notre question sco-
laire n'est pas réglée ; mais elle est entrée dans une phase nouvelle qui nous permet de recevoir les octrois des municipalités et du gouvernement, parce que nous subissons la loi au lieu de la combattre.
Voici, au reste, la teneur de la direction donnée par le Souverain Pontife lui-même :
« En attendant, jusqu'à ce qu'il leur soit donné de faire triompher toutes leurs revendications, qu'ils ne refusent pas des satisfactions partielles. C'est pourquoi partout où la loi, ou le fait, ou les bonnes dispositions des personnes leur offrent quelques moyens d'atténuer le mal et d'en éloigner davantage le danger, il con^^ent tout à fait et il est utile qu'ils en usent et qu'ils en tirent le meilleur parti j^ossible. »
C'est en conformité avec cette direction que nous avons agi, N. T. C. F., et nous avons la conscience d'avoir rempli un devoir et de l'avoir fait avec une scrupuleuse exactitude.
Bien que la loi consacre encore, en principe, l'école neutre {non-sectarian), et qu'elle ne nous accorde aucunem.ent le droit au contrôle de nos écoles, à la liberté entière de l'enseignement religieux et à des livres catholiques ; bien que l'on nous conteste le droit d'engager des maîtres ou des maîtresses portant le costume religieux, et même le droit de placer des emblêm.es religieux dans l'école, nous consentons, néanmoins, à subir les lois scolaires, sans pourtant renoncer à réclamer, comme nôtres, des écoles, où nous ne sommes plus les maîtres.
Malgré cela, nous n'avons jusqu'ici renoncé à aucun droit, nous n'en avons aliéné aucun, directement ou indirectement. Mais, je le répète, ce que nous appelons encore nos écoles ne sont plus nôtres comme autrefois, bien que nous les ayons conservées nôtres, autant que possible.
En retour, il est vrai, nous avons l'avantage très apprécialîle de recevoir les octrois municipaux et les octrois du gouvernement pour toutes nos écoles, excepté pour nos cinq écoles libres de Winnipeg et l'école libre de Brandon ; nous recevons de fortes sommes d'argent, et la loinous est appliquée avec une grande bénignité; mais nousn'avons pas recouvré nos droits, et pour tous les hommes sérieux, la question des écoles n'est pas une question d'argent, mais une question de droit. Nous plaignons sincèrement les colons du Manitoba et les journaux d'autres parties du pays qui osent invoquer la question d'argent pour dire que tout est réglé ! Ils font preuve d'une ignorance ou d'une mauvaise foi qui ne leur fait pas honneur. Jamais la minorité protestante de la province de Québec ne voudrait accepter une position analogue à la nôtre au détriment de ses droits, mais à l'avantage de sa bourse. Un misérable esprit de partisannerie ou d'intérêt politique peut seul aveugler ainsi ceux qui ne veulent pas voir.
Ignore-t-on que les cathohques de Winnipeg paient des taxes sco-
laires énormes pour les écoles publiques — près de S 8.000.00 par an — et ne reçoivent pas un sou pour leurs propres écoles ; et que cela dure depuis bientôt 12 ans !
Non seulement nous n'avons pas recouvré nos droits scolaires, mais les concessions pratiques que nous devons au bon vouloir des hommes, c'est-à-dire de nos gouvernants, à Ottawa et à V/innipeg, sont très précaires ; il suffirait d'un de ces changements politiques, si fréquenta dans le pays, pour nous créer de très grands embarras et nous forcer même à fermer fios écoles, si nous pouvons encore les appeler ainsi.
Ecoutez encore, N. T. C. F., et admirez avec nous la sagesse prévoyante de notre grand Pape : « En outre, ces tempéraments mêmes que l'on a imaginés ont aussi ce défaut que, par des changements de circonstances locales, ils peuvent facilement manquer leur effet pratique. »
Rien de plus juste et de plus vrai. Au reste, les expédients peuvent bien améliorer une situation, arrêter le progrès du mal, mais nulle part, et en aucun temps, les expédients n'ont réglé définitivement les questions de principes ; souvent même, ils n'ont réussi qu'à les comprom.ettre.
C'est donc notre devoir, N. T. C. F., de vous dire quelles doivent être nos réclamations à tous, et quel est le devoir de chacun en particulier, dans les circonstances présentes.
yos réclamations et notre devoir à Vheure présente.
