‹ Vers l'abîme (volume 4)Chapitre 74 sur 77 · ORAISON FUNÈBRE DE M^' TACHÉ · texte numérisé non relu

ORAISON FUNÈBRE DE M^' TACHÉ

que le Saint-Siège choisira pour la continuation de l'œuvre si importante de son fécond apostolat. C'est par l'union la plus intime entre vous et tous vos collaborateurs que vous trouverez celte force, cette énergie propre à attirer comme par le passé, les bénédictions du Ciel sur vos travaux apostoliques et ce sera toujours avec bonheur que vous répéterez ces paroles du psalmiste : Ecce quam bonum et jucundum habitare fratres in unum. Voyez combien il est doux et agréable pour des frères de vivre dans la plus intime union.

Et vous, ses Frères en religion, qui avez marché sur ses traces et qui avez partagé ses peines et ses souffrances avec tant de courage, consolez-vous ; en vous laissant il est allé rejoindre un nombre considérable de vos frères que le Bon .Maîtr« a déjà appelés à recevoir la récompeiiï^e due à leurs travaux et à leurs sacrifices.

Et vous, Vierges du Seigneur, qui avez laissé tout ce que vous avez de plus cher au monde pour venir dans ces lointaines contrées prendre part à ses travaux apostoliques, en vous consacrant pour la vie au soin des orphelins, des malades, des pauvres et à Téducalion chrétienne de l'enfance, consolez-vous. Si dans ce moment le Seigneur vous enlève un guide éclairé, et un protecteur dévoué, il vous donnera en lui, nous devons l'espérer, un protecteur plus puissant dans le Ciel.

Et vous, ses bien-aimés enfants du diocèse de Saint-Boniface, à qui il a toujours porté un si sincère et si vif intérêt, pour qui il a porté avec tant de dévouement le poids du jour et de la chaleur, consolez-vous aussi, car du haut du ciel, il verra vos besoins divers et ne manquera pas de demander au Seigneur de vous envoyer l'Esprit Consolateur qui vous dirigera et vous soutiendra dans les luttes et les sacrifices que la Providence pourra vous demander.

Tous ensemble, Nos Très Chers Frères, cherchons dans la douleur présente les puissants motifs de la consolation que la religion nous ofTreetqueje viens de vous exposer. Regardez l'avenir avec la plus grande confiance, car si Dieu est pour nous qui sera contre nous? Soyez donc toujours fidèles à suivre ponctuellement et courageusement les avis du Père que Dieu lui-même va vous donner dans le choix qu'en fera le Souverain Pontife pour continuer son œuvre et ce choix sera sans doute conforme à celui que votre regretté Père a désiré lui-même. Maintenant conduisons sa dépouille mortelle dans sa dernière demeure en priant, conformément à la liturgie catholique, les Saints Anges et les bienheureux du ciel de venir au devant de son âme, et de la conduire heureusement au séjour du bonheur./» Paradisum deducant te.

DISCOURS DE MGR L.-F. LAFLÈCHE

S. G. Mgr Laflèche, prié de répondre le premier, proteste d'abord qu'il ne se connaît point de grâces d'état particulières pour parler on pareille circonstance. Sa mission à lui est surtout de parler du haut de la chaire comme ambassadeur d'un grand monarque, le divin roi Jésus. En cette qualité seulement il se sent l'autorité nécessaire pour exercer rinfluence que comporte son ministère, et le faire avec fruit.

Cette fois, il s'agit de culture de la terre. Néanmoins, puisque c'est le vœu du congrès, il accepte volontiers, tout comme il a été heureux de se rendre à l'invitation cordiale de venir à la Trappe, selon qu'il le désirait depuis longtemps, visiter ces bons pères trappistes, admirer les résultats magnifiques de leurs consciencieux et nobles travaux.

Il félicite l'honorable ministre d'avoir choisi Oka pour lieu de réunion de ce congrès : il n'y a rien de tel pour apprendre tous les secrets de l'art agricole que de fréquenter de vrais agriculteurs, et il n'y a point d'agriculteur plus sincère, d'agronome plus consommé que le trappiste, le moine agriculteur.

La Trap|»e, c'est le véritable foyer de la science et du progrès agricole. Après les déprédations des barbares, n'est-ce pas par les bénédictins que l'Europe a été reconstituée '? Ils vont faire en Amérique la nu^me œuvre de salut. Leurs fondations de N.-D. du Lac, de N.-D. de Mistassini, dans la province de Québec, et de N.-D des Prairies, dans le Manitoba, en sont déjà le gage et exercent une influence considérable pour l'avancement agricole de ces régions.

L'orateur se réjouit de constater la belle et consolante union de l'Eglise et de l'Etat, sur le terrain agricole. Il se plaît à en augurer la grandeur et la prospérité de sa patrie bien-aimée.

