‹ Vers l'abîme (volume 3)Chapitre 4 sur 33 · VOIX CANADIENNES · texte numérisé non relu

VOIX CANADIENNES

Vers lAbime

VUE D ENSEMBLE, DIVERSES OPINIONS AUTORISEES, EN BELGEtQTlE, ET AU CANADA, RÉSUMÉ DE LA SITUATION

Les législateurs du Nord-Ouest out mis en doute les franchises des catholiques canadiens. Ils les supprimèrent notamment en ce qui concerne l'usage de la langue française et la liberté de l'enseignement religieux dans les écoles privées ou publiques^r ainsi que nous l'avons déjà exposé.

Les- polémiques qui se sont jadis enigagées, à ce sujet polémiques, qui se renouvellent périodiquement, s'éternisent généralement et s'égarent enfin sur un terrain défavorable qui n^est pas, à vrai dire, celui de la caase agitée. En effet, on considère les franco-canadiens, qui réclament, leurs pTivilèges civiques et cultuels, comme de simples sujets britanniques dépourvus d'antécédents historiques ; comme si à leur avantage et pour- leur sauvegarde le droit fédéral et international n'existait pas. C'est là une erreur profonde que nous avons déjà signalée en essayant de la dissiper. Les intéressés feraient bien d y revenir encore, malgré la désillusion récente du Keewatin, d'y revenir sans cesse ;

la plate-forme du droit international est solide à souhait : les capitulations de Québec, de Montréal et le Traité de Paris sont, en effet, on ne peut plus formels, tant pour définir la liberté religieuse au Canada que pour y garantir sa jouissance paisible, irrévocable. Ce sont donc des Actes opposables à tous autres actes plus récents, qui voudraient en altérer l'esprit, ou la lettre pour en restreindre ou annuler les effets bienfaisants.

Il est vraiment prodigieux d'avoir à constater que catholiques et protestants semblent s'être mis longtemps d'accord soit pour ignorer, soit pour laisser en sommeil de semblables éléments de discussion. Etait-ce calcul chez les uns, simple timidité chez les autres : on pourrait le croire. Car les protestants fanatiques, à chaque occasion, ont violemment combattu le droit international des franco-canadiens, écartant ainsi, avec la dernière énergie, les multiples applications auxquelles une même et loyale interprétation des textes donnerait lieu en faveur des minorités catholiques. Celles-ci ne doivent pourtant pas perdre de vue leur étroite solidarité inter-provinciale. Le régime scolaire qu'on a instauré, qu'on a expérimenté, qu'on atténue actuellement dans l'Ouest- Canadien, est un régime de guerre, dans le présent, d'oppression, pour l'avenir, que le libéralisme judéo-maçonnique triomphant s'est efforcé et s'efforcera d'étendre dans de nouvelles occasions à tout le Dominion, pour l'amoindrissement, sinon pour l'anéantissement du catholicisme au Canada.

D'ailleurs, partout où les circonstances s'y prêtent, l'école primaire est le terrain de prédilection que les Unions occultes, ennemies de Dieu et de la société chrétienne choisissent pour leurs expériences aventurées et pour leurs incessantes batailles en faveur d'idées subversives.

N'est-ce pas à l'école primaire, en effet, qu'on trouve réunies, à discrétion, telles que des cires molles vierges encore de toute empreinte, les cerveaux qui font les nations 1 II s'agit d'accaparer cette matière première des peuples en formation, de les modeler ensuite à sa guise pour des fins déterminées, d'y graver avant toutes autres choses et en caractères indélébiles les principes

révolutionnaires qai pousseront les générations nouvelles à instaurer en leurs seins, selon un idéal imposé, un ordre de choses nouveau ; un ordre dé choses dont on éliminera pour le moins la notion du surnaturel et la connaissance des avenues du surnaturel qui mènent l'âme en peine de bonheur vers l'infini divin.

Aux Canadiens Français, si animés de la foi généreuse de leurs ancêtres, si fidèles par là même à leurs anciennes et nobles traditions, on ne cesse de discourir des choses d'Europe, surtout des immortels principes de 89; et quant à la matière qui nous occupe ici, on vante la supériorité des méthodes d'enseignement pratquées dans le vieux monde. On cite comme exemple à suivre, les écoles primaires d'Allemagne, de France, de Belgique, de la Suisse même ; on se livre à ce sujet à des comparaisons habiles, sans s'arrêter, bien entendu, à ce qui ne se ressemble guère et ne se compare pas, et on tire des conclusions aventurées, tout au désavantage de l'école canadienne abandonnée, dit-on, au particularisme qui divise, aux préjugés qui troublent en entravant le progrès.

Naturellement, à croire les bons augures, il y a beaucoup à faire et surtout faut-il se hâter d'adopter les méthodes éprouvées qui, tout en dégageant les esprits de lisières moyennâgeuses, amenèrent le développement merveilleux d'autres peuples et leur assureront un bien-être incomparable.

Le progrès ! le bien-être !! Mais où donc étaient les précurseurs de ces bons altruistes, alors que l'Eglise luttait seule contre toutes les ignorances conjurées et toutes les tyrannies déchaînées en faveur des peuples dès longtemps asservis? où étaient-ils quand le Christ prêchait la liberté et la charité jusque sur la Croix ; les confesseurs et les martyrs, sur les places publiques aussi bien que dans les arènes d'un monde civilisé aussi selon des méthodes particulières alors, mais discréditées depuis par d'autres que par les philosophes. Que fit la poigne impitoyable de tous les bourreaux pour arrêter les progrès de l'ère nouvelle !!Et quand la Croix s'imposa, enfin aux empires disloqués, où étaient encore ses contempteurs pendant que l'Eglise domptait les bar-

bares et faisait de ces loupa dévorants autant d'agneaux paisibles, tolérants même poar les loups- attardés dans les bois ?. Où étaientils enfin quand par ses prêtres, par ses moines et parses évêques, elle semait avec la vérité la science aussi, dont elle fut d'abord le refuge suprême, et puis la dispensatrice universelle ? Le Progrès ! Est-ce que la marche de FEglise à travers les siècles n'en m.arqae pas les étapes rapides et glorieuses, aussi le développement incessant et prodigieux 2 Et si on nous parle du bien-être des peuples, est-ce que l'Eglise parle travail^ par la charité dont elle est la source inépuisable ne le fit pas ré^er rayonnant de la paix chrétienne et du bonheur relatif accessibJe à l'homme sur la terre ? Et cela avant que l'altruisme vint le troubler en y substituant le droit brutal qui, dégagé du; devoir modérateur, tend à dominer sur les ruines de l'équité abandonnée par la justice 1

A vrai dire, l'esprit moderne a conçu un Dieu plein d'actualité, quelque peu primaire,, que sous d'autres formes et vocables Fantiquité adora dans Le vice et dans le sang. Cette divinité a-ux allures de pédagogue borné et suffisant, d'une science élémentaire sans flamme et dépourvue d'idéal, se contente de déformer les intelligences, dont elle arrête les nobles aspirations en leur dérobant leurs fins naturelles ; et elle lance finalement ces êtres désemparés, par toutes les impasses et incertitudes, dans les tourmentes d'une vie sans horizon.affligés de ses propres détresses morales 1

Mais le système d'éducation et d'instruction que les bons apôtres canadiens \dennent admirer en Europe et comme paccotille démarquée, acquise sur le quai, entendent introduire en fraude parmi eux, en ignore-t-il, du moins, les tares et les lacunes ? Nullement. ]\lais ils les dissimulent et, sans s'attarder à un contrôle qui les mettrait fort mal à l'aise, ils discutent plutôt à perte de vue sur tout autre chose. Par exemple, ils s'inquiéteront de la personnalité des maîtres qui ne leur plaisent pas, du dangef des préjugés qu'ils répandent, de TimpTessionnabilité de la jeunesse li\Tée à leurs agissements, de la défense de l'autorité civile et des droits du citoyen qui veut vivre en paix, libre de sa conscience comme de sa destinée.

