AIDE-TOI ET LE CIEL T AIDERA
Le gouvernement conservateur de M. Borden, en 1912, commettait ainsi la même injustice que le gouvernement libéral de Laurier en 1897, et il souleva aussitôt contre lui l'indignation des foules sacrifiées. II pensait toutefois que la bonne volonté éprouvée, et sollicitée par lui en cette occasion, du gouvernement manitobain remédierait, en partie du moins, au mal qu'il laissait s'accomplir, et qu'il éviterait ainsi des répercussions fâcheuses dans le domaine de la politique générale. Il vit bientôt qu'il se faisait illusion.
Dans les Cloches de Saint-Boniface on lisait dès le 15 avril 1912, ce qui suit :
Notre question scolaire manitobaine vient d'entrer dans une nouvelle phase. Elle a été ouverte à la Législature pendant la session qui s'est terminée le 6 avril. Jeudi, le 4, le Gouvernement Roblin a présenté certains amendements qui ont été insérés sans opposition dans l'Acte des écoles pubhques. Les deux partis ont manifesté des dispositions qui permettent d'espérer que l'injuste fardeau de la double taxe scolaire ne pèsera plus sur les épaules des catholiques dans les centres où ils sont la minorité. Ces bonnes dispositions sont le résultat le plus tangible de cette réouverture, qui est la preuve éclatante que la question n'est ni réglée ni enterrée.
Nous devons déclarer que les nouveaux amendements sont assez anodins et qu'ils ne règlent nullement la question. Notre loi sco-
laire n'a été modifiée substantiellement en aucun point. On a élargi le sens du mot école en lui donnant aussi le sens de classe et on a précisé ou plus exactement confirmé le sens de l'article 218, qui autorise 25 enfants catholiques dans les campagnes et 40 dans les villes à avoir un maître catholique. C'est tout. La clause 220, défendant de séparer les enfants pendant les heures de classe ordinaire, demeure dans toute sa force, comme l'a expressément déclaré l'honorable G.-R. Coldwell, ministre de l'Instruction publique du Manitoba. D'où il est facile de conclure que le caractère de l'école reste ce qu'il était et que nos droits scolaires ne nous sont nullement rendus.
Il est possible, • — et nous le souhaitons vivement — , que des négociations avec la commission scolaire de \\ innipeg, par exemple, entamées à l'occasion de l'adoption de ces amendements, aboutissent à la location de nos huit écoles paroissiales de cette ville fréquentées par 1.300 enfants. Cet arrangement permettrait aux catholiques de retirer leur part des S 90.000 de taxes annuelles qu'ils paient présentement pour des écoles dans lesquelles ils ne peuvent en conscience envoyer leurs enfants. Si ces démarches réussissent, la commission scolaire exclusivement protestante, contrôlera absolument nos écoles, qui deviendront des écoles publiques dans toute la force du mot et seront de ce chef assujetties à toutes les stipulations de notre loi scolaire. Les inspecteurs, les livres et les programmes seront les mêmes que dans les autres écoles de la ville. Ce sera un soulagement au point de vue du relèvement de la double taxe, mais ce ne sera pas un règlement. C'est à beaucoup plus que nous avons droit et c'est beaucoup plus que nous réclamons. Encore faudra-t-il, pour que cet arrangement précaire s'effectue, que la majorité témoigne une grande mesure de bonne volonté et que l'esprit de justice, qui semble poindre à l'horizon, se développe et grandisse.
D'où l'on peut juger combien tendancieuses, fausses et même injurieuses pour nous sont les interprétations fantaisistes données aux nouveaux amendements dans une certaine presse de la province de Québec. Pourquoi tromper ainsi l'opinion publique et essayer de créer l'impression que la minorité est satisfaite ?
Les amendements scolaires (Caldwell) voté3,ne sont pas un règlement final et ne ressemblent pas à ceux de l' Alberta et de la Saskatc-hewan, contrairement à ce que prétendait la Patrie^et V Evénement, Mais cette modification de la loi est un essai de concession dont la pratique devant dépendre, surtout à Winnipeg et à Brandon, du plus ou moins de bonne volonté d'une commission scolaire pro-
testante. On verrait après expérience ce que cela valait. Ce commencement, bien modeste, de la restauration des droits scolaires manitobains était loin d'être satisfaisant. Aussi l'archevêque et le Comité catholique de Saint-Boniface n'ont rien accepté comme règlement final et Mgr Langevin n'acceptera que justice complète comme règlement définitif ; il profitera, dans l'intervalle, suivant la direction du Pape, des satisfactions partielles obtenuea, si difficilement.
Tel qu'il a été voté le bill se réduit donc à une interprétation plus favorable de la loi, et à un essai d'amélioration. En toute éventualité, les commissions scolaires exclusivement protestantes de Winnipeg et de Brandon comme par le passé, contrôleront absolument les écoles catholiques : mêmes inspecteurs, mêmes livres, mêmes programmes.
Mais déjà les catholiques manitobains avaient songé aux premières mesures à prendre pour une défense pratique. En effet, Ch. Fr. P. Théophile Hudon, S. J. à la convention nationale du 20 mars 1912, tenue à Saint-Boniface, au sujet du projet de la Fédération des catholiques manitobains, communiqua les grandes lignes du programme d'une union catholique qui était légitime, nécessaire et po.ssible.
La population catholique du diocèse de Saint-Boniface, expliqua-t-il, se chiffre à 87.816 âmes, et un orateur rappela à l'assemblée, tenue au K Manitoba Hall », le 13 mars courant qu'aucun parti politique, aucun ministère ne pourrait résister aux revendications d'une telle armée pourvu qu'elle fut unie. « Si la question religieuse est ici en évidence, la question des races est au fond. » Les chiffres d'ailleurs, qui détaillent la population catholique par nationalité et par langues, le disent assez clairement : population française, 29.595 ; ruthène, 32.637 ; anglaise, 9.485 ; polonaise, 3.369, allemande, 2.062 ; et le reste qui se compose de hongrois, d'Italiens, de Flamands, d'Indiens.
