‹ Vers l'abîme (volume 4)Chapitre 28 sur 77 · SACRE DE M*^' RACINE DE SUERBROOKË · texte numérisé non relu

SACRE DE M*^' RACINE DE SUERBROOKË

Pour guider cette Eglise qui nait, l'on a choisi un prêtre de Québec. C'est un grand honneur que l'on vous a fait. Espérons que cette Eglise aimera sa mère comme les autres Eglises qui en sont sorties, et que, comme elles, elle sera bénie. Sans être aussi grande dans ses dimensions, la carrière qui lui est ouverte dans la voie du bien, de la foi et de ses œuvres, n'en est pas moin» immense.

A la vue du développement si étonnant et si rapide fait par l'Eglise Catholique dans l'Amérique du Nord, à la vue des 61 Eglises qu'elle a produites et de celles qu'elle produira bientôt, il est bon d'expliquer ce qu'est l'Eglise universelle, son caractère de vérité et d'unilé. V^oyons quelle est sa base, son fondement, ce qui la distingue des autres institutions qui se nomment aussi églises, mais qui ne sont que le lien de réunion des hommes, sans mission ni autorité divines. Constatons cette vitalité que Jésus-Christ a donnée à son Eglise, comment il l'a si solidement appuyée sur le roc, qu'elle a traversé, sans sombrer, tous les écueils semés sur sa route pendant de longs siècles d'épreuves.

Le Sauveur, dès le commencement, fit connaître sa mission au peuple juif. La première condition nécessaire au salut, leur dit-il, est de se purifier par la pénitence. C'est dans le sermon dit de la Montagne qu'il annonce celte loi du bonheur, et dès lors il fait entrevoir que le but de sa mission est de fonder une société.

« Tout homme donc, dit Jésus, qui entend ces paroles que je dis, et les accomplit, sera comparé à un homme sage qui a bâti sa maison sur la pierre : et la pluie est descendue, et les fleuves sont venus, et les vents ont soufflé et se sont précipités sur cette maison, et elle n'est point tombée, parce qu'elle était fondée sur la pierre. Et tout homme qui entend mes paroles, et ne les accomplit pas, sera semblable à l'insensé • qui a bâti sa maison sur le sable ; et la pluie est descendue, et les fleuves sont venus, et les vents ont soufflé et se sont précipités sur cette maison, et elle est tombée et sa ruine a été grande. »

Jésus avait déjà alors quelques disciples. André lui avait présenté «on frère Simon. Jésus l'avait regardé de son regard divin, et lui avait dit : Vous vous appeliez Simon, dorénavant vous serez Pierre,

Comme le véritable architecte qui veut bâtir, Jésus donne à celui sur lequel reposera son Eglise la qualité de roc et il l'appelle Pierre,

Plus tard, Jésus dit : « Et vous, que dites-vous qui je suis? Simon Pierre répondant, dit : Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant. Et Jésus lui répondit : Tu es bien heureux, Simon filsde Jean; car ce n'est point la chair ni le sang qui l'ont révélé ceci, mais mon père qui est dans les

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cieux. Et moi je te dis que lu es Pierre, et sur cetle pierre je bâtirai mon Eglise, el les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle, d

Voilà la LasG posée. Le Sauveur se considère comme un architecte. Autour de lui il trouve un terrain humain. Comme il lui faut un terrain solide pour y bâtir en architecte véritable, de cette voix puissante qui de rien fit toutes choses, s'adressant à Pieire, il lui dit : tu es Pierre.... et du coup Pierre reçoit la force, la solidité du roc inébranlable sur lequel l'Eglise, bâtisse du Christ, sera appuyée si solidement que les vents, les tempêtes, et les portes de l'enfer ne pourront rien contre elle.

Les fondements de l'Eglise reposent donc sur un seul homme, sur Pierre et non sur le collège épiscopal. C'est le premier enseignement de l'Evangile. L'Eglise ne peut pas plus être séparée de Pierre et de ses successeurs que la bâtisse ne peut être séparée de sa base. Là où est Pierre ou son successeur jusqu'à la consommation des siècles, là est l'Eglise. Hors de Pierre, pas d'Eglise. Il peut y avoir des sociétés qui se diront chiétieunes, mais elles reposeront sur le sable mouvant des opinions humaines de l'erreur.