Ils parleront sentencieusement du devoir de rinstituteuii, incarnation de la patrie qu'il doit faire connaître, respecter, aimer ; et ils perdent de vue que cet instituteur d'Europe a une mentalité qui ne cadre déjà plus avec cette mission élevée. Le vertige moderne, en effet, s'est emparé aussi de cette cervelle primaire, comme des autres ; et avec les autres,, et plus fort que les autres il proclame déjà que la patrie ne fut pas toujours ce qu'un vain mortel peut bien imaginer, que si le citoyen lui doit des égards, la Patrie a des devoirs ; et il déballe à l'appui de ses dires une longue théorie de ses droits agressifs. Le culte de la patrie devait remplacer le culte de Dieu ; mais puisque la patrie a tant d'obligations qu'elle ne remplit pas, et si peu de droits à revendiquer, il convient qu'à son tour le culte de la patrie défaillante, cède le pas au culte du citoyen-dieu, libre de charges et seul omnipotent.

Voilà où a conduit le système scolaire européen mis impudemment au service de la nation, ou des intérêts des partis qui la déchirent. L'instituteur de prime-abord était un homme besogneux, serviable, localisé et confiné rigoureusement dans la besogne modeste, bien qu'honorable qu'il faisait très consciencieusem-ent pour la famille, pour la patrie et pour Dieu. On l'a dispensé bientôt de ce qu'il devait à Dieu et à la famille pour ne l'asservir qu'au pouvoir instable et changeant sous la poussée des partis ennemis qui se disputaient. Dès lors l'instituteur devint un instrument qu'il fallait adapter aux fins politiques des partis triomphants ; et les idées, et les intérêts de l'instituteur devinrent alors flottants comme les destins de ses maîtres, qui n'avaient pu lui demander des services sans lui reconnaître de l'importance et les droits qui découlent. du rôle qu'il joue avec aisance, sinon avec bonheur. Et l'instituteur devenait ainsi matière à surenchère entre des compétiteurs sans scrupules : c'était la démoralisation de cette colonne de la démocratie ; de cette machine à façonner les faibles à l'usage des partis, à laquelle on demandait pour ou contre un même objet des services sous condition.

L'école laïque est donc Tune des nombreuses recettes de la politique révolutionnaire qui par l'athéisme et la libre-pensée, par

la falsification de l'Histoire veut consolider ses conquêtes et se maintenir au pouvoir.

Le pédagogue doit enseigner l'Histoire.

L'histoire relate les faits humains accomplis à travers les temps. Mais il y a Histoire vraie et Histoire qui n'en est qu'une parodie ; celle qui dit les faits comme ils se sont passés et se comportent ; il y a l'autre Histoire qui relate des faits imaginés comme on les eut souhaités, ou comme ils im.portent qu'ils se présentent encore dans un intérêt subordonné et actuel. L'une est l'Histoire tout court ; l'autre est une adaptation, une contrefaçon, une falsification, une conspiration contre les gens qu'elle induit en erreur, et contre les ancêtres dont elle dénature les faits, les gestes, les intentions, faussant la renommée des hommes qui firent les nations.

Et m.alheureusement l'Histoire éciite et vulgarisée est ordinairement l'Histoire qui ne l'est pas ; c'est la légende créée pour défendre un intérêt passager ou personnel, que chacun, selon son besoin modifie, altère en passant. Là, contre celui-ci c'est la conspiration da silence ; pour celui-là c'est le déchaînement de toutes les voix de la renommée ; et c'est ainsi qu'à chaque coin de cette Histoire, comme le brigand au coin du bois, quelque seigneur de fortune ou d'intrigue opulente s'est installé sur le piédestal que la reconnaissance des peuples n'entendait élever que pour la glorification de ses bienfaiteurs.

« Oui, l'Histoire est l'arsenal form.idable où les partis et les nations trouvent toujours des armes pour leurs ambitions et leurs desseins. La philosophie de l'histoire n'est souvent que l'art de se servir de ces armes et la prétendue leçon des événements réside moins dans les faits eux-m^êmes que dans la façon de les interpréter. Cette interprétation crée des façons de juger et de sentir et prépare des courants d'opinion, d'où sort l'histoire de demain. Et c'est ainsi que l'histoire naît de l'histoire.

« On connaît la fameuse phrase : « L'Allemagne ne doit pas ses victoires de 1870 au fusil à aiguille, mais à l'instituteur. » Estce que cela signifie que le soldat allemand était mieux instruit

que le soldats français, avait sur lui une supériorité irrésistible. Non, cela signifait que les instituteurs avaient élevé les générations dans l'admiration des guerres de l'indépendance. Ils avaient religieusement entretenu cette flamme guerrière qui avait jailli sur le sol allemand au lendemain d'Iéna ; ils avaient exalté les vertus du « Tugendbund », son enthousiasme et son esprit de sacrifice. La gloire des Moritz Arndt, des Koerner vivait aussi ardente que le souvenir des Scharnhorst, des York et des Blucher. Quand la guerre fut déclarée, les Allemands se levèrent d'un tel élan que le roi de Prusse, plus tard Guillaume I^^ s'écriait : « C'est tout à fait comme en 1813. Avec un pareil enthousiasme nous sommes sûrs de vaincre. Nous pouvons regarder sans crainte l'avenir en face : Dieu est notre allié. »

« Qu'enseignent aujourd'hui, par exemple, les instituteurs allemands ? Ou pour parler plus exactement, commment apprennent-ils l'histoire à leurs élèves ?

« Un petit livre cartonné de soixante-dix pfennigs, nous le dira: Edité à Breslau, c'est un résumé de connaissances usuelles à l'usage des écoles professionnelles. On le donne dans les provinces rhénanes aux élèves des Simultanshulen, c'est-à-dire des écoles primaires qui reçoivent des élèves de confessions différentes (comme au Canada). Il renferme des notions d'histoire, de géographie, d'histoire naturelle, de physique, de minéralogie et de chimie, de langue allemande et de géométrie — dans cet ordre.

L'histoire ne commence pas par le commencement (entendez par les origines des pays germaniques). Le premier chapitre s'intitule : « Notre maison impériale ». Ici encore, ce n'est point le premier empereur allemand, Guillaume l^^, qui occupe la place d'honneur, la première, mais Guillaume II. On y raconte la naissance et l'éducation de « notre empereur-bien -aimé ». Nous apprenons que ses parents veillaient autant sur son instruction que sur ses jeux. Le docteur Hinzpeter dirigea ses études ; il lui laissait assez de temps pour ses exercices physiques. Le jeune prince apprit « à monter à cheval, à nager, à ramer r. ; l'escrime et le maniement d'arme n'eurent bientôt plus de secrets pour lui. Au

gymnase de Cassel, il se montra « simple, sans prétention avec ses condisciples » ; de même plus tard, à l'Université de Bonn, il étonnait ses professeurs par son application et ses connaissances. N'insistons pas sur son entrée au régiment et ses dispositions radlitaires ; l'auteur prend soin surtout de noter l'empressement de Guillaume à se familiariser avec les questions d'administration et de gouvernement. « Journellement il travaillait avec le premier président du Brandebourg et assistait souvent aux séances du Landtag de la province et du district » ; Bismarck a été son initiateur dans les affaires de l'Etat. Tout un paragraphe est consacré à la législation — due à Guillaume II — qui a trait aux travailleurs et aux classes laborieuses. L'auteur se complaît à nous dépeindre un empereur allemand ami des pauvres gens. Les pensions de retraites, la loi sur les incapacités du travail, sur la Vieillesse sont œuvre impériale. Les travailleurs valides doivent verser une espèce d'impôt à une caisse qu'ils administrent euxmêmes, « mais la contribution de l'Etat et des patrons est beaucoup plus élevée que l'écot des ouvriers x. « Le gouvernement a poussé enco 'e plus loin sa sollicitude : il a réglé par des lois le temps, la durée du travail et la manière de travailler, de telle sorte que la santé, la moralité, les besoins économiques des travailleurs et leurs droits sont assurés légalement. Dans aucun autre pays, les travailleurs ne iouissent d'une semblable protection.» Dès l'école, les enfants savent ce que Bebel, Singer, Bernstein et beaucoup d'autres ignoraient : que l'Allemagne est un pays de Cocagne pour le travailleur. Visiblement on veut mettre en garde l'enfance contre des théories socialistes qui gagnent cependant du terrain chaque jour. L'auteur termine son couplet sur Guillaume II par ces paroles : « Ainsi notre empereur bien-aimé se montre le meilleur ami et protecteur des travailleurs qui ont toutes les Taisons de le chérir en retour, et de placer en lui toute leur confiance. Nous tous, donc, prions Dieu qu'il nous conserve longtemps notre empereur bien-aimé, pour la bénédiction de la pHt:'ie. »