Vouloir imposer la domination d'une nationalité ou d'une langue dans cette fédération des forces catholiques ce serait courir à un échec certain et désastreux : « La fédération sera établie sur l'équité, ou elk
n'existera pas : il faudrait que chacune des races conservât son identité sa personnalité... L'Eglise, qui embrasse l'univers, accepte la diversité et se garde de toute oppression. L'esprit de l'Eglise bien compris nous fera respecter la diversité des rites, la diversité de langues ; imbus de cet esprit, nous pourrons nous flatter de posséder la vraie largeur d'esprit, dont se targ-uent plusieurs avec une suffisance qui contraste avec l'étroitesse de leurs idées. »
L'entente catholique, en effet, ne peut se faire que sur les bases de la justice et de la charité chrétienne, et en dehors des divisions politiques ; bâtir sur tout autre fondement serait construire sur le sable mouvant des passions humaines et des intérêts particuhers, c'est faire le jeu de l'ennemi... Si la Fédération des catholiques Manitobains s'organise, comme elle le doit sur les fondements inébranlables de l'équité, du respect mutuel des droits de chacun, pour la défense continuelle de la cause catholique, elle sera une force irrésistible et elle aura donné aa reste du monde un exemple vainqueur.
La confirmation de ces paroles n'allait pas se faire attendre longtemps.
Les Cloches de Saint-Boniface se demandaient pourquoi, en faisant croire de nouveau à un règlement final de la question scolaire, on essayait de tromper l'opinion, lui faisant accroire que la minorité était satisfaite.
Pourquoi, en 1896, Laurier usa-t-il en public du même stratagème : pour consolider les situations acquises contre toute espérance.
Lomer Gouin. premier ministre de la province de Québec n'était ni aveugle, ni endormi, et W. Laurier, retiré aux champs, ne faisait, en somme, que sommeiller auprès de la charrue. Tous les deux avaient l'œil sur l'horizon politique qpi'ils consultaient à tout heure, scrutaient inlassablement. Ils connaissaient ce qu'ils appelaient les promesses aventurées des conservateurs en matière d'enseignement, et, doutant de leurs moyens, sinon de leur bonne volonté, ils les défiaient de les réaliser jamais.
L'affaire du Keewatin, si ce ne fut un traquenard, fut une épreuve perfide que Borden eut bien fait de subir crânement en taillant dans le vif, en rendant à la Constitution sa voix prépon-
dérante et aux décisions de la justice suprême, force de loi. Il est possible que quelque cyclone se fut déchaîné et que les libéraux eussent tenté d'en compliquer les ravages ; mais on a vu, sous San Francisco; le sol s'ébranler, et sur Regina la plus terrible des bourrasques sévir : de leurs ruines si vastes fu ent-elles, l'une et l'autre cité se relevèrent plus belles, plus fortes, plus confiantes en l'avenir.
Et qui nous prouve que la tourmente, que l'incident eût pu soulever, aurait fatalement soumis le gouvernement fédéral conservateur à une si rude épreuve ! Le gouvernement provincial conservateur de Winnipeg d'aujourd'hui, ne ressemble guère à celui de la veille : avec lui on pouvait s'expliquer, s'entendre, solutionner et^ d'accord, les deux gouvernements amis pouvaient par la justice due inaugurer une ère nouvelle qui pour longtemps, sans doute, aurait confondu les libéraux. On connaît les sévices du ministère Frère Orban en Belgique, on se rappelle le nK)uvement d'énergique réprobation que ses méfaits déchaînèrent parmi les catholiques de la Flandre et de la Wallonie, et les rencontres homériques auxquelles la colère des opprimés et la rage des oppresseurs donnèrent lieu. On alla aux urnes à Anvers, à Gand, à Courtrai, à Bruges, comme à Bruxelles, Louvain, Liège et Namur et autres cités, toutes en effervescence, avec la volonté de vaincre plutôt que de mourir ; et d'une crise sans égale les catholiques belges entrèrent dans une ère de tranquille domination sans fin.
Voilà le sort que les conservateurs canadiens, après leur triomphe du 21 septembre 1911, auraient pu et devaient s'assurer par l'administration ferme et sage de la justice fédérale égale pour toutes les provinces, et ils devaient préluder dans leur œuvre de clairvoyante réparation par rétablir les droits d'enseignements et d'éducation de chacun selon l'esprit et la lettre des Traités, de la Constitution, des Actes, et selon les jugements solennels qui les commentent et les consacrent.
Ils n'ont pas osé se rendre sur ce terrain et quand ils y furent menés de force, ils n'osèrent aller si loin. Indécis et tremblants ils
se laissèrent entamer, ébranler et^, en butte déjà à la suspicion, du public qui les avait suivis avec confiance, ils recevaient dèslors les horions des gens déçus et irrités qui les abandonnaient : car, pour tomber de Charrybe en Scylla, disaient-ils, c'était pas la peine de changer de gouvernement.
Voilà tout ce que Laurier et Gouin observaient, notaient, et de cet état d'esprit morose, de cet énervement qui gagnait de proche en proche, de cette désillusion profonde qu'il fallait exaspérer, ils résolurent de tirer parti.
La dissolution de la législature fut décidée, promptement réalisée et voilà déjà les électeurs catholiques de la province de Québec, qui furent si cruels pour les libéraux le 21 septembre 1911, en mesure d'être sans pitié pour les conservateurs le 15 mai 1912 !
Il arriva ce qu'il fallait prévoir : la colère allait être expéditive,. sauvage: elle allait frapper avec force, et cependant point sans entendement.
Ainsi, malgré que les pouvoirs et les hommes fédéraux se jetassent à corps perdus dans la mêlée électorale en cette province,. dont la constance importait tant : malgré la valeur des hommes qui sollicitaient la confiance de l'électeur ; malgré Tellier, Bourassa, Landry, Lavergne et autres admirables champions des causes honnêtes et qui suppliaient l'électeur de faire encore crédit aux élus de la veille, tout fut dit et tenté en vain : d'une seule pièce le public avait pivoté sur les talons et, de sa main fébrile, il brisait sur le sol provincial ce que la veille il avait élevé avec soin, avec amour, sur le sol fédéral.
Mais, comme dans les cataclysmes de la nature qui frappent les esprits d'épouvante et d'admiration par certaines modalités symboliques, il arriva dans cette tourmente d'opinion, apparemment versatile et aveugle, que tous les sièges des conservateurs dont l'occupant avait tenu parole et avait voté en faveur des droits scolaires des minorités, furent épargnés, consolidés, comme agrandis par le respect et l'approbation du peuple reconnaissant: et les autres... furent balayés.
