LES TENDANCES FUNESTES DE L'ÉDUCATION AU CANADA
En 1886 et depuis quelques années, déjà, tous avaient les yeux fixés sur le Département de l'Instruction publique. Tandis que les journaux catholiques ne cessaient d'en dénoncer les funestes tendances, les feuilles maçonniques ou libéi^ales s'efforçaient de le couvrir de fleurs exaltant ses réformes en même temps que ses mérites.
Cette guerre autour de son Département troublait le repos et agaçait les nerfs du Surintendant Ouimet. Aussi d'un ton grincheux et d'un air maussade, jetait-il au public ce défi :
« Je constate avec peine un courant d'idées hostiles aux institutions actuelles. On dirait qu'il y a un mouvement combiné pour frapper dans ses œuvres vives notre organisation scolaire. Inspecteurs et écoles normales, dépôt de livres, tout cela est inutile, tout cela est de trop, dit-on. On veut tout abolir, tout détruire. Pourquoi ? » {Rapport d© 1879-188G).
Un membre distingué du clergé canadien eut Pheureuse idée de faire une étude spéciale de la situation du pays au point de vue scolaire. Il se procura tous les documents officiels, Rapports du Surintendant, Journal de V Instruction publique^ Journal of éducation^ auteurs de pédagogie^ etc. Il nota une foule de faits, ramena
fréquemment les questions d'éducation dans ses conversations,, soit avec ses confrères, soit avec des laïques instruits, et lut tout ce qu'avait publié la presse sur le même sujet. On comprend que tout cela joint à une longue expérience de l'enseignement devait faire de lui un juge compétent et un guide sûr. On s'en convaincra par une lettre ouverte qu'il adressa au Journal des Trois- Rivières : c'était une réponse, catégorique et concluante, au naît pourquoi du surintendant Ouimet ; c'était aussi une explication sans réplique de la divergence d'opinion qui existait alors, touchant le Département de l'Instruction publique, entre la presse catholique et la presse maçonnique ou libérale du pays : La voici :
Au chevalier Gédéon Désilets, ancien sous-officier aux Zouaves Pontificaux^ rédacteur du « Journal des T rois-Rivières ».
Monsieur le Rédacteur, — « Depuis quelques années, les questions d'éducation sont partout à l'ordre du jour. Avouonsle, longtemps, trop longtemps nous nous en étions désintéressés, nous reposant sur la catholicité des hommes placés à la tête de notre Département de l'Instruction publique. Les faits si nombreux et si graves révélés en ces dernières années par votre journal et vos courageux confrères de la Vérité et de V Etendard, nous ont montré qu'il y avait chez nous abus de confiance.
« Pour nous guérir de cette maladie, hélas ! bien trop commune en notre pays, nous avons, depuis quelque temps, consacré à l'étude des questions scolaires toutes les heures que ne réclament pas absolument nos occupations ordinaires : quand je dis nous, entendez non seulement votre humble serviteur, mais plusieurs confrères laïques aussi éclairés que dévoués. Nous osons affirmer que quiconque se donnera la peine de recueillir les faits et de consulter les meilleures autorités se trouvera en face de cette conclusion : Nous sommes bien véritablement envahis par le laïcisme.
« En effet, plus on étudie, plus on acquiert la conviction, conviction partagée aujourd'hui par tous les esprits vraiment observateurs, que sous des dehors séduisants, les meneurs au Départe-
ment de rinstruction publique nourrissent des principes et poursuivent des projets qui ne sont rien moins que l'établissement da laïcisme moderne.
« Cette pensée, toute pénible qu'elle est, s'est encore affermie dans notre esprit par la passe d'armes que viennent d'avoir ensemble, dans V Etendard et le Canadien, deux instituteurs, au sujet des livres des Frères de la doctrine chrétienne...
« Notre intention, en vous écrivant, Monsieur le Rédacteur, c'est de relever une illusion de M. V Instituteur d'Héhertville sur laquelle a glissé trop légèrement, nous semble-t-il, V Instituteur canadien : nous coulons parler du choix des livres classiques. M. V Instituteur d'Héhertville dit à son collègue : « Sachez, Monsieur l'Instituteur, que nos institutions scolaires, religieuses ou laïques, sont sur un aussi bon pied que celles des autres pays, et que leurs directeurs ou leurs directrices ont toute la compétence nécessaire pour faire un choix judicieux des meilleurs livres qu''il convient de mettre entre les mains de leurs élèves. «
Sur l'état prospère de nos institutions scolaires comme sur la compétence des directeurs ou directrices à faire le choix des meilleurs livres, nous partageons l'opinion de M. l'instituteur d'Hébertville ; mais nous nous demandons à quoi, pratiquement, se réduira cette compétence, s'il est impossible de l'exercer ? Nos directeurs ou directrices d'institutions scolaires ont la compétence pour le choix des livres, à la bonne heure ; mais en ont-ils la liberté ?
« Toute la question est là. M. V instituteur d'Hébertville semJ3le ignorer l'histoire de son pays, au moins autant qu'il ignore la pédagogie. Ce qu'il dit montre que, depuis dix ans, il n'habite plus le Canada ; il nous permettra bien de lui faire une petite répétition.
« Au tem.ps où l'éducation était entre les mains des familles et de l'Eglise, nos maîtres et nos maîtresses avaient la compétence et la liberté nécessaires pour faire le choix des meilleurs livres. Ces beaux jours s'enfuient ; la compétence, nos maîtres et nos maîtresses la gardent, parce qu'on ne peut guère la leur enlever ;
la liberté, M. Ouimet la leur a confisquée au profit du Département de l'Instruction publique. M. Ouimet dresse ses batteries contre la liberté des instituteurs, contre celle des commissaires d'écoles et contre celle des prêtres.
« Nous lui laissons la parole, car nul mieux que lui ne peut exposer son plan de campagne. « Je pense, dit -il, qu'il serait à propos qu'on établît un dépôt de livres d'écoles, cartes géographiques, livres de lectures pour les bibliothèques, etc., dont l'écoulement pourrait s'effectuer à des prix très réduits, le département ne tenant qu'à se rembourser du coût de ses achats, lesquels seraient toujours au plus bas taux, grâce aux quantités considérables qu'il prendrait à la fois. » {Rapport de 1872-1873).
« Etablir au Département de l'Instruction un dépôt de livres, transformer le Ministre de l'Instruction publique en businessman, telle est la vaste conception qu'enfante le génie de M. Ouimet.
« Sans dépôt de livres, jamais le Canada ne s'arrachera aux étreintes de l'ignorance : c'est la conviction inébranlable de M. le ^Ministre devenu d'abord simple surintendant, puis courtier d affaires.
« Le matériel et les appareils de nos écoles, dit-il, seront toujours insuffisants tant qu'il n''existera pas au Département de l'Instruction publique un dépôt de livres, cartes, globes, etc. Le bon sens dit que nos écoles ne seront pas suffisamment pourvues si on laisse à chaque instituteur ou à chaque municipalité le soin de les pourvoir. Aussi la législature ne saurait tarder plus longtemps à mettre le Département de l'éducation en position de créer ce dépôt. » {Rapport de 1875-1876.)
« Voilà qui n'est guère flatteur pour nos directeurs ou directrices d'institutions scolaires ; mais nier la compétence de nos maîtres parut un excellent moyen de justifier la confiscation de leur liberté 1
« Désormais, toute la Province saura que ^I. le Surintendant est, par sa charge, te seul foyer des lumières pédagogiques ; à lui et à quelques heureux m.ortels sur lesquels il daignera répandre
son esprit, les aptitudes nécessaires pour composer les ouvrages, faire un choix judicieux parmi les auteurs, etc.