'Suivent les paragraphes consacrés à Frédéric III et enfin à

Guillaume I^^. L'eûfance de. celui-ci, au temps des malheurs de la Prusse, après léna ; le dévouement patriotique de la reine Louise ; les premières armes du futur empereur à Bar -sur-Aube, sa bravoure récompensée par un ordre russe et la Croix de Fer forment autant d'épisodes que l'on énumère fièrement.

« Nous arrivons aux guerres récentes de l'Allemagne. Elles sont expliquées d'abord en quelques lignes, comme suit :

« En 1864, le roi Guillaume I^^ déclara la guerre au Danemark afin de conquérir le Schleswig-Holstein que le roi de Danemark voulait faire danois. » C'est au tour de l'Autriche.

« L'Autriche ne voulait pas laisser la Prusse devenir trop puissante. Comme le roi Guillaume voulait réunir une partie de ces pays (Schleswig, Holstein), à la Prusse, l'empereur d'Autriche s'allia avec la plupart des princes allemands, et ils déclarèrent la guerre à la Prusse. »

Et voici le paquet de la France : « Les Français ne pardonnaient pas aux Prussiens d'avoir remporté tant de victoires et fait tant d« conquêtes. Ils voulaient humilier le roi Guillaume, et avec lui tous les Allemands. Les pays allemands sur la rive gauche du Rhin devaient devenir français. C'est pourquoi l'empereur Napoléon III déclara la guerre au roi Guillaume I^^". »

La campagne franco-allemande tient en quinze lignes, comme c'est simple !

Mais il en faut davantage pour célébrer les vertus de Guillaume I^r et son règne pacifique. L'Allemagne nouvelle a pris un essor extraordinaire : « L'armée est la première du monde et la flotte impose au loin le respect de l'empire. Elle a permis d'acquérir des colonies. »

Le chapitre sur la maison impériale est immédiatement suivi de l'histoire primitive des contrées germaniques, en un court paragraphe. Comme la partie historique du livre occupe trente pages, dont sept sont remplies par la « maison impériale ■» et trois par l'histoire particulière de Guillaume I^^^ q^j termine l'histoire générale, vous voyez que l'auteur ne néglige pas l'empereur actuel et sa famille.

« Quant à l'histoire générale transcrivons des appréciations sur les grands événements modernes :

« La Révolution française a été causée par la prodigalité et la dépravation des rois de France. C'est pourquoi le pays tomba dans les dettes ; les impôts augmentèrent et durent être supportés par les bourgeois et les paysans. Le mécontentement grandit et le noble roi Louis XVI lui-même ne put pas conjurer la ruine.

« Des milliers de gens furent exécutés comme amis du roi.

« Le bon Dieu fut déposé (détrôné). Enfin, en 1795, des hommes modérés arrivèrent au pouvoir, »

Les guerres de Napoléon sont — dans le livre — d'une simplicité et d'une rapidité remarquables. La campagne de 1806 méritait cependant une mention. Elle l'a. « En 1806, le 14 octobre, les troupes françaises attaquèrent les armées prussiennes à léna et Auerstaedt. Les Prussiens combattirent certes avec bravoure, mais la plupart de leurs généraux étaient incapables et le commandant en chef, le duc de Brunswick, fut blessé mortellement au commencement de l'action. Ils furent complètement battus. »

« Les trois guerres de Guillaume I" occupent plus de place que la Révolution et les campagnes de Napoléon. Elles terminent la partie historique. Viennent ensuite une table de dates chronologiques et une liste d'anniversaires. Presque tous se rapportent à des victoires ou, si vous aimez mieux, à des faits d'armes de Frédéric II, de Frédéric-Guillaume III et de Guillaume I^^. Par exemple, le mois d'août a six journées commémoratives {Gedenktage) : cinq rappellent des batailles de 1870 ; la sixième, le 26 août 1813.

« La dernière page d'histoire est consacrée « aux mots des Hohenzollern ». Le premier, celui du grand électeur, inaugure religieusement la série : « Dieu, c'est ma force. » Du même : « Ma religion, qui m'assure mon salut, s'il me fallait la quitter au prix d'une couronne, je ne le ferais pas de l'éternité. » De Frédéric I^^, roi de Prusse : « A chacun le sien. » Son successeur Frédéric-

Guillaume 1^^, déclare : « C'est pour le travail que les gouvernants ■sont choisis par le destin. » Frédéric II ne parle pas de Dieu, mais de la patrie et de son peuple : « Si j'avais une autre vie, je voudrais la donner à ma patrie. Le prince est seulement le premier serviteur de son peuple. «

« Guillaume P^ s'écrie : « Dieu est avec nous. — Je suis heureux quand la Prusse est heureuse. — Je n'ai pas le temps d"être fatigué, i) Son fils, le père de Guillaume II, a de patriotiques pensées : « Mon ambition n'a pas d'autre but que le bien et la prospérité de la patrie. — Apprends à souffrir sans te plaindre. »

« On ne mentionne pas encore les mots de Guillaume II. Ça Tiendra.

« Dans la partie géographique, l'Allemagne, comme il convient, tient la première place et la plus importante. L'Angleterre et la France sont traitées sur le même pied : une demi-page. Certains peuples, dont nous sommes, ont le privilège d'une brève description. C'est un portrait instantané : « Les Français sont habiles et intelligents dans les choses pratiques ; ils se distinguent par leur vivacité et leur amabilité. Les ombres de ce tableau sont : la légèreté d'esprit, la susceptibilité et la vantardise. »

L'énam.ération des grandes villes de France ne manque pas d'imprévu. Paris est ainsi défini : « Une très puissante forteresse. » Et l'on trouve Sedan parmi les villes principales de notre pays, sans doute pour qu'on ne perde pas la m,émoire du désastre dont le pays fut témoin. »

Et c'est ainsi que le pédagogue teuton, ignare et pédant, fait sa cour à l'empereur et fausse l'Histoire au profit de son pays par des commentaires abracadabrants que l'enfance ne saurait contredire.

Et c'est pourquoi pas un petit allemand qui ne croit, dur comme roc, que Charlemagne, empereur allemand est bien venu d'audelà du Rhin conquérir la France et que Napoléon I^^ n'est qu'un rustre, et le troisième de ce nom un agresseur insolent que l'Eternel Dieu, sans doute des seuls Allemands véridiques, a justement broyé dans l'irréparable défaite.

