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LE LIBERALISME AU CANADA, C EST L ENNEMI

Le libéralisme au Canada, c'est V ennemi l

Il est inutile de discuter des choses canadiennes si, préalablement à toutes explications sur les faits et gestes journaliers, sur les incidents et les accidents de la politique intérieure où étrangère de la Nouvelle France, on ne se rend pas parfaitement compte de la position actuelle de l'Eglise vis-à-vis de l'Etat canadien. De cette situation, on ne se pénétrera pas suffisamment si on ne se rappelle d'abord ce qu'était la législation de cette colonie française lorsque les Anglais s'en emparèrent; et ce que devint cette législation, la conquête britannique s 'étant accomplie. Il ne faut pas non plus négliger 'd'étudier les effets de la conquête sur l'état social du Canada, ni surtout à qui revient le triste honneur des funestes changements qui sont survenus depuis lors dans les mœurs comme dans les lois du pays.

On se figure généralement qu'il faut attribuer toutes les épreuves et beaucoup de malheurs à l'esprit sectaire de la race soi-disant supérieure qui n'aurait reculé devant aucun attentat, devant aucune tyrannie pour établir plus solidement son autorité et pour réduire dans d'égales proportions celle de l'Eglise catholique qui lui était manifestement contraire.

Nous n'avons pas à innocenter le protestantisme dans son action au Canada. Nous l'avons connu pourtant plus ombrageux et plus féroce en d'autres parages et nous tenons comme certain que, s'il a cru pouvoir se montrer tolérant en maintes circonstances, particulièrement dans le Bas-Canada, c'est que

d'autres sectaires se chargeant de ses œuvres, ailleurs familières, lui en épargnent ici et la peine et l'odieux.

Ces autres sectaires ? demandez-vous inquiets ou intrigués ; ces autres sectaires, qui ne sont ni Anglais, ni protestants, dans un pays où il ne reste, en dehors de cela, qu'une poignée de Juifs, — dont le nombre s'accroît grâce à W. Laurier, c'est entendu, — et une masse compacte de franco-canadiens, tous catholiques, où les trouvez-vous ?

D'autres répondraient d'après les documents déjà produits : mais au séminaire de Québec, à l'Université Laval. Générale sons plutôt et disons simplement : Comme en France parmi les catholiques indifférents ou tièdes, sinon renégats ; parmi les assoiffés de plaisirs et de faveurs qui perdent, à tous les coins de rue, un scrupule, un honneur, jusqu'à sacrifier toute leur conscience au morceau de pain qui leur permet d'assister, insensibles déjà ou grisés, aux supplices de l'amphithéâtre qu'ils acclameront même pour en mériter le retour. Nous les trouvons parmi les libéraux du Forum et du sanctuaire, et, si vous voulez à tout prix descendre du général au particulier : cherchez-les et vous les trouverez dans cette Université Laval, indifférente ou neutre ; aU séminaire de Québec, couvert de la lèpre libérale ; hélas ! à l'archevêché aussi, qui s'informe au séminaire, et puis au palais législatif comme dans le gouvernement. Ils ne se cachaient guère jadis, les libéraux! et si d'aucuns aimaient l'ombre et la solitude parce qu'ils redoutaient la réprobation de la foule croyante autant et plus que l'inquiétude du remords, vous les découvrirez sous le lin blanc et les ors de certaine corporation ecclésiastique, toujours complaisante pour le pouvoir. Cherchez toujours : le temps à coulé, les acteurs, sur la scène changeante, se sont succédé; mais les derniers venus ressemblent à leurs devanciers et c'est vers le fond de l'abîme libéral et moral que le progrès s'est surtout accentué chaque jour.

Prouvez-le! nous criera sans doute l'Oblat serein de Saint-

Sauveur de Québec, qui nous trouvera ainsi plus « braillard » que jamais.

C'est une satisfaction qui lui revient et nous la lui accorderons par l'organe de gens bien renseignés dont la fréquentation lui eût été moralement salutaire. Leur lecture posthume lui sera encore plus profitable.

Des accusations virulentes avaient donc été portées à Rome contre Mgr Laflèche, évêque des Trois-Rivières, contre ses confrères dans l'épiscopat, contre le clergé séculier et régulier de la province ecclésiastique de Québec ; on avait reproché aux uns de tendre à la revision de certaines lois électorales, aux autres d'exercer une influence indue en temps d'élections, à tous, de tenir l'Université Laval en suspicion: il y eut des procès retentissants et des dissentiments déplorables, et Rome, mal informée, prise d'inquiétude, intervint à contretemps, hors de propos, au grand étonnement du peuple et au préjudice incontestable de l'Eglise catholique dans le Nord américain.