Ce que nous réclamons en ce moment au nom du droit naturel aussi bien qu'au nom de la constitution du pays, c'est la restauration des droits scolaires violés en 1890. Nous demandons d'abord :
10 Le contrôle de nos écoles, c'est-à-dire, pour parler comme le Pape lui-même, « la liberté d'organiser l'école de façon que l'enseignement y soit en plein accord avec la foi catholique. » Nous acceptons volontiers, dès maintenant, les programmes d'études des écoles publiques.
La loi modifiée selon nos justes demandes enlèverait d'un côté à nos commissaires catholiques la crainte de perdre l'octroi en agissant contrairement à la foi, — ce que la conscience catholique leur demande pourtant parfois, et ce que plusieurs n'osent faire — et de l'autre côté, elle nous protégerait contre le mauvais vouloir de certains commissaires non-catholiques.
2» Nous dem.andons, en second lieu, le droit de retenir les services de maîtres ou maîtresses catholiques, même dans les centres màxtes, et même s'ils portent un costume religieux. On connaît la restriction
odieuse décrétée, à tort ou à raison, au nom de la loi, par les commissaires d'écoles de Winnipeg.
30 En troisième lieu, nous réclamons le droit à des livres catholiques d'histoire, de géographie et de lecture, tout comme avant la loi de 1890; car, seuls, ces livres peuvent être approuvés par les évêques, selon ce que demande le Pape d'après ses paroles déjà citées.
Il est vrai que 1 Advisory Board de Winnipeg a approuvé des livres de lecture manuscrits, en anglais et en français, qui seront imprimés bientôt, mais il a fallu les mutiler en retranchant plusieurs leçons trop catholiques, et toujours à cause du principe faux et inadmissible pour des catholiques, que tout doit être neutre, non confessionnel {non sectarian) dans l'école.
40 En quatrième lieu, nous réclamons la liberté complète de l'enseignement et des exercices religieux, celle aussi, de mettre et de garder le crucifix aux murs de nos écoles.
Il est vrai que la formule de serment concernant l'enseignement et les exercices religieux a été modifiée de façon à ne plus gêner autant la conscience des maîtres et maîtresses catholiques ; mais il y a encore dans la loi une restriction odieuse et incompatible avec la conscience catholique c{ui ne peut pas l'accepter.
Dieu sait les ennuis qui nous sont suscités à ce sujet, même par des commissaires catholiques trop zélés ou trop craintifs !
Voilà, N. T. C. P., ce que nous devons réclamer fermement, et c'est bien là, ce beaucoup plus, dont parle le Souverain Pontife. Ayons confiance que la Constitution du pays, telle qu'interprétée par le plus haut tribunal de l'Empire Britannique, aura enfin son plein effet.
Mais en attendant que ces droits nous soient rendus, nous devons redoubler de zèle pour les écoles élémentaires.
a) Devoirs des catholiques en général. — Les nouveaux colons catholiques doivent s'efforcer de former des arrondissements scolaires partout où leur nombre le leur permet. Ils doivent bâtir et meubler convenaJDlement, de bonnes maisons d'écoles. Nous les exhortons aussi à user de leurs droits de citoyens pour élire des catholiques bien disposés comme commissaires d'écoles.
h) Devoirs des parents. — Les parents doivent envoyer régulièrement leurs enfants aux écoles cathoKques, c'est-à-dire à celles que nous continuons de considérer comme telles en pratique, bien que nous n'en soyons plus les maîtres. Si les parents ont des raisons graves de placer leurs enfants dans d'autres écoles, ils doivent exposer ces raisons à l'autorité ecclésiastique.