Voilà le mensonge, le dénigrenient systéiaatique au service d'une cause nationale ; et qu'on s'imagine ce qu'un semblable système transporté sur les terrains religieux, et presque universellement mis en œuvre contre l'Eglise catholique, peut engendrer d'erreur, de prévention, d'hostilité implacables. Nous n'exagérons rien en assurant que le Nord-Ouest Canadien est devenu, en cette manière de faire,, depuis 1890, un champ d'expérieneede prédilection pour le sectarisme international, dont Wilfrid Lauriei^ dans son désir de domination s'est fait l'instrument aveugle et néfaste, créant une tradition, des précédents contre lesquels il est difficile de réagir, avec lesquels on ne croit pas devoir rompre . C'est donc avec infiniment de raison que les catholiques canadiens dans leurs affaires municipales, parmi lesquelles les questions scolaires occupent une si large place, ne voient pas de sim.ples hasards amenés par l'actualité. A leurs yeux ces affaires entrent dans le cercle étroit de leurs sollicitudes constantes, quotidiennes ; elles font partie de leurs occupations fam^iliales : la commune, la paroisse n'étant pour eux, en quelque sorte, qu'un heureux épanouissement de la famille elle-m.ême. Tous les problèmes municipaux leur sont proches ; ils ne débordent pas un cercle tangible et, dans ce cercle agrandi du foyer, les mêmes flammées des esprits et des cœurs éclairent avant tout les petits, les enfants qui sont l'espoir de la communauté.

La protection des petits dicte naturellement le premier devoir des citoyens et les électeurs ont à réclamer de leurs élus un souci constant, aussi efficace que chez eux-mêmes pour tout ce qui peut assurer la protection de l'enfance, espoir de l'Eglise et de la patrie. L'enfance est, en effet, le capital réservé de la nation et la raison de vi%Te de la société qui l'a faite,et la doit maintenir semblable à elle pour de meilleures destinées.

Or, dans l'Ouest canadien, déjà, tout comme en France, la tyrannie de l'Etat en matière d'enseignement primaire a soustrait radicalement aux majorités comme aux minorités la liberté prim.ordiale d'instruire les enfants selon les convictions des administrés, et les catholiques surtout (car la majorité protestante

ne subi tqu'un régime voulut par elle) ne peuvent rien sur l'esprit de l'enseignement public dont il paient les frais, tout en supportant encore les charges de l'enseignement privé.

C'est donc aux familles de réagir fortement, d'user de tous leurs droits, et de contrebalancer par leur action directe, l'influence délétère de l'Etat, qui ne demande qu'à devenir impie.

Cette influence de l'Etat, les familles peuvent l'accentuer ou la diminuer, en surveillant l'enseignement des maîtres protestants, areligieux, ou neutres qui se multiplient, en s'élevant contre les théories douteuses ou subversives dont l'instituteur pourrait se faire le propagateur. C'est en com^battant tous actes nuisibles des primaires que les pères de familles et leurs conseillers peuvent modérer les mauvaises m-éthodes morales de la pédagogie, sans en pouvoir cependant changer radicalement la nature. Pour arriver à un apaisement complet des consciences, il faudra tendre à l'abrogation des lois, causes du mcd, et récupérer la liberté religieuse telle qu'elle se trouve inscrite dans les Capitulations, les Conventions et les Traités.

Car pour tout Canadien qu'il soit français ou anglais, catholique ou protestant, il ne peut paraître douteux que l'Ouest Canadien tel qu'il se comportait jadis, que les Territoires du Nord- Ouest, le Keewatin compris, tels qu'ils demeurent aujourd'hui malgré leurs transformations successives et rapides étaient et restent la propriété commune, indivise du peuple canadien tout entier.

En effet, au Monument national do Montréal, une foule de citoyens enthousiastes, réunis sous la présidence de M. Bourassa à la veille des élections provinciales de 1912, le proclam.èrent hautement et fort justem ent à propos de l'extension des frontières manitobaines. Ils affirmaient énergiquement, que ces territoires ont été acquis, administrés et développés avec les deniers publics versés au Trésoj fédéral par les contribuables canadiens de toute race et de toute croyance religieuse ; qu'en 1875, le Parlem.ent fédéral a posé en principe que, dans toute l'étendue de ces territoires, les minorités catholiques

ou protestantes auraient droit, à perpétuité, à un régime d'écoles confessionnelles séparées ; que ce principe a été reconnu et confirmé, en tout ou en partie, dans la loi du Yukon et dans les lois constitutionnelles des provinces de l'Alberta et de la Saskatchewan ; qu'en conséquence, cette assemblée composée de citoyens canadiens fidèles sujets de Sa Majesté Britanique, affirme :

Que le Parlement, en annexant une partie de ces territoires (le iCeewatin) à la province du ManitoLa ou à toute autre province, devait maintenir rengagement qu'il a contracté solennellement en 1875, envers tous les citoyens du Canada et sauvegarder dans leur intégrité les droits des minorités qui habitent eu qui habiteront ces régions annexées ;

Que toute violation de cet engagement, tout abandon de ce devoir constituerait une grave atteinte au pacte fédéral et à la Constitution canadienne et m.ériteraient la censure de tous les Canadiens soucieux de l'honneur national, de l'équité et du droit.

C'était la loyauté, l'équité traduites en actes publics que réclam-aient ainsi ces citoyens clairvoyants à l'encontre des ID^éraux et de sir W. Laurier, qui venaient de dire aux Communes et au Sénat d'Ottawa, n'avoir pas à am,ender leur politique passée, à l'encontre de ]M. Borden et des conservateurs euxmêmes, ces vainqueurs imprévus d'une bataille homérique, qui, embarrassés déjà par leurs promesses prétendaient passer les vœux du pays sous silence et s'en remettre uniquement à la bienveillance de M. Roblin et du gouvernement manitobain pour les combler discrètement à l'avenir.

Les Canadiens-Français et catholiques de Montréal, sous l'heureuse inspiration de MM. Henri Bourassa et Armand Lavergne ne voulaient pas de ce régime imprécis, et ils entendaient encore moins se pré.-^enter en pauvres honteux, qu'ils ne se sentaient pas être, sous les portiques du pouvoir fédéral, afin d'y solliciter tête inclinée, chapeau bas, comme une faveur imm.érité?, des droits incontestables qui furent méconnus, et des réparations dues trop longtemps ajournées.

Après avoir refait l'historique de la question scolaire de l'Ouest

canadien, telle que nous l'avons nous mêmes exposé dans le tome VII des Voies Canadiennes, M. Bourassa au milieu d'applaudissements frénétiques, déclare fièrement :

a Si les maîtres d'aujourd'hui ont le pouvoir, ils n'ont pas le droit, et le droit moral finit toujours tôt ou tard, par triompher du pouvoir. »

Citant les paroles de M. Mackenzie, premier ministre, qui déclarait que les parties de territoire annexées au Manitoba jouiraient de tous les privilèges que leur conféraient les lois actuellement en vigueur àdsi& ces parties de territoire, M. Bourassa ajoutait :

« Et ceux, bleus ou rouges, nationalistes ou impérialistes — qui veulent aujourd'hui refuser les droits scolaires aux minorités du Keewatin violent la parole d'honneur des Mackenzie, des Macdonald, des Blake et des Miller.

« En 1905, nous avons lutté, nous ne nous sommes pas laissé mettre le bâillon rouge, et nous avons sauvé quelque chose ; ne vous laissez pas mettre le bâillon bleu, et nous pourrons encore sauver quelque chose. »

Quand M. Bourassa annonça qu'il allait discuter l'argumentation des ministres, il s'éleva des huées. Il les réprima par ces mots : « Non, pas encore. L'iniquité n'est pas consommée (1). Et nous préférons, n'est-ce pas, la conversion du pêcheur à sa mort. » Puis il rappela qu'avant de combattre et de dénoncer Laurier, il l'avait entendu, discuté, pesé. Il demanda d'user des mêmes procédés de justice et d'équité à l'égard des ministres conservateurs du jour, invitant le public à étudier avec lui, de sang-froid les arguments apportés par ceux-ci à l'appui de leur bill.

