TROISIÈME P A » T 1 E
f Nous avons vu, dans plusieurs de ses périodes, la lutte actuelle de 1 Eglise. Il ne s'agit, pour le moment et en apparence, que de dé-
poiiiller le S^ Siège de ses terres et du pouvoir temporel qu'il possède. Mais nous savons que l'ennemi cache là-dessous le projet d'asservir l'Epouse de J.-C, et, s'il est possible, d'amener sa ruine. En eiïet, la question du pouvoir temporel est intimement liée à l'indépendance de l'Eglise et au bon gouvernement des ùiues : aujourd'hui, à caus^; des circonstances, ce pouvoir est en quelque sorte nécessaire. Il serait dur, révoltant et trop maladroit de dire aux Catholiques ; il faut détrôner la religion. On dit seulement : il faut détrôner le Papo. Puis, on se sert d'une foule de prétextes, plus ou moins colorés de religiosité, propres à aveugler les hommes. Satan et ses suppôts prétendent n'en pas vouloir à la souveraineté spirituelle du Pape. Ils veulent plutôt lui venir en aide. Ils veulent débarrasser le Vicaire de J.-C. de (ouïes ses occupations terrestres, le délacherde toutes les choses de ce monde. Quelle tendresse, quelle charité, et surtout quelle sincérité !
Les Catholiques apprennent, dèsle berceau, que l'Eglise existera toujours, mais tous ne savent pas quel immense service lui rendent l'autorilé et la souveraineté temporelles des Papes. Sans entrer dans une dissertation profonde sur ce sujet, il est cej)endant facile d'avoir, là-dessus, des idées claires et précises, qui mettent bientôt à l'abri des malignes inspirations de l'irréligion et de l'impiété. H nous suffit d'interroger des autorités compétentes, et qui ne trompent pas.
1". Interrogeons la Providence : elle nous répondra par l'ensemble des événements que l'histoire nous fait connaître.
2°. Interrogeons l'Eglise : elle nous répondra par les décrets de ses Conciles, les lettres encycliques de ses Papes, les mandements et lettres pastorales de ses Evéques.
3°. Interrogeons la raison et le bon sens : ils nous répondront par la bouche des hommes de génie.
4°. Interrogeons la foi et la piété des fidèles : elles nous répondront parées milliers de lettres et d'adresses sympathiques, envoyées au Souverain Pontife de toutes les parties de l'univers catholique, à la première nouvelle des attentats commis contre le pouvoir temporel du St. Siège.
5°. Enfin interrogeons le sing de ces héros chrétiens, comparables aux Judas Machabée, aux Maurice, et aux martyrs des premiers siècles ; et ce sang nous répondra, dans son langage aussi éloquent qu'énergique, qu'il a coulé pour la cause de Dieu, de la justice et de la religion.
La Providence nous parle par l'histoire, dont elle dispose les faits
avec autant de force que de douceur et de sagesse : AUingit ergo à fine usque ad fineni fortiler, et duponit omnia suaviter. Or, que nous ditelle?
Ouvrant donc l'hisloire, nous y lisons, à la première page, que pendant les trois prentiiers siècles de l'Eglise, le pouvoir temporel des Papes n'exislait pas. Elle nous dit que les souverains de Rome étdient alors, tantôt un Néron ou un Domitien, tantôt un Dèce, un Galère ou un Dioclélien, et que pendant ces beaux temps de l'omnipotence humaine, il n'y avait pas de place sous le soleil pour les chefs de l'Eglise du Christ, mais que les Papes étaient obligés de se réfugier dans les ténébreuses retraites des catacombes. Encore n'y élaient-ils pas toujours en sûreté. Car souvent, les satellites de ces potentat» allaient les traquer jusqu'au milieu des tombeaux. Enfin, elle nous montre les fleuves de sang chrétien qui ont coulé, dans toutes les parties du monde, alors que la force seule trônait sur l'univers.
Ainsi, l'Fgiise fut opprimée et comme écrasée, lorsqu'elle était à la merci des pouvoirs humains : voilà ce que la Providence a fait ressortir, de la manière la plus frappante, au commencement même de notre histoire. Grand et terrible enseignement j)our les ennemis du pouvoir temporel des Papes !