Il infère aussi de là qu'il ne sera point en dehors de son rôle en prenant la parole au sein de celte assemblée. 11 agira ici encore comme représentant de son grand Roi, dans des choses qui relèvent du domaine de celui-ci, bien plus étroitement que bien des gens ne le pensent, peut-être. L'affinité qui existe entre la religion et l'agriculture, le mutuel appui qu'elles peuvent et doivent se prêter ; l'importance de ce mouvement qui met au service actif de l'agriculture le clergé, dépositaire naturel des choses de la religion ; les vertus de Travail, d'Economie, de Justice, qu'il faut prêcher à notre peuple pour assurer son progrès agricole et moral, voilà autant de sujets qui méritent la plus sérieuse attention.

L'orateur poursuit en ces termes :

Depuis un siècle et demi environ, des savants se sont occupés activement de l'étude des lois qui conduisent les nations à la prospérité et à la richesse. Ils en ont fait une science à laquelle ils ont donné le nom d'Economie politique. Puis se plaçant à des points de vue différents, ils ont inventé différents systèmes qui ont sans doute du bon et du vrai, mais aussi qui pèchent par quelques côtés, en ce que la plupart de ces systèmes sont trop exclusifs ou poussés au delà des justes limites pour opérer le bien. Sans entrer dans l'examen de ces différents systèmes, je me placerai à un point de vue plus élevé, et mieux en rapport avec mon caractère, pour vous dire avec certitude quelles sont les lois fondamentales de la véritable économie politique, c'est-à-dire les lois qui conduisent sûrement la famille et la nation à la prospérité et au bonheur dans l'ordre temporel. Ces lois, je les trouve dans l'Evangile, et formulées en quelques mots par le restaurateur de l'humanité lui-même. C'est une chose qui m'a toujours étonné que des hommes qui croient à l'inspiration des livres saints, et par conséquent à U certitude infaillible de toutes les vérités qui y sont contenues, aient cru que dans l'ordre scientifique comme dans l'ordre éconotnique, les savants et les hommes d'Etat pouvaient se conduire sans en tenir compte, et que dans leurs différents systèmes, ils pouvaient sans danger admettre des principes et des conséquences contraires aux enseignements de la Révélation ; comme s'il pouvait y avoir contradiction dans les œuvres de Dieu.

C'est donc une vérité bien consolante. Messieurs, que le Sauveur qui s'est fait homme pour relever et sauver l'homme, lui enseigne que le chemin du véritable bonheur ici-bas est en même temps celui qui le conduit le plus sûrement au bonheur éternel pour lequel il a été créé, «l dont le désir irrésistible est la loi fondamentale de son être. Oui,

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Messieurs, le désir du bonheur est le premier besoin du cœur humain ; c'est là le principe moteur de tous ses mouvements, de toutes ses aspirations. Le petit enfant, le jeune homme, l'homme fait, le vieillard cherchent également le bonheur, ils le poursuivent avec la même ardeur, avec une égale persévérance, sans jamais pouvoir l'atteindre complètement ici-bas, parce que l'âme humaine a des aspirations infinies que les biens périssables de la vie présente ne peuvent satisfaire, auxquels le Bien Infini peut seul répondre pleinement. Mais elle sent instinctivement aussi qu'il y a un certain bonheur relatif auquel elle peut atteindre ici-bas, et le Sauveur a bien voulu lui enseigner en quoi consiste ce bonheur, et par quelles voies elle peut y arriver. C'est dans l'admirable discours de la Montagne que Notre-Seigneur donne ce sublime enseignement.

Il commence d'abord par exposer les conditions morales et religieuses de ce bonheur, les sentiments dans lesquels doit être le cœur de l'homme par rapport aux choses de la vie présente, par rapport au prochain et par rapport à Dieu pour trouver la paix et la félicité. Puis venant aux biens de la terre, aux choses nécessaires à la nourriture et au vêlement du corps, il commence par rappeler le dogme si consolant de la Providence, si propre à calmer les inquiétudes du cœur humain que les craintes et les incertitudes de l'avenir abreuvent si souvent d'amertume : « Ne vous inquiétez point de votre vie, dit-il, de ce que « vous mangerez ; ni au sujet de votre corps, de quoi vous le revêtirez. « La vie n'est-elle pas |)lus que la nourriture, et le corps plus que le « vêtement ? Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne mois- « sonnent ni n'amassent dans des greniers, cependant votre père ck- « LBSTB les nourrit. Ne valez-vous pas plus qu'eux ? Et pour ce qui est < du vêtement, pourquoi vous inquiétez-vous ? Voyez les lis de la cam- <( pagne, comme ils croissent, cependant ils ne travaillent ni ne filent. « Or, je vous dis que Salomon, même dans toute sa gloire, n'était pas « vêtu comme l'un deux. lSï donc Dteti revêt ainsi l'herbe des champs a qui aujourd'hui est, et qui demain sera jetée au four, combien « aura- t-il plus de soin de vous, hommes de peu de foi / Ne vous ina quiétez donc point, disant : Qu'aurons nous à manger et à boire, et « de quoi nous vêtirons-nous ? Car ce sont les j)aïens qui ont de l'in- « quiétude pour toutes ces choses ; et votre Pf'irk gélkbtk sait que vous « en avez besoin »,

Voilà, Messieurs, en quels termes admirables le Sauveur rappelle le dogme consolant de la Providence ! Comment II nous présente le bon

CONGRÈS DKS MIStlONNAIBKS AGRICOLES 4-27

Dieu comme le mbh.leur dks Pkrrs, ayant sans cesse les yeux ouverts sur les besoins de ses enfants, ne manciuanl jamais de leur donner le vêlement et le pain quotidien, quand ils observent fidèlement sa sainte loi. C'est ce que constatait le roi-prophète quand il disait : J'ai été jeune et je suis devenu vieux maintenant, et je n'ai jjoint vu le juste abandonné, ni sa race mendier son pain » (Ps. 35-36).