Les parents doivent veiller à ce que leurs enfants apprennent le catéchisme, et cela autant que possible, dans leur langue maternelle,
puisque c'est un moyen puissant et efficace de conserver la foi.
c) Devoirs des Maîtres et Maîtresses. — Les maîtres et les maîtresses sont tenus, en conscience^ d'enseigner la lettre du catéchisme, à trois heures et demie. Jamais le catéchisme n'a été si peu appris ! Que les maîtres et maîtresses profitent de toutes les occasions qui leur sont offertes, et même qu'ils en fassent naître, au besoin, pour enseigner aux enfants la vraie vertu, leurs devoirs envers Dieu, envers le prochain et envers eux-mêmes. C'est aussi leur devoir de faire la prière avant et après les classes et d'enseigner des cantiques pieux et des chants patriotiques durant l'exercice du chant.
d) Devoirs des Commissaires d'écoles. — Les commissaires d'écoles doivent se rappeler qu'ils ne cessent pas d'être catholiques et soumis à l'Eghse, parce qu'ils sont devenus officiers civils. Ils représentent les parents et les tuteurs catholiques. Aussi, leur devoir est de favoriser l'enseignement rehgieux et l'emploi des livres religieux. C'est pour eux un devoir de conscience de s'entendre avec leur curé, ou leur missionnaire pour engager des maîtres ou des maîtresses catholiques, et ils doivent les engager à enseigner la lettre du catéchisme., au moins aux heures prescrites par la loi.
e) Devoirs des Curés et Missionnaires. — Enfin, MM. les curés et missionnaires me permettront de leur rappeler qu'ils doivent visiter les écoles de la paroisse, au moins quatre fois l'an, comme nous l'avons déjà demandé, et ils doivent s'assurer si rien ne laisse à désirer pour l'enseignement religieux, les li\Tes, la morale et la disciphne des classes. La prudence exige que l'on ne confesse point les enfants dans l'école durant les heures de classe. Par école, on doit entendre la maison d'école ou la partie du couvent ou collège louée à MM. les commissaires. C'est à l'école que les enfants doivent apprendre la lettre du catéchisme et c'est notre désir que le prêtre indique lui-même les parties à apprendre, durant chaque quartier de l'année scolaire, au moins pour les enfants qui se préparent à la première communion.
N'oubliez jamais, N. T. C. F., que c'est le devoir des évêques de diriger les fidèles en ces matières d'éducation : c est ce que dit formellement le T. S. Père quand il loue hautement l'attitude de l'épiscopat -canadien luttant pour la cause des écoles du Manitoba :
« Aussi, lorsque la nouvelle loi vint frapper l'éducation catholique dans la province de Manitoba, était-il de votre devoir, Vénérables- Frères, de protester ouvertement contre l'injustice et contre le coup qui lui était porté ; et la manière dont vous avez accompli ce devoir a été une preuve de votre commune vigilance, et d'un zèle vraiment digne d'évêques. »
Que ces éloges du Pasteur des Pasteurs restent gravés dans votre
mémoire comme l'énoncé d"un principe indéniable et aussi comme une réponse victorieuse à tout ce que l'on a osé dire ou écrire contre ceux dont il est dit : « Ne touchez pas mes Christs, » c'est-à-dire, les oints du Seigneur, les évêques.
N'oubliez pas non plus que, tout en profitant des satisfactions partielles dues au bon vouloir des gouvernants, nous avons le droit et le devoir de demander beaucoup plus, pour nos écoles. Que les paroles d'espérance du Grand Voyant du \'atican, l'illustre Léon XIII, le Pape, dans sa célèbre lettre encyclique déjà citée si souvent, restent toujours présentes à l'esprit pour nous consoler et nous fortifier :
« Nous avons, dit-il, confiance que. Dieu aidant, ils (les catholiques du Manitoba) arriveront un jour à obtenir pleine satisfaction. Cette confiance s'appuie surtout sur la bonté de leur cause, ensuite sur l'équité et la sagesse de ceux qui tiennent en main le gouvernement de la chose pubhque, et enfin sur le bon vouloir de tous les hommes droits du Canada. »
Le Souverain Pontife a bien voulu nous le dire à nous-même alors que nous étions prosterné à ses pieds en 1898. « Monseigneur, ayez confiance, vous obtiendrez tout. » ...
Dira-t-on que Mgr Lange vin négligea quelque chose susceptible de hâter l'accomplissement de ses vœux. Aucun homme sincère n'a osé le lui reprocher et la lettre que voici, à défaut d'autres preuves, établirait à l'encontre des libéraux, qui le contestait, son bon vouloir dans les négociations engagées pour faire passer les écoles libres de Winnipeg sous le régime des écoles publiques.
Archevêché de Saint-Boniface, Manitoba, 2 septembre 1899. A sir Wilfrid Laurier, premier ministre du Canada.