A la seconde pagp, nous lisons qu'après trois siècles d'une persécution furieuse, les Césars se firent chrétiens. Constantin-le-Grand re<:ut, de la main d'un Pape, le caractère sucré d'enfant de Dieu, et il donna à l'Eglise ses premières libertés. Cet homme, aussi remarquable par son génie que par sa foi, coaiprit qu'il ne convenait pas à un empereur chrétien de trôner dans la ville où siégeait le Vicaire de Jésus-Christ. Voilà pourquoi, il abandoiin;i au Pape la ville de Rome, et s'en alla en Orient bâtir une seconde capitale, qu'il appela de son nom, Constanlinopie. Et les Grecs mêmes regardent comme authentique un acte de donation, par lequel ce grand empereur cède et donne la ville de Rome, au chef de l'Eglise Catholique. Ouoi(iu'il en soit de cet acte, il est certain que Constantin fit don à 1 l'>glise de biens considérables ; et que depuis son règne, le Pape a toujours été le premier personnage de Rome. C'est de celle époque que date l'origine du pouvoir temporel de l'Eglise. On voit poindre ce pouvoir protecteur de la nouvelle société, à la veille des décadences du monde ancien.
Une troisième page nous montre les populations de l'Italie, abandonnées de leurs empereurs trop faibles pour les secourir, se pressant autour des Souverains Pontifes pour demander assistance et protection.
C'était au temps où la multitude des barbares envahissait et ravageait le vieil empire Romain. Nous voyons les Papes no pas reculer devant un devoir imposé par la charité. Ils prirent, en effet, grand soin de ces populations malheureuses ; et surent les défendre, môme aux jours des plus grands dangers. On se rappelle, par exemple, comment le Pape saint Léon s'avança, seul, contre le farouche Attila devant qui toute l'Italie tremblait, et comment il l'arrêta, dans ses projets de dévasialion. Ce n'est pas seulement dans les grandes circonstances que les Pontifes furent obligés de travailler au salut et au bonheur de ces peuples, la nécessité les amena à se mêler presque journellement, et malgré eux, aux aiïaires civiles et aux détails d'une administration temporelle. Leur autorité sur les populations italiennes, due en un sens à leur auguste caractère, mais aussi créé par la force des choses et afiermie par la volonté des empereurs, grandit avec le temps. C'est ainsi que s'est formé lentement et graduellement, comme se forment toutes les œuvres providentielles, le pouvoir temporel des Papes, et le noyau qui a donné naissance à ce qu'on appelle aujourd'hui les Etats de l'Eglise.
Enfin, l'histoire nous apprend que, vers la fin du vni^ siècle, l'empereur Charlemagne s'en fut remettre à la raison Didier, roi des Lombards, qui avait enlevé au Pape quelques portions de son petit domaine. Ce grand empereur, comprenant l'absolue nécessité de l'indépendance temporelle du chef de l'Eglise, ne se contenta pas de rendre au Pontife ce que le lombard lui avait enlevé, mais il augmenta son petit état, de manière à le mettre à l'abri de ses ambitieux voisins. Il se fit gloire du titre de Protecteur armé de l'Eglise. 0 belle et noble France ! catholique avant tout; c'est sans doute cette admirable conduite du plus grand de tes souverains qui t'a mérité de marcher à la tète des nations de l'Europe.
Remarquons ici, que plusieurs historiens datent, de cette époque, l'origine du pouvoir temporel des Papes. Aiais ils ne sont pas exacts en cela. Car Charlemagne déclare qu'il restitue au Pape ce que Didier et Astolf lui avaient arraché. Si donc on reconnaissait alors, que de rendre au Pontife les territoires enlevés, c'était une restitution, on attestait clairement par là, la légitimité de leur possession. Ce qui a xlonné lieu de dire que la souveraineté des Papes ne remonte qu'à Charlemagne ou à Pépin, ce sont les territoires considérables qu'ils ont ajouté au domaine de l'Eglise, et la reconnaissance qu'ils ont faite de cette souveraineté.
L'action de la Providence ne s'est pas manifesté d'une manière moins
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sensible, dans la conservation du pouvoir temporel du saint Siège. En effet, ce pouvoir, si faible en apparence, a traversé, sans sombrer^ toutes les vicissitudes des choses humaines. Il a vu périr l'ancien monde : il a assisté à ses funérailles. 11 a présidé à la naissance du monde nouveau ; et c'est sous sa main, que ce dernier s'est développé et qu'il agrandi. Immuable comme le roc sur lequel il est assis, il a vu, sans chaSiL^cr, j)as.--er et finir, au point de vw: politique comme dans l'ordre de !a nature, les hommes, les familles, les dynasHes et même des nations modernes. Ce fait est tellement frappant que les ennemis de l'Eglise, ne pouvant se l'expliquer, m sont altérés. C'est ce quf! nous a fait connaître l'éloquent historien de l'Angleterre, lord Macauiey, lorscju'il disait, en plein Parle/nent : que la constitution de la Papauté était certainement le chef-d'œuvre de l'esprit humain ; et que les Pontifes de Rome, longtemps souverains avant que le nom Anglais fut connu sur la terre, pourraient encore gouverner leurs Etats, longtemps après qu'il en serait disparu. Combien de fois, n'est-il pas arrivé que la souveraineté du saint Siège, humainement parlant, paraissait avoir accompli sa destinée alors que des ennemi? formidables l'attaquaient, ayant à leur disposition tout ce qu'il fallait pour l'anéantir? Toujours cependant, dans ces circonstances désespérées, la main de la Providence ajjparaissail, et le retirait de l'abîme.
