‹ Vers l'abîme (volume 4)Chapitre 21 sur 77 · XII. — QUATRIÈME LUTTE. — LE PHOTESTANTISME · texte numérisé non relu

XII. — QUATRIÈME LUTTE. — LE PHOTESTANTISME

Le Sauveur avait promis à son Eglise l'assistance spéciale du Saint- Esprit, il avait laissé à i^es pasteurs l'assurance que cet Esprit de lumière leur enseignerait toute vérité : Etdocehit vos omnem veritatem ; que cet Esprit de force les soutiendrait et les rendrait capables de lui rendre témoignage jusqu'auxextrémités de la terre. Sed accipietisvir-

tutetii supervenientis Spiritus Sancti in vos, eritis mihi lestes

usque ad ultimum terrx. C'est la vérité que les Apôtres consignaient avec soin dans le symbole par ces paroles.

Je crois au Samt-Esprit, la sainte Eglise catholique.

Au chef de cette Eglise sainte avait été accordé un privilège admirable, celui de ne point errer dans la foi. Une prière spéciale du Sauveur à son Père lui assurait celte faveur : Ego,pro terogavi, utnon deficiat fides tua (Luc 22, 32) avait dit Jésus-Christ. < J'ai priépour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille point. » Le divin fondateur du christianisme avait également conféré au chef visible de son Eglise un pouvoir souverain : Et tibi dabo clnves regni cœlorumetc. (Math 16, tO.) « Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que lu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre, sera délié dans les cieux ». Qui dit tout n'excepte rien.

Dans ce royaume de Dieu sur la terre tout est soumis à ce pouvoir, sans limite : grands et petits, savants et ignorants, rois et peuples, pasteurs et troupeaux, tous, sans exception, doivent obéir à ce pouvoir unique dans le monde, sous peine d'être mis hors de la société de l'homme avec Dieu : Die Ecclesix, si axitem Ecclesiani non audieril, sit tibi sicut ethnicus et publicaiius (Math 18, 17). « Dites-le, à l'Eglise et s'il n'écoute pas l'Eglise, qu'il soit pour vous, comme un païen et un publicain. » Tel est le tribunal en dernier ressort qui décidera finalement et infailliblement de toutes les difficultés qui peuvent surgir dans le royaume du Christ.

Voilà aussi ce que les chrétiens avaient toujours cru, touchant l'autorité doctrinale et juridictionnelle de l'Eglise ; voilà ce qu'ils avaient pratiqué, (juantau respect et à la soumission qu'ils lui doivent, confor-

mémenl à ces paroles du Sativeur : Qui vos audit, me audit ; qui vos spernit, me spernit. « Qui vous écoute, m'écoute ; qui vous méprise, me méprise. »

C'est cette foi inébranlable aux décisions dogmatiques et ce respect pour les ordonnances de l'Eglise ; c'est cette soumission pleine et entière à ses pasteurs et surtout au Pasteur suprême, le Pontife Romain, qui avait fait la force du catholicisme. C'est par l'union intime de tous ces membres entre eux et avec leur chef, qu'il avait pu sortir victorieux des luttes terribles sur lesquelles nous venons de jeter un coupd'œil rapide, et accomplir la transformation admirable que nous venons de constater chez les nations qu'il s'était incorporées.

Satan le comprenait ; et il était désormais convaincu de l'impuissance des attaques ou des pressions extérieures, pour renverser le royaume du Christ et s'emparer de l'héritage qui lui était échu. Donc, briser cette puissante organisation, renverser ce tribunal, paralj'ser l'exercice de cette autorité salutaire, parut, à l'ancien serpent, le moyen infaillible de diviser d'abord et de ruiner ensuite l'Eglise ; il savait depuis longtemps que tout royaume divisé contre lui-même ne peut subsister. Voilà le projet de l'enfer, après la défaite du mahométisme, c'est-à-dire, anéantir l'aulorité de l'Eglise.