« La seule manière par laquelle le gouvernement fédéral peut protéger les droits des minorités du Keewatin (comme la seule manière par laquelle on aurait pu, en 1905, protéger les droits de celles de l'Alberta et de la Saskatchewan), c'est de les définir dans le bill incorporant ce territoire au Manitoba. Et c'est l'opinion de M. C. H. Cahan, juriste anglais. »

Il réfute ensuite le discours de l'honorable M. L. Pelletier, et demande si, après avoir dénoncé Laurier comme traître à sa race et à son mandat, il convient de le citer en exemple pour se faire pardonner les mêmes fautes qu'il a commises.

« Si M. Pelletier, remarqua l'orateur, n'a pas voulu abandonner la

(1) Elle le fut, hélas, et bientôt dans la suite.

minorité du Keewatin au clief de l'opposition et à ses amis, comme il a dit, mais a préféré s'en rapporter à M. Roblin, et au gouvernement Manitobain, n'est-il pas étrange qu'il n'ait point songé à mettre cette minorité sous le couvert et la protection des lois ? »

Et il conclut : « Le parlement doit maintenir les droits de la minorité du Keewatin aussi bien qu'il sauvegarde ceux des « noble adventurers » de la Compagnie de la Baie d'Hudson. >> Il cita la fière réponse de sir Jobn Macdonald, disant : « Il n'y a ici ni race conquérante, ni race conquise, mais une seule race composée de sujets britanniques. »

Gomme dernier argument, on dit : « A quoi bon lutter ? » Oui, n'estce pas ? A quoi bon ? Pourquoi ne pas nous coucher et dormir toujours ? Non, luttons, luttons quand même et toujours, avec le succès et contre le succès, pour la A^érité éternelle qui demeurera quand passeront tous les petits hommes des petits partis de la petite politique ! »

Ainsi parla à un auditoire d'élite et nombreux, le vaillant député de Saint-Hyaciiithe, l'habile directeur du journal Le Devoir.

A cette assemblée d'honnêtes gens et de patriotes éclairé;?, le Gourageux et érainent juriste qu'est M. G. A. Caban, le député protestant qui îut l)attu parce qu'il voulait une égale justice, une même liberté pour toutes les confessions, était tout indiqué paur t-enir le lacgage de la raison.

Une se fit pas plus prier pour prGT;dre la parole qu'il ne prit la peine de mâcher ses propos. A un auditoire fier et résolu il sut dire des vérités fortes et voici comment ]\I. Caban s'acquitta de sa tâche :

« Je n'étais pas venu pour £aire un discours, mais pour entendre M. Bourassa et M. Lavergne sur cette question de l'annexion du Keewatin. Mais, puisque l'on me demande de parler, je vous dirai ce que nous, anglais protestants, nous avons au fond du cœur.

« Le but que les Pères de la Confédération voulaient atteindre, c'^ait évidemment de donner au peuple canadien une constitution basée sur le pacte soiïde des deux grandes races garantissant à chacun des droits égaux en matière de religion comme en matière scolaire.

« Ce principe a été de nouveau reconnu dans l'acte du Manitoba en 1871 et subséquemment en 1875, 1880, 1886 et 1906.

« Et la grande raison de votre protestation de ce soir, c'est que le Manitoba avant 1896 n'a pas respecté ce principe de la confédération

csmadienne. Le Manitoba a manqué à ses engagements. Si le Manitoba n'avait pas manqué à sa parole, pas un mot ne serait proféré &ur cerbte que^ion, et je dis que la faute en est à vous, peuple de Québec, si la ikttte doit aujourd'hui se continuer et si J'on vous prive de vos droits, reconnus cependant par la Constitution.

'« En 1896, par un vote presque unanime, vous avez comme abandonné vos droits, vous avez manqué à votre foi. Nous, les anglais protestants, nous avons rougi de ceux des nôtres qui ne voulurent pas imposer la Teconnaissance du droit 'et nous avons rougi de voir Québec ratifier cette politique -en 1900, 1904 et 1908. ■Comment pouvez-vous vous attendre à ce que les anglais protestants prennent la défense de vos droits quand ceux que vous choisissez pour -défendre vos intérêts n'ont pas le courage de îaire entendre la voix de la justice et du droit.

« J'essaye, Messieurs de vous'eonvaincTe.de oe qu€ nous, les anglais protestants, avons dans \e cœur et de ce que nous pensons de vous.

Sachez donc que vous formez 40 0 /O de la population et que votre députation pourrait, si elle le voulait, maintenir tous et chacun de vos droits, si seulement vos repTésentaiïts voulaient Mve sincères à votre égard.

■Ete trente-sept libéraux Canadiens-iFrançais, pas un seui n'a eu le couTage de dire un seul mot en faveur de la minorité et ils abandonnèrent à un irlandais catholique le soindeparlerdecette question des droits de race française et catholique.

Duc&té des députés conservateurs français, cinq seulement se sont affirmés et ont eu le oourage de leurs convictions.

ÎVouB croyons que bien d'autres problèmes de première importance vont surgir : problèmes sociaux, problèmes commerciaux, problèmes financiers, problèmes nationaux, mais s'il ne se trouve que cinq des vôtres qui aierst le courage de leurs convictions, de 'leurs principes et de 'leur mandat, Bommerît vous attendez-'vows ■à ^ce que nous défen^ dions vos droits mieux que n'osent le faire vos représentants ?

« Voilà ce que nous pensons de vous, voilà ce que nous avons dan-s le cœur.

« Maintenant, Messieui«s, êtes-vous, vous-mêmes, bien sincères dans vos convictions ? M. Bourassa et d'autres le sont ; mais vous, peu'ple tle Québec, êtBS-vous véritablement sincères ?

« Si vous l'êtes, vous pouvez compter que vous aurez l'opinion publique pour vous. Mais si vous mêlez la politique à vos revendications vos luttes ne sauraient aboutir à des résultats efficaces.

« Il est décourageant de voir ces hommes qui devraient agir pour la justice -et le droit, se cacher et se dérober à leurs obligations,

lorsque vous avez un si grand besoin d'hommes de courage, de fidélité^ et de combat.

« Essayez donc pour un moment d'abolir les écoles anglaises dans cette province, vous verrez toute la population anglaise se soulever et revendiquer leurs droits non par des paroles seulement, mais surtout par des actes et ils sauraient bien par des moyens efficaces vous forcer à reconnaître leurs droits, et je vous assure que la lutte ne serait pas. longue,

« Mais vous, peuple de Québec, vous vous contentez de venir entendre de beaux discours et vous retournez dans vos foyers sans plus rien faire et disposés souvent à démentir par vos actes les paroles que. vous avez applaudies avec frénésie.

« Ce n'est pas ainsi que l'on gagne des victoires.

« Si vous ne parvenez pas à faire respecter vos droits, ne vous en prenez qu'à vous-mêmes et à vos propres chefs, en qui vous ne pouvez, avoir foi lorsqu'il s'agit de vos droits et de vos intérêts nationaux. »

M. Armand Lavergne, relevant alors de maladie succéda à la tribune à M. Caban et résuma sobrement ce qu'on venait de dire en ces termes :

« Messieurs, nous venons d'entendre de la bouche de M. Cahan une belle leçon de fierté et de courage dont j'espère nous saurons profiter. Il y a sept ans que Bourassa et moi nous disons que la veulerie des nôtres est notre plus grand ennemi, car ce n'est pas dû aux fanatiques dont nous parlent La Presse et le Canada si les droits de nos compatriotes ont été sacrifiés, mais à la lâcheté et à la trahison des nôtres.