Nous voyons donc que la Providence a d'abord fait sentir fortement, la nécessiié du pouvoir temporel des Papes ; qu'elle a ensuite manifesté clairement son action, dans la formation de ce pouvoir, le plus légitime, le plus sacré qui soit peut être, dans son origine; qu'elle a enfin conservé merveilleusement cette souveraineté, comme un témoignage vivant de son importance, pour tout homme qui sait envisager les choses sous leur véritable aspect.
Voici maintenant, sur la môme question, la réponse de l'Eglise, cette autorité infaillible contre laquelle ne s'élèvent jamaisde vrais chrétiens. Celle bonne Mère, si douce envers ses enfants, fulmine néanmoins les plus terribles anathèmes contre tous ceux qui, quelqu'ils soient, touchent aux biens consacrés à Dieu.
Ecoulons-la, parlant dans le saint Concile de Trente :
« Si quehjue ecclésiastique ou laïi|ue, d« quelque dignité qu'il suit revêtu, fut-il méine empereur ou roi, a le cœur assez rempli d'avarice,... pour oser convertir à son propre usage cl usurper par soi-même ou par autrui, par forci* ou par menace,... par quehjue arlinceet suusijuelque couleur ou jtr. tosle que ce i)uisse èlrt^ les juridictions, bieuo,.., de
quelque église ou quelque bénéfice séculier ou régulier, : qu'il
soil soumis à l'anaUième jusqu'à ce qu'il ait entièrement rendu et restitué à l'F.glise et à son administrateur ou au bénéficier les dites juridictions, biens,... dont il se sera emparé ou qui lui seront avenus, de quelque manière que ce soit,... et jusqu'à ce qu'il en ait obtenu l'absolution du Souverain Pontife. »
C'est là une défense générale de s'emparer des biens et d'usurper les droits de l'Eglise, môme des petites églises ; à bien plus forte raison de l'Eglise de Rome, Mère et Maîtresse de toutes les autres?
Ecoutons maintenant ses Pontifes, en commençant par les premiers d'entre tous, les successeurs de Pierre. Quelques citations suffiront.
Ils ont prononcé depuis longtemps, dans des bulles, la sentence d'excommunication contre ceux qui « par eux ou par les autres, directement ou indirectement, sous quelque prétexte que ce fût, entreprendraient d'envabir en tout ou en partie, les villes, terres,... appartenant à l'Eglise romaine, » ainsi que « tous les adhérents, fauteurs, et défenseurs »... de ce sacrilège attentat. On sait que les Souverains Pontifes ont généralement renouvelé l'excommunication, chaque fois que des hommes téméraires ont osé porter la main sur les Etats du Saint- Siège. Pie IX lui-même, vient de le faire, contre les auteurs et fauteurs de l'invasion actuelle. Mais voici comment cet illustre Pontife, qui tient pour nous la place de J.-C, entend la question du pouvoir temporel de l'Eglise. C'est ainsi qu'il parle dans son Encyclique du 19 janvier i860 :
« Nous faisons tous nos efîorts, et Nous n'omettons rien, pour défendre courageusement la cause de la religion et de la justice ; pour maintenir, avec fermeté, intacts et inviolables, le pouvoir civil de l'Église romaine, ses possessions temporelles et ses droits, qui appartiennent à l'univers catholique; aussi pourgiiranlir lajusle cause des autres princes... Nous sommes prêt à suivre les illustres traces de Nos prédécesseurs, à imiter leurs exemples, à souffrir les épreuves les plus rudes et les plus amères, à sacrifier même Notre vie, plutôt que d'abandonner
en aucune manière la cause de Dieu, de l'Eglise et de lajustice Vous
surtout, Vénérables Frères, qui êtes appelés à partager notre sollicitude, et qui avez pris en main avec tant d'ardeur, de foi, de constance et de courage, la cause de la religion, de l'Église et de ce Siège apostolique, continuez à défendre cette même cause avec plus de cœur et de zèle encore ; enfiammez chaque jour davantage les fidèles confiés à vos soins, afin que, sous votre conduite, ils ne cessent d'employer tous leurs efforts
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leur zèle et leurs pensées, à la défense de l'Eglise catholiqueel du Sainl- Siège, et au mainlien du pouvoir civil de ce même siège, de ce patrimoine du bienheureux Pierre, qu'^ tous les catholiques ont inlérêl à protéger. »