Mais pour en venir à l'exécution, il fallait entrer dans le royaume et trouver des instruments dociles. Dans un couvent d'Allemagne vivait un moine en qui Satan trouva une âme dévorée d'envie ; cette âme ne pouvait manquer do céder facilement à l'esprit de révolte. Luther, personne n'ignore son nom, se lève donc en face de l'Eglise, et pose audacieusement, comme des vérités acquises, ces trois grandes négations que Satan lui sugg-^re : 1° négation de l'autorité doctrinale de l'Eglise ; 2" négation de son autorité juridictionnelle et souveraine ; 3" négation de son universalité ou de sa catholicité. C'était nier directement les articles du symbole que nous venons de citer; c^était nier du même coup l'assistance spéciale de TEsprit-Saint, qui préside à toutes les délibérations et décisions de l'Eglise, et l'Eglise elle-même, qui ne devenait plus qu'un mot et un mot vide de sens : car qu'est-ce qu'une société qui n'a plus ni pouvoir législatif, ni pouvoir judiciaire, ni pouvoir exécutif. iMelhodius et Photius n'avaient été que timides ergoteurs, Luther se fera démoralisateur, il tentera de saper l'Eglise par la base. Niant donc à l'Eglise sa divine autorité, il s'en arroge enrontément les droits. Puis, se prenant à dogmatiser, il érige en principe indubitable la doctrine du libre examen et la libre interprétation des Ecritures, par

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le jugement privé de chaque individu ; c'est là, personne ne l'ignore, le principe fondamental et l'essence même du protestantisme. La triple négation luthérienne, qui précéda pour la forme, n'était au fond que l'une des innombrables conséquences qui découlent du principe faux de la souveraineté du jugement privé, source féconde de toutes espèces d'erreurs.

Henri VIII, en Angleterre, et Calvin, en France, donnèrent mainforte au moine révolté d'Allemagne. Le terrain du libre examen devint naturellement le rendez-vous de ces esprits impatients du joug. L'Evangile devait cesser pour eux d'être sans accommodement ; toutes les aspirations pouvaient y chercher désormais la possibilité d'être satisfaites ; chacun serait son juge et devait avoir pour soi, avec la liberté du jugement privé, la liberté de morale ou la liberté de mœurs. Quitte à ces bons apùtres à s'analhématiser mutuellement, pourvu qu'on fût d'accord à faire rigoureusement la guerre au Pape.

Voilà les trois porte-étendards de l'erreur, auxquels l'ancien serpent voulait confier les rùlos les [jIus importants, dans la nouvelle lutte qu'il entreprit contre l'Eglise, après la défaite du mahomélisme.

L'appel aux passions qui flattent le plus insidieusement, qui remuent le plus puissamment le cœur humain, fut le grand levier dont ils se servirent pour surpendre et soulever les populations. Aux savants orgueilleux, on donnait la liberté de tout penser et de tout dire, sans contrôle aucun, lis étaient établis juges en dernier ressort du vrai et du faux. Aux puissants, on présentait les riches dépouilles des ordres religieux., on accordait la liberté de tout faire, en les constituant juges en dernier ressort du juste et de l'injuste. Enfin à tous, on concédait le droit de la libre morale, chacun jugeant pour soi de la règle des mœurs.

C'était la parfaite réalisation des paroles remarquables du royal prophète, quand il voyait d'avance les rois de la terre et les princes se liguer contre le Seigneur et contre son Christ. « Brisons, disaient-ils, brisons leurs liens et jetons loin de nous leur joug ». Dirumnamus vincula eorum et projiciamus a nohis juguin ipsorum. (Ps. 2-2.) ».

Oui, les puissants de la terre, les princes de la science, qui se sont rangés dans le camp de la soi-disant réforme, ont dit : « Brisons les liens que l'Eglise, au nom du Seigneur et de son Christ, veut imposer à notre intelligence, par son enseignement dogmatique ; à notre puissance, par la force du droit et de l'équité ; jetons Lin de nous ce joug insupportable, qu'elle nous impose par la sévérité de sa morale ».

Une étude quelque peu attenlive des commencements de la réforme religieuse du xvi* siècle, convaincra sans peine que le souffle brûlant des passions, que Satan déchaîna avec tanl de fureur contre l'Eglise, faisait une notable partie de l'ouvrage de sa perfide tactique. On procéda toutefois avec précaution, on se contenta pour lors de ne porter la lutte que sur le terrain religieux. Les populations profondément chrétiennes de ce temps, n'étaient pas encore préparées à tirer les dernières conséquences du libre examen ; le terrain social restait intact et dans la paix.