Ce qui revenait à dire et déclarer en bonne forme à M. Bordea lui-même : marchez vers le droit intégral, ou dans l'impuissance et l'oubli, vous tomberez comme eux.
Et voici ce que nous apprennent les derniers échos du Manitoba.
Le 8 avril 1913, à 3 heures de l'après-midi, S. G. Mgr Ovide Charlebois, de retour de Rome après 6 mois d'absence, rentrait dans sa modeste résidence du Pas, dans le Keewatin^ Catholiques et protestants, en grand nombre, se pressaient à la gare du Canadian Norther Railway, tous tenant également à cœur de témoigner au vaillant défenseur des droits imprescriptibles des minorités opprimées un profond respect, une grande considération et, les catholiques, leur attachement filial. Jamais et pour personne, au Pas, il n'y eut pareille affluence, et Sa Grandeur qui se doutait bien de la raison de cet accueil sympathique chez les uns, enthousiaste, chez les autres, s'en montra fort ému et profondément reconnaissant,
Le soir même il y eut réception officielle dans la petite chapelle de la localité, très artistement décorée pour la circonstance. Après avoir entendu des adresses flatteuses autant que sincères, en français aussi bien qu'en anglais, Mgr Charlebois répondit avec aisance et cordialité dans la langue propre à chacun ; et puis, avec un accent singulièrement pénétrant, altérée par une tristesse invincible, après avoir pourtant constaté les progrès matériels et moraux accomplis durant son absence, il exhala sa peine amère i « La cause .de ce chagrin, dit-il, c'est que depuis mon départ la question si importante et si sainte de nos écoles n'a fait aucun progrès... et que je me trouve dans la triste nécessité de déclarer avec l'illustre archevêque de Saint -Boniface, MgrLangevin, que cette question n'est pas plus avancée ni plus réglée aujourd'hui qu'elle ne l'a été depuis 22 ans qu'elle est en litige... Cependant
laissez-moi vous féliciter de tout mon cœur, chers chrétiens, pour les sacrifices généreux que vous n'hésitez pas à vous imposer pour soutenir clans cette ville vos écoles... »
Contentement et tristesse étaient également justifiés par des faits récents. Les habitants du Pas, en effet, s'étaient concertés pour faire arriver aux pouvoirs publics un exposé substantiel des griefs des catholiques du Keewatin, et voici leur requête présentée aux Communes, au Gouverneur-Général et que M, Ph. Landry, que nos lecteurs ont lu ici-même avec tant d'intérêt, se chargea de soumettre au Sénat fédéral, en sa qualité de défenseur dévoué des catholiques et de président de cette Haute Assem.blée.
Requête des catholiques du Keewatin, adressée au gouvernement fédéral el soumise au Sénat, le 23 janvier, par son président, l'honorable P. Landry :
Aux honorables membres du Sénat, Oitaiva.
Honorables Messieurs, ■ — Les soussignés par leur humble requête ont l'honneur de vous exposer :
10 Qu'ils habitent Le Pas et qu'ils ont toujours appartenu aux Territoires du Nord-Ouest jusqu'à la date de leur transfert à la province du Manitoba, en vertu de l'acte 2, Georges V, chap. xxxii ;
2° Que pendant qu'ils appartenaient aux Territoires du rsord-Ouest, la partie du pays qu'ils habitent s'opposa, même par la force, à son annexion au Canada et ne consentit à entrer dans la Confédération canadienne qu'à la suite d'un traité formel conclu entre le gouvernement provisoire des Territoires du Nord-Ouest et de la terre de Rupert, d'une part, et le gouvernement canadien, de l'autre, lequel traité fut ratifié par le gouvernement impérial, par son représentant autorisé au Canada ;
3° Que ce traité leur garantissait le maintien de tous leurs droits civils et religieux ;
40 Qu'une législation subséquente, consacrant cette garantie en ce qui concerne l'existence d'écoles confessionnelles, fut donnée au Manitoba par son acte constitutionnel (33 Victoria, chap. m), et aux Territoires du Nord-Ouest par l'acte fédéral, 43 Vict., chap. xxv, qui statuait que toute ordonnance ou législation au sujet de l'Instruction publique devait décréter que la majorité d'un district scolaire pourrait y établir les écoles qu'elle voudrait et la minorité pourrait y établir
des écoles séparées, protestantes ou catholiques romaines, suivant le cas, sans être assujettie au paiement de taxes pour le soutien d'écoles appartenant à une dénomination différente ;
5° Que cette législation a toujours été en force et qu'elle donnait par le fait même de son existence aux catholiques du Nord-Ouest et aux soussignés entre autres, le droit inaliénable d'avoir des écoles de leur choix ;
60 Que l'annexion territoriale, au cours de la session 1911-1912, d'une partie du Nord-Ouest à la province du Manitoba, ne pouvait pas détruire ni aliéner un droit consacré par un traité et confirmé par une loi passée en vertu de ce traité ;
7"^ Qu'une interprétation raisonnable de l'Acte de l'Amérique Britannique du Nord ajoute à la force de ce traité et de cette législation, en ce sens que l'Acte de l'Amérique Britannique du Nord consacre le principe que les droits que la minorité peut posséder par la loi ou par l'usage en matière scolaire doivent lui être garantis, et que toute législation subséquente à l'encontre de ce principe est nulle de plein droit *
8 ' Que le Comité Judiciaire du Conseil privé de Sa Majesté^ en Angleterre, et le Conseil privé lui-même, dans une ordonnance faisant suite au jugement du Comité judiciaire, ont décrété que la loi du Manitoba était réellement un pacte, un contrat intervenu entre deux parties litigeantes, pour assurer l'entrée de l'une dans la Confédération canadienne, et que les termes de ce contrat obligeaient ;
9 Que nonobstant toutes ces raisons, le Parlement du Canada, à sa dernière session, a ordonné le transfert d'une partie du Nord-Ouest à la province du Manitoba, sans vouloir insérer une clause dans la législation réservant les droits que la minorité pouvait avoir, tandis que le même parlement, quand il s'est agi d'annexer l'Ungava à la province de Québec, a bien voulu insérer dans sa législati n une clause garantissant contre les catholiques de la province de Québec les droits que les Sauvages pouvaient avoir dans ces territoires :
Vos pétitionnaires concluent humblement que le Parlement de Ix Confédération canadienne devrait, par une législation quelconque, régler les justes griefs dont ils se plaignent, de manière à leur assurer la jouissance paisible des droits qui leur avaient été donnés par la traité de 1870, par la législation de 1875 et que confirment les dispositions générales de l'Acte de l'Amérique Britannique du Nord.