Parmi les Prélats, son Eminence le cardinal Gousset, dont la parole a tant de poids s'exprimait ainsi dans un mandement du 13 novembre 1839, ordonnant des prières: « Au point de vue social, une semblable agression contre un gouvernement tout paternel, sous les prétextes les plus hypocrites, un démembrement territorial eiïectué violemment au mépris des titres les plus anciens el les plus resppclables sont un grave désordre el une violation criante du droit public, un principe subversif, un précédent plein de danger. Au poinlde vue religieux, cette usurpation partielle ou totale des Elals du Saint-Siège est une rapine sacrilège aui a pour but de changer e! d • bouleverser la condition providentielle de l'Eglise. »
Puisque l'P^glise s'explique d'une manière aussi formelle sur la question du pouvoir temporel du Saint-Siège, c'e.-t donc qu'elle y voie une question de premier ordre ; c'est qu'elle regarde comme extrêmement grands les intérêts qui s'y rattacbent. Car jamais, dans sa sagesse, elle ne prend un aussi grave langage pour des choses légères; jamais surtout elle ne frappe les petits coupables des plus grands châtiments. Et quel est. le catholique sincère qui dira que l'Eglise, conduite par le Saint-Esprit, s'égare en ce point ? Quel est celui qui osera lever son front contre ses décrets et ses anathèmes?
L'indépendance de l'Eglise, sa libre action pour le salut des âmes demandent que son chef ne soit soumis à personne : voilà ce que dit aussi la raison. Si un souverain tenait le Pape dans ses Etals, ce serait un sujet de jalousie pour plusieurs, un sujet de crainte et de défiance pour tout le monde. Mais demandons à trois hommes de génie leur témoignage. Charlemagne, un des plus grands personnages qui soient parus, nous répond par le fait. Il restitue, agrandit el affermit les domaines de l'Eglise. Nous allons entendre Bossuel et Napoléon l", qui étaient cerlainemenl des bommos par la bouche desquels le bon sens parlait.
Voici ce que dil Bossuel :
« Nous savons que les Pontifes romains possèdent aussi légitimement « que qui qup ce soit sur la terre des biens, des droils, el une souveraineté « (bona,JH7'a, imperia). Nous savons de plus que ces possessions, en c tant que dédiées à Dieu, sont sacrées, el qu'on ne peut, sans commettre « un sacrilège, les envaliir. Le Siège apostolique possède la souvetai-
« neté de la ville de Rome et de ses Etals afin qu'il puisse exercer sa (( puissance spirituelle dans tout l'univers plus librement, en sécuiilé et (( en paix {liherior ac tutior}. Nous en félicitons non seulement le « Siège apostolique, mais encore toute lEglise universelle, et nous « souhaitons de toule l'ardeur de nos vœux que ce j)rincipat sacré de- < meure à jamais sain et sauf en toute manière ».
Voici comment Napoléon s'exprime :
« L'autorité du Pape, disait-il, serait-elle aussi forte, s'il restait dans « un pays qui ne luiapparlinl pas, et en présence du pouvoir de l'Etal? « Le Pape n'est pas à Paris, et c'est un bien. Nous vénérons son auto- « rite spirituelle, précisément parce qu'il n'est ni à Madrid ni à Vienne. « A Vienne et à Madrid on dit la môme chose. C'est un bien pour tous « qu'il ne réside ni auprès de nous, ni auprès de nos rivaux, mais dans « l'antique Rome, loin des mains des empereurs allemands, loin de « celles des rois de France el des rois d'Espagne, tenant la balance « égale parmi les souverains catholiques, s'inclinant un peu plus vers « le plus fort, mais se relevant au-dessus de lui quand celui-ci devient <( oppresseur. C'est là Vœuvre des siècles, et ils Vont lien faite ; c'est « l'institution la plus sage el la plus avantageuse qu'on puisse imaginer « dans le gouvernement des âmes. »
La foi et la piété des fidèles a fait entendre sa grande voix, en parfait accord avec la raison et les enseignements de l'Eglise. Aussitôt que la nouvelle des derniers attentats commis contre le Saint-Siège eut retenti dans le monde, on vit arriver à Rome, de tous les coins de l'univers, des milliers d'adresses dans lesquelles les Catholiques de tous les pays exprimaient au Sainl-Père leur profonde douleur, pour les mauvais traitements qu'il subissait, et réprouvaient en môme temps, de toute la force de leur âme, la conduite sacrilège des usurpateurs. Rarement on vil dans l'Eglise, sans avoir été provoqués, un semblable élan, une pareille unanimité. Notre bien-aimé Père, Pie IX, atteste lui-même ce lait admirable, dans son Encyclique plus haut citée. Il y dit :