« Je m'en viens réclamer, comme il y a sept ans, le respect de la loi constitutionnelle et le droit qui protège les minorités. Quelques-uns diront, à quoi bon ! Mais s'il fallait toujours dire cela, ce serait le triomphe de l'injustice sur la justice, le triomphe de l'iniquité sur l'équité, et c'est contre ce triomphe que nous nous battons. On dit que la question des écoles est réglée, je répéterai ce que je disais, il y a six mois aux côtés du ministre des Postes, qui se proclamait mon disciple et qui applaudissait à mes paroles: la question des écoles n'est pas réglée et nulle part.

« Les partis et les politiciens disparaissent, mais les principes sont éternels, et si nous voulons que la Confédération Canadienne vive et grandisse, c'est à la condition qu'on y respecte toutes les races et les croyances, et qu'on y maintienne les droits de chacun des groupes forts ou faibles, catholiques ou protestants.

« La vérité, la justice ne meurent pas, notre race non plus ne doit pas mourir. C'est à nous de veiller à sa survivance et de ne pas permettre à des politiciens de rayer d'un trait de plume nos droits dans le Nouveau-Brunswick, dans le Manitoba, dans les nouvelles provinces,.

comme cela s'est fait hier et dans le Keewatin, comme on veut le faire aujourd'hui. Et si un jour il vient nécessaire de provoquer une crise, nous saurons prouver que sur cette terre, qui est nôtre, nous ne sommes pas des ilotes ni des parias. »

Voilà donc encore en 1912, catholiques et protestants parfaitement d'accord pour proclamer que la lâcheté, la traîtrise libérale et maçonnique a sacrifié les droits acquis de l'Eglise au Canada, en même temps que les plus nobles franchises, les plus fières traditions et les meilleurs espoirs de la race franco-canadienne.

Mais reprenons la question scolaire au Nord-Ouest au point où nous l'avons laissée.

Les mésaventures de la minorité catholique du Manitoba ressortent suffisamment des documents rappelés ou reproduits au tome VII des Voix Canadiennes ; et les responsabilités encourues y sont, nous le pensons, pleinement établies. On pourrait croire que, expérience faite, les esprits étaient alors assez éclairés, la situation assez nette pour éviter toute récidive chc-: :; plus téméraires.

Il n'en fut rien î

La province de Manitoba avait été créé? sans le concours de sir W. Laurier ; la gloire d'en créer d'autres sur un même modèle perfectionné le tentait impérieusement puisqu'il prétendait que, par son impulsion et sous son patronage, le xx^ siècle au Canada formerait l'Ère Laurier, aux yeux de la postérité reconnaissante.

Le lecteur avisé ne se méprendra pas sur les mobiles secrets des renégats, ni sur leur intérêt inavoué. En réalité, ils voulaient canaliser les aspirations de leurs compatriotes, étrangers à leurs vues égoïstes, a,fin de les faire dévier vers l'idéal obscur d'un impérialisme agressif.

îl 'lie faut pas, d'ailleurs, prêter à l'ennemi plus de talent qu'il n'en avait : ses fins étaient connues, ses moyens ne Tétaient pas moins et si quelqu'un s'en laissait imposer plus longtein,ps et fut pris dans des pièges grossiers, c'est qu'il le voulait bien, ou qu'il restait obstinément sourd aux ^enseignements de l'Histoire.

Ainsi, au moment même où nous écrivons ces lignes, un grand débat est engagé sur la .question scolaire à la Chambre des représentants de la Belgique j des élections sont prochaines et ies partis, pour cette éventualité, posent des jalons, élaborent leur-s programmes, tentent de saisir l'opinion publique de ce qui les intéresse. Nul n'ignore que dans tous les pays catholiques, où la foi est encore agissante, les passions contraires sont vives ; et là le libéralisme doctrinal complique le libéralisme politique avec lequel il cherche à se faire confondre.

La lutte, en Belgique, comme dans l'Ouest-Canadien, se concentre autour de l'école, que les uns veulent confessionnelle en songeant à la destinée supérieure de l'âme immortelle ; que les autres préfèrent neutre, en considération de l'mtérêt borné de leur parti. Chacun sait, d'ailleurs, et témoigne par son ardeur dans la bataille, qu'il vaut mieux former les futurs citoyens, tels qu'on les désire, qu'avoir après déformation systématique à les ramener au point voulu pour qu'ils puissent encore comprendre et poursuivre une fin qu'on s'efforce de rendre commune.

En Belgique encore, tout comme au Canada, la foi est vive ; pour cette raison, ici, comme là, la question scolaire tient la plus grande place dans les préoccupations des partis, et dans la sollicitude du clergé.

La Droite du Parlement belge équivaut, en l'occurence, au parti conservateur canadien, bien que les droitiers l)elges soient exclusivement catholiques, le parti conservateur canadien, en grande majorité, protestant et anglais. Il faut retenir aussi .que le parti libéral canadien, se compose, en majeure partie de catholiques canadiens-français ; ce qui est, pour le moins, une déconcertante anomalie.

La Droite belge est divisée sur la question scolaire ; la vieille

droit-e est opposée à toute contrainte scolaire, qu'elle trouve inutile, attentatoire à la liberté des familles ; mais la droite démocra+ique et moderne se montre assez favorable au principe de l'instruC'tion obligatoire, à condition que les écoles libres (dissidentes ou séparées) et les écoles du gouvernement fussent traitées selon un droit proportionnel dans la distribution des subsides (octrois au Canada) de l'Etat.

La liberté de l'instruction ou son obligation est-elle désirable par ses résultats probants ? La section centrale de la Chamtre belge sur le budget des sciences et des arts constate dans son rapport que les illettrés, dont le nombre augmente sous le régime de l'obligation en France (1), décroît considérablement en Belgique

(1) La faillite de l'enseignement gratuit et obligatoire en France s'annonçait de bonne heure ; elle fût précipitée par les mesures ."de l'autocratie combiste. Les 15.000 écoles congréganistes fermées par M. Combes, -en 190S, ont mis les communes en face d'embarras d'autant plus fâcheux qu'on constatait déjà depuis quelques années une augmentation croissante d'illettrés.

L'instruction gratuite et obligatoire est, en effet, loin de donner ce qu'on en attendait en France. Les raisons en sont nombreuses : la principale est qu'une instruction qui ne repose pas sur Véducation n'est pas digérable : et l'idée d'abandonner l'éducation entièrement aux familles des travailleurs qui ne voient pas leurs enfants de la journée est vraiment folle. 11 s'ensuit que l'enfant goûte mal un enseignement qui ne touche pas son cœur ■; puis il ne s'étahlit pas d'entente confiante entre Tinstituteur et la famille. Il y a une autre raison fondamentale : il est dans la nature de Thomme de n'attacher de prix qu'à ce qui lui coûte. L'enseignement oblisiatoire, c'est bien ;. l'enseignement gratuit vicie peu à peu, comme toute gratuité, le sentiment de l'effort nécessaire. Des pays démocratiques comme la Suisse l'ont parfaitement compris : tout le monde est censé payer pour l'école, par exemple, vingt francs par an, dont la remise est faite aux familles trop pauvres.

Quoi qu'il en soit, M. Maurice Faure constata que la population des écoles primaires, qui en 1881 (avant la loi de l'enseignement gratuit et obligatoire) était de 4.175.575 enfants, n'était plus que de 3.400.000 enfants. En 1882, la proportion des illettrés, povu" Jes hommes seulement , était de 14 0 /O, elle est aujourd'hui de 25 ou 30 0 /O !

Qu'on dépouille les rapports des inspecteurs d'académie et l'on verra leurs lamentations ! C'est par douze à quinze cents élèves que chaque département voit diminuer -sa population d'écoliers primaires.

A Paris, les écoles regorgent. Mais naguère les élèves ne pouvaient obtenir leur certificat d'études qu'à 13 ans, aujourd'hui ils le peuvent à 11 ans. Les enfants intelligents quittent donc à 11 ans l'école communale, et la plupart des autres n'attendent pas leurs 13 ans pour s'en aller. On peut se rendre compte du profit de leurs études.