« M. Montpetit çient de publier le premier livre de lecture de la série approïwée par le Conseil de V Instruction publique en octobre 1874. Cet ouvrage n'est pas obligatoire dans les écoles, mais il est probable que le Conseil et le Département de l'Instruction publique en décréteront l'iLsage exclusif pour le mois de juillet prochain. »
Notons dans ce texte du journal une particularité remarquable : « Lorsqu'un auteur sollicite l'approbation d'un ouvrage, il doit en envoyer préalablement un exemplaire à chacun des Membres du Comité dont il sollicite l'approbation.
« Par une faveur spéciale, M. Montpetit semble avoir échappé à cette règle, car le Conseil de l'Instruction publique approuve^ dès 1874, un ouvrage dont le premier volume n'a été publié qu'en
« Cet ouvrage n'est pas encore obligatoire, mais il le deviendra par droit d'origine ; le journal officiel le suggère, M. Ouimet l'annonce positivement en ces termes :
« Le 16 octobre 1874, le Conseil de V Instruction publique a décidé^ et j'attire spécialement l'attention sur ce faib, de ne point approuver un ouvrage du même genre avant le 1^^' septembre 1880. L'intention du conseil vous paraît évidente : c'est que cette série de livres sera généralement adoptée dans toutes les écoles catholiques de la province:. Et le but de la présente circulaiie est de vous faire part de cette intention. Vous voudrez bien vous y conformer dans les limites de vos attributions. » {Circulaire aux Inspecteurs et aux Commissaires d'écoles^ 31 octobre 1876.)
« Caprice du sort ! Il y a des œuvres qui sont proscrites avant de naître ; d'autres qui sont comblées de faveurs ; la série graduée de M. Montpetit est du nombre de ces dernières ; la recommander ce n'est pas assez, il faut l'imposer. A cet effet, M. le Surintendant écrit à MM. les commissaires ;
« Telle grammaire, telle géographie que voas avez apprise jadis vous-mêm.es, a perdu toute sa valeur par la publication ré-
cente d'ouvrages analogues mieux faits. Ce progrès ne doit pas vous étonner, Messieurs : il en est des livres comme de vos instruments d'agriculture, on cherche sans cesse à les perfectionner. Il est vrai que le Conseil de l'Instruction publique a suivi de près ces perfectionnements, et n'a pas manqué d'approuver et de recommander les bons manuels, à mesure qu'ils étaient publiés ; mais, la loi laissant pleine et entière liberté aux municipalités d'acheter chez le libraire les livres anciens aussi bien que les nouveaux^ la création d'un Dépôt de livres va mettre fin à ces inconvénients.
« Vcici, en effet, quelle est la portée de la loi. Chaque année, dans lecours des mois de juillet et août (art. 30), vous devrez nie faire la demande des livres et des fournitures dont vous aurez besoin pour chacune de vos écoles. Je vous les expédierai sans délai. Toutes les fournitures seront du meilleur modèle et les plus économiques que j'aurai pu trouver ; les livres seront les meilleurs d'entre ceux que le Conseil de l'Instruction publique aura approuvés, et vous seront vendus au prix coûtant plus les frais de magasin et de transport. » {Cire, à MM. les Commissaires d' écoles, 10 mars 1877.),
« En octobre 1876, M. le Surintendant « attire spécialement l'attention de MM. les commissaires d'écoles sur ce fait : que le Conseil a décidé de ne point approuver un ouvrage du même genre avant le premier septembre 1880. » Six mois plus tard, il écrit à ces mêmes commissaires que les livres, comme leurs instruments agricoles, vont vers une perfection toujours croissante ; « que la loi leur laissait pleine et entière liberté d'acheter les livres chez les libraires, les anciens aussi bien que les nouveaux, » et aussi les nouveaux aussi bien que les anciens. C'était là un abus de la liberté et « le Dépôt de livres va mettre fin à ces incouA'énients. » Donc désormais :
« Chaque année, vous devrez me faire la demande des livres et des fournitures dont vous aurez besoin pour chacune de vos écoles. »
« Voilà l'ukase lancé ! Instituteurs, Institutrices, Commissaires d'écoles, vous abusiez de votre liberté en choisissant les livres nouveaux ; il est de mon devoir de mettre un terme à un si
étrange abus. Dorénavant, vous devrez, non vous pourrez, mais vous devrez vous en remettre à ma sollicitude et, en retour de votre liberté qae je vous escamote, vous serez servis « sans délai », avec « les fournitures du meilleur modèle ; » « les livres seront les meilleurs » d'entre les meilleurs, et le tout vous sera vendu « au prix coûtant, plus les frais de magasin et de transport. »
« Cincinnatus a dû tressaillir dans sa tombe en voyant un tel émule de son désintéressement.
« En décembre 1876, la Législature mit le comble aux vœux de M. le Surintendant, en votant la création du « Dépôt de livres. » Aussitôt le Journal de V Instruction publique, organe officiel du Département, annonce l'heureuse nouvelle à toute la Province. Durant huit mois, chaque numéro apporte le catalogue du nouveau libraire, catalogue assez maigre au début, mais allongeant chaque jour ses colonnes ; les circulaires expliquent le catalogue, vantent les bienfaits de l'œuvre et montrent, dans un nthousiasme enfantin, le bout de l'oreille ; le « Dépôt de livres », n'est qu'un moyen pour atteindre un but ultérieur qui doit lui-m.êm.e aboutir à un but final : l'uniformité d'enseignement.
« L'uniformité d'enseignement (1) est une des utopies, ou plutôt un des leurres des sectes Maçonniques.
« Tous les gouvernements révolutionnaires de l'Europe, monarchies ou républiques, ont épousé cette maxime et en poursuivent la réalisation avec une persévérance infernale. Etablir dans les écoles les mêmes programmes, mettre entre les mains des élèves les mêmes ouvrages, soumettre les maîtres et les élèves au contrôle d'inspecteurs chargés d'imposer les ouvi^ages et de faire suivre les programmes ; centraliser l'action inspectorale par le moyen d'un inspecteur général qui remette tous les rouages scolaires entre les mains du Surintendant, c'est-à-dire d'un fonctionnaire qui, catholique aujourd'hui à la mode des Frayssinous, et des Feutrier, sera peut-être demain libre-penseur comme les
(1) En France ce principe est dit : unité morale.
Cousin, les Carnot, les Thiers, les Jules Ferry et les. Paul Beii. ; telle est, pratiquement, la signification de ces deux mots : uniformité d' enseignement.
« L'uniformité d'enseignement n'est pas seulement un leurre, un danger et un péril pour l'avenii' ; c'est encore un non-sens. En effet, comment couler toutes les intelligences dans un même moule ? Comment tailler toutes les natures sur le même patron ? A la campagne, nos enfants ont besoin de notions agricoles,. d'économie domestique ; à la ville, ils demandent surtout un cours commercial et quelques notions de sciences naturelles appliquées à l'industrie. Dans tel comté, il faut de l'anglais plus que du français ; dans tel autre, il faut du français plus que de L'anglais, etc. Comment, encore une fois, mettre toutes ces écoles à l'unisson, les soumettre au même programme, y établir l'uniformité d'enseignement ? C'est là le problème de Tarquin le superbe qui, à coups d'épée, courbait toutes les têtes sous un même niveau ; c'est aussi celui de i\L Ouimet, qui expose ainsi à MM, les Inspecteurs ses projets de réforme scolaire :
« La création d'un dépôt de livres et de fournitures scolaires dans le Département de l'Instruction publique devant être le point de départ d'une réforme bien importante ; je veux dire : l'uniformité d'enseignemen't dans la province. » (Cire, aux Inspecteurs, 15 juin 1877).