« Car de toiles les contrées de l'univers catholique, Nous avons reçu €t d'ecclésiastiques el de laïques de toutes dignité, ordre, rang, condition, un nombre presque incalculable de lettres, quelquefois signées par des centaines de mille de catholiques, dans lesquelles ils confirment avec éclat leur dévouement et leur vénération filiale envers Nous el ce siège de Pierre, réprouvent avec indignation les actes audacieux de rébellion commis dans quelques unes de nos provinces, revcMidiquent l'entier el invio'able maintien du patrimoine du Bienheureux Pierre
préservé contre loute atteinte. C'est ce que i)lusieurs d'entre eux ont spécialement établi avec autant de savoir que de bon sens dans des écrits publics. Ces éloquents témoignages de votre dévouement et du dévouement des fidèles, qu'on ne saurait trop louer et faire connaître, et qui seront gravés en lettres d'or dans les fastes de l'Eglise catholique, Nous ont tellement ému, que nous n'avons pu nous empocher de nous écrier avec joie : Béni soit Dieu, Père de Notre- Seigneur Jésus-Christ, Père des miséricordes et Dieu de toute consolation, (jui Nous cotisole dans toutes Nos tribulations. Au milieu des terribles épreuves qui nous accablent, rien de plus doux, de plus consolant, de [dus conforme à Nos vœux que le spectacle de cet unanime et admirable zèle qui vous inspire et vous enflamme pour la défense des droits du Saint-Siège, et de celte énergique volonté avec laquelle les fidèles confiés à vos soins embrassent la môme cause ».
C'est ainsi que les fidèles ont proclamé, à la face de l'univers, leurs sentiments sur la nécessité du pouvoir temporel du Saint-Siège. C'est ainsi que les ennemis de la Papauté ont été flétris par la Catholicité tout entière.
A toutes ces autorités vient se joindre le témoignage du sang. Le sang librement répandu a un puissant langage. Ceux qui le versent connaissent son prix, et ne le font pas sans discrétion. Une voix s'élève donc des collines de Casielfidardo pour corroborer toutf^s les autres. Ecoutons-la. Ces militaires que vous voyez percés de coups, expirant douloureusement sur une terre ensanglantée, sont, la plupart, des hommes h la fleur de l'Age, héritiers d'un grand nom et d'une grande fortune. Ils ont laissé les amis et la pairie ; ils se sont arrachés aux bras d'une mère ou d'une épouse chérie, avec la prévision d'une fin prochaine. Elouffant les cris de la nature, ils ont volontairement marché au plus grand des sacrifices. L'ont-ils fait sans motifs? Des cœurs si généreux étaient sans doute éclairés par des intelligences d'élite, capables d'apprécier le mérite de la cause pour bupifdle ils se sacrifiaient. Ils connaissaient, ils sentaient pourquoi ils allaient mourir. Ils ne poursuivaient pas le vain fantôme de l.\ gloire, qui fuit les petits théâtres et qui ne sourit guère qu'aux éclalautes onlieprises des mondains. Ils suivaient les traces des Martyrs qui ne voient devant eux, pour le service de Dieu, que la souffrance et la mort. Défendre les biens consacrés à Dieu, l'indépendance de l'Kglise, le droit de propriété, tel a été leur but. Admirons la vivacité de leur foi, et la grandeur de leur courage vraiment inspiré ]>ar un esprit de force et de lumière. Sachons
apprécier des biens pour lesquels ils ont donné et leur sang el leur vie. Que leur exemple nous anime, nous apprenne à aimer l'Eglise, à la respecter el à la défendre ardemment et constamment contre tous ses ennemis.
Il nous reste maintenant à nous acquitter d'une dette de reconnaissance. Ces illustres défunts sont nos frères. Ils ont combattu pour notre mère, ils sont morts pour sauver ses biens et notre héritage. Vaquons à la prière, puisque c'est le seul moyen qui nous reste de leur témoigner notre affection, et de payer un si beau dévouement de quelque retour. Prions le Seigneur de purifier ces âmes généreuses de leurs dernières taches, 'et conjurons-le de les admettre, au plus tôt, à la possession de la couronne ( t du bonheur qui les attend.
DISCOURS DE M. L. F. LAFLÈCHE, V. G