Mais, me direz-vous, s'il en est ainsi, l'homme juste n'a donc qu'à se croiser les bras et à attendre tranquillement que le bon Die»» lui donne \e pain tout cuit e\. le vêtement tout fait //Non certes, Messieurs, ce n'est |)as là le sens de cet enseignement profond ; cet homme qui se croise les bras dans une lâche oisivet*'', est loin d'être l'homme juste dont parle le saint loi David, puisque hi paresse est la mère de tous les vices ! Ecoulez plutôt la conclusion que Notre-Seigneur tire de cet enseignement : Cherchez donc o'abobd lk « Royaume dk Dieu et sa.

.U STICK KT toutes CES CHOSES VOUS SERONT DONNÉES PAR 8UHOR01T ».

Voilà, Messieurs, comment Jésus-Christ pose en trois lignes la base fondamentale et les véritables principes de toute économie politique — de la production, de l'administration et de l'usage des biens temporels ou de la richesse.

C'est dans l'observation des lois qu'il h établies ici-bas concernant ces biens et les choses nécessaires à la nourriture, au vêtement et aux autres besoins de la vie présente, c'est-à-dire concernant tous les biens temporels dont l'homme peut avoir besoin.

Or, le royaume de Dieu ici-bas, ou en d'autres termes, I^s sociétés civiles et politiques organisées selon le plan divin donné par Jésus-Christ, et selon les lois providentielles qu'il a établies, sont certainement les plus parfaites que l'on puisseconcevoir.il e-^t donc important de rechercher quelles sont les lois que Dieu a établies dans ce royaume relativement aux biens temporels.

Ces lois, Messieurs, sont .au nombre de trois, savoir : le Travail, TEcoNOMiK, la JisTiCK. Oui ! donnez-moi une famille, une nation où la loi du travaillait fidèlement pratiquée, la loi de l'c'conomjg constamment observée, et la justice toujours respectée, et je vous dirai sans crainte de me tromper, voilà une famille, voilà une nation où règne l'aisance et la prospérité, la paix et le bonheur.

« HeureiiX le peuple qui a le Seigneur pour son Dieu ».

Etudions quelques instants, Messieurs, ces lois fondamentales de la prospérité et du bonheur de l'individu, de la famille et de la nation, et sur lesquelles doit s'appuyer nécessairement toute la science de l'écono-

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mie politique, si elle veut arrivera des conclusions pratiques, qui soient vraies et fécondes.

Et d'abord la loi du Travail est dans la nature ménne de l'homme, ■que Job proclame « être né pour le travail comme l'oiseau pour voler » (v. 7). Aussi la trouvons-nous inscrite en tête des livres saints, et avant même la chute de nos premiers parents, alors que la terre par la richesse de sa fécondité naturelle et la beauté de ses aspects divers était l'image du ciel, et s'appelait le Paradis terrestre. Voici en effet ce que dit l'écrivain sacré : « Le Seigneur Dieu prit donc 1 homme et le mil dans le paradis de délices afin qu'il le cultivât cit le gardxt »

Vous le voyez, Messieurs, le travail de la culture voilà la première loi que le Créateur donne à l'homme qu'il vient de créer à son image et à ^a ressemblance. Mais dans cet heureux étal de la justice originelle, où l'homme venait de sortir des mains de son Créateur Jans toute la beauté et la perfecllon de sa nature, cette loi du tiavail n'avait ien de dur ni de pénible, elle n'était que l'exercice légitime de celte activité dont le Seigneur l'avait doué, et le moyen d'augmenter tous les jours la somme de son bonheur, en développant de plus en plus ses facultés physiques, morales et intellectuelles : car cette belle et riche nature ne lui donnait [)as seulement le pain qui nourrit le corps, mais elle était -encore un livre qui lui donnait l'aliment intellectuel et moral, en lui parlant éloquemment de la puiss^ince, de la sagesse et de la bonté infinie de Dieu. C'est dans l'exercice de cette double activité corporelle et spirituelle que l'homme devait couler heureusement les jours de son épreuve, pour arriver ensuite, s'il était fidèle, au bonheur san« fin du paradis céleste.

Mais à la loi du travail se joignait une autre loi, celle de la lutte et de la vigilance. Il devait cultiver le jardin de délices et le « gakokh ». Il avait donc un ennemi jaloux de son bonheur, contre lefjuel il devait ■sans cesse se tenir en garde s'il voulait le conserver. C'était l'épreuve à laquelle Dieu le soumettait pour le mettre eîi mesure de faire la conquête du royaume éternel !