Et vos pétitionnaires ne cesseront de prier.
Le Pas, 2 novembre 1912.
Signé : F.-X. Fafard, 0. M. I., Louis Guillerier, sr, A. -H. de Trémaudan, F. Paradis, M. Biais, 0. M. I.^ D. De Prémaude, Joseph La-
plante, L. Cuillerier, jr, Arthur Larose, M. D., F. Flamand, 0. David. D. Boileau, Joseph Soult, Jos. Courcy, Louis Bacon, C. Bernard, L. 0. David, Y. Y, M. Landry, S.-J. Hogan, Jos. Smith, C. Calvat, H. Cuillerier, J.-A. de Villers, O.-F. Pigeon, R. Arial, M. Leduc, D, Cuillerier, M. Jos. Lefert, Dantanleau Cuillerier, J.-B. Baloc, Théo Dupas, Ad. Lamy, D. Lévesque, H. McKinnon, Théophile Cuillerier, Josaphat Fradette, Louis Smith, J. >L Roy, Adélard Flamand, Joseph Moras.
Les catholiques du Keewatin ne pouvaient mieux dire et faire pour seconder l'action de leurs pasteurs ; mais quel accueil recevront leurs justes revendications ? Une fin de non recevoir qui ne fera qu'accentuer celle de la commission scolaire de Winnipeg, qui répondit aux pétitionnaires de cette ville, inspirée par les mêmes griefs, à savoir : que la loi scolaire manitobaine s'oppose à la séparation des enfants, telle que proposée, et que le costume religieux est contraire à la neutralité de l'école.
Ce qui fit déclarer par Mgv LangeA'in à un rédacteur du Devoir :
« Au point de vue des faits, notre situation scolaire est exactement ce qu'elle était l'an dernier, comme elle était il y a vingt-deux ans. Les amendements votés l'an dernier par la législature n'ont pas eu d'effet dans la pratique. La commission scolaire de Winnipeg n'a rien fait pour alléger le fardeau qui pèse sur la minorité. »...
A Ottawa comme à Québec, où l'ardente ténacité de Mgr Langevin à défendre l'école catholique était bien connue, on s'étonna de sa réserve, faite surtout d'attente et de silence. On se demandait avec une certaine curiosité s'il était enfin résigné ou découragé. Ni l'un ni l'autre : il est debout, et voici que plus instamment, plus fièrement que jamais il réclame tout ce qu'on doit à ses ouailles d'après les Traités, la Constitution, le bon droit, la loi et les jugements qui s'opposent à toute défaillance chez l'opprimé^ comme à toute prescription en faveur des oppresseurs.
C'est par mandement adressé le 13 avril 1913 au clergé séculier et régulier, aux communautés religieuses et à tous les fidèles de son diocèse, que l'éminent archevêque de Saint-Boniface traite
enfin la question des Ecoles du Manitoba et met à point comme suit cette question toujours brûlante :
Nos TRÈS CHERS Frères. — Il est de notre devoir de vous dire où en est notre grave question scolaire du Manitoba, après un long et pénible silence que la prudence nous a imposé afin de ne nuire en rien aux négociations qui se sont poursuivies à Ottawa et à Winnipeg, depuis un an.
I. Transfert du Keewatin. — Vous n'ignorez pas que lors du transfert d'une grande partie du Territoire du Keewatin par le Gouvernement fédéral à Ottawa, au Gouvernement local et à la province du Manitoba, les droits scolaires des habitants du Keewatin n'ont nullement été sauvegardés malgré nos propres réclamations écrites et celles de S. G. Mgr Ovide Charlebois, 0. M. I., Vicaire Apostolique du Keewatin et évêque de Bérénice, représentant immédiat des intéressés.
Après avoir consulté les catholiques de Winnipeg et d? Brandon, et leur avoir demandé s'ils étaient disposés à réclamer la sauvegarde des droits scolaires du Keewatin, par une clause légale, comme condition sine qua non du transfert du Keewatin au Manitoba, au risque de retarder indéfiniment le règlement de la question scolaire, ou bien s'ils préféraient garder le silence, nous avons, en leur nom, et appuyé ensuite par leurs demandes publiques, réclamé auprès du Gouvernem-Tnt à Ottawa, cette sauvegarde, alors que nous ne recevions aucune promesse directe ou indirecte de l'amélioration de notre condition scolaire de la part des Gouvernants à Winnipeg.
Cependant, nous admettons que l'opportunité de l'insertion d'une clause légale protégeant les droits scolaires de la minorité catholique du Keewatin était discutable; mais il nous aéié douloureux d'entendre nier les droits de haute justice de cette minorité, malgré la Constitution destinée évidemment, par ses auteurs, à consacrer à jamais, le principe de l'école confessionnelle. Hélas ! l'expérience a prouvé qu'il eut été préférable d'invoquer, alors, les droits scolaires de la minorité catholique et de les consacrer par une législation protectrice.
Quoi qu'il en soit, les cathoUques du Keewatin et du Manitoba, avaient droit de s'attendre qu'ils ne seraient pas abandonnés, sans condition et sans garantie, dans une circonstance solennelle où leurs droits les plus sacrés en matière d'éducation étaient en cause. En justice et en honneur, on aurait dû faire une réserve au cas où le gouvernement du Manitoba n'aurait rien fait,
II. Les amendements scolaires Coldwell. — Il est vrai qu'il y avait lieu d'espérer que le gouvernement et la majorité protestante du Ma-
nitoba se montreraient justes et même généreux, alors qu'ils recevaient le cadeau princier d'un agrandissement de territoire qui met la province sur un pied d'égalité avec les provinces sœurs de l'Ouest, et lui vaut maintenant d'être devenue une province maritime.
C'est alors que la question des écoles du Manitoba, si souvent mais si faussement déclarée réglée, a été réouverte, et que les négociations entamées entre les partis intéressés ont amené le passage d'amendements scolaires appelés Amendements Coldwell, du nom de l'honorable ministre de l'Education, qui les a proposés. Ces amendements ont été votés par les deux partis politiques désireux, ce semble, de faire sortir cette question toujours vivante et toujours troublante de l'arène politique ; mais leur acte imparfait n'a pas obtenu le résultat que nous espérions.