Cependant, de la région des idées et des principes où la lutte s'engagea d'abord, elle ne tarda pas à descendre dans le damaine des faits. Des guerres longues et sanglantes s'en suivirent, et les champs de bataille virent bientôt périr des niilliers de chrétiens. Le grand arbre du catholicisme, alors si magnifique de vigueur, parut tout à coup agité comme par une violente tempête ; et si son tronc profondément enraciné dans le sol, que le sang des martyrs avait arrosé, tint bon contre tous les efforts de l'orage, l'on n'en vit pas moins de nombreux rameaux se rompre et se détacher. Des nations entières furent arrachées du giron de l'Eglise : l'Angleterre, jadis l'Ile des Saints, l'Allemagne avec la moitié de sa population, emportées par les violences de l'orgueil ou les fureurs d'un libertinage effréné, roulèrent toutes meurtries dans les abîmes du schisme et de l'hérésie. La France, cette noble fille aînée de l'Eglise, grâce à une protection toute spéciale de la divine Providence, résista avecplus d'avantages ; l'hypocrisie et l'audace de Calvin y furent comparativement sans etîet. L'Espagne, la Sicile, l'Italie, l'Autriche, etc., etc., échappèrent à la contagion des fausses doctrines.

Cependant, il n'est pas inutile de le remarquer, toutes les nations européennes d'alors étaient constituées chrétiennement. Leur droit public, leur législation particulière étaient en harmonie avec les lois de Dieu, dont la garde et l'interprétation étaient confiées à l'épiscopat et à la papauté. Pendant les guerres sanglantes de la Réforme, guerres qui ne furent dues qu'à l'orgueil, qu'au libertinage et à l'ambition, l'Eglise se tint toujours dans les limites d'une juste et légitime défense. Nous devons être équitable et ajouter que les excès déplorables qui eurent lieu alors ont été amenés par des intérêts qui n'étaient pas ceux de la Religion, et que la responsabilité en revient de droit à ceux qui les ont commis, et non pas à l'Eglise qui n'a jamais manqué de les réprouver et de les condamner.

Les hardis réformateurs, en posant le principe du libre examen el de la libre inlerprétaiion vis-à-vis de l'Eglise, ei)tendaienl bien s'en réserver exclusivement le bénéfice, à eux, vis-à-vis de leurs adeptes. Aussi n'hésitèrent-ils pas à se donner à eux-mêmes la mission divine el l'autorité qu'ils refusaient de reconnaître dans l'Eglise catholique et dans son Chef suprême, N. S. P. le Pape. Aucun des principaux réformateurs n'oublia de se constituer modestement, de par son autorité privée, chef, c'est-à-dire, pape delà nouvelle secte qu'il avait formée. Cette autorité de fait, si directement en opposition avec le principe fondamental de la Réforme, contribua certainement et dans une grande mesure, à conserver chez les peuples accoutumés depuis des siècles au régime chrétien du respect et de la soumission à l'autorité légitime, à conserver, disons-nous, un reste de cette vie chrétienne dont ils étaient imprégnés.

Les populations que les violences de celte tempête avait détachées de l'Eglise catholique étaient encore saturées, pour ainsi parler, de la sève chrétienne ; leurs croyances, leurs usages, leurs mœurs, leurs institutions étaient pénétrés de l'esprit chrétien. Et voilà, nous le répétons, voilà ce qui nous explique pourquoi ces sectes diverses conservèrent encore assez longtemps le reste de vie que Ton a observé chez les nations protestantes qui s'éloignèrent le moins des formes catholiques.