Le Sauveîir prévient ses disciples qu'ils auront à lutter et à braver les tempêtes. Dès l'origine, les chrétiens durent descendre dans les Catacombes, non pour s'y enfouir comme dans les froids sentiers de la mort, mais comme une semence généreuse que l'on met en terre. Le travail de la germination étant termine', après s'être fait à l'uniun du monde, le grain apparaît de nouveau avec son abondance. Ainsi reparut l'Eglise, rayonnante de force et de splendeur. Et depuis elle est toujours demeurée solidement appuyée sur ce roc de Piei're, tandis que «celles qui s'en sont se'parées ont été tourà tour entraînées dans l'abîme, après s'être écroulées suivant la parole de Dieu adressée aux bâtisses appuyées follement surun sable mouvant.

Plus loin, l'Evangile nous dit que Jésus s'étaut retiré sur une montagne, fit venir ses disciples et choisit douze d'entre eux. 11 dit à ces derniers: « Allez et prêchez». C'est ainsi qu'il apprit que Pierre est non seulement le fondement de l'Eglise, mais qu'il en est aussi l'une des colonnes. Il est aussi le chef et le maître. A lui le pouvoir de lier et de délier, à lui les clefs pour ouvrir ou fermer le ciel.

L'histoire procure la vérité de ces paroles. Toutes les églises nouvelles ont reposé sur Pierre: les églises do France, d'Angleterre, du Canada entre autres. Et celle de Sherbrooke, qui naît aujourd'hui, n'est-elle pas aussi appuyée sur Rome? C'est de Rome qu'elle lient ses pouvoirs. Le

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premier chaînon qui s'en forme aujourd'hui est rivé au roc de Pierre. (Sa Grandeur explique ici les serments prêtés par les évoques catholiques lorsqu'ils reçoivent la plénitude du sacerdoce).

C'est ainsi que les évêques continuent l'renvre du Christ, la mission des apAtres ; mais ils n'ont de force qu'en autant qu'ils reposent sur le roc de l'Eglise. Leur mission est de gouverner le troupeau et de veiller sur eux-mêmes. L'épiscopat n'est pas de fondation humaine ou périssable. Il relève de Dieu qui a dit à ses membres : Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie ; vous êtes la lumière du monde.

Ah ! il fallait cette fondation divine pour lui donner le courage de dire au monde : « le bonheur n'est pas dans les richesses, les honneurs ; mais dans le détachement des choses de ce monde. Heureux les pauvres d'esprit, car le royaume des cieux est à eux ».

Voyez saint Paul s'adressant aux philosophes d'Athènes, à ces savants, à ces poètes de la ville policée tant en renom. « Je viens, dit-il, vous enseigner ce que vous ignorez; j'ai vu sur l'un de vos autels : au dieu inconnu ; ce Dien, je viens vous le faire connaître ; et c'est le vrai Dieu, le seul qui puisse vous rendre heureux. » Quelques-uns méprisèrent sa parole, mais d'autres ouvrirent les yeux à la lumière, et s'associèrent à l'œuvre du Christ.

Depuis, l'Eglise fille de Dieu, n'a pas arrêté un instant son glorieux apostolat. Il est encore des régions livrées à l'idolâtrie. Elle leur envoie constammentdes missionnaires, profitant, pour faciliter son œuvre, de la vapeur et de l'électricité, qu'elle met ainsi au service de la vérité, confondant ceux qui ne voient en ces choses que le développement de la matière. Ainsi se vérifie celte parole: vous me rendrez témoignage jusqu'aux extrémités de la terre.

Jésus, après avoir nourri ses apôtres de sa chair et de son sang, leur dit: Simon, Simon, voilà que Salan a désiré vous passer au crible comme le froment. Et moi, j'ai prié pour toi enfin que ta foi ne défaille pas.