Il ne nous appartient pas de dire ce que valent ces amendements Coldwell au point de vue légal, bien que les Catholiques aient constaté avec étonnement que la fameuse objection à l'hal^it religieux des instituteurs et des institutrices, après avoir été formulée jusqu'ici avec hésitation par quekiues fanatiques, a été invoquée par un savant avocat de Winnipeg qui admet cependant, contre toute logique, que la loi scolaire n'en fait aucune mention.
Nous ne vous ferons pas connaître les détails fastidieux des démarches de l'honorable Coldwell auprès du Bureau des écoles publiques de Winnipeg^ composé de cjuatorze commissaires tous non-catholiques, pour les amener à profiter des nouveaux amendements scolaires afin d'accepter nos écoles libres de Winnipeg et de Brandon dans les conditions suivantes :
III. Demandes des catholiques de Winnipeg et aussi de Brandon. —
10 Nos maisons d'école seront louées i^avle Bureau des écoles publiques.
11 n'a jamais été question, et il ne serajamais question, de vendre ces maisons au Bureau ou de lui demander de nous construire des maisons d'école.
2° Nos maîtres et maîtresses catholiques ayant des diplômes ou des brevets du gouvernement (frères et religieuses) recevront du Bureau le salaire réglé par la loi.
3° Nos écoles telles qu'elles sont, passeront sous le régime des écoles public[ues.
C'est ce qui a été très bien spécifié dans le mémoire rédigé par le Comité de la Fédération des catholiques du Manitoba, et envoyé aux membres du Bureau des écoles publiques. Ce mémoire intéressant qui expose bien les demandes des catholiques et ne sacrifie aucun principe a été publié dans les journaux et il est à étudier.
Nous ferons trois observations très importantes sur ces demandes
- 5ii —
des catholiques de l'acceptation de leurs écoles libres par le Bureau des écoles publiques de Winnipeg :
Première observation. — D'abord, c'est pour nous conformer à ce que le grand Pape Léon XIII a réglé dans son encyclique Affari ços, de 1897, sur les écoles du Manitoba que nous avons autorisé les catholiques à faire ces démarches, parce qu'il y est dit que les catholiques devront accepter les réparations partielles qu'ils pourraient obtenir.
■' En attendant, et jusqu'à ce qu'il leur soit donné de faire triompher toutes les revendications, qu ils ne refusent pas des satisfactions partielles. C'est pourquoi partout où la loi, ou le fait, ou les bonnes dispositions des personnes leur offrent quelques moyens d'atténuer le mal et d'en éloigner davantage, les dangers, ii convient tout à fait, et il est utile qu'ils en usent et qu'ils en tirent le meilleur parti possible. »
C'est pourquoi, nous avons nous-même sous le gouvernement de sir \Yilfrid Laurier, en 1900-1901-1902,- prié un Comité de catholiques de Winnipeg, de s'aboucher avec le Bureau des écoles publiques pour leur demander d'accepternos écoles libres avec les mêmes conditions.
Deuxième observation. — L'acceptation de nos écoles libres de Winjiipeg et de Brandon par le Bureau des écoles publiques aurait eu pour résultat heureux :
a) D'abord de faire disparaître pratiquement le fardeau de la double taxe scolaire qui pèse encore si injustement sur nos catholiques des centres mixtes ;
b) Puis de nous permettre d'établir des écoles pour les enfants catholiques dans de nouveaux centres mixtes où le nombre des catholiques augmente ;
c) Enfin de mettre nos catholiques des centres mixtes dans une situation presque analogue, vis à vis de la loi scolaire, à celle des cathotiques des paroisses ou des colonies françaises, anglaises, ruthènes, polonaises, à la càm.pagne, avec cette différence essentielle cependant, que ceux-ci ont des commissaires d'écoles catholiques, tandis qu'à Winnipeg et Brandon il n'y en a pas un seul depuis 1890.
Nous nous demandons si l'on a toujours bien compris que les catholiques de nos paroisses de campagne jouissent de certains avantages, grâce au bon vouloir des gouvernants actuels, non pas parce que les catholiques de la plupart des paroisses ou des colonies sont de langue française (les Catholiques français de Winnipeg souffrant autant que les catholiques anglais, polonais, allemands, ruthènes, de la loi de 1897) mais, parce qu ils sont groupés et qu'ils se donnent la peine d'élire des commissaires d'écoles catholiques. LTne paroisse anglaise à la campagne jouirait des mêmes avantages que Saint-Norbert et toutes les autres paroisses françaises.
- Troisième observation. — L'arrangement proposé n'est pas une abdication de nos droits scolaires selon la Constitution, mais c'est Vahdication du contrôle de nos écoles qui passeraient sous la domination et seraient à la merci d'un Bureau composé exclusivement aujourd'hui de non-catholiques, et dont une partie des membres est renouvelée chaque année, en sorte que l'arrangement conclu aurait été précaire de sa nature.
Il faut remarquer aussi que nous n'aurions pas le droit de percevoir nous-mêmes nos taxes scolaires, et d'en disposer.
Nous n'aurions donc pas eu raison de nous déclarer satisfait, et la minorité piotestante de Québec n'accepterait jamais une situation si inférieure et si humiliante, mais c'eût été certainement une amélioration considérable et un premier acte de justice.
Les non-catholiques auraient cessé enfin de se servir des taxes scolaires des catholiques pour bâtir des palais scolaires, et de faii*e instruire leurs enfants en partie aux dépens des autres.
A Winnipeg seulement les taxes scolaires des catholiques, absorbées pour le maintien des écoles publiques neutres où ils n'envoient pas leurs enfants, doivent aujourd'hui dépasser la somme de S 80.000.00 chaque année !
Il fallait donc aux Catholiques un grand esprit de conciliation et un bon vouloir plus qu'ordinaire pour accepter un tel arrangement.
Or l'honorable Coldwell a essayé en vain d'amener le Bureau des écoles publiques de NA'innipeg à accepter nos huit écoles libres (quatre écoles anglaises, une écoles franco-anglaise, une école anglo-polonaise, une école anglo-allemande, une école anglo-ruthène), il s'est heurté à un refus appuyé sur le fait que les nouveaux amendements scolaires n'obligeaient pas le Bureau à se rendre à la demande du gouvernement local du Manitoba d'accepter nos écoles.