Telle est la situation générale en face de laquelle s'est trouvée la Ville de Paris ; situation qui, au point de vue de la laïcisation, s'est manifestée par la fermeture d'une centaine d'écoles congréganistes.

Les édiles partisans ont donc dû voter un emprunt de 77.300.000 francs, la Ville ayant déjà dépensé de ISvl à 1906, pour ses écoles, 160 millions de ressources extraordinaires.

Nous n'hésitons pas à dire que ces 77 mOlions étaient non seulement monstrueusement exagérés, mais qu'ils allaient être gâchés de la même manière que les 160 précé-

sous le régime de la liberté. En effet, les Belges sachant ou lire ou écrire, étaient en 1880 au nombre de 79,51 0/0 ; en 1890, de 85,09 0/0 ; en 1900, de 90,21 0/0, proportion qui, espère-t-on, atteindra à 95, 0/0 et ce sera probablement un record, la marge pouvant parfaitement constituer un lot d'infirmes, d'indécrottables ou de crétins.

Ces chiffres portent sur la population ayant 10 à 20 ans et ce sont des proportions que l'obligation de l'instruction en France n'a su de même façon modifier en sa faveur.

A rencontre des libéraux catholiques canadiens, la majorité catholique belge désire faire bénéficier les écoles non officielles (dissidentes ou séparées) des subsides de l'Etat, au même titre que les écoles communales adaptées ou adaptables, dans d'équitables proportions ; et, par écoles non officielles, elle entend non seulement les écoles libres , mais encore les écoles privées. Le Congrès national qui a établi la Constitution belge n'a voulu, dit-elle, placer l'enseignement de l'Etat qu'en seconde ligne, « comme une chose facultative ».

Et particularité à noter : du fait des subsides accordées aux écoles non officielles par le budget de l'Instruction publique en, considération des services rendus, de leur diffusion moins onéreuses de l'enseignement, les budgets de l'Etat des provinces et des communes belges ont progressé de 21 millions depuis 1881.

dents. On calcule à raison de mille francs par élève et de 50 élèves en moyenne par classe, et l'on présumait une augmentation scolaire proportionnée à celle de la population et des recrues aléatoires provenant des congréganistes.

Il y avait 207.000 élèves. Or si nous affectons largement les 160 millions, qui ont été dépensés pour toutes les catégories de l'enseignement, à ces seuls 207.000 écoliers primaires nous obtenons 770 francs par tête, ce qui était déjà très élevé, et non pas mille. Sur les places à pourvoir en dehors des 207.000, il doit en être créé dès maintenant 30.000, soit :

30.000 X 770 = 23 millions 100 mille francs, et non 78 millions, les autres étant applicables à des écoles supérieures, professionnelles, etc.

Pourquoi donc 78 millions »

Par ce que l'administration ne se préoccupait que d'arroser au petit bonheur, avec égalité, tous les arrondissements, et parce que les architectes de la Ville coûtent particulièrement cher. La commission municipale compétente ne pouvait obtenir la moindre précision et le Conseil vota sur des évaluations tout à fait fantaisistes.

Il fallait laïciser et le peuple n'avait qu'à payer les lubies des sectaires.

Et que font les libéraux belges ? Point de tort aux libéraux canadiens : le mot d'ordre venant du même foyer, les tendances sont les mêmes et les efforts communs. Les libéraux belges naturellement ont d'abord combattu l'idée d'octroyer des subsides aux écoles libres ; mais, se rendant bientôt compte, ce qui dépassa l'entendement des libéraux manitobains et autres du Canada, qu'il serait exorbitant d'obliger tous les contribuables à participer également à l'entretien des écoles confessionnelles, ils modifièrent bientôt leur tactique. Ils admettent provisioirement que les subsides pourront être accordés, dans une certaine m.esure, aux écoles qui présenteront « des garanties d'enseignement et se soumettront à l'inspection. » Le parti libéral belge espère ainsi réserver et préparer l'avenir. S'il récupérait le pouvoir, il inaugurerait un système dans lequel l'autorité communale garderait la direction de l'organisation scolaire et puis, par cette autorité communale, on exercerait la pression opportune et on dicterait les solutions favorables au parti dominant : par exemple, si une municipalité refusait de créer les écoles officielles reconnues nécessaires, l'Etat interviendrait et construirait ce qu'il faudrait, mais. ...aux frais de la comm^une. On arriverait ainsi et rapidement à avoir partout les écoles publiques voulues et dès lors, et comme en France, on demanderait la suppression de l'enseignement libre.

Quant à l'enseignement de la religion, les libéraux belges admettent que les municipalités pourraient l'inscrire aa programme d'étude de leurs écoles, en le laissant facultatif, et ce serait aax pères et mères de familles de dire s'ils veulent ou ne désirent pas pour leurs enfants ces cours spéciaux, que les libéraux canadiens réduisent à une demi-heure par jour.

Donc, et jusqu'à meilleure fortune les libéraux belges n'abandonnent pas le principe de la « liberté subventionnée » dont les libéraux canadiens, ont déjà, mais incomplètement fait litière dans les Territoires récemment érigés en provinces autonomes ; et ils ne songent pas plus que les libéraux anglais, contrairement aux libéraux français, à supprimer l'enseignement religieux dans les écoles primaires où il a sa place si bien indiquée.

Mieux qu'au Canada, les libéraux belges qui ne sont doux et modérés que par nécessité, on le sait, n'entreprendraient une réforme scolaire étendue qu'avec circonspection : ils savent le pays attaché à ses coutumes, fidèle à sa foi ; il faudrait du temps pour évoluer, et ce temps on le donnera au peuple qu'on veut conquérir à la libre-pensée et à la libre morale qui en découle.

Et ne croyez pas qu'au Canada il n'a pas fallu de travaux d'approche et d'atermoiements ; qu'il n'a pas fallu là comme ailleurs, user de douceur et de modération, de ruse et d'hypocrisie. Qui connaît la lutte scolaire en France, comprend les tribulations de l'école confessionnelle ou séparée. Au Manitoba il n'y a de différence que dans les nuances et les détails ; les procédés se ressemblent, la fin est la même et l'aboutissement voulu est l'abîme que redoutent tous les catholiques clairvoyants, tous les amis de la Nouvelle France.

Mais continuons à dépouiller notre dossier.

Voici une brochure déjà vieOle ; que la plupart des Canadiens ignorent, sans doute ? Elle est intitulé : U Education ou la grande question sociale du jour, recueil de documents propres à éclairer les gens de bonne foi (1).

A la bonne heure ! Hommes de bonne foi nous le sommes, et nos lecteurs aussi. Et cela nous va bien d'être renseignés honnêtement.

L'auteur de la brochure s'adresse à ses concitoyens ; cela vaut bien mieux que de s'adresser à des apaches, et ne veut pas dire cependant qu'on est mieux compris de ceux-ci que de ceux-là, nécessairement. Mais, notre auteur avait confiance en la bonne foi de ses compatriotes et c'était en 1886. qu'il s'adressait à leur jugement impartial.

Il constatait qu'un travail considérable se faisait alors au Canada, travail qui tendait à fausser l'opinion canadienne avec l'intention de donner à la question de l'Education la st)lution la

(1) Montréal, imprimerie de l'Etendard, mai 1886.

plufi alarmante pour l'avenir religieux, politique et social du Canada.

Ce travail destructeur des saines doctrines et des mœurs honnêtes se poursdivait, observait -il, avec une ardeur, avec une persévérance digne d'une cause meilleure et ce qui le rendait particulièrement dangereux, c'était la manière perfide, ténébreuse avec laquelle on opérait. A ce travail, il fallait ajouter les efforts inlassables de la presse libérale pour dissimuler une œuvre détestable, pour endormir la conscience publique ou pour lui faire prendre le change sur les mobiles inavoués, sur le but détestaMe que l'on voulait atteindre ; tous devaient comprendre, sans peine, comment il arrivait que des personnes, d'ailleurs intelligentes et fort recommandables, n'apercevaient pas toujours le vrai caractère et le progrès alarmant du mal qui rongeait le pays, mais allaient quelquefois jusqu'à en nier même l'existence.