Cependant le Seigneur, touché des maux sans nombre que la Réforme causait au milieu de son peuple, vint au secours de son Eglise. Satan s'était servi de l'orgueil d'un moine et de l'épée des princes pour lever l'étendard de la révolte, le Seigneur, qui se rit des projets des puissants et des impies, fait, pour les confondre, arborer l'étendard de l'humilité et du dévouement ; et son choix appelle irrésistiblement un soldat blessé de la catholique Espagne, et une vierge obscure du Milanais. Au libertinage et à la dissolution si ignoblement autorisés par les paroles el les exemples des réformateurs. Dieu opposa l'exemple et les enseignements si purs des filles d'Angèle de Mérici, les Ursulines ; elles seront les gardiennes et les guides, les secondes mères de la plus. délicate portion du troupeau de Jésus-Christ. L'orgueil et la révolte viendront se heurter contre l'humilité, le dévouement et l'obéissance des enfants d'Ignace de Loyola. Ce sont ces humbles croisés qui sont chargés par la divine Providence de résister aux elTorls el à la fureur de l'hérésie, de mettre un terme à ses envahissements et de dédommager l'Eglise des pertes qu'elle vient de faire.

Aussi, pendant que d'un cùlé les premiers soldais de l'illustre compagnie de Jésus oppusaiont, par leurs vertus, leur science profonde et leur zèle, une digue que la réforme ne put jamais franchir, de l'autre ils reculaient les limites du royaume de Jésus-Christ jusqu'aux extrémités du monde, depuis les lies du Japon, à l'Orient, jusqu'aux rivages du Pacifique, à l'Occident, faisant entrer dans le sein de l'Eglise de nombreuses nations qui venaient ainsi remplacer celles qu'on avait vues en sortir. En môme temps, l'Eglise voyait croître sans inquiétude à l'ombre des monastères de Sainte-Ursule les fleurs des plus belles vertus ; la famille fut régénérée dans sa source, et la chrétienté fut sauvée. Le saint Concile de Trente surtout, dans le domaine des principes, en condamnant et anathémalisant le principe fondamental des réformateurs, la libre interprétation et toutes les conséquences funestes qu'ils en avaient déduites, arrêta pour toujours l'expansion de ces fausses doctrines. Depuis lors, le protestantisme, comme un malade qu'un mal secret consume, sentit s'épuiser peu à peu la sève chrétienne qu'il avait emportée avec lui en se détachant de l'arbre catholique. A force de nier les unes après les autres les vérités révélées, les plus logiques des fils de la réforme arrivent à l'infidélité complète. C'est ainsi que de nos jours nous voyons la grande hérésie du protestantisme se débattre dans les convulsions de l'agonie emportée par deux courants contraires, l'un qui la pousse vers le catholicisme, et l'autre qui l'entraîne dans les abîmes du rationalisme contemporain.

Ici donc la victoire est encore du côté de l'Eglise catholique, le véritable héritage de Jésus-Christ. Tandis que la plupart des sectes protestantes, semblables à des branches tombées éparses sur le sol, n'ont plus aucune liaison entr'elles, et perdent dans les abîmes du doute ce reste de vie chrétienne qui semblait d'abord les animer ; l'Eglise catholique, au contraire, plus vigoureuse et plus compacte que jamais, continue sa marche victorieuse vers l'avenir en se préparant à de nouveaux combats et à de nouvelles victoires. Elle continuera de répéter chaque jour, malgré les négations de l'hérésie qui succombe : Je crois au Saint-Esprit, la Sainte Eglise catholique, la Communion des Saints, la rémission des péchés.

Il n'est pas sans intérêt de remarquer, ici, la conduite de l'ancien serpent, pour mieux faire saisir le plan dont il poursuivait la réalisation contre l'Eglise de Jésus-Christ. Satan voulait détacher de Dieu son Eglise sainte, il lui refusait l'autorité et l'assistance divine ; il voulait la rendre toute naturelle et terrestre, il lui nia la communion avec les

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sainis de la gloire et avec l'Eglise souffrante dans l'expialion ; il voulait enfin, après l'avoir arrachée au ciel, la tenir dans les liens de son esclavage, il lui refusa la puissance de délier, le pouvoir de la rémission des péchés.

Nous sommes présenlement arrivés à la grande lutte contemporaine. Nos pères en ont vu le début, peut-être en verrons-nous le dénouement. La révolution s'avance, et la lutte tend à se faire désormais sur le terrain social ; c'est !à aussi que l'enfer veut montrer sa haine de Dieu comme nous l'allons voir dans la seconde partie de ce discours.

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