Le Comité de la Fédération des cathohques du Manitoba, après de longs pourparlers inconnus de ceux qui l'ont accusé faussement d'inertie, a aussi essuyé le même refus de la part du Bureau s'appuyant sur l'opinion légale d'un avocat éminent, dont la science bien connue semblait le mettre à l'abri de tout préjugé. Cet avocat a déclaré, au grand étonnement de ses meilleurs amis et de savants légistes, que la loi s'opposait à l'acceptation de nos écoles telles qu'elles sont avec les enfants catholiques et leurs maîtres et maîtresses en costumes religieux ! C'est incroyable, mais cela est.
Voici le texte de cette partie la plus importante de cette étrange opinion sur la légalité du costume religieux :
« Il n'est fait aucune référence expresse, dans l'Acte du Manitoba, au vêtement ou costume des instituteurs ; aucun règlement n'a été
fait par le bureau consultatif à ce sujet. Mais le fait que ces costumes sont un symbole distinctif et ont une signification particulière se rapportant à, et représentant, une église particulière, et l'importance qu'y attachent, naturellement, les pétitionnaires, rendent confessionnel (sectarian), à un degré correspondant, ce costume ou vêtement ; et l'emploi de tel vêtement dans les écoles, même si l'enseignement oral ou autre et les livres sont ceux qui sont prescrits par l'Acte des écoles publiques, serait, dans mon opinion, une violation de la section 214 défendant quoi que ce soit qui n'est pas entièrement non-confessionnel, cette violation étant aussi claire que si des emblèmes tendant à exalter une autre église étaient constamment en évidence dans les écoles. »
Les amaendements Coldwell n'ont donc été suivis jusqu'ici, d'aucun effet pour les catholiques des centres mixtes de Winnipeg et de Brandon, et il faut bien répéter pour la centième fois que nos catholiques y souffrent encore de la même injustice qu'en 1890, lors de la loi scolaLe scélérate qui nous a ravi brutalement nos droits scolaires, droits consacrés cependant par la Constitution.
Depuis bientôt vingt -trois ans, les cathoUques des centres mixtes déjà nommés sont donc traités avec une injustice criante, et la Constitution du pays, le pacte fédéral, restent violés, malgré une décision favorable du haut tribunal de l'empire, l'honorable Conseil privé d'Angleterre qui a reconnu que nous avions des griefs fondés et qu'il fallait y remédier !
Les hommes politiques qui ont créé ce triste état de choses, ou qui l'ont prolongé par leur manque de courage doivent donc en porter la lourde responsabilité devant Dieu et devant leur conscience. Les événements ne nous donnent que trop raison à nous qui avons constamment réclamé les droits scolaires de nos coreligionnaires, qui avons répété si souvent en face des affirmations fausses et intéressées de certains politiciens peu scrupuleux, que la question de nos écoles n'est réglée ni dans les centres catholiques, ni surtout dans les centres mixtes condamnés encore aujourd'hui à payer l'injuste et écrasante double taxe.
IV. Pourquoi les négociations antérieures ont-elles échoué. — Nos très chers frères, plusieurs d'entre vous, surtout parmi les nouveaux venus se demandent peut-être si les négociations de ces derniers mois en faveur surtout de nos écoles dans les centres mixtes, sont nouvelles, et, si elles ont eu lieu déjà, pourquoi elles ont échoué.
Nous devons répondre que, plusieurs fois déjà, depuis 1896, sous le gouvernement de sir W. Laurier, les catholiques de Winnipeg ont fait des démarches, à notre demande expresse, pour faire accepter leurs écoles.
Nous n'avons jamais boudé ni les hommes ni les choses ; mais nous VIII, — Vers l'Abîme 33
avons toujours travaillé non seulement à conserver ce qui nous était confié, mais à l'augmenter. Si nous avons toujours réclamé hautement la plénitude de nos droits scolaires, si nous avons cru remplir notre devoir en disant la vérité à ceux de nos hommes pubUcs qui ont manqué à leur devoir et ont mérité la flétrissure du Prophète Tu es ille vir : Tu es cet honwie, qui a commis l'injustice, nous n'avons pas cessé, en même temps, de multiplier les écoles primaires et secondaires. De plus l'amélioration qui s'est produite dans les campagnes, grâce au bon vouloir des gouvernants, ne nous a jamais fait oublier la souffrance des catholiques des centres mixtes.
Mais, alors, pourquoi les négociations précédentes auprès du Bureau des écoles publiques de Winnipeg (1900-1901-1902) n'ont-elles pas réussi ? C'est que plusieurs membres de ce Bureau ont -po&é aux catholiques trois conditions ; d'alxird, il fallait enlever les signes de religion en dehors et en dedans, puis il fallait que les RR. Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, de Montréal, enlevassent, leur costume religieux, et enfin les religieuses devaient être remplacées par des maîtresses séculières. Et la clause du soi-disant règlement de 1896, sanctionné le 30 mars 1897 et devenu en force le l^'' août 1897, et qui défend de séparer les enfants d'après les confessions religieuses était toujours invoquée contre nous par l'avocat du Bureau.
Chose étrange Le Bureau des écoles publiques de Winnipeg faisait les mêmes objections que le Bureau des écoles publiques de Faribault, aux Etats-Unis ! (diocèse de Saint- Paul).
Lorsque le vénérable archevêque de Saint-Paul eut été autorisé par le Saint-Siège à faire passer l'école paroissiale des religieuses Dominicaines sous le contrôle du Bureau des écoles publiques, les crucifix et les images pieuses d'abord, puis le costume des religieuses durent disparaître, et bientôt les religieuses elles-mêmes furent remplacées par des séculières.
Si donc Nous avions risqué alors de nous soumettre au contrôle du Bureau des écoles publiques de Winnipeg, nous nous serions exposé à la même déconvenue et nous n'aurions pas eu d'excuse, puisque l'exemple de nos voisins devait nous instruire. C'eut été une faute doublée d'une sottise ! Et, cependant, certains hommes politiques intéressés nous prêchaient la confiance dans le Bureau.
Dernièrement quelques membres du Bureau des écoles publiques de Winnipeg ont invoqué, comme toujours du reste jusqu'ici, la clause de l'arrangement Laurier-Greenway, devenu loi en 1897, défendant la réparation des enfants d'après les dénominations religieuses, malgré que cette clause (220) semble être pratiquement rappelée ou annulée (nous l'espérions du moins), par les nouveaux amendements Coldwell
qui disent que si les catholiques ou les protestants ont une moyenne de vingt -cinq enfants dans les campagnes et de quarante-cinq dans les villes, les commissaires d'écoles devront leur procurer des maîtres de leur dénomination ou confession religieuse.