Monsieur le iNIixistre, Jeudi dernier nos commissaires d'écoles de \Yinnipeg se sont réunis comme d'habitude au commencement de chaque année scolaire pour aviser aux moyens de subvenir aux dépenses nécessitées par l'entretien de nos six écoles catholiques de Winnipeg. Il y a dans ces écoles une population de près de mille enfants, €e qui constitue un quart de la population scolaire catholique de tout le Manitoba.
Après avoir parlé de plusieurs moyens qui avaient tous l'inconvé-
nient de provoquer une agitation politique malsaine, à la veille des élections, ils en sont venus eux-mêmes à la conclusion de recourir à votre gouvernement.
Lorsqu'ils m'ont fait connaître leur dessein, je les ai priés d'attendre parce que leur demande pourrait difficilement être tenue secrète et qu'alors elle aurait de graves inconvénients.
Ils y ont consenti volontiers.
Je ne leur ai point parlé de la promesse de secours que vous avez bien voulu me faire lors de mon passage à Ottowa et j'ai tenu à me réserver la chose.
« Vous trouverez ci-inclus, Monsieur le Ministre, l'état financier de nos six écoles de Winnipeg ; c'est un devoir pour moi de reconnaître ce qui a été fait et de vous mettre au courant de ce qui reste à faire.
Si les sommes indiquées vous paraissent bien fortes, il est bon de remarquer que les catholiques de Winnipeg, ont payé depuis 1890 une moyenne de 5.000 piastres par an d'impôts pour le soutien des écoles publiques de Winnipeg ! Je dis une moyenne de S 5.000, car ils doivent payer au moins $ 6.000 depuis deux ans, et le chiffre monte toujours.
Nous ne parlerons pas de tout l'argent que le trésor public a économisé aux dépens de notre pauvreté, selon le mot de Mr Fisher, nous arriverions facilement au chiffre de $ 300.000 piastres.
Evidemment on a fait de l'argent à Winnipeg avec la question scolaire !
Il est vrai que le gouvernement fédéral n'est pour rien dans ces profits et ces injustices : mais c'est lui qui alimente en partie la caisse du Manitoba et il me semble que le pouvoir fédéral pourrait parfaitement retrancher au pouvoir local de Winnipeg, en notre faveur, une partie de ce qui est demandé chaque année par la province-prairie !
Je passe sous silence les $ 13.000 piastres qu'on a demandé aux catholiques de remettre en 1890 avec l'entente formelle que cette somme leur serait rendue fidèlement, par la suite.
Veuillez me pardonner. Monsieur le ministre, ces détails quelque peu fastidieux peut-être, mais vous le savez, les affligés aiment à parler de leurs misères, et j'ai intérêt à émouvoir votre compassion.
Si, d'un côté, nous ne voulons point créer un malaise inopportun dans les pays en faisant des réunions publiques et en jetant un cri de détresse, de l'autre nous sommes réduits à une grande gêne pécuniaire.
Nos droits scolaires sont méconnus et cependant notre silence fait croire à un grand nombre que la question est réglée, ce qui ne peut que nous causer un tort considérable.
Dieu sait que je n'ai nullement assumé la responsabilité de cette situation anormale et périlleuse, mais je l'ai acceptée loyalement, et
vous êtes témoin que je fais tous mes efforts pour en tirer le meilleur parti possible en dehors de toute agitation politique.
Espérant que les difficultés présentes se régleront bientôt selon les -désirs et la direction du Saint-Siège et comptant sur votre bonne volonté, j'ai bien l'honneur d'être, Monsieur le Ministre, votre tout dévoué serviteur,
Signé Adélard, 0. M. J.
Archevêque de Saint-Bonijace.