Or vous voyez ce qui est arrivé : l'homme a suc«ombé dans la lutte. Il a violé la loi de son Dieu en mangeant le fruit défendu sous peine de mort. C'fsl dans l'abus d'un fruit de la t^rre que l'homme a violé la loi de son Dieu ; c'est aussi dans les frtiits de la l«?rre qu'il sera d'abord

puni el qu'il entendra celle dure sentence : « Parce que vous avez mangé du fruit dont je vous avais défendu de manger, la terre sera niaudile à cause de ce que vous avez fait, et vous n'en tirerez de quoi vous nourrir pendant toute votre vie qu'avec beaucouj) de travail. Elle ne produira que des épines et des ronces. Vous mangerez votre pain à la sueur de votre front » (Gen. m, 17-18).

Voilà, Messieurs, comment la loi du travail, si facile et si agréable à l'homme dans l'état de l'innocence, est devenue une loi pénale après sau chute. L'homme est depuis celle fatale époque un criminel condamné aux travaux forcés, et cela sous peine de mort. Ce châtiment lui est inlligé par un père miséricordieux, comme une peine médicale pour l'aider à se relever de sa chute. Le Seigneur Dieu a bien voulu laisser encore un reste de bénédiction el de fertilité à cette terre qu'il vient de frapper de malédiction et de stérilité ; mais à la condition que l'homme en arrache les épines el les ronces et que par un travail dur et pénible, il l'arrose des sueurs de son Iront. Telles sont les conditions dans lesquelles la loi du travail s'impose aujourd'hui à l'homme!

La première loi du règne — ou royaume — de Dieu ici-bas concernant la production des biens temporels, est donc la loi du travail.

Mais le travail se divise en deux grandes sections, V agriculture et l'industrie. Le travail agricole donne à l'homme les matières premières que produit le sol ; le travail industriel les transforme et les adapte à ses divers usages et besoins, soit pour sa nourriture el son vêlement, soit pour son logement ou son agrément.

Le commerce, les institutions financières, les voies de transports, etc., sont des moyens subsidiaires de faire bénéficier davantage l'homme des produits de son travail par les échanges qui en peuvent être faits avantageusement.

Or je n'hésite pas à dire. Messieurs, que le travail agricole est celui de l'élal normal de l'homme ici-bas, et celui auquel est appelée la masse du genre humain. C'est aussi celui qui est le plus favorable au développement de ses facultés physiques, morales et intellectuelles, el surtout qui le met le plus directement en rapport avec Dieu. Vous ne manquerez pas de redire aux cultivateurs que le travail agricole est le j)!us noble ici-bas parce qu'il se fait nécessairement avec le concours direct de Dieu. Vous étes-vous jamais demandé qui a fait la gerbe de blé que l'on récolte dans un champ au temps delà moisson ? Vous savez comme moi qu'elle est l'œuvre de deux ouvriers, de l'homme et de Dieu. Si le cultivateur n'était pas entré dans son champ au prin-

temps, s'il n'avait pas débarrassé le sol des épines et des ronces qui le couvraient, s'il ne l'avait pas labouré profondément pour y déposer la semence du froment, il n'y aurait certainement pas poussé de blé. Voilà le travail du cultivateur ; voilà ce que Dieu demande de lui. Quand il a accompli ce travail, il se retire de ce champ ; il l'enclôt avec soin, aRn que rien ne vienne troubler le travail divin qui va succéder à son pénible labeur. Ce champ devient pour lui quelque chose de sacré, sur lequel il doit veiller avec soin.

C'est que Dieu va y entrer à son tour et continuer le travail commencé. Il y enverra régulièrement la lumière de l'aurore et la rosée du matin, la chaleur du midi et la pluie du soir, et après quelques jours commencera ce travail de la germination, la semence plongeant dans le sol une racine qui va lui donner le point d'appui et la nourriture dont elle a besoin, et poussant vers le ciel une tige délicate qui grandira tous les jours jusqu'à ce qu'elle donne un épi chargé de 30, 40 ou 50 grains semblables à elle-même. Quand ce travail est fait, que Dieu a couvert d'une riche moisson ce champ si péniblement ensemencé, Il dit au cultivateur: voilà ce que je te donne pour toi et ceux que j'ai confiés à la sollicitude. C'est donc une vérité, Messieurs, une vérité bien consolante et bien honorable pour le cultivateur, qu'il a Dieu luimême pour collaborateur. On n'en saurait dire autant du travail industriel où le concours de Dieu n'apparaît pas aussi directement. Il n'y a que deux hommes qui travaillent ainsi conjointement avec Dieu, le prêtre dans l'ordre surnaturel, et le cultivateur dans l'ordre naturel.

Invitez, messieurs, nos braves cultivateurs canadiens à ne jamais perdre de vue la noblesse de leur condition et les avantages précieux que leur procure le travail do la ferre.