Et l'auteur annonce des documents pour la plupart connus alors des lecteurs de V Etendard ou du Journal des Trois-Rivières ; documents dont il ressort tout d^abord et jusqu'à l'évidence que les Frères des Ecoles chrétiennes étaient l'objet d'une m.alveillance acharnée de la part du Département de l'éducation.

Un collaborateur occasionnel de V Etendard qui signait Un instituteur canadien résidant aux Etats-Unis, dans un travail patient et minutieux,fit ressoïtir les effets^ Ie& tendances de cette hostilité à peine voilée, qui se manifestait alors par la critique acerbe et le rejet injustifié des li^Tes classiques présentés par les fils du Bienheureux de la Salle, livres reconnus excellents par les maîtres en la matière, m.ais en lesquels on trouva vingt-trois fautes, coquilles ou lapsus, tares suffisantes, assurément, pour leur préférer d'autres livres plus sympathiques qui avaient smtout l'avantage d'être émaillés, comme des parterres touffus,, de fautes d'impressions et d'orthographe, d'erreurs historiques, de non sens, d'équivoques, de solécismes, questions saugrenues, problèmes inintelligibles, de toute la gamme des imperfections techniques qui peuvent recommander de semblables produits à la partialité de gens que le parti pris domine. Les rapprochements et les compa-

raisons sont édifiants, divertissants dans leur tristesse même ; mais tant qu'ils puissent l'être ils ne le sont pas encore assez pour nous retenir davantage.

Citons cependant un passage, prélude d'une riposte de Vlnstitiiteur Canadie?i à un instituteur d'Hébertville qui prit sur lui de le contredire :

Le pédagogue d'Hébertville reprochait à V Instituteur Canadien de confondre le Bureau avec le Département de V Instruction publique et lui faisait un grief d'employer le mot contre dans un article intitulé : Le Bureau de V Instruction publique contre les Frères des Ecoles Chrétiennes,

... Nous croyions, ripostait V Instituteur Canadien, que l'intelligence de notre contradicteur avait atteint un plus haut degré de développement ; comment a-t-il pu voir une équivoque dans nos expressions ! Pour fixer ses esprits, nous le prévenons que, dans notre pensée, Bureau et Département, c'est tout un. Quant au mot contre, nous l'avons employé à dessein, parce qu'il rend mieux la situation : ce n'est pas une méchanceté mais une vérité. Expliquons-nous sur cette question.

Le Conseil de l'Instruction publique se compose de deux Comités : l'un protestant, présidé par le lord Evêque de Québec ; l'autre catholique, composé de tous les évêques de la Province et d'autant de laïques ; il est présidé par un laïque, M. le Surintendant. En cas de balance des suffrages, M. le Surintendant à voix prépondérante ; de sorte que le Surintendant pèse, dans les questions agitées, autant qu'un évêque et en cas de balance, autant que deux. Les évêques et plusieurs laïques sont, sans doute, dévoués à nos Institutions religieuses ; mais plusieurs autres membres nous paraissent atteints de la maladie moderne qu'on appelle laïcisation. C'est à ces derniers et à quelques officiers secondaires que s'applique, dans notre pensée, la scandaleuse préposition contre. Pour justifier ce mot, nous allons donner quelques raisons à M. l'Instituteur d'Hébertville ; si elles ne suffisaient pas pour le convaincre, nous pourrions en ajouter d'autres.

10 N'est-ce pas contre nos Congrégations religieuses surtout que fut lancé le Bill de 1880 ? M. Ouimet a nié deux fois connaître ce Bill ; a-t-il donc oublié qu'il y a, quelque part, des lettres attestant la part que M. le Surintendant a prise à ce Bill et que quelqu'un, que nous connaissons très bien, a reçu à ce sujet la visite de son ambassadeur ou maître, M. Dunn ?

2" Au Congrès pédagogique de 1880, n'étaient-ce pas nos Congrégations religieuses que poursuivait M. le Surintendant ? « Ah ! s'écriaitil, répondant au Rév. M. Rousselot, si on préconisait les livres et les méthodes des Frères, personne ne protesterait. »

30 Contre qui étaient dirigés les Bills de 1881 et de 1882 ? N'était-ce pas encore contre nos communautés religieuses ?

4^^ Depuis des années, Messieurs les Inspecteurs traquent le Devoir du chrétien et font des efforts inouïs pour le remplacer par Montpetit ; de qui reçoivent-ils le mot d'ordre et la direction de chasse ? De M. le Surintendant, répondent-ils.

b^ M. le Surintendant prêche pour que l'on octroie annuellement la somme de S 46,000 à nos trois écoles norm.ales laïques qui fournissent si peu de Imaîtres ; qu'accorde-t-il à nos établissements de Frères et de Sœurs qui pourtant donnent à la cause de l'enseignement dans la province des milliers d'excellents sujets ?

6^ N'est-ce pas M. Chauveau, disciple de M. V. Duruy, qui demande, appuyé par M. Ouimet, que « toute Institution recevant une subvention des fonds de l'éducation supérieure, à l'exception des collèges classiques, qui aura refusé de recevoir la visite de l'inspecteur, soit privée de la subvention, sur la décision du comité catholique » ?

7° Et M. l'Inspecteur Mac Mahon, ne suggére-t-il pas à M. le Surintendant de faire voter une loi en vertu de laquelle aucune école ne pourra être ouverte — m^ême par un évêque ou une Congrégation sans doute — sans l'autorisation de MM. les Com.missaires d'Ecoles, qui sont à la merci de M. le Surintendant ?

S'' N'est-ce pas le Département de l'Instruction publique qui, par M. Archambault, le surintendant local et M. Ouimet, le surintendant universel, a accueilli les déléguées officielles de M. Jules Ferrj^, les a recommandées et a cherché à les introduire jusque dans les communautés religieuses ? Et M. Dunn, secrétaire de ce département, ne faisait-il pas les honneurs au franc-miaçon Vermond, l'ennemi mortel des communautés religieuses ?

90 N'est-ce pas M. le surintendant Ouim.et qui, tirant les ficelles dans les coulisses, a privé certaines de nos Ecoles ecclésiastiques ou religieuses des médailles qui leur étaient destinées, et cela sous le prétexte qu'elles ne dépendaient pas assez de VEtat ?

10*^ N'est-ce pas M. P.-S. Murphy qui, d'après l'interpellation de sir N.-F. Belleau, cherche à semer la discorde dans nos maisons religieuses et couvre ce méfait par un mensonge ?

11° N'a-t-on pas entendu M. Jette, membre aujourd'hui du Comité catholique de l'Instruction pubhque, commue M. P.-S. Murphy, proclamer « les immortels principes de 89 », principes en vertu desquels

les communautés religieuses furent dépouillées et proscrites, l'éducation fut arrachée violemment à la famille et à l'Eglise pour être confiée à l'Etat ?

12" Enfin le refus systématique d'approuver les ouvrages des Frères est-il un acte de justice et un témoignage de bienveillance envers ces religieux ?

En voilà assez, ce nous semble pour justifier notre mot contre...

Et poursuivant sa polémique sur un ton tantôt badin, tantôt sévère, V Instituteur Canadien prouve par les faits, les résultats et les témoignages l'économie comme la grande supériorité de l'enseignement congréganiste comparé à l'enseignement laïque au Canada (1).

(1) Lire ces faits, preuves et témoignages dans : U Education, ou la Grande question sociale du jour {Etendard, Montréal, 1886, pages 24 et suiv.).

Page 1