Dans une autre circulaire à son clergé, du 8 novembre 1904, Mgr Langevin comme direction dans la question scolaire conseillait de rappeler aux fidèles qu'ils étaient tenus, en conscience, d'user de leurs droits de citoyens libres, pour réprouver les actes de ceux qui les avaient traités injustement et pour affirmer leur volonté formelle de voir leurs droits scolaires reconnus et restaurés bientôt comme de droit ; d'ajouter que si la minorité protestante de Québec avait été traitée pour ses écoles comme la minorité catholique de Manitoba, aucun protestant, dans tout le Dominion, n'oserait répéter que la question était réglée ; m.ais tous les frères séparés voteraient pour réclamer pleine et entière justice. « Serait-il donc possible que des catholiques, éclairés et dirigés par l'Eglise fussent moins soucieux de leurs intérêts et de leurs droits en matière d'éducation que leurs concitoyens étrangers à l'Eglise ? Ou bien, faudra-t-il reconnaître que les catholiques qui ont conservé ce pays, à diverses reprises, au prix de grands sacrifices et même au péril de leur vie, à la domination anglaise, devront se résigner à accepter une situation inférieure à leurs concitoyens d'autre croyance religieuse ? »
Et périodiquement îc vic^ilant pasteur revient à la charge. En effet le 9 mars 1905, il adresse une nouvelle circulaire à son clergé au cours de laquelle au sujet des mêmes écoles il écrivait textuellement :
Gomme un grand nombre de personnes, non seulement en dehors, mais même dans le diocèse, ne savent plus guère où en est la question des écoles du Manitoba, et que beaucoup croient faussement qu'ella
est réglée, au moins en partie. Nous allons profiter de la circonstance si grave où la question des écoles des Territoires du Nord-Ouest est soulevée par la clause sur l'éducation insérée dans le biil d'organisation des deux provinces d'Albert a et de Saskatchewan, pour résumer la situation et au Manitoba, et dans les Territoires.
Question des écoles du Manitoba au i^^ Janvier 1905. — L'on sait que la loi néfaste de 1890 nous a enlevé, au Manitoba, nos écoles séparées et confessionnelles, et si nous étions tentés de croire que ces écoles sont encore nôtres, parce qu'elles sont fréquentées par nos enfants, les difficultés qui nous sont faites, trop souvent, au sujet des livres, de l'enseignement du catéchisme, etc^ etc., nous désabuseraient complètement.
Depuis 1890, aucune loi ne nous a rendu nos droits à l'école séparée et confessionnelle.
Le règlement (Greenway-Laurier) de 1896, devenu loi en 1897 (30 mars), renferme une clause qui consacre le principe de l'école neutre. La clause 7 dit : « No séparation of pupils by religions dénominations shall take place during the secular school work. » « Il n'y aura pas de séparation d'élèves d'après la religion durant les heures de classe consacrées à l'enseignement profane. »
Quand Nous avons essayé à plusieurs reprises, de faire accepter nos écoles catholiques libres de Winnipeg par la ville elle-même, le « Bureau des écoles pubUques » nous a répondu : « Cela est impossible, parce que c'est contre la loi, » et on nous a menacé d'un procès si le Bureau passait outre. La clause 4 qui permet d'avoir un maître cathoHque alors qu'il y a 40 enfants dans les villes, et 25 dans les campagnes, a toujours été invoquée en vain dans les centres mixtes. On s'en est bien moqué à Winnipeg et à Brandon.
Quant à la clause 10 concernant l'enseignement du français ou d'une autre langue que l'anglais, elle nous a rendu service dans quelques occasions encore assez rares malheureusement.
La grande souffrance du moment, c'est que dans les centres mixtes (à Winnipeg et à Brandon), où il y a des écoles catholiques libres, nos catholiques sont obligés de payer une double taxe (un double impôt), l'une obligatoire, pour soutenir les écoles publiques neutres, ou mieux protestantes, et l'autre volontaire pour le soutien des écoles catholiques dirigées par nos chers Frères et les R. Sœurs, munis, pourtant, de diplômes reconnus par l'Etat.
Mais on nous demandera : Est-ce que votre position n'a pas été améliorée dans les centres catholiques, et à qui le devez-vous ?
Notre position a été améliorée dans les centres catholiques, parce que, à la demande du Souverain Pontife, en 1897, nous avons consenti i
à faire passer nos écoles sous le régime des écoles publiques neutres, et en retour, nous avons reç'u, depuis lors, les octrois des municipalités et du gouvernement local, et ces écoles ne sont plus nôtres.
« Mais, ajoutera-t-on, vous recevez beaucoup d'argent pour vos écoles, de quoi vous plaignez-vous ? »
Nous recevons, il est \Tai, beaucoup d'argent, mais c'est parce que nous consentons à subir la privation momentanée de nos droits scolaires.