Voici d'ailleurs une traduction du texte de ces amendements, adoptés le 6 avril 1912 (chapitre lxv) :
La clause 2 de l'Acte des écoles publiques, chapitre cxliii, S. R, M., 1902, est amendée par les présentes, en y ajoutant les sous-clauses suivantes :
(R) Le mot école, partout où il se rencontre dans cet acte, signifiera et comprendra toute maison d'école, salle de classe, ou département, dans une bâtisse scolaire possédée par un arrondissement scolaire pubhc, et présidée par un ou des instituteurs.
(S) il sera du devoir de toute commission scolaire de cette province, de pourvoir le local nécessaire conformément aux dispositions de l'Acte des écoles publiques, quand elle en sera requise par les parents ou gardiens des enfants, en âge d'aller à l'école, suivant les dispositions de l'Acte des écoles pubhques.
(T) La clause 218, chapitre cxliii, S. R. M. 1902, entendait signifier et de fait signifie un instituteur pour les enfants des requérants, et de la même dénomination religieuse que les requérants.
Et de plus, le nouvel avocat a déclaré que l'habit religieux était un empêchement parce que les écoles ne doivent pas être sectaires (confessionnelles).
Nous sommes donc, nous catholiques, li\Tés à la merci d'interprétations plus ou moins légales d'une loi ou d'amendements à une loi qui/ deviennent, en définitive, nuls pour nous ! Et l'on ose encore ptfeleri très sérieusement de British Fuir Play, alors que les nôtres font-d-es; sacrifices énormes pour soutenir leurs propres écoles et qu'ils sont foif^' ces de contribuer au maintien des écoles publiques 1 Mais, alor.s, ncTus dirait-on, vous n'aA'ez donc rien obtenu jusqu'ici ? Au contraire^ mdi»»'. avons obtenu beaucoup. - i:;
Nous avons obtenu une école normale bilingue à Saint 'Bonifajc€!Tetr> trois inspecteurs catholiques pour les écoles franoôf-anglaises ; lAous? avons maintenu le crucifix aux murs de nos écoles etnous avons k^jours refusé de sacrifier inutilement à un fanatisme ignorant et injuste^ le costume religieux, symbole de vertu et de seienc-éj drapeau, sans tache que nous n'abaisserons pas devaht l'ennemi. ^,;v m -^'^ah îo oi'i Nous avons traité avec les gouvernante d«s-deux pàrtié^olitiqU^atf> Manitoba et dans la Saskàtcfaewan^ .etnoîuis en avons obtenu des eoii-f
^•essions avantageuses; • - i . i,.- .
Nous pouvons donc noui piése&teB devi(nti.¥ûU8 àvee Ja^sentim^nlii
du devoir accompli ! Nous avons donné l'exemple de l'indépendance de la politique humaine, et nous avons le droit de vous demander de vous unir, de vous solidariser, de vous organiser en dehors des partis politiques, tout en leur conservant votre allégeance si vous savez la subordonner à votre conscience catholique.
Il s'agit de réclamer les droits des Catholiques selon la Constitution de notre pays si nous ne sommes pas des parias. Nous ne demandons aucun privilège, nous réclamons seulement nos droits. A cette fin, il faut mettre nos devoirs de catholiques au-dessus des intérêts personnels et des intérêts de partis.
Il est inutile d'invoquer la Constitution du pays et le célèbre jair play Britannique, si nous n'agissons pas, si nous ne faisons pas sentir notre influence dans la vie pubUque.
\'. La Fédération des catholiques du Manitoha. — Nous voulons donc et nous approuvons hautement la Fédération des catholiques du Manitoha, déjà commencée Tan dernier et dont le Comité, composé de laïques et de prêtres, a fait un travail si sérieux et si désintéressé, si habile et si utile depuis quelques mois, quoique puissent en dire ceux que la politique aveugle.
Il ne faut pas s'émouvoir si quelques individus veulent mêler la politique à cette œuvre essentiellement catholicjue et tout à fait en dehors des partis politiques. Nous ne tolérerons pas qu'elle devienne un engin de guerre contre un parti politique quelconque, et encore moins contre le parti qui nous a rendu des services appréciables au Manitoba, tout comme un autre parti politique l'a fait dans la Saskatchewan. Nous espérons que la Fédération agira toujours fermement et avec prudence, afin d'unir nos catholiques dans une commune pensée de justes revendications de nos droits, surtout de nos droits scolaires.
Nous serions les derniers des hommes et des catholiques et nous serions indignes du beau titre de citoyens britanniques, si nous négligions de nous organiser, comme tant d'autres le font ostensiblement dans ce pays libre, pour protéger ce qui nous doit être plus cher que la vie, les droits de l'Eglise, l'âme des petits enfants.
Les catholiques de Winnipeg et de Brandon sont désappointés de se voir refuser des demandes si justes et si modérées alors qu'ils ont droit à des écoles publiques cathoUques tout comme les cathoUques d'Ontario et même de Québec ; mais ils ne sont pas découragés. La question des écoles du Manitoba est plus vivante que jamais ! Ils ont confiance dans leur bon droit et ils continueront volontiers à faire des sacrifices bien onéreux, surtout dans les paroisses pauvres de Winnipeg. Loin de fermer nos écoles, nous les agrandirons le cœur plein d'espérance ;
car le droit et la vérité ne meurent pas et finissent toujours par triompher dans les pays de liberté conquise ou à conquérir.
Le point capital, en ce moment, est l'union loyale, sincère et persévérante des catholiques dans le libre exercice d? leurs droits publics.
Un peuple libre et fier, qui lutte, doit finir par triompher. La foi nous commande d'espérer, et les institutions britanniques de notre pays nous en font aussi un devoir.
Il appartiendra à la prochaine assemblée générale de la Fédération de régler ce qui devra être fait à l'avenir, d'abord, pour éclairer l'opinion publique par la presse catholique. Il s'agit pour chaque catholique de bien comprendre le devoir du moment et de se rendre compte des moyens d'action à employer.