« Le labourage et le paslourage, disait le grand ministre Sully, voilà l«s deux mamelles dont la France est alimentée, les vrayes mines du Pérou. »

11 faut dire la même chose de la Nouvelle France, de ce beau pays du Canada que nous ont conservé, au prix de si grands sacrifices, et transmis nos vaillants et religieux ancêtres. Oui! In prospérité et l'avenir des Canadiens-Franrais se trouvent dans la culture et les pâturages de son riche territoire. Puisse le peuple canadien comprendre cette vérité importante, et ne la jamais perdre de vuo, s'il veut accomplir les grandes destinées que lui réserve sans aucun doute la Providence.

Il convient donc de vous signaler ici un danger auquel sont exposés un nombre, hélas! trop grand, de nos compatriotes, je veux dire le danger de l'émigralion. Messieurs, quand un arbre a conduit à une heureuse maturité les fruits dont il est chargé, ces fruits s'en détachent sans effort» et sans dangers, et iU vont porter ailleurs l'abondance et la richesse. Mais quand ces fruits s'en détachent avant le temps, quand la naorsure des insectes ou la violence de la tempête les blessent à mort ou les précipitent sur le sol, c'est une calamité dont cet arbre a grandement à souffrir. Il faut en dire autant dune nation. Quand elle a grandi et qu'elle s'est développée au point de couvrir tout son territoire, alors l'émigration devient pour elle un bienfait, une source de richesse et de force pour les colonies qu'elle va fonder.

Mais au contraire, lorsque chez une nation qui en est encore au début de sa fondation, et n'a pas encore pu occuper et mettre en valeur le quart de son territoire, l'on constate déjà des courants d'émigration qui lui enlèvent une forte proportion de sa jeunesse et même de ses familles, il devient évident alors qu'il y a chez elle quelque chose d'anormal, et qu'elle est atteinte d'un mal qui pourrait avoir pour elle les plus graves conséquences. Or, tel est le cas pour le petit peuple canadien, vous le savez comme moi. L'émigralion de sa jeunesse a pris, dans ces dernières années de si grandes proportions, que son clergé et ses hommes d'état en ont été alarmés. Mon intention n'est pas de vous exposer aujourd'hui, lélendue et la gravité de ce mal, et les remèdes qu'il faudrait y apporter. Mais puisque l'occasion s'en présente, je vous dirai en passant que l'une des causes qui a conduit à l'étranger un si grand nombre de nos jeunes compatriotes, a été le relus de se soumettre à la loi du travail telle que je viens de vous l'exposer. Le défrichement et la mise en valeur du sol canadien leur a paru à un grand nombre un travail trop dur et par trop pénible. Au pain commun du courageux colon, ils ont préféré le pain blanc du maître américain ; au travail isolé et libre du jeune cultivateur, ils ont préféré le travail enrégimenté des boutiques américaines. Voyez le résultat après une trentaine d'années. Des paroisses nombreuses qui ne laissent rien à envier aux vieilles paroisses, ont surgi comme par enchantement dans les colonies du Saguenay, des Cantons de l'Est et de l'Ottawa. Là

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des milliers de familles canadiennes par la langue, par le cœur et par la foi ont réussi à se procurer une position honorable et indépendante ; elles font la force et assurent l'avenir de notre petit peuple. Telle est la récompense accordée à ces colons au cœur généreux, pour leur attachement au sol natal, leur soumission courageuse à la loi du travail. Nos frères de l'émigrafion, au contraire, ont eu à traverser la terrible guerre de la sécession, et l'on estime que 45 mille se sont engagés pour aller porter la guerre et la dévastation chez des populations qui ne leur avaient jamais fait de mal, et qu'environ 15 mille ont succombé dans ces luttes fratricides ! !

Et que de milliers ont ruiné en quelques années leur santé dans le travail délétère des manufactures américaines et sont morts à la fleur de l'âge! Ce qui est encore plus triste, c'est la perle des mœurs et de la foi pour un nombre encore beaucoup plus grand !

Efforcez-vous donc, Messieurs les missionnaires agricoles, de faire aimer à notre jeunesse le travail de l'agriculture, et continuez avec persévérance à en perfectionner les méthodes, et à leur en faire comprendre les avantages précieux, et surtout à les convaincre que leur avenir et celui de leurs chers enfants est là.

Le travail de la culture incombe naturellement à l'homme, il est plus en rapport avec ses forces et ses aptitudes ; mais il ne s'ensuit pas que l'homme soit le seul soumis à cette loi. La femme doit aussi la subir.