De par la loi actuelle, nous n'avons plus droit à nos livres catholiques ; nous n'avons plus droit à des maîtres catholiques, au moins dans les centres mixtes ; nous n'avons plus droit à l'enseignement rehgieux durant les heures de classe ; nous n'avons plus droit, dans les^ centres mixtes, à nos taxes scolaires ; en un mot, ce que nous appellions jusqu'ici nos écoles, n'est plus nôtre, parce que nous n'avons plus droit de les gouverner. Ces écoles ne sont plus des écoles catholiques, ce sont des écoles neutres.
Or, Sa Sainteté Léon XIII, dans sa mémorable encyclique Ajfari vos, sur nos écoles catholiques du Manitoba, définit ainsi Vécole catholique :
« De là la nécessité d'avoir des maîtres catholiques, des livres de lecture et d'enseignement approuvés par les évêques, et d'avoir la liberté d'organiser l'école de façon que l'enseignement y soit en plein accord avec la foi catholique. »
Si donc la position s'^est améliorée au point de vue matériel (au point de vue de l'argent), et dans les seuls centres catholiques, c^est que le Souverain Pontife Léon Xill, nous a demandé de faire de grandes concessions, — mais qui oserait dire que ceci règle la question de nos droits !
Elles restent vraies les paroles du grand pontife qui a qualifié la loi de 1897 de défectueuse, d'imparfaite et d^ in suffisante, et qui a ajout-é : « C'est beaucoup plus que les catholiques demandent et qu'ils ont, personne n'en doute, le droit de demander. » Voilà le programme que tout catholique doit accepter.
Il ne faut pas juger de notre situation scolaire par la quantité d'argent reçu, ni par les déclarations et les écrits de politiciens ou de visiteurs intéressés ou salariés, il faut la voir à la lumière des principes catholiques, à la lumière de la parole du Pape, et aussi à la lumière de la constitution au pays, puisque le plus haut tribunal de l'Empire Britannique a déclaré que nos droits avaient été lésés, que le pacte fédéral avait été violé ; or, ces droits n'ont jamais été restaurés depuis, et le pacte fédéral reste violé.
Nous ne voulons pas cependant être ingrats envers nos gouvernants
actuels à Winnipeg, en méconnaissant la façon si libérale dont ils nous traitent, bien qu'ils ne reçoivent pas de tous les catholiques l'appui qu'ils auraient droit d'en attendre dans les circonstances actuelles. Noi s devons ajouter aussi que c'est grâce à une entente entre le Gouvernement Fédéral actuel et le Gouvernement local da Manitoba qu'une Ecole Normale, pour les écoles bilingues franco-anglaises, a été bâtie à Saint-Boniface.
Nous jouissons de certaines latitudes précieuses, mais tout cela est précaire et ne tient qu'à un fil ; la loi ne reconnaît que des écoles neutres (non-sectarian). Nous subissons encore aes restrictions pénibles, ainsi nous n'avons plus, de par la loi, une série de livres catholiques de lecture, d'histoire et de géographie approuvés par le gouvernement comme ce fut ia pratique et notre droit durant vingt ans, de 1870 à 1890.
Nous sommes encore gênés par un serment heureusement modifié, il est vrai, à la demande des ministres protestants eux-mêmes, mais qui oblige nos maîtres et maîtresses à déclarer qu'ils ont fait ou n'ont pas fait, des exercices religieux, et qu'ils ont donné ou n'ont pas donné, l'enseignement religieux à 3 heures et demie. Et surtout, nous ne pouvons pas percevoir à Winnipeg et à Brandon, les taxes scolaires de nos catholiques, alors que ces taxes suffiraient pour l'entretien de nos écoles catholiques qui coûtent si cher.
Nous n'avons donc, au Manitoba, ni des écoles séparées, comme dans les Territoires du Nord-Ouest, ni des écoles confessionnelles (catholiques) comme dans Québec et Ontario, et il est évident pour tout homme sensé et de bonne foi, que notre question des écoles n'est pas réglée...
La Question des écoles dans les Territoires du Nord-Ouest {Assiniboia- Saskatchewan-Alberta-Athabuska) au 1^^ fanvier 1905. — Dans les Territoires du Nord-Ouest, dès 1875, lors de leur organisation, jusqu'en 1892, il y a eu des écoles publiques, séparées (catholiques et protestantes) tout comme au Manitoba jusqu'en 1890, et comme à Québec et à Ontario, actuellement.