Cette Eglise, qui doit durer jusqu'à la consommation des siècles, est donc infaillible, et son infaillibilité repose sur un seul homme : Pierre. Il ne s'ensuit pas que Pierre demeure impeccable, mais sa doctrine sera infaillible. Les évêques n'ont pas celle infaillibilité; ils peuvent errer, être entraînés par les passions, mais réunis en corps avec Rome, ils ne .sont plus sujets à errer. S'ensuit-il que le Pape tire son infaillibilité de l'adhésion de l'Episcopat? Non. J'ai assisté au grand concile tenu à Rome et pour moi jamais texte de l'Ecriture ne m'a paru plus clair. Qui ose-

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rait dire, quand Jésus prie pour que la foi de Pierre ne défaille pas, que Pierre a besoin du support des hommes? Ce n'est pas en vertu de la force, de la science, de rinlelligence humaines que le Papeestinfaillible, c'est en vertu d'un don surnaturel qui n'a été donné qu'à Pierre et à ses successeurs.

J'ai maintenant, mes frères, à vous parler de la circonstance solennelle qui nous réunit.

Pendant les vingt-et-un ans que Monseigneur Racine a desservi cette paroisse, il a gagné l'estime et l'adection de tous ses bons enfants. Son passage parmi vous aura laissé des marques ineffaçables de sa charité et de son zèle. Ce temple redit sa foi et la vôtre ; chaque famille a reçu des preuves de son dévouement envers ses ouailles; il était devenu pour vous un père, el vous étiez ses enfants. 11 n'est donc pas étonnant que son départ vous cause un profond chagrin. Mes Frères, vous devez pourtant vous rendre à la voix du Seigneur, accepter ce sacrifice. L'intérêt général prime l'intérêt particulier. Il faut, à l'intelligence et à la charité de votre pasteur, un théâtre plus vaste. Il s'en va dans dps régions plus nouvelles et où tout est à faire. Il va pénétrer dans des forêts, dont les abords ont déjà cueilli le fruit de son apostolat. Il retourne vers les colons auxquels il a déjà rendu de si précieux services. Consolezvous donc, et ayez confiance dans le Seigneur, qui lui donnera un successeur suivant son cœur, et sous l'égide duquel vous continuerez à marcher dans la voie de Dieu.

Et vous, Monseigneur, que le Saint-Siège a choisi pour lui donner la plénitude du sacerdoce, pour prendre une plus large part dans l'œuvre des Apôtres, je sais que vous souffrez aussi de cette séparation, mais ayez courage. L'Esprit de Dieu descendra en vous et vous donnera la force de faire les plus grands sacrifices, pour vous associer plus amplement à l'œuvre du Divin Maître. Comme Lui, vous ne reculerez devant rien pour que la volonté de Dieu soit faite.

C'est Dieu qui vous a choisi, parce qu^il a reconnu en vous l'homme capable de lui rendre témoignage. Vous serez la lumière du nouveau diocèse qu'il a confié à votre sollicitude. Accomplissez fermement l'œuvre de votre glorieux apostolat ; votre peu|)le vous suivra, et vous le guiderez sûrement dans la voie du salut éternel. Amkn !

DISCOURS DE MGR. L-F. LAFLÈCHE

évèQVK DKS TB0IS-RIVIÈRE8, A LA CATHEDRALE DB QUEBEC, LORS DU JUBILÉ SACERDOTAL DB MGK CAZEAU P. A.

8 janvier 1880.

Le 8 janvier 1880, Québec finissait de célébrer le jubilé sacerdotal de Mgr Charles-Félix Cazeau, prélat domestique de S. S., vicaire général à l'archevêché de Québec, et qui, à quatre reprises différentes, fut l'administrateur de ce vaste diocèse. Mgr Cazeau fut particulièrement lié d'amitié avec Mgr Laflèche et c'est à ce dernier qu'incomba la tâche de faire le •sermon de circonstance.