Je regrette qu'il ne se trouve point dans cette réunion des Dames ni des demoiselles, car j'aurais des choses fort intéressantes à leur dire à ce sujet. Vous voudrez donc bien leur redire l'honorable et importante mission que Dieu leur a confiée à ce sujet et l'éloge magnifique que Salomon fait de la femme forte à la fin des Proverbes (31-10) :

a Qui trouvera une femme forte, » dit-il? C'est-à-dire une femme à la hauteur de sa mission dans la famille? a Elle est le trésor de la maison, d'une valeur plus grande que l'or et les pierres précieuses que l'on apporte des pays éloignés. »

Certes, voilà un éloge bien magnifique de la femme qui préside au gouvernement de sa maison comme le demande la loi de Dieu ; et il paraît qu'au temps de Salomon, une telle femme se rencontrait assez rarement. En serait-il de même de nos jours? Joime à croire le con-

traire ; car nos mères élevées en grande partie dans ces asiles bénis que l'on appelle le clottre ou le couvent, y ont reçu cette éducation profondément chrétienne qui les a préparées d'avance à remplir dignement le rôle si important du gouvernement de la famille. Aussi l'un des plus célèbres orateurs sacrés de notre temps, le révérend père Félix, en parlant du progrès par la famille chrétienne, s'esl-il plu à relever le mérite de la femme canadienne, dans la chaire de Notre- Dame de Paris, dans l'une de ses célèbres conférences sur le Progrès. iMais, Messieurs, c'est surtout à nos vénérables mères canadiennes, qui avaient conservé intactes les traditions patriarcales de l'ancienne France, que s'adressaient ces éloges du célèbre orateur. S'il parcourait aujourd'hui le Canada, s'il visitait nos grandes villes, s'il observait les usages et les coutumes modernes d'un si grand nombre de nos familles canadiennes, ne croyez-vous pas comme moi, qu'il hésiterait à répéter le même éloge de la femme canadienne de notre temps, et qu'au moins il serait forcé d'y mettre une restriction fort significative? On ne peut se le cacher, les costumes et les modes des femmes étrangères à notre foi et à nos usages ont exercé une influence fort regrettable dans un grand nombre de familles canadiennes. 11 peut être utile de le signaler ici, afin de les mettre en garde contre ce danger. Que les femmes canadiennes regardent donc comme l'un des biens les plus précieux que leur ont légués leurs religieuses ancêtres, ces habitudes d'ordre et d'économie, ces costumes modestes si conformes à la décence chrétienne, celte vigilance, cette activité et cplte piété sincère qui ont été la source d'une bénédiction si abondante sur notre peuple.

Après avoir proclamé que la femme forte est le trésor de la maison, Salomon déclare qu'elle en fait aussi le bonheur, et que son époux repose en elle toute la confiance de son cœur, et qu'il l'a louée hautement et que ses enfants l'ont proclamée très heureuse.

Que fait donc celle femme forte pour nnériler de la bouche même de l'écrivain sacré de si magnifiques éloges? Elle observe fidèlement la loi du travail dans le soin et le gouvernement de sa maison. Ecoutez en effet ce qu'en dit Salomon. e Elle a cherché la laine et le lin, et elle a travaillé avec des mains sages et ingénieuses. Elle a porté sa main à des choses fortes, et ses doigts ont pris le fuseau. » Vous le voyez, elle pourvoit au vêlement de sa famille. Elle ne va pas l'acheter dans le magasin aux dépens des sueurs de son mari. Oh non ! elle les trouve dans le filage et le lissage de la laine et du lin que lui a remis son poux I Aussi elle ne redoute ni le froid ni la neige, parce que tous ceux

de sa maison ont un vêlement double. Après avoir ainsi pourvu au vêtement journalier de sa famille, elle la revél encore de lin et de pourpre pour les jours de fête et les grandes solennilés ; son mari paraît avec honneur dans l'assemblée des juges, lorsqu'il siège avec les sénateurs de la terre.

Elle va plus loin, elle pourvoit à l'ameublement et à la décoration de la maison, en confectionnant des tapisseries, des rideaux, des garnitures de lits. Elle fait aussi des étoffes et des ceinturons qu'elle livre au commerce ; en sorte qu'elle est comme le vaisseau du marchand qui apporte de loin son pain.

Certes, Messieurs, vous conviendrez avec moi qu'une telle femme est à juste titre appelée le trésor de la maison. Mais ce n'est pas tout, elle pourvoit aussi à la nourriture de la famille ; et pour cela elle se lève même avant le jour, elle assigne à chacun son travail de la journée, et tient prête la nourriture nécessaire à chacun, i.lle a aussi ton jardin, y plante la vigne et y cultive les fruits nécessaires à sa maison.

Après avoir ainsi pourvu aux divers besoins de sa maison, sa sollicitude s'étend sur les nécessiteux ; elle ouvre sa main à l'indigent et tend 868 bras vers le pauvre, et sa vigilance sur tout le personnel de sa maison est si exacte qu'elle u'éteint point sa lam[>e pendant la nuit.

Voilà en peu de mots, Messieurs, l'éloge admirable que l'écrivain sacré fait de la femme forte à la fin du livre des Proverbps. Inuliio d'y rien ajouter. Efforcez-vous d'exhorter les femmes canadiennes à bien étudier cet admirable modèle, et à s'efforcer de l'imiter autant qu'il leur est possible.