- « L'intention de la loi est d'établir V uniformité des livres classiques dans toute la province ; or, il m'a été impossible de me conformer à cette partie de la loi ; car, d'une paît, le Conseil de L'Instruction publique n'a pas encore revisé la liste des Evres approuvé>-, et d'autre part, je ne pouvais, dès la première année, prendre sur moi de faire un choix sans courir le risque de j eter la confusion dans certaines écoles. Il serait pourtant bien à désicep que cette uniformité légnât dans toutes les écoles ; l'enseignement y gagnerait et l'inspection serait bien plus facile. Déjà, ^Qur la lecture, l'uniformité s'étabUt au moyen des livres de lecture graduée de ^lontpetit, dont le quatrième et le cinquième volumes viennent de paraître.
« Dans le cas où le Conseil de l'Instruction publique, pour des raisons graves, ne voudrait pas renser maintenant la liste des li(^res approiwés, il y aurait peut-être un moyen d'obvier à cet inconvénient : ce serait de laisser libre le commerce de tous les livres approuvés, mais de n'en vendre au Dépôt qu'un petit nombre choisi. Ce moyen serait beaucoup plus lent qu'une révision complète ; mais il aurait toujours sa valeur en ce qu'il manifesterait une préférence de la part des autorités. » {Cire, aux Inspecteurs^ 10 décembre 1877.)
« Nous prions le lecteur de bien retenir cette expression : « revider les livres approuvés. » M. le Surintendant a deux sortes de révision ; Fune intégrale et immédiate ; l'autre partielle et successive. La première ne lui paraissant pas assez sûre pour le moment, il préfère la seconde qui est « lente », mais suffisamment efficace, en ce qu'elle « manifeste la préférence de la part des autorités. »
« N'importe par quelle voie et quels moyens, il faut aboutir, M. le Surintendant chauffe MM. los Commissaires d ^écoles :
« Un point sur lequel vous devez insister absolument, leur écrit-il, c'^est Vuniformité des livres classiques. Il faut que dans chaque école les élèves se servent du même manuel, sans cela l'enseignement devient à peu près impossible. Que les intéressés s'entendent pour acheter, par exemple, telle grammaire, telle arithmétique, telle géographie, et que l'on ne voit plus la même matière étudiée dans deux ou trois auteurs différents. » {Cire, du l^r fév. 1876.)
« Qu'il faille avoir le même livide pour tous les élèves d'une même classe dans la même école., c'est ce qu'aucune personne de bon sens ne conteste et n'a jamais contesté. Cette mesure est indispensable pour l'ordre de l'école et l'avancement des élèves : on l'avait si bien compris avant les circulaires de M. Ouimet, que longtemps même avant le règne de ses prédécesseurs nous n'avo-ns rencontré aucune école où un maître tant soit peu diligent ait été obligé de faire « étudier la même matière dans deux ou trois auteurs différents. » Mais M. le Surintendant visait à l'uniformité de livres pour toutes les écoles de la province. N'ayant pas de raison
à faire valoir en faveur d'une telle -aniformité, il se rabat sur un abus imaginaire^ Tabus qui consisterait à faire étudier la même matière^ pour les enfants d'une mêîne classe, dans des auteurs dijférents. C'est comme si l'on disait : il y a de graves inconvénients à n'avoir pas un seul auteur, un se al livre entre les mains de tous les élèves d'une même classe : donc qu'il n'y ait qu'un seul et même livre pour la même matière dans toutes les écoles du pays ! Quelle logique, vraim.ent ! Mais, ce qui semble préoccuper avant tout M. Ouimiet, ce n'est ni le bon sens ni la logique ; c'est l'uniformité partout, l'uniformité imaginée par la maçonnerie. De là, la pression exercée en toute circonstance.
Déjà se sont fait sentir les résultats de cette haute pression. M. le Surintendant constate dans son Rapport de 1879 que le « Dépôt de livres a contribué puissamment à établir l'uniformité DES LIVRES CLASSIQUES. »
« Sa joie, toutefois, fut de courte durée : le dépôt était à peine établi qu'un point noir apparaissait à l'horizon. ]\I, le Surintendant exprime son appréhension en ces termes :
« Je serais vraiment peiné si la même opposition se manifestait à l'avenir contre une œuvre que je considère comme la plus utile de toutes celles qui couronnent l'ensemble de notre organisation scolaire. » {Rap. de 1878-79).
« Cependant l'opposition continue plus vive que jamais, et bientôt l'arrêt fatal est prononcé ; le Dépôt, poursuivi par les libraires, succombe sous un vote de la Législature. Coup trois fois douloureux pour M. le Surintendant qui s'écrie, l'âme plongée dans la douleur :
« Le Dépôt n'a fait aucun mal, et il a fait beaucoup de bien ; à dire vrai, il a hâté de 10 ans des réformes d'une utilité de premier ordre. Je prends acte du fait qu'en abolissant le Dépôt de livres, on m'a enlevé le mxoyen le plus effectif que je possédais pour accomplir des réformes et je dégage nettement ma responsabilité des conséquences de cette malheureuse détermination. {Rap. de 1879-80.)
« Pour conjurer le mal et remplacer, dans une certaine mesure,
le Dépôt de livres, je demanderais que la Législature votât une loi ainsi conçue :
« Les municipalités scolaires sont obligées de pourvoir leurs écoles des fournitures classiques nécessaires, et de distribuer gratuitement aux enfants inscrits sur le journal de classe les livres^ les ardoises^ les cahiers^ les crayons^ Vencre^ et toutes autres choses nécessaires ou utiles à l'enseignement ; et les dites municipalités devront acheter le tout avec leurs propres fonds et augmenter en conséquence les cotisations, s'il y a lieu. » {Rap. de 1880-81.)
« Idée vraiment lumineuse ! Le Dépôt est mort, vive le Dépôt ! Si je ne puis l'avoir chez moi, se dit M. Ouimet, du moins l'auraije chez MM. les Commissaires d'écoles. ]\IM. les Inspecteurs y auront l'œil et la main ; ce mode, quoique m.oins lucratif, me permettra d'introduire dans les écoles les ouvrages pour lesquels « les autorités « manifestent de la préférence, et ainsi d'opérer la revision qui doit nous conduire à V uniformité d'enseignemeiU.
« Sous ce feu roulant de circulaires et de rapports du Surintendant, on conçoit quelle activité déployaient MIM. les Inspecteurs pour éliminer des écoles « les ouvrages anciens » et y introduire ceux « pour lesquels l'autorité témoigne quelque préférence.»