Jusqu'en 1892 il y avait une section catholique du Bureau d'éducation, à Rigina, et les Catholiques avaient le contrôle de leurs écoles tout comme la minorité protestante de Québec en ce moment.
Mais en 1892, une ordonnance néfaste a supprimé la section catholique du Bureau d'éducation, et, depuis lors, les catholiques ont cessé de contrôler les livres, l'enseignement religieux, la formation des maîtres catholiques. Ils n'ont pas même un inspecteur catholique, et deux membres catholiques ont seulement voix consultative dans le Conseil de l'Instruction pubHque, à Régina(Voir au tome VU des
Voies Canadiennes, pages 248 et suiv, : Mémoire adressé par Mgr Taché au Gouvernement d'Ottawa, au sujet des écoles du Nord-Ouest et de Manitoba, et la lettre du R. P. Leduc à Mgr Taché et autres documents qui montrent que les catholiques ont bien été injustement spoliés de leurs droits en 1892).
... Ajoutons le passage remarquable d'une lettre d'un catholique éminent écrivant à Mgr Taché :
« Jusqu'à la date de l'Ordonnance de 1892, l'on ne nous avait jamais dénié le droit d'administrer nos écoles, d'en régler le programme des études, de choisir les livres de classe, de contrôler l'enseignement religieux et enfin d'autoriser l'usage de la langue française partout où nous le jugions convenable. Ces droits étaient exercés par la Section catholique du Bureau d'éducation et à la rigueur suffisaient pour conserver à nos écoles leur caractère distinct if d'écoles catholiques. »
« Maintenant tout cela est disparu : le Bureau d'éducation n'existe plus. Toutes les écoles publiques et séparées, catholiques comme protestantes, sont par l'Ordonnance de 1892 placées sous le contrôle direct d'un surintendant d'éducation protestant et d'un Conseil d'Instruction publique composé des membres du Comité exécutif où les catholiques n'ont pas un seul représentant. »
« Il est vrai que par une clause de l'Ordonnance, il est pourvu à la nomination de quatre membres additionnels, mais sur le Conseil de l'Instruction publique, dont deux protestants et deux catholiques, mais en les privant du droit d'appuyer de leurs votes, les opinions qu'ils pourraient exprimer et de ne pouvoir assister aux séances du Conseil sur Tinvitation du Comité Exécutif, leur utilité se trouve réduite à bien peu de chose. »
Mgr Taché avait donc raison de dire : « Plus astucieux que le gouvernement du Manitoba, celui des Territoires a laissé aux écoles catholiques leur existence, mais il les a dépouillées de ce qui constitue leur caractère propre et assure leur liberté d'action. Les nouvelles lois scolaires du Manitoba et du Nord-Ouest sont une violation palpable et manifeste des assurances données au nom de Sa Majesté et par son autorité. Les convictions des catholiques au lieu d'être traitées avec la considération et le respect promis aux différentes persuasions religieuses sont dépouillées de droits et privilèges qui devraient être considérés comme naturels et inaliénables, dans un pays où l'on affirme qu'il y a égalité religieuse et liberté de conscience. »
Or, cette situation s'est aggravée de plus en plus au point de devenir intolérable. Beaucoup d'écoles sont fermées et beaucoup d'autres ne peuvent pas s'ouvrir dans les Territoires parce que le Département de l'Instruction publique à Piégina se montre d'une exigence découra-
géante même pour des maîtres catholiques des mieux qualifiés pour enseigner. Il est important de remarquer ici que même le droit à des écoles dites séparées ne peut s'exercer que dans les limites des districts publics préalablement étaljlis par la majorité, ce qui empêche beaucoup de petits centres catholiques d'avoir des écoles séparées et les force à maintenir des écoles publiques communes et sans religion aucune.
Dans ces conditions, il n'y a que quelques rares centres comme Régina, Balgonie, Qu'Appelle, Calgary, Edmonton et Prince-Albert qui peuvent avoir des écoles séparées, et que de difficultés ne rencontronsnous pas à chaque instant ! C'est à se ciemanaer s'il ne vauarait pas mieux n'avoir plus ce semblant de liberté qui nous expose au danger de nous endormir pendant que nous dépérissons, que nos restes de droits disparaissent et qu'un grand nombre de nos enfants croupissent dans l'ignorance ! Il ne faut pourtant pas nous décourager dans les Territoires. Le recensement officiel de 1901 porte la population des Territoires à 160,800 et le nombre des catholiques à 30.000 sans compter les Grecs dont un grand nombre sont catholiques, on peut bien dire 4.000 sur 7.000 âmes ; ce qui donnerait 34.000 catholiques en 1901.