Il est donc évident que la loi du travail ainsi comprise et ainsi pratiquée dans nos familles canadiennes y amènera infailliblement l'aisance, la prospérité et le bonheur. A vous, Messieurs les missionnaires agricoles, de faire comprendre par vos paroles, que le peuple canadien peut et doit trouver sur le sol que lui ont légué ses ancêtres, par un travail convenable, la nourriture et le vêtementqui lui sont nécessaires, et que c'est à cette condition qu'il arrivera k ce degré de force et de prospérité qui assureront son avenir et celui de ses enfants.

Si la loi du travail dûment observée doit amener l'abondance de la famille, il est une autre loi tout a'issi nécessaire pour en assurer la

■coiiservatioiî, et y inainlenir une prospérilé toujours croissante. Celte loi c'est celle de « I'Economik ». Oui ! l'économie, et surtout l'économie dorneslique, est le corollaire nécessaire du travail. C'est en vain que le travailleur apportera les fruits abondants de son activité à la maison, si l'absence d'une sage économie les dissipe au fur el à n»esure. Il sera en quelque sorte condamné au supplice des Danaïdes chargées de remplir un tonneau qui n'avait point de fond. Vous me permettrez de vous citer l'expression originaln quoique triviale, dont se servait un brave Canadien marié h une femme sauvage, oans l'une de mes missions, pour exprimer la même idée: Comment voulez-vous, Monsieur le Curé, que l'on puisse faire prospérer une famille, quand le coq seul gratte, et que la poule ne ramasse point? »

11 faut donc, Messieurs, pour assurer la prospérité et le bonheur delà famille qu'une sage économie administre avec prudence et intelligence les biens que produit le travail.

Or l'homme doit faire trois parts des biens que Dieu lui donne: l'aune part pour Dieu ; 2° une part pour le prochain ; 3° et la troisième pari pour lui-même et les siens. Tel est l'enseignement des livres saints, et ■aussi celui de la conscience et du cœur humain !

La part de ses biens (jue l'homme doit faire à Dieu, est appliquée aux dépenses nécessaires pour le culte divin, pour la construction, ia décoration et l'entretien des édifices sacrés; pour la vie, le logement et l'entretien des personnes consacrées au culte de Dieu, etc. C'est ce que dans tous les temps et chez tous les peuples l'homme a toujours reconnu comme un devoir sacré, même chez les peuples infidèles et les nations les plus barbares. Rien de plus conforme à la raison et au sentiment de la recoimaissance, que de retourner ainsi à la gloire de Dieu une petite partie de ces biens que sa Providence nous donne avec tant de bonté et de générosité 1

La part des biens qu'il faut faire aux nécessiteux et au soulagement des misères du prochain est peut-être le précepte évangélique le plus foimellement formulé par Notre-Seigneur Jésus-Christ, et c'est comme souverain juge des vivants et des morts qu'il le proclame, (/est à l'accomplissement de ce précepte qu'il promet le royaume éternel, comme aussi il menace de la damnation et du feu éternel ceux qui auront refusé de l'accomplir.

Enfin, que l'homme emploie la troisième part de ses biens pour le soutien et l'avenir de sa famille.

Je dois ici vous signaler une grave erreur au sujet de ces bieas, et

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VOUS rappeler une vérité que l'oii oublie peut-être trop souvent: c'est que l'honime n'en est pas le ntiaitre absolu, et qu'il n'est pas libre d'en user et d'en abuser comme bon lui semblera : il doit se souvenir que ces biens appartiennent d'abord à Dieu, et que, lui, l'homme n'en est à proprement parler que l'économe ou l'administrateur. Notre-Seigneur a jugé cet enseignement si important qu'il nous l'a donné dans une parabole admirable, afin d'en faciliter l'intelligence à tout le monde et de le graver plus profondément dans les cœurs, je veux dire la parabole du Père de famille et de l'économe infidèle. Vous le savez comme moi, ce Père de famille, c'est Dieu, maître ab?olu de tous les biens: l'économe, c'est l'homme, à qui Dieu en confie l'administration ; et l'économe infidèle, c'est l'homme qui abuse de ces biens, en les employant à la satisfaction de ses passions, ou à tout autre objet que la loi de Dieu réprouve.

Vous savez également, Messieurs, quel compte sévère ce Père de famille fait rendre à son économe de temps à autre, et comment il le punit en les lui ôtant, quand il le trouve coupable de prévarication. Voilà ce qui nous explique les divers fléaux el accidents qui frappent souvent les travaux de l'homme, qui amènent les mauvaises récolles, les perturbations commerciales el industrielles, etc., car c'est toujours la même loi providentielle qui châtie l'homme par où il pèche, et l'afflige dans les biens temporels. Quand il dissipe et abuse de ces biens, Dieu les lui retire en tout ou en partie pour lui apprendre à en faire un meilleur usage.