— « Conformément aux instructions que j'ai reçues de votre Département Van dernier^ dit l'un d'eux, j'ai recommandé partout l'introduction et l'usage du livre de lecture graduée de Montpetit, » — « J'ai écrit, dit un autre, aux Commissaires d'écoles de chaque municipalité^ leur recommandant fortement de voir à ce que les élèves soient pourvus des livres de Montpetit dès la prochaine réouverture des classes. » — « On s'attend bientôt, ajoute un troisième, que le Département fera pour tous les livres en usage dans les écoles primaires ce qu'il a fait pour la série de Montpetit. »
— « Aujourd'hui, fait observer un quatrième, on se familiarise un peu avec l'idée qu'il faut céder devant les faits de l'autorité. Pour en arriver là, il faut contraindre les enfants à se servir de ces deux mêmes livres, comme livres de lecture. » Et voici la sanction : Si les institutrices et les municipalités ne cèdent pas
devant l'autorité, elles s'exposent, les premières « cl perdre leur position «, et les secondes « à perdre Voctroi. »
Tandis que ces projets de détail s'étalaient et 6'€x;écutaient en plein jour, un projet plus vaste et bien autrement sérieux s'élaborait dans l'ombre. Nous l'avons déjà dit, devant les libraires ligués contre le Dépôt de livres de son Département, M. le Surintendant dut céder. Un bill fut donc rédigé pour abolir l'œuvre si chère à son <3ceur. Or, c'est dans ce Bill-là même qui devait tuer le Dépôt, que JNI. Ouimet, grâce à la naïveté avec laquelle les membres du Oouvernement et 1^ deux Chambres croyaient encore à son honiiêteté tant vantée par une certaine école, put glisser, sans faire semblant de rien^ quelques petites clauses, destinées à rendre aussitôt la vie au déiunt. Ce tour à la Jules Ferry se jouait pendant la session parlementaire de 1880, on sait comment : plusieurs personnes, heureusement pour le public, non seulement le savent, mais peuvent le déclarer sous la foi du serment, M. Ouimet trompait^ oui trompait impudemment, lorsque, quelques mois plus tard, il osait affirmer en plein Congrès pédagogique, à Montréal, qu'il ignorait complètement les clauses en question.
« Voici le texte même des clauses frauduleuses, vrai chefd' oeuvre en son genre : admirons ensemble :
« Art. 8 : Après la mise en vigueur du présent acte, le Conseil de l'Instruction publique, c'est-à-dire le comité catholique ou le comité protestant du dit Conseil selon le cas, devra d'ici au premier jour de mai 1881, reviser la liste des ouvrages classiques, livres, cartes, globes, modèles ou objets quelconques qu'il a approuvés jusqu'à ce jour.
« Art. 9 : Sur cette liste, il ne devra être inscrit qu'im ouvrage par matière d'enseignement, ou deux dans le cas où l'un serait élém.entaire et l'autre plus complet pour les classes avancées, et nul autre ouvrage ou livre ne sera en usage dans les écoles. »
« Art. 10 : La dite liste des livres approuvés ne sera revue que tous les quatre ans, et tout livre d'école qui serait exclu de la dite liste ne pourra être exclu de l'enseignement avant une année à
compter de la date de la revision de la dite liste, et les nouveaux livres approuvés ne devront être mis en vente qu'après une année à compter de la même date,
« Art. 11 : Le Surintendant retiendra la subvention de toute municipalité qui, après le premier jour de septembre 1882, permettra dans ses écoles l'usage de livres non portés sur la dite liste ainsi révisée. »
« Art. 12 : Nonobstant toute loi à ce contraire, tous les livres ou tous les ouvrages portés sur la dite liste deviendront la propriété du Conseil de l'Instruction publique, moyennant indemnité aux propriétaires, laquelle sera fixée par le lieutenant-gouverneur en Conseil, et s'il y a contestation sur le chiffre de cette indemnité, la contestation sera référée à trois arbitres nommés^ l'un paj le Surintendant, l'autre par le propriétaire de l'ouvrage, 1q troisième par ces deux arbitres, et la décision de ces arbitres sera finale. »
« Nous n'essaierons pas de faire ressortir ce qu'il y a d'odieux et de tyrannique dans une telle loi. C'est une loi que signeraient à deux mains Paul Bert et Jules Ferry.
« NN. SS. les Evêques furent indignés d'une telle audace, et, à la prochaine session du Conseil de l'Instruction publique, Mgr de Rimouski proposa, secondé par Mgr de ]\Iontréal :
« Considérant qu'à sa dernière session, la Législature de cette province a passé un acte pour l'abolition du Dépôt de livres, dans lequel ont été introduites des clauses concernant ce Conseil et l'approbation des livres à l'usage des écoles ;
« Considérant que ces clauses ont été introduites sans que le Surintendant ni les membres de ce Conseil aient été consultés ou aient eu occasion de faire connaître leurs objections ;
« Qu'il soit résolu que le Comité catholique de ce Conseil présente une humble i^equête à. la dite Législature, à sa prochaine session, lui représentant :
« 1° Que, dans l'opinion de ce Conseil l'adoption d'un seul ouvrage pour chaque branche d'étude dans toutes les écoles de même degré présente des difficultés insurmontables dans la pra-
tique •^-
« 2° Qu'elle tend à froisser surtout les communautés religieuses, dont plusieurs ont d'excellents ouvrages qui sont déjà, approuvés, aussi bien que les libraires qui en ont beaucoup à vendre, et qui, d'ici à un an, sont exposés à des pertes considérables et immenses par la défense d'employer dorénavant ces livres dans les écoles de la province ; à étouffer la louable émulation qui devrait exister entre les diverses institutions d'éducation pour le choix des meilleurs ouvrages ; à arrêter les efforts des auteurs vers le progrès et l'amélioration des livres et des méthodes ;
« 3^ Qu'une mesure d'une telle sévérité n'a encore été adoptée dans aucun autre pays, à ce que croit ce Comité. En France, en Belgique, en Prusse, etc., il est laissé une pleine liberté de choisir entre les divers ouvrages approuvés pour chaque matière ;
« Que, si la trop grande multiplicité d'ouvrages approuvés peut offrir peut-être des inconvénients, il est encore plus dangereux de tomber dans l'excès contraire en restreignant le nombre à un seul pour chaque branche ;
« 5° Que ce Comité à déjà passé des règlements obligeant à ne se servir dans chaque école que d'un seul et même livre pour chaque classe d'élèves ;
« 6*^ Qu'il est à propos de tenir compte des préférences que l'on peut avoir, dans les différentes parties de la province pour certain ouvrage plutôt que pour tel autre, l'appréciation des livres étant une chose bien délicate, qui dépend de beaucoup de circonstances de lieux et de personnes ;
« 7° Que l'adoption d'un seul ouvrage pour chaque matière donnerait naissance à un monopole odieux, et peut-être à des spéculations scandaleuses ;
« 8° Que, pour toutes ces raisons, ce comité prie respectueusement la Législature d'abroger toutes les clauses de la dite loi qui concernent l'approbation des livres. Adopté. »
Ces considérants signalent tous les caractères odieux du Bill, moins deux : la tiote maçonnique que nous retrouvons en plus d'une mesure proposée par M.le Surintendant et V expropriatmi littéraire, nouveau genre de vol inventé par les auteurs du fameux Bill.
« Depuis cinq ans, où en est le vœu du Comité catholique ?
« Qu'en a fait M. le Surintendant qui, comme M. Mousseau, « proteste de son désir d'accepter les propositions qui lui seront faites avec tout le respect dû à des hommes de grande expérience et revêtus d'un caractère sacré ? » Depuis cinq ans, le Bill poar le fonds de retraite apparaît presque à chaque session : combien de fois, depuis cinq anï, M. Ouimet a-t-il tenté de répondre au vœu du Comité catholique ?
« Depuis plusieurs années, le Gouvernement avait promis des réformes dans nos lois scolaires ; le Département de l'Instruction publique avait présenté deux projets de lois que l'Episcopat jugea prudent d'écarter. Ce que nos laïciseurs n'avaient pu obtenir en bloc par leurs projet de loi, ils tentèrent de l'extorquer en détail par des Bills partiels : ainsi parurent les Bills de 1880, 1881 et 1882.