Mgr Cazeau était le Chapelain du Bon Pasteur et c'est à la dévotion de ces saintes filles que nous devons la conservation de ce discours. En effet, ■elles voulurent en un petit recueil réunir les souvenirs divers de ce jubilé qui leur causa tant de joies, et elles insistèrent auprès de Mgr Laflèche pour en obtenir le texte de son sermon. L'illustre évoque, ^'éuéralement sourd à pareille demande, s'exécuta cette fois; et, eu envoyant la copie tant désirée, le bon évoque daigna expliquer « qu'il n'avait purejeler cette demande par considération de son vénérable ami, Mgr Cazeau. »

Sic nos exifitimet homo ut ministros Christi, et dis-

pensatorex my^teriorum Dei.

Que l'homme nous regarde comme les ministres de J.-C, et comme les dispensateurs des mysde Dieu (1 Cor. IV. 1).

MkSSEIGXBURS (1) MES FRKRBS.

L'Eglise de Québec célèbre aujourd'hui avec une grande solennité le ■Jubilé Sacerdotal de l'un des Vétérans de son sanctuaire ; et Elle fait bien. II convient en elîet détendre grâces à Dieu de tous ses bienfaits ; et quand il s'agit de quelque faveur signalée, la reconnaissance doit prendre alors une expression plus solennelle, et s'harmoniser, autant que possible, avec la grandeur du bienfait reçu. Tel est l'enseignement

(1) N.N. S.S. Langevin, Racine de Sherbrooke, Duhamel et Moreau.

que nous donne les Livres Saints et la pratique de l'Eglise. S'agit il de rendre la liberté aux esclaves, de remettre les déshérités en possession du bien paternel, d'accorder aux débiteurs la remise de toutes leurs dettes, de donner le repos et la paix à tous les habitants du pays. Dieu ordonne de publier cette joyeuse nouvelle au son de la trompette, et de la faire redire aux échos des montagnes jusqu'auxextrémilés de la terre qu'il a donnée à son peuple ; le Seigneur veut que son peuple se réjouisse de cet heureux événement, parce que c'est l'année du Jubilé qui se célébrera tous les cinquante ans. Quia Jubilmis est, et quinquagesiynus annus {Lévit. XXV. II).

De môme, dans l'Eglise Catholique, s'agil-il d'accorder les mêmes bienfaits au peuple chrétien dans l'ordre des biens surnaturels, ou de rendre grâces à Dieu de quelque faveur signalée, comme de l'avènement d'un nouveau Pontife au Siège de Pierre, la voix du Père commun des Fidèles, plus puissante que la trompette d'Israël, se fait entendre jusqu'aux extrémités de la terre ; elle publie et annonce à tous les enfants la joyeuse nouvelle, la remise générale de toutes les dettes contractées envers la justice divine, la rentrée en grâce avec le Seigneur, et le retour au droit de l'héritage céleste. Quia Juhilaeus est, elquinquagesimus annus. « Parce que c'est l'année du Jubilé, l'année cinquantième, »

Or, les Fidèles ont jugé que lors({ue le Seigneiir leur conservait pendant cinquante ans le Prêtre fidèle par lequel il leur communiquait des biens aussi précieux, c'était une si grande faveur qu'il fallait Lui en rendre de solennelles actions de grâces. Ils ont en conséquence introduit dans les usages chrélitMis les fêtes du Jubilé Sacerdotal. L'Eglise, comme une bonne mère, a eu pour agréable cet acte spontané de la piélé liliale de ses enfants, comme nous l'avons vu dans la solennité extraordinaire donnée à Rome au Jubilé Sacerdotal du grand Pontife Pie IX, desainte et heureuse mémoire. Qtiia Juhilxusest et quijiquage' si7nus ayinus. « Parce que c'est le Jubilé, la cinquantième année. »

Il est donc juste et tout à fait convenable que les Fidèles de l'Eglise et du Diocèse de Québec, et je dirai mênje de toute la Province de Québec, se conforment à un usage aussi louable et aussi touchant, et qu'ils rendent en ce jour au Seigneur de solennelles actions de grâces pour les services importants, et les bienfaits sans nombre que leur a rendus, avec tant de zèle et de fidélité, le Vénérable Prêtre qui célèbre aujourd'hui le tinquanlième anniversaire de son élévation à la dignité sacerdotale. Quia Jubilseus est et quinqua gesimus annus. « Parce que

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