Les évêques desservis auprès du Saint-Siège et de la Sacrée Congrégation de la Propagande, avaient à s'expliquer. C'est Mgr Laflèche, le plus instruit, le plus militant et le plus vénéré parmi eux, de l'aveu de tous, qui est choisi, de commun accord pour porter dans la Ville éternelle la défense respectueuse mais ferme, des Evêques et du clergé. Cette défense est magistralement présentée dans un Mémoire volumineux que nous donnerons 'in extenso. Il fut remis à la Sacrée Congrégation de la Propagande, accompagnée d'une lettre ainsi conçue :

« Fminentissimes Seigneurs,

Le but du présent Mémoire est d'exposer sommairement à Vos Eminences plusieurs faits et observations qui se rattachent aux questions qui ont fait l'objet des documents émanés du Saint-Siège, le 13 septembre dernier et adressés à Mgr l'archevêque de Québec, à savoir : 1° la question politique; 2° la

question de l'influence indue; 3° la question universitaire. Il est certainement de la plus haute importance, pour la paix de l'Eglise du Canada et pour l'avenir religieux de ce pays, que le Saint-Siège soit renseigné avec toute l'exactitude possible sur ces questions ; c'est ce que je viens faire dans la mesure de mes forces, pour l'accomplissement 'de l'un des devoirs les plus importants que m'impose la charge épiscopale envers l'Eglise du Canada.

Je prie Vos Eminences de vouloir bien prendre connaissance du présent document et entendre ensuite, s'il y a lieu, les explications qui en pourront faciliter l'intelligence.

Dans cet espoir, je demeure avec la plus haute considé- ' ration,

De Vos Eminences, le très humble et très dévoué serviteur.

f L. F., Ev. des Trois-Rivières.

Cette lettre et le dépôt du Mémoire dont il s'agit, doit être reportée vers le 1er février 1882, puisque le 20 février 1882, Mgr Laflèche déposait l' Appendice de ce document accompagné de la lettre que voici :

Aux Eminentissimes Cardinaux de la S. C. de la Propagande. Eminentissimes Seigneurs,

Le soussigné, évêque des Trois-Rivières, demande respectueusement à Vos Eminences la permission de leur soumettre les documents ci-dessous relativement aux difficultés religieuses du Canada, complétant et appuyant ce qu'il a eu l'honneur pie leur exposer dans le Mémoire qu'il a mis devant la Sacrée Congrégation de la Propagande nu commencement de ce mois. Ces documents lui ont été communiqués par des hommes de la plus haute respectabilité et, des plus exactement renseignés sur ce qu'ils exposent. Il certifie que les présents extraits de ces documents sont conformes aux originaux qu'il a en mains

et qui seront communiqués à Vos Eminences quand Elles le désireront.

Il demeure avec la plus haute considération et le plus profond respect.

De Vos Eminences, le très humble et tout dévoué serviteur.

f L. F. Ev. des Trois-Rivières.

Rome, le 20 février 1882.

D'un côté, Mgr Laflèche, en sa qualité de canadien-français, et d'évêque, parlait et écrivait des choses canadiennes avec une indiscutable autorité, et, de l'autre, il faut l'admettre, les membres de la Sacrée Congrégation n'étaient pas à en entendre traiter pour la première fois. Si donc, l'illustre prélat crut utile, sinon indispensable d'accompagner son Mémoire, pourtant lumineux, de documents explicatifs puisés, dit-il, aux meilleures sources, il ne paraîtra pas non plus superflu à nos lecteurs, moins renseignés, à coup sur, de préluder à l'étude du Mémoire de Mgr Laflèche par la lecture attentive des documents qu'il a produits, afin de l'appuyer et de l'éclairer.

Nous nous étions permis naguère, parce qu'il était impossible ne ne point le constater, de signaler la funeste influence de l'Université Laval dans les affaires religieuses au Canada; nous avions laissé entendre en même temps que le séminaire, de Québec, par ses directeurs, agissait parallèlement et d'accord avec l'Université et que l'archevêque de Québec, Mgr Taschereau, précédemment recteur de cette Université, était imbu des idées et féru des intérêts matériels et autres de cet établissement, dit catholique, alors qu'il était tout au plus indifférent ou neutre en matière de religion.

Nous aurions pu être, alors, plus affirmatif, plus explicite; nous ne le jugeâmes point à propos. Un mal qu'on veut extirper n'est pas toujours à traiter par le fer ou par le feu, par la chirurgie, en un mot, qui comporte certaine hâte et quelque.

brutalité Nous préférâmes une manière plus humaine : nous usâmes de condescendance, estimant que des révélations à peine marquées auraient amené l'amélioration désirée. Nos ménagements n'ont fait qu'exaspérer. Il faut donc faire un pas de plus et nous le faisons avec la résignation que comporte une nécessité pressante : le bien qu'il faut réaliser.

Voici donc le premier document de l'Appendice au Mémoire de Mgr Laflèche, évêque des Trois-Rivières, sur les difficultés religieuses au Canada. Il est intitulé : Etat social du Canada. Son fond et sa 'forme tiennent lieu de signature et le témoignage de Mgr Laflèche en augmente l'autorité.

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