(c Nous venons de dire un mot du Bill de 1880, qui fut préparé, voté et promulgué à l'insu de NN. SS. les Evêques et « de M. le Surintendant » (?). Jetons un coup d'œil sur ceux de 1881 et 1882, qui furent dénoncés et arrêtés au passage par des catholiques vigilants.
« Nous ne prétendons point faire ressortir tout ce qu'il y a de dangereux dans ces documents : nous nous contenterons d'en relever les principaux articles.
« L'art. 470 est un monstrueux abus de pouvoir, il est ainsi conçu :
« Tout instituteur dont le certificat, diplôme ou brevet de capacité, aura été révoqué par l'un ou l'autre des comités du Conseil de l'Instruction publique, et tant qu'il n'aura pas été régulièrement relevé de cette révocation, ne pourra enseigner comme instituteur, professeur ou maître, dans aucune école ou institution d'éducation ou d'instruction quelconque, sous contrôle ou indépendante, sous une pénalité de S 20 pour chaque infraction, et il n'aura droit de percevoir aucun émolument quelconque pour tel enseignement. »
« Chacun sait comme on révoque les Instituteurs et même Jes Inspecteurs. Voici un instituteur qui, dans un moment de
téméraire franchise, a dit aux maîtres du jour d'inopportunes vérités. En vertu de la loi, cet instituteur ne pourra désormais prodiguer son dévouement aux enfants sous peine d'une amende de $ 20 par classe,
cf Dracon n'eût point rejeté cet article de son Gode.
« Les Sections 70c et 70f ouvrent aux agents de M. Ouimet les portes de nos collèges et de nos écoles congréganistes. IMM. les Inspecteurs se borneront à constater le bon air des classes en attendant qu'ils goûtent du pot-au-feu.
« 70 c. Tout instituteur d'une école dite indépendante, fournira chaque année au Surintendant de l'Instruction publique^ un état statistique de son école, et remplira les blancs de rapport qui lai seront transmis à cet effet, ou dont il pourra faire la demande au Département de l'Instruction publique.
« 70 f. Les professeurs des écoles indépendantes devront permettre à l'inspecteur d'écoles de faire la visite de leurs dites écoles. Les dits inspecteurs d'écoles, dans ce cas, n'auront pas le droit, sans y êfre spécialement invités par tels professeurs, de soumettre les élèves des dites écoles indépendantes à aucun examen, ou de poser aucune question aux professeurs, excepté en ce qui concerne la statistique scolaire et l'état hygiénique des dites écoles. Mais les dits professeurs de'STont dénoncer sans délai au Surintendant la Constitution de leur école et lui transmettre régulièrement les rapports semestriels auquek sont tenues les écoles sous le contrôle des commissaires ou syndics. »
(c Les art. 5, 6, 7, 8 et 9, élargissent le cercle d'action de M. le Surintendant.
tt Le 10c revient sur la revision des livres.
« Chacun des Comités catholique romain ou protestant du Conseil de l'Instruction publique pourra reviser, de temps à autre, la liste des livres approuvés par eux ou par le Conseil de r Instruction publique, et limiter le nombre de livres de même matière d'enseignement qui peuvent être en usage dans chaque école sous le contrôle des commissaires ou syndics d'écoles.
« Au 12e, on trouve la consécration légale de la sinécure de
M. U. E. Archambault, à Montréal. Le Surintendant local change son titre en celui de « Directeur des écoles ». C'est un inspecteiu* général par ville de 15.000 âmes ; et le dit Directeur des écoles sera aussi sous le contrôle du Surintendant dont il devra suivre les avis ou les ordres. Mais donnons le texte d'un aussi beau projet :
« Il sera loisible au lieutenant-gouverneur en Conseil de nommer dans les municipalités dont la population excédera quinze mille âmes, un « directeur des écoles » qui sera tenu de visiter les écoles sous le contrôle des commissaires ou syndics de sa croyance religieuse, et les écoles indépendantes, conformément à la loi ; ce directeur fera rapport de ses visites et examens aux commissaires ou syndics d'écoles de la municipalité pour laquelle il est nommé et dont il sui%Ta les règlements, et il sera payé par les dits commissaires ou sjTidics à tel directeur un traitement annuel qui sera fixé par le lieutenant-gouverneur en Conseil ; le dit directeur sera aussi sons le contrôle du Surintendant dont il devra suivre les avis ou les ordres. Mais l'inspecteur ordinaire nomm.é par le gouvernement continuera, comme par le passé, à visiter les écoles des dites municipalités et à faire rapport au Surintendant.
« Puis, pour prévenir tout écart et toute défaillance dans les délibérations de MM, les Commissaires, leur^ assemblées se tiendront sous l'inspiration de M, le Surintendant ou d'un de ses inspecteurs.
(c Le Surintendant de l'Instruction pubMque dans la province et chaque inspecteur d'écoles dans les limites du district d'inspection pour lequel il est nommé, pourront a.ssister à toutes les assemblées des commissaires ou syndics d'écoles ; ils y auront voix délihérative, mais ne pourront voter.
« Le dit directeur des écoles pourra assister à toutes les assemblées des commissaires d'écoles de sa croyance religieuse, dans la muncipalité pour laquelle il est nommé ; il y aura voix délibérante, mais ne pourra voter.
Le Bill de 1882 ne le cède en rien à ses aînés. L'article 10 confère à M. le Surintendant et à ses inspecteurs des pouvoirs absurdes et monopolisateurs sur les écoles du Saguenay.
« L'article 20, qui est une violation de la liberté individuelle et de la liberté d'enseignement, impose à toutes les municipalités scolaires :
« De pourvoir les écoles tenues sous leur contrôle, des fournitures classiques nécessaires et de distribuer gratuitement aux enfants inscrits sur le journal de classe, les livres, les ardoises, les cahiers, les crayons, l'encre et toutes autres choses nécessaires ou utiles à l'enseignement ; et les dites municipalités devront acheter le tout avec leurs propres fonds. Si un enfant perd, détruit, ou détériore de manière à les rendre inutiles, ses livres ou fournitures classiques, il aura à payer ceux qui lui seront remis à la place par la municipalité. »
« Quelques inspecteurs se sont plaints de l'ingérence du prêtre à l'école et de l'inhabilité des commissaires dans les questions scolaires.
« Les Statuts refondus, chap. xv, sect. 65, 20, portent :
« 3. Il sera du devoir des commissaires et syndics d'écoles...
« De régler le cours d'études à suivre dans chaque école, pourvoir à ce que dans les écoles sous leur juridiction, on ne se serve que de livres approuvés et recommandés par le Conseil de l'Instruction publique ; — établir des règles générales pour la régie des écoles et les communiquer par écrit aux Instituteurs respectifs ; indiquer le temps où aura lieu l'examen public et y assister.
« Mais le curé, prêtre ou ministre desservant aura le droit exclusif de faire le choix des livres qui ont rapport à la religion et à la morale, pour l'usage des enfants de sa croyance religieuse.
« L'article 3 du Bill de 1882 met ordre à ce double abus en transférant aux inspecteurs sous la direction du Surintendant les pouvoirs auparavant conférés aux commissaires ou syndics et le droit laissé au prêtre de faire le choix des livres qui ont rapport à la religion et à la morale.