Nous voulons la paix assurément ; mais pour nous, hommes fièrement libres, catholiques convaincus, il ne peut y avoir de paix que dans la justice ! Les réparations partielles ne sont que des acomptes. Nous ne pouvons nous déclarer satisfaits que dans la pleine reconnaissance de nos droits. Si nous sommes disposés à obéir aux directions du Pontife suprême, du Grand Voyant en Israël, nous ne serons jamais forcés de passer sous les fourches caudines, en nous liant, à l'avance, à ce qui répugne à l'honneur et à la conscience.
Nous n'accepterons donc jamais ni l'école neutre, ni l'université neutre, ni l'obligation d'envoyer nos enfants à l'école neutre. Nous apprécions et nous apprécierons toujours les preuves de bonne volonté des gouvernants et nous nous en souviendrons ; mais nous ne voulons nous lier, nous inféoder à aucun parti politique au point de le servir, même s'il nous opprime ou nous menace, ou nous abandonne.
Nous espérons donc que les catholiques de notre diocèse comprendront leur devoir et qu'ils s'uniront franchement pour amener nos gouvernants à nous rendre justice, en aidant, au besoin, de leur bonne volonté quand ils sont sincères ; mais qu'ils gardent toujours une réelle indépendance.
Nous comprenons toutes les difficultés que comporte cette nouvelle orientation des forces catholiques ; mais nous avons pleine confiance que nous trouverons, dans chaque comté, chaque paroisse, chaque colonie, des hommes de bonne volonté pour organiser l'action catholique...
Donné à Saint-Boniface, etc, le 13 avril 1913.
-j- Adélard, 0. M. I., archevêque de Saint-Boniface.
Cette organisation des forces amies en vue de faire prévaloir le bon droit, si constamment et si odieusement méconnu, est une pensée heureuse, une entreprise qui sera féconde en résultats pratiques et consolants. Car, ce n'e^t pas en vain qu'à l'heure critique, préparée en certains lieux clos, Mgr Langevin sonnera la cloche d'alarme et fera appel à la solidarité des catholiques canadiens : il les tient en éveil, il les trouvera debout pour le bon combat.,..
Mais enfin, dans l'intérêt de la paix aussi bien que dans celui de la justice, est-ce que l'oppresseur, aveuglé par la passion, ne pourrait pas avec profit pour lui-même se demander une bonne fois jusques à quand il compte abuser ainsi du nombre pour pousser à bout de patience une minorité imposante déjà, en passe de devenir la majorité de demain et la maîtresse de^ de^stinées qu'on lui fait aujourd'hui si onéreuses ?
Ceux qui trouveraient ce sujet d'une méditation salutaire ou trop vaporeux, ou trop lointain, ne pourraient-ils s'arrêter un moment à certaines indications que fournissent déjà les premiers résultats connus du recensement de 1911, tels, par exemple, que les fait ressortir le suggestif rapport présenté au Sénat fédéral le 27 février 1913, et dans lequel nous relevons notamment quelques chiffres qui ne fout pas rêver seulement les chevaliers de l' Acacias,... puisque les Irlandais eux-mêmes s'en trouvent m.al à l'aise soudain l
Les protestants, bien que dispersés par le particularisme et le schisme incohérent, se disaient l'immense et imbattable majorité du pays ; et ils s'y comportent, par suite, en maîtres ombrageux, et intraitables.
Les Irlandais cathoUques, à d'autres fins, exagèrent leur n,ombre et multiplient leurs exigences : les Canadiens-Français seuls, toujours penchés sur le sillon qu'ils tracent pour le féconder, ignoraient leur nombre, leur force et les espérances qui leur sont permises s'ils savent s'unir et vouloir le bénéfice de leurs droits et le respect de leurs libertés.
Non, non, à ces derniers, c'est-à-dire à l'idéal catholique et
français tout l'horizon canadien n'est point fermé ; et ce vaste pays qui se promet d'étonner un siècle qui semble ne devoir s'émouvoir de rien, pourrait fort bien assister au spectacle imprévu de la conquête pacifique et définitive du conquérant par l'infime minorité des vaincus, trop longtemps dédaignés, spoliés et opprimés.
Lisons plutôt ce rapport ; non, contentons-nous d'en extraire quelques chiffres éloquents.
En 1763, lors de la cession du Canada à la Couronne d'Angleterre, il restait 60 à 63.000 Français au Canada. Sans tenir compte de 1.500.000 Franco-Canadiens, émigrés depuis lors dans les Etats- Unis, combien de Français, comptent encore aujourd'hui les provinces et Territoires de l'Union Britannique de l'Amérique du Nord ?
Le recensement de 1911, d'après le rapport qui a été présenté au Sénat fédéral, nous répond :
« Que sur une population totale de 7.206.613, il y a 2.833.041 catholiques, dont 2.054.890 Canadiens-Français ! »
Les catholiques, en général, se répartissent comme suit entre les provinces et territoires du Dominion :
Le Manitoba compte 73.994 catholiques, l'Alberta 62.193, la Saskatchewan 90.092, la Colombie anglaise 58.397, le Nouveau- Bruns wick 144.889, la Nouvelle-Ecosse 144,991, l'île du Prince- Edouard 41.994, leYukon 1.849, les Territoires du Nord-Ouest 4.962, rOntàrio 484.997, Québec 1.724.683.
Quel gouvernement conservateur (protestant) ou libéral, pourra désormais ignorer ou braver ces contingents qui grossissent chaque jour ?
Et que peuvent décidément pour les réduire à merci les 888 loges maçonniques (1) et leurs 87.180 membres qui dominent actuellement dans les Conseils canadiens ?
(1) D'après la Revue internationale des Sociétés secrètes, publiée à Paris, il y a au Canada 888 loges maçonniques, comprenant un total de 87.180 membres. La Colombie Anglaise compte 57 loges et 5.776 membres, l'Alberta 64 loges et 1.498 membres, la Saskatchewan 83 loges et 4.049 membres, le Manitoba 74 loges
Démasquer l'ennemi et révéler sa faiblesse, n'est-ce pas par une réprobation nécessaire le vouer à la confusion qui accable, pour le bien des peuples libérés les ennemis de la Patrie.
et 6.037 membres, l'Ontario 421 loges et 50.300 membres, le Québec 64 loges et 6.633 membres, le Nouveau-Brunswick 38 loges et 2.965 membres, la Nouvelle- Ecosse 73 loges et 6.037 membres, l'Ile du Prince-Edouard, 14 loges et 731 membres.