Si maintenant, on porte en 1905 le chiffre de la population probable des futures provinces à 500.000 âmes, nous pouvons assurément doubler le chiffre de la population catholique et dire qu'il y a, en ce moment, plus de 70.000 catholiques dans les Territoires. La minorité catholique des provinces de Saskatchewan et d'AIberta serait donc, à peu près, un septième de la population tout comme la minorité protestante dans Québec. N'y a-t-il pas lieu d'espérer que les catholiques en s'unissant et en s'organisant avec un programme bien arrêté obtiendront la restauration de leurs droits scolaires ?...
... Au moment où nous allons mettre sous presse la présente circulaire nous apprenons avec une indicible douleur que la clause sur l'éducation destinée à être insérée dans le bill d'organisation aes deux nouvelles provinces « d'AIberta » et de « Saskatchewan » ne nous remettra point dans la position où nous étions en 1875, lors de l'organisation des Territoires du Nord-Ouest, en vertu de l'Acte de l'Amérique Britannique du Nord, mais elle va consacrer la spoliation de nos droits scolaires par l'ordonnance de 1892, en reconnaissant toutes les ordonnances jusqu'en 1901.
C'en est donc fait, la spoliation de 1892 va donc être définitivement confirmée et consacrée et nous perdons l'espoir de recouvrer nos droits, nous qui attendions cet acte de justice et de haute sagesse en même temps que de vrai patriotisme de la part de nos gouvernants à Ottawa.
Nous avions en 1875 Les mêmes droits scolaires que la Minorité protestante de Québec et la Minorité catholique d'Ontario, et ces droits odieusement violés, en dépit de la Constitution de 1875, ne nous seront point reconnus et rendus comme nous avions lieu de nous y attendre de la part d'un Parlement qui en a le pouvoir !...
En conséquence, nous croj'ons de notre devoir, vénérés et chers collaborateurs, d'élever la voix pour protester contre cette méconnaissance de droits scolaires que nous avons de par la Constitution du pays.
Nous avons droit à des écoles séparées et confessionnelles dans les Territoires et nous demandons hautement et instamment que ces droits soient reconnus et protégés au moment où l'on organise deux nouvelles provinces.
Nous Invoquons le « Pacte Fédéral », si sacré pour les citoyens du Canada, nous invoquons les promesses solennelles faites au grand pacificateur de 1870, à notre illustre et regretté prédécesseur, Mgr Taché, au nom de Sa Majesté Britannique. « Par l'autorité de Sa ^Majesté, je vous assure qu'après votre union avec le Canada, tous vos droits et privilèges civils et religieux seront respectés. « (Gouverneur général, Mémoire, p. 33).
a En déclarant le désir et la détermination du Cabinet Britannique vous pourrez en toute sûreté vous servir de l'ancienne formule ; le droit -prévaudra en toute circonstance, r) (J/éwoïVe, p. 35, Gouverneur général).
Ce droit reconnu officiellement en 1875, nous le réclamons au nom de la bonne foi, de la conscience, de l'équité naturelle, aussi bien qu'au nom de la Constitution du pays, et surtout au nom du droit des gens.
Nos droits sont aussi sacrés et aussi sûrs aujourd'hui qu'ils l'étaient en 1875. Et si quelques opportunistes étaient tentés de nous demander le silence en invoquant l'amour de la paix ou l'impossibilité de recouvrer présentement nos droits, nous lui répondrions. « Il ne peut y avoir de paix que dans la justice. On ne prescrit jamais contre le droit. Toute question de principe n'est vraiment réglée que quand elle l'est selon la justice et l'équité. Notre cause est celle de la justice et de la paix parce que c'est la cause de la conscience et de la vérité , et la vérité est comme Dieu, elle ne meurt pas.
Nous abandonnons ici, momentanément, la production des actes de Mgr. Langevin, relatif à la question brûlante des écoles du Manitoba',pour examiner tout particulièrement les documents relatifs à l'Alberta et au Saskatchewan dans le même ordre d'idées :