« Voilà donc confisquée toute liberté, celle de l'instituteur, celle des Commissaires ou syndics d'écoles et celle du prêtre, au bénéfice de M. le Surintendant.
« M. Ouimet a besoin d'un inspecteur général qui concentre
entre ses mains, pour les lui remettre, tous les ressorts de l'éducation. L'article 4 y pourvoit :
« Il sera loisible au lieutenant -gouverneur en Conseil, de nommer Vun des fonctionnaires du Département de V Instruction publique, inspecteur général des écoles de la province.
« Le devoir du dit inspecteur général sera de surveiller, de contrôler et de diriger, d'' après les instructions du Surintendant, les travaux des inspecteurs ordinaires. Il aura à cette fin, tous les pouvoirs des dits inspecteurs et tous ceux du Surintendant, excepté celui de rendre des sentences. »
« Et que l'on remarque bien cette particularité : cet inspecteur général devra être « l'un des fonctionnaires du Département de l'Instruction publique. »
« L'article 5 est la réédition de l'article draconien du Bill de
« Les articles 7, 9 et 10 confèrent à M. le Surintendant, qui semble prendre au sérieux le zèle de Salomon, le pouvoir de régler arbitrairement les différends scolaires qui peuvent surgir dans les diverses municipalités, d'assister « à toutes les assemblées des commissaires ou s\Tidics d'écoles dans la province » et, enfin, de suspendre les inspecteurs d'écoles sans avis préalable du Conseil de l'Instruction publique ; il lui suffira d'en « faire rapport au lieutenant-gouverneur en Conseil, » sans doute comme d'un fait accompli.
« L'article 8 ramène la thèse chérie, la revision des livres. En voici le texte :
« Chacun des Comités catholique ou protestant du Conseil de l'Instruction publique pourra réviser, de temps à autre, la liste des livres approuvés par eux ou par le Conseil de l'Instruction publique et limiter \q nombre ô.q livres d; mêm.e matière d'enseignement qui peuvent être en usage dans chaque école, sous le contrôle des commissaires ou syndics d'écoles. »
« Nous prions le lecteur de remarquer l'accouplement que les deux Bills font de ces deux mots : reviser et limiter. C'est bien la pensée intime de M. le Surintendant, revision jusqu'à limitation
d'un seul ouvrage pour chaque spécialité, moyen infaillible de réaliser Tutopie révolutionnaire : V uniformité d'enseignement. , « Ce dernier Bill fut dénoncé par la Vérité ainsi que par le Canadien, alors journal catholique. Voici en quels termes ce dernier stigmatisait cette ceu^^:■e ténébreuse dans un article du 20 mai 1882 et qui a pour titre :
« Esprit maçonnique : Le Conseil de l'Instruction publique dont les évèques sont les principaux membres, porte ombrage au gouvernem.ent, qui semble ne rien épargner pour lui enlever ses pouvoirs et circonscrire son action.
« La clause 4 du fameux Bill, dont nous avons expliqué la nature à nos lecteurs, est ainsi conçue :
« Il sera loisible au lieutenant- gouverneur en Conseil de nommer l'un des fonctionnaires du département de l'Instruction publique, inspecteur général des écoles de la province. Le devoir du dit inspecteur général sera de surveiller, de contrôler et de diriger, d'après les instructions du Surintendant, les travaux des inspecteurs ordinaires. Il aura, à cette fin, tous les pouvoirs des dits inspecteurs et tous ceux du Surintendant, excepté celui de rendre des sentences. »
« Le lieutenant gouverneur en Conseil, c'est-à-dire le gouvernement pourra donc, sans consulter le Conseil de l'Instruction publique, nommer un inspecteur général dont les fonctions seront « de surveiller, de contrôler et de diriger les travaux des inspecteurs ordinaires, d'après les instructions du Surintendant et non d'après les instructions du Conseil de l'Instruction publique.
« Voilà qui est clair : les inspecteurs d'écoles seraient exclusivement sous la direction du Surintendant et de son aide-decamp, l'inspecteur général qui, par une singulière prudence de la loi, doit être choisi parmi les fonctionnaires actuels du départem.ent !
« Il y a de l'esprit m.açonnique dans ce bill, qui ferait hoimeur à Jules Ferry. »
« Constatons, pour dire où en était la presse, que pas un des journaux prétendus catholiques n'eut un mot pour flétrir les
— oo —
tentatives maçonniques du gouvernement et du Dépaitement de l'Instruction publique ; tous gardèrent, sur cet attentat à l'avenir de notre nation, un silence de mort.
« L'échec des Bills de 1881 et 1882 ne décourage pas néanmoins M. le Surintendant Oaimet, qui apporte à l'œuvre maçonnique de V uniformité de V enseignement une persévérance et une énergie dignes d'une meilleure cause.
c( Dans une circulaire qu'il adresse aux Commissaires et aux syndics d'écoles protestantes, on lit ce qui suit :
« Série uniforme des libres classiques approuvés. — « Il est du devoir des commissaires et syndics d'écoles de veiller à ce que, dans les écoles de leiu* ressort, on ne se serve d'aucun autre livre que ceux approuvés et recommandés par les Comités du Conseil de l'Instruction publique. En outre, comme deux ou plusieurs .livres de classe ont été approuvés pour les matières élémentaires du cours d'études, il arrive souvent que les élèves d'une école, appartenant au même degré, sont pourvus de livres différents traitant la même matière au grand désavantage de l'instituteur et au préjudice de l'école. Il est donc évident que, pour obtenir l'uniformité des livres dans chaque, école d'une municipalité, il faut que les commissaires ou syndics choisissent parmi les livres approuvés une liste de livres pom^ l'usage de leur municipalité respective, en ayant soin de ne désigner sur chaque matière qu'un seul livre, ou qu'une seule série graduée.
« Vous êtes, en conséquence, requis de préparer, dès que vous en aurez le loisir, une liste de livres pour l'usage des éc )les de votre mmricipalité et de domier avis que, à parth^ du 1^^^ juillet 1884, vous exigerez qu'on se serve exclusivement des livres inscrits sur la liste. L'inspecteur des écoles de votre municipalité pourra vous être d'un précieux: secours dans la préparation de cette liste dont vous de\T:ez transmettre une copie à ce Département pas plus tard que le 1^^ juillet prochain.
« Dès que votre liste sera faite, vous devrez la publier dans les journaux de l'endroit, afin que les parents et les librairies en soient instruits, et vous devrez avertir vos instituteurs, en la leur
transmettant, de n'admettre dans leur classe aucun nouveau livre de classe non inscrit sur la liste, et d'exclure de leur école, après le 1^^ juillet 1884, tout livre de classe non porté sur la liste ; car le payement de la subvention à votre municipalité ne se fera que si elle s'est strictement conformée à la liste que vous aurez préparée. »
« Les journaux catholiques firent quelque bruit autour de cet article maçonnique. Comment se justifiera M. Ouimet ? — M. Ouimet, qui excelle à bien poser et à mal faire, va sans doute répondre que cette circulaire n'est point pour les écoles catholiques, mais pour les protestantes.
« Admettons cette explication pour un instant ; mais, en vertu de quel droit ^I. le Surintendant impose-t-il aux écoles protestantes une mesure qui porte une grave atteinte à la liberté d'enseignement et à la liberté individuelle ; une mesure que le Comité catholique, il y a cinq ans, a condamnée dans des termes si sévères ?
« Cette mesure est pour les écoles protestantes, dira-t-il : est-ce bien là le fond de la pensée de ]M. le Surintendant ? Ce cher Monsieur n'entre-t-il pas par la porte protestante afin de sortir par la porte catholique ? Pourquoi donc donne-t-il dans le Rapport de la mêm.e année la liste des livres approuvés par le Comité protestant ? N'est-ce pas afin que, selon le vœu de M. Ouimet et la teneur des Bills de 1880, 1881 et 1882, chaque Comité soit mis en demeure de « reviser la liste des livres approuvés et limiter le « nombre des livres de même matière d'enseignement dans « chaque école sous le contrôle des commissaires ou syndics « d'écoles ? »
« Le Journal de Québec, dans un article du 3 août 1883, confirme notre interprétation :
u L'honorable fonctionnaire, dit-il, insiste sur la nécessité qu'il y a pour les municipalités de se munir d'une série de li\Tes d'un type uniforme, et afin d'atteindre son but avec certitude, il demande à chaque municipalité scolaire de lui adresser une liste des livres approm'és par le Conseil de l'Instruction publique,.
dont elle fait usage ; et parmi ceux-ci, M. le Surintendant fera un choix qui sera considéré comme définitif et devra à V avenir servir de guide dans le choix des ouvrages fait par les municipalités scolaires.
(( Comme on le voit, la question se simplifie ; si le Com.ité catholique résiste aux inspirations de M. le Surintendant, M. le Surintendant fera lui-même le choix, et ce choix « sera considéré comme définitif, » et le Journal de Québec ajoute, ironiquement sans doute, que le choix de M. le Surintendant servira de guide dans celui qu'auront à faire les municipalités scolaires !
« Quels m.otifs peuvent bien inspirer le Département de l'Instruction publique dans une campagne en faveur de l'ujiiformité d'' enseignement ?
« Nous n'avons point l'honneur d'assister au Conseil de M. le Surintendant ; mais les documents officiels qui en émanent et que nous avons largement cités nous révèlent un double but : faire de V argent et introduire au Canada le laïcisme moderne.
« Ce qui a été écrit sur le « Dépôt de li^Tes » ne laisse pas l'ombre de doute quant au premier but ; quant au second, nous le mettrons pleinement en lumière en terminant cet article. Aux faits nombreux et irrécusables que nous avons cités et qui sont tous puisés aux documents officiels du Département de l'Instruction publique, il nous sem.ble utile d'en adjoindre d'autres qui sont comme quasi-officiels et auxquels la presse catholique a donné une certaine notoriété. Dans leur ensemble, les uns et les autres prouveront surabondamment que, depuis l'entrée de M. Chauveau à la Surintendance de l'éducation, nous marchons à la remorque de la France dont le trop célèbre pédagogue a introduit en Canada les idées et les programmes maçonniques. Citons sommairement quelques faits.
« 1° Sur toute la ligne, proscription, par ordre supérieur, du Devoirs du chrétien. NX. SS. déclarent ce livre « utile à tous » et désirent le voir entre les mains de tous les enfants qui fréquentent l'école. » ^I. le Surintendant le trouve « d'un genre trop élevé » et ne le juge bon que pour les écoles modèles. »
« En conséquence, ordre est donné de tolérer « l'usage du
Devoirs du chrétien comme livre de lecture pour les classes avancées à la condition que Von fasse usage du premier livre de Montpetit pour les élèves des classes inférieures. »
<c Le Département^ écrit un inspecteur, exige que je presse Vintraduction dans toutes les écoles des livres de lecture de Montpetit. Je désire qu'à l'avenir on se dispense d'introduire dans les écoles d'autres livres que ceux-là, tout en permettant aux élèves de se servir des autres livres actuellement en usage, jusqu'à ce que ces livres soient usés. !MM. les commissaires sont priés de pourvoir aux besoins qui leur sont signalés ci-dessus. »
« Maintes fois nous avons eu l'occasion de causer de ces choses avec des prêtres et des laïques éclairés de la Province, et tous s'accordent à dire que les Inspecteurs font au « Devoirs du chrétien » une guerre de corsaire.
« 2° C'est au Départem.ent de l'Instruction publique que le franc-maçon Jules Ferry adresse ses gracieuses déléguées, les demoiselles Loizillon et Couturier, qui viennent tenter de répandre jusque dans nos écoles congréganistes quelques principes de pédagogie révolutionnaii^e.
« Le Journal de V Instruction publique, « organe des instituteurs catholiques de la Province, » souhaite la bienvenue aux visiteuses, s'indigne que nos journaux catholiques soupçonnent quelque contrebande dans une telle mission, et s'évertue pour prouver que si la République maçonnique de France exalte M^ie Pape-Carpentier, c'est uniquement à cause de sa méthode d'enseignement ; que, chez la célèbre institutrice, les principes sont saufs, voire même religieux. 0 naïf journal ! la Répubhque de Jules Ferry a bien souci de l'enseignement ; et si M^^e Pape-Carpentier n'était recommandable que par sa méthode, quelle Excellence maçonnique eût, en ces temps, songé à elle ?
3° C'est dans ce même journal que nous voyons recommander à nos maîtres chrétiens du Canada les productions pédagogiques les plus malsaines de l'Europe, telles que :
« Conférences pédagogiques, par M. Buisson, ouvrage qui respire le plus grossier matérialism.e, où l'auteur enseigne que :
« Les croyances confessionnelles peuvent vaiùer comme les opinions politiques », que « le Catéchisme n'appartient pas à l'enseignement populaire et doit être écarté comme une chose sujette à la controverse et à la passion : »
La Famille et VEdiication, par M. Baudrillart, où on lit ces paroles qu'on dirait d'une plume protestante ; « On doit reconnaître qu'il y a chez les nations protestantes entre la culture religieuse et l'instruction primaire une solidarité que Von est loin d'observer dans les pays catholiques. L'obligation de lire la Bible met à la fois l'enfant du peuple dans la nécessité d'apprendre à lire et lui impose le choix du livre qui doit servir d'aliment à son esprit et à son âme. En outre, le moment de la première communion est retardé jusqu'à 16 ans, et ce temps profite ensemble à la préparation religieuse et à l'école. »
Emile ou VEducation, par J.-J. Rousseau, extraits choisis par Paul Souquet. L'auteur nie formellement la déchéance originelle : « Suivre en tout la nature, la laisser faire, exercer le corps et tenir l'âme oisive aussi longtemps q«e possible ; assister au théâtre, la meilleure école pour apprendre l'art de plaire et d'intéresser le cœur humain ; » tels sont les principes éducateurs que préconise l'auteur.
« Quant à la femm-e, par cela même que sa conduite est asservie à l'opinion publique, sa croyance est asservie à l'autorité. Toute fille doit avoir la religion de sa mère., et toute femme celle de son ?nari, quand CETTE RELIGION' SERAIT FAUSSE. La docilité qui soumet la mère et la fille à l'ordre de la nature efface auprès de Dieu le péché et l'erreur. Hors d'état d'être juges elles-mêmes, elles doivent recevoir la décision des pères et des maris comme celle de l'Eglise. »
Histoire de V Education par le D^" Frédéric Dittes : L'auteur, qui est protestant, nous vante en ces termes la réforme pédagogique de Luther et de Zwingle :
« La réforme de l'Eglise, au xvi^ siècle, entreprise en même temps dans l'Allemagne centrale par Luther, et dans la Suisse par Z.vingle, lut aussi une réforme de l'école.
« La domination de l'EgUse au Moyen âge, fit l'homme impubère, passif et mort spirituellement... La hiérarchie romaine supprmiait l'esprit du christianisme et le caractère fondamental de la nation germanique. Il est du mérite de la réforme de les avoir fait valoir de nouveau tous deux.
« Le nouvel esprit (de la Réforme) pénétra tous les domaines de la vie, et ses propagateurs reconnurent dans une éducation réglée
de la jeunesse la base indispensable de la régénération du peuple.
« Luther, de beaucoup le plus grand réformateur de l'Eglise, et en même temps pédagogue de premier rang, était issu d'une modeste famille.
« On comprend pourquoi dans les pays protestants, la culture du peuple fut plus développée que dans les pays catholiques, et pourquoi les protestants ont exercé une plus heureuse influence, que les catholiques, sur tous les domaines de la vie intellectuelle, surtout dans la science et dans la poésie.
« Notons aussi l'importance particulière de la décision qui abrogea l'état dénaturé du célibat des ecclésiastiques. Luther, en se mariant, rétablit la vie de famille, et, par suite, développa la vocation générale pédagogique. »
« C'est absolument la théorie de M. P. S. Murptiy sur l'éducation : « les prêtres, les religieux et les religieuses sont les moins propres à former la jeunesse pour les luttes de la vie. »
(c Ces quelques citations, qu'il serait facile de multiplier, ne sont qu'un tissu d'insanités, d'impiétés et de blasphèmes. Tels sont, néanmoins, les principes pédagogiques qu'on inculque à notre jeune génération d'instituteurs. Et on trouve, en n3tre catholique Canada, une maison assez éhontée pour spéculer sur ces productions malsaines, et un journal assez effronté pour les recommander au public ; cette maison, c'est la m aison J.-B. Rolland de JMontréal ; ce journal, c'est le journal de l'instruction PUBLIQUE, qui s'intitule pompeusement organe des instituteurs catholiques de la Province, et que M. le Surintendant recomm.ande en ces termes : « Les journaux d'éducation que l'initiative privée a substitués aux publications officielles obtiennent à bon droit un succès marqué. Iljs sont bien dirigés et bien rédigés. Je ne saurais recommander trop vivement à la législature de les subventionner et au corps enseignant de leur donner son patronage. » {Rapport de 1881-82.)
« Et maintenant, est-ce étonnant que M. Ouimet estime le Devoirs du chrétien « d'un genre trop élevé pour les jeunes enfants » et sourie aux Manuels civiques de Paul Bert et Compayré, qu'il trouve « bien faits quant à la forme et au style ? » Est-ce éton-
nant que M. l'Inspecteur Laplante trouve le prêtre encombrant au milieu des commissaires, et que le Bill de 1882 le m.ette è la porte de l'école ? Est-ce étonnant que M. l'Inspecteur Béland s'indigne de voir élever « couvent sur couvent çà et là » et de rencontrer, — oh horreur ! — des enfants qui font la première communion dès 9 ans ou 9 ans et demi ? Est-ce étonnant que M. l'Inspecteur MacMahon, chargé du comté d'Hochelaga, consigne dans ses rapports que «l'on a quelque part objecté à l'enseignement journalier du catéchisme dans les écoles sous prétexte que cela nuisait aux progrès des élèves dans les matières profanes ? » Est-ce étonnant que M. l'Inspecteur Emberson constate que, « parmi les enfants âgés de 16 à 17 ans, il n'y en a que 37 0 /O qui sachent où Jésus-Christ est né, 25 0 /O qui semblent avoir une idée de l'existence de Jacob, et 15 0/0 qui se rappellent le nom de tous les enfants d'Adam et Eve ? » Est-ce étonnant que M. l'Inspecteur Vien nous fasse, à propos de certaines écoles, cette foudroyante révélation : « Pour un étranger qui ne connaîtrait pas à quelle croyance appartiennent ces écoles, il lui serait impossible de le dire, car aucun signe ne le fait entendre, «
« Ah ! rien de tout ceci n'est étonnant. C'est le fruit naturel du détestable système implanté en Canada par M. P. J. 0. Chauveau. Ce qu'il y a d'étonnant, de stupéfiant même, c'est que notre catholique Canada sacrifie chaque année plus de soixante mille piastres pour rétribuer un Surintendant avec une pléiade d'officiers, et entretenir deux écoles normales, qui se donnent la mission d'implanter et de répandre dans le pays de tels principes pédagogiques ! !
« 4° En 1883, le Canada reçoit la visite d'un industriel français, franc-maçon notoire, le F.'. Vermond ; le Département de l'Instruction publique lui fait l'accueil le plus cordial ; M. Dunn, secrétaire de M. Ouimet, assiste au célèbre banquet offert au maçon à Montréal, et l'Académie du plateau ouvre ses portes au fils de l'illustre voyageur.
« 5° L'an dernier (1885), dans une conférence donnée aux élèves de l'école normale de Québec, M. Toussaint, professeur à
cette école, exalte « les progrès opérés en France dans l'enseignement et déclare que, si on remettait dans les écoles les crucifix et autres emblèmes religieux, renseignement y serait le plus parfait du monde entier. !/ Apparemment que IM Toussaint eut un mot élogieux pour les manuels civiques de Paul Bert et Compa^yTé, car M le Surintendant, qui présidait cette petite fête de famille, crut devoir apporter quelques restrictions aux appréciations du professeur. Voici, d'après le compte rendu de V Enseignement primaire^ en quels termes anodins M. Ouimet rectifie les erreurs de M. Toussaint :
« Il (M. Ouimet) a lu les ouvrages de MM. Paul Bert et Gompayré sur la morale civique ; ces livres sont très bien faits quant a la FORME ET au STYLE ; maîs le fond en est déplorable. Ox a poussé l'exagération au suprême DEGRÉ, D'après ces deux auteurs, la vraie France ne commence que du moment qu'a paru Gambetta, de sorte qu'il faudrait, si on voulait les en croire, effacer le glorieux passé du plus beau paj-s du monde, de ce pays si noble et si chrétien qui fut le berceau de nos ancêtres, pour y substituer une doctrine malsaine et funeste. »
« Livres bien faits quant a la forme et quant au style, mais dont le fond est déplorable. On a poussé l'exagération AU SUPRÊME DEGRÉ. Du Caractère impie, anti social des manuels, de la condamnation de l'Eglise, pas un mot ! Seulement, « fonds déplorable » vu V exagération^
6° Enfin, ce sont les nombreux titres et décorations que le gouvernement maçonnique de France a accordés à nos sommités pédagogiques ou littéraires.» (Suit une liste de décorés qui laisse les initiés rêveurs).
L'auteur pour justifier ensuite ses accusations contre l'intrusion maçonnique dans l'oeuvre délétère que le libéralisme poursuivait dans l'école, rapproche d'une façon frappante les procédés francs-maçons en France et au Cajaada et prouve leur parfaite harmonie concertée, qu'il s'agisse d'unité du livre et de l'enseignem.ent ; de l'unité morale à l'école par la suppression de la liberté religieuse.
Plusieurs fois, continue l'auteur, dans le cours de cet article, est tombée de notre plume une expression qui va scandaliser la presse libérale et endormeiise ; c'est le mot maçonnique. Déjà nous voyons toute une tribu se voiler la face et crier à la calomnie Laissons crier la pieuse tribu et, selon le conseil de Léon XIII, arrachons les masques. Le travail est fort simple : un accouplement de textes va nous m.ontrer la parfaite analogie d'idées^ de moyens et de but qui existe entre les décorateurs français et la plupart de nos décorés canadiens,