DEUXIÈME DOCUMENT DE L'APPENDICE DU MÉMOIRE DE MGR LAFLÈCHE
Sans préambule, dit l'auteur de cette déclaration, je rentrerai dans l'examen de ce qui m'a peiné le plus dans la Faculté de Droit, de ce que j'ai constaté malheureusement chez nos professeurs. Ils ne m'ont pas enseigné ce que j'aurais dû, je crois, apprendre dans une Université catholique, dans une école de. ma religion. Ils ne m'ont pas dit les éternels principes du droit. Ils ne m'ont pas donné surtout la vérité catholique et ne m'ont pas prémuni contre les erreurs modernes, contre ce que nos codes et notre législation peuvent avoir de défectueux et de faux par rapport aux droits et privilèges de notre Sainte Eglise. Leurs cours sont muets, et c'est en vain que je feuillette mes notes pour y chercher cet enseignement catholique si nécessaire, surtout au jeune homme. Je n'y trouve que des explications serviles de la loi, que des commentaires, des textes au point de vue de l'analyse grammaticale et de la froide raison, et encore seulement dans ce qu'elle a de plus borné. Plusieurs erreurs positives s'y rencontrent même; ce qui y brille surtout, c'est une abstention systématique de ne pas nous donner le juste ou Y injuste sur les institutions de droit où l'Eglise vient en contact avec l'Etat. On fait de nous d'habiles procureurs, des avocats assez capables ; mais quant à former des jurisconsultes et des légistes, dans la force du mot, on n'y réussit pas beaucoup, et on ne s'occupe pas du tout à élever de sages législateurs et à créer des défenseurs, des avocats du droit catholique. Pourtant, au métier de procureur et au terre à terre du petit avocat, ne se borne pas à l'étude du droit. Nous ne sommes pas seulement des machines pour mettre en opéra-
tion les statuts quels qu'ils soient de nos parlements. Avant S'appliquer et de bénéficier soi-même et de faire profiter les autres de la loi, il faut voir si cette loi est juste; si elle est en conformité avec la loi divine. Il ne suffit pas, v. g. de savoir qu'on peut légalement obtenir des divorces, et la procédure pour y arriver ; il me faut, en regard, apprendre que cette loilà est injuste et fausse, et qu'un avocat catholique ne peut en conscience contribuer à son fonctionnement en conseillant ses clients et soutenant leurs prétentions réprouvées par l'Eglise. Ah ! tout le malheur, c'est que l'Université est neutre : voilà le mot lancé, c'est que notre Université ne veut pas se montrer catholique, elle n'est même pas toujours une bonne chrétienne. Son but n'est pas tant de former des hommes publics catholiques, que de se prêter à tous, protestants ou catholiques, de servir aux uns ou aux autres un potage que puisse digérer n'importe quel estomac, schismatique, hérétique ou orthodoxe. On la croirait Université de l'Etat qui, chez nous, est mixte. Pour être une Université catholique, elle ne l'est pas; c'est évident pour tout homme qui sait ce que c'est qu'une université, qu'une école catholique. Laisser passer l'erreur sans mot dire, ne pas proclamer et enseigner la vérité, est-ce là ce que fait une université romaine ? Cependant, voilà notre Université, indifférente pour la vérité comme pour l'erreur, ne traitant pour ainsi dire que les faits et non ce qui devrait être; ne remontant jamais à la source première du droit et ne nous faisant jamais voir le soleil de l'éternelle justice et la lumière de la vérité. Pourquoi tant de commentaires, pourquoi tant de mots ? L'Université Laval, encore une fois, est neutre en théorie et en pratique. Voilà le mal. Les effets, les conséquences, vous savez quels ils doivent être, et quels ils sont.
N'est-ce pas pourtant dans un pays mixte qu'il finit avoir des écoles vraiment catholiques, et non des écoles mixtes? Là où l'erreur est libre, là où l'erreur a le droit de cité, n'est-ce pas là surtout que la vérité doit être enseignée ferme et complète, et (pie les catholiques doivent être instruits sur ce que de-
mande leur Eglise, sur leurs droits et privilèges? Comment voulez-vous que nous, avocats, jurisconsultes, et législateurs, évitions de tomber dans l'erreur, que nous défendions nos droits, de catholiques, quand notre première institution religieuse ne nous les enseigne pas, et ne nous fait pas voir lesl moyens de droit et les ressources constitutionnelles que la Providence a bien voulu mettre à notre disposition!
Vous connaissez la constitution de notre pays; il se régit de fait par les propres lois de son parlement fédéral et de ses' législatures locales, sous le protectorat de l'Angleterre, pour ainsi dire. Nous sommes, à vraiment parler, libres chez nous; surtout pour le droit civil et pour nos lois religieuses. Chez nous, pas d'Eglise protestante comme religion d'Etat. L'Etat, en Canada, est simplement chrétien, sans être méthodiste, presbytérien ou anglican. Il est vrai aussi que la religion catholique n'est pas la religion d'Etat; mais elle y est parfaitement libre, de par les capitulations de Québec et de Montréal, de par le traité de cession du pays, etc., etc.
A nