ROLE DE MGR ZITELLI
Dans une administration, lorsque les subalternes ont la
confiance des chefs et sont infidèles à leur devoir; lorsqa'ils veulent incliner ceux-ci à droite ou à gauche, ayant tous les documents et les occasions à leur dispositibn, que ne peuvent-ils pas faire? Les Supérieurs ne voyant que par eux, peuvent être à tout moment surpris dans leur bonne foi, et entraînés soit à frapper des innocents, soit à absoudre des coupables. N'est-ce pas ainsi que tant de malheurs sont déjà amvés dans l'Eglise?
La révélation ci-dessus laisse voir que nous sommes absolument dans ce cas.
Nous sommes entre les mains de Mgr Ziielli.
Mais quelle est l'autorité du Seigneur Zitelli sur nous, et quels sont ses titres à nous conduire et à nous régenter?
Ce prélat est un officier inférieur d'une autre Congrégation jusqu'au 31 décembre dernier, qui se déplace, à son détriment, pour s'ingérer de lui-même dans nos affaires sous Son Eminence Mgr Simeoni, et qui va au-devant de son nouveau supérieur pour obtenir de lui la faculté de nous nuire et de nous maltraiter.
On se demande pourquoi une pareille démarche; et quel est le motif d'un si beau zèle, dans une cause dont il n'est pas chargé et qui a son origine à 1800 lieues. Comment a-t-il plus de soucis pour des âmes qu'il ne connaît pas, que leurs propres Evêques? On ne voit pas d'autre raison de cette conduite qu'un grand intérêt personnel. Ce prélat a toutes les allures d'un avocat à gages, et cependant c'est au nom du juge qu'il travaille.
Maintenant, où se trouve chez lui la prudence, la charité et la justice?
Il avoue avoir fait triompher l'Université qui aurait succombé sans lui l'automne dernier, et avoir mené l'affaire des décrets qu'il a ensuite défendue victorieusement dans le cours de l'hiver; mais il a donc jugé et fait agir et juger ex varie, sans avoir toutes les pièces du procès, parce qu'alors nous n'avions pas encore donné les nôtres; et il ne pouvait
l'ignorer, lui, qui était à la chancellerie. C'est là une indigne partialité, chez un employé de tribunal, envers la partie adverse. ]\Iais il y a encore davantage; cette injustice était faite intentionnellement, de son propre aveu : il fallait, dit-il, porter le dernier coup.
Depuis que mon I\Iémoire lui est parvenu, il affirme que c'est un tissu de mensonges, d' exagérations et d'injustices à chaque page.
Qu'en sait-il à Rome, lui qui n'est jamais venu au Canada? Les intéressés du pays n'ont pas encore répondu à ce Mémoire. Mgr Paquet lui a dit que le Mémoire était tel. Mais l'Université, le Grand Vicaire, l'Archevêque n'en relèvent dans leurs lettres, qui sont ci-après, que quelques phrases dont ils me demandent le sens et la justification. Le Mémoire reste intact dans ces lettres. Pourquoi cette différence extraordinaire dans l'appréciation? c'est que le secrétaire-avocat sent un tel besoin de faire du zèle pour ses protégés qu'il les dépasse de beaucoup eux-mêmes, dans ses assertions sans s'en douter.
Et que veulent dire, dans une âme sacerdotale, ces sentiments de haine, qui vont jusqu'à V extermination, contre des personnes qu'il ne connaît pas. qui n'ont pas d'affaire à lui, et qui ne lui ont jamais causé le moindre dommage? Il les traite comme des révoltés, mais il serait fort en peine de citer le plus petit fait à l'appui de son affirmation. Ceux: qu'il outrage ainsi n'ont que le tort d'avoir enduré toute sa persécution, sans se plaindre et sans réclamer.
Eh bien! c'est cet homme, ignorant de notre véritable situation, le plus mal disposé possible à notre égard, et tout gratuitement, qui prend la place du Préfet de la Propagande pour gouverner l'Eglise de notre province, rédiger les documents et qui frappe sans miséricorde le clergé et le peuple canadien.
Mais où prend-il ses inspirations? Naturellement, chez nos adversaires les libéraux.