Permettez-moi de vous signaler ici deux violations considérables de la loi de l'économie dont le peuple canadien s'est rendu coupable depuis un bon nombre d'années, ce sont les sommes énormes qu'il a dépensées pour les boissons enivrant(>s et les objets de luxe. Combien de familles à l'aise el même riches, ont été mises à la gène el même ruinées par ces folles dépenses ! Combien de Canadiens et de Canadiennes ont été forcés d'abandonner le pays par suite de ces excès lamentables! Vous seriez étonnés des sommes jetées dans le goulfre de l'ivrognerie el du luxe depuis une quarantaine d'années, c'est-à-dire depuis que la plaie de l'émigration aux Etals-Unis s'est attachée au flanc du peuple canadien. Je n'hésite pas à le dire, ces sommes se chiffrent par des millions et des millions de piastres, — elles émigrés à l'étranger par des centaines el des centaines de mille! ! A vous, Messieurs, de bien comprendre la gravité de ce mal, niême au point de vue purement économi(|ue, et d'y appliquer le reniède convenable par vos paroles et vos sages conseils.

N'est-il pas évident, Messieurs, que ces deux lois du royaume de Dieu sur la terre, relalivemenl aux biens temporels, la loi du travail et la loi de réconomie, renferment le secret de l'aisance et de la prospérité des Familles et par conséquent de la nation?

Reste maintenant à vous dire quelque chose de la troisième qui est celle de la justice.

Ah ! Messieurs, que de dépenses, que de larmes, que de sang épargnés aux familles et aux nations, si cette loi de la Justice était bien comprise et bien observée partons les hommes 1 Voici ce qu'en dit l'apôtre saint Jacques, au chapitre IV de son éptlre: « D'où viennentles guerres et les procès entre vous ? n'est-ce pas de vos passions qui combattent dans votre chair ? Vous êtes pleins de désirs, et vous n'avez pas ce que vous désirer ; vous tuez, et vous êtes jaloux, et vous ne pouvez obtenir ce que vous voulez ; vous plaidez et vous faites la guerre les uns contre les autres, et vous n'avez pas néanmoins ce que voiis tâchez d'avoir, parce que vous ne le demandez pas à Dieu ».

Examinons d'abord ce que demande la justice dans la famille sous le rapport des biens temporels. Nous venons de voir que les parents ne sont que les administrateurs de ces biens, et cela dan» l'intérêt et pour le plus grand bien des enfants. La justice demande donc que les parents fassent les dépenses nécessaires pour leur entretien convenable, pour leur éducation et leur établissement à venir, et que pour remplir ce devoir si important, ils fassent toutes les épargnes et les économies en leur pouvoir. Est-ce ainsi que les choses se passent en général dans notre pays? Hélas! combien de familles sont entraînées dans les ^dettes, mises à la gène et souvent ruinées, par suite de folles dépenses auxquelles on se laisse aller pour les exigences des jeunes gens et des jeunes filles.

Combien de familles ont été obligées de se disperser avant le temps par suite de ces folles dépenses, de s'expatrier a[)rès avoir dissipé un bel héritage que leur avaient légué leurs laborieux et économes ancêtres, ])0ur aller se mettre au service de maîtres étrangers qui s'enrichissent du produit de leur travail, souvent aux dépens de la santé, de l'honneur et même de la vie de leurs enfants auxquels ils devaient transmettre l'héritage paternel !

Mais c'est surtout dans les associations industrielles que la loi de la

jastice doit être observée, pour le maialien de l'accord et de la paix entre les patrons el les ouvriers.

Un fait remarquable, c'est que plus le travail est organisé, moins l'ouvrier a le produit de son travail ; la plus large part revient toujours au capital, qui fournit la matière première, le>* outillages et la direction ; et le pauvre ouvrier, lui, qui porte le poids du jour et de la chaleur, a toujours la plus petite part, qui est souvent insufGsante pour le soutien de sa famille. Da là ce contraste douloureux de fortunes colossales, à côté de misères sans nom. De là aussi ces murmures, ces plaintes sourdes des multitudes ouvrières qui rappellent le grondement des volcans, ces grèves qui mèoent à des désastres pour les patrons et les ouvriers, et qui dégénèrent en guerres civiles. Voilà, Messieurs, où conduisent la violation de la justice et de l'équité, dans les rapports du capital et du travail. La loi naturelle aussi bien que la loi évangélique exige que le salaire de l'ouvrier ait une proportion juste et équitable avec les bénéfices que le patron tire de son travail, et qu'il puisse trouver dans ce claire le soutien convenable de sa famille. D'un autre côté l'ouvrier ne doit pas oublier les droits du patron, et exiger un salaire trop élevé et ruineux pour son maître.

Ah 1 Messieurs, que de dépenses, que de larmes, que de ruines n'entraînent pas pour les individus, pour les familles et pour les nations la violation des lois de la justice et de l'équité !

C'est donc avec infiniment de raison que le Sauveur a résumé son enseignement relatif à l'acquisition et à l'administration des biens temporels par ce principe fondamental : « Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses, c'est-à-dire les biens de la terre, vous seront données par surcroît ». C'est-à-dire, que l'on observe exactement les lois du Travail, de V Economie et de la Justice^ el l'on arrivera à l'aisance, au bien-être et au bonheur relatif que les biens temporels peuvent procurer à l'homme ici-bas.

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