Le Seigneur Zitelli est renseigné et assisté par Mgr B. Paquet, de l'Université, qui lui envoie des lettres de confidence, et à qui il communique en retour les intentions et les ordres du Saint-Siège, qui sont les siens propres. Ils arrangent ainsi entre eux les plus graves affaires religieuses de la province, et il n'y a pas de doute que ce régime dure depuis longtemps. L'impulsion part privément de l'Université, par Mgr Paquet, et va à Rome chez Mgr Zitelli; puis revient de Rome à Québec officiellement, par l'Archevêque, pour se répandre ensuite par l'entremise des Evêques, dans toute la province.
C'est donc en réalité Mgr Zitelli, ou plutôt Mgr Paquet, qui gouverne ecclésiastiquement et d'une manière effective quoique clandestine la Province de Québec, et non les Evêques de qui le Saint-Esprit a dit : Oportet Episcopos regere Ecclesiam Dei.
Et c'est ce qui explique l'anomalie surprenante constatée dans mon Mémoire, et qui est un fait patent au Canada : la double source d'informations envoyées au Saint-Siège ; l'une officielle et publique de la part des Evêques ; l'autre, irrégulière et secrète de personnes inconnues, et la prépondérance de cette dernière sur l'autre.
Aussi, le Seigneur Zitelli désigne-t-il d'une même manière, et assimile-t-il, dans sa déclaration spontanée, ce qu'a fait au Canada Mgr Paquet, Mgr Persico, le Cardinal Franchi et Mgr Conroy. Cet aveu est très important. C'est qu'en réalité, cette œuvre est la même, c'est celle de Mgr Paquet; celle aussi de Mgr Zitelli qui par conséquent la connaît très bien, comme il l'affirme.
En effet, Mgr Persico n'a guère vu au Canada que Mgr Paquet, son frère et leurs amis. Il a été tenu soigneusement à l'écart à Sillery, éloigné de toute autre communication, comme beaucoup de personnes peuvent en rendre témoignage. En sorte que ses impressions au Canada ont été l'écho des opinions et des projets des Messieurs qui l'entouraient. Ces
impressions étaient transmises à Rome pour être traduites en faits, comme nous l'apprend Mgr Zitelli.
Son Eminence. le Cardinal Franchi, prenait également ses inspirations de Mgr B. Paquet, pendant que celui-ci était à Rome, comme je l'ai démontré dans mon Mémoire.
Mgr Conroy suivait ici fidèlement la direction du Cardinal Préfet; si fidèlement qu'il ne voulait seulement pas prendre connaissance des faits opposés qui se trouvaient sur son chem.in, à ce point qu'il paraissait vouloir obstinément refuser la lumière et ne trouver ici que ce que le Cardinal voulait voir. Combien de prêtres et de bons laïques ont été étonnés et blessés de cette disposition opiniâtre et si peu raisonnable de Mgr Conroy !
Mgr Zitelli, l'homme qui s'occupait si bien et de longtemps des affaires du Canada, comme il s'en vante, devait diriger, protéger et surveiller le tout, à Rome.
De sorte que cette œuvre que Mgr Zitelli veut faire regarder comme celle de plusieurs prélats, n'est au fond que celle de Mgr Paquet et la sienne.
Un fait qui vient corroborer très fortement cette révélation, est celui-ci, qui m'est personnellement connu.
Avant que Mgr Conroy vînt au pays, les libéraux canadiens, adversaires des droits et de la liberté de l'Eglise, ont été consultés par des protestants ou hérétiques francsmaçons qui voulaient savoir quelle était leur opinion sur la venue d'un Délégué Apostolique au pays. Et comme les libéraux exprimaient des craintes qu'une telle délégation leur fût nuisible, ils étaient rassurés, sur la foi et l'affirmation de certains Messieurs de Québec, que le passage du Délégué leur serait au contraire favorable et le plus sûr moyen de triomphe.
L'œuvre du Cardinal Franchi et de Mgr Conroy n'était donc autre que celle des prêtres de Québec à la tête du mouvement libéral, celle de Mgr Paquet et de Mgr Zitelli, et celle des ennemis de l'Eglise.
yoilà à quoi se réduit cet étalage de noms et d'autorités que le Seigneur Zitelli met en avant pour se couvrir et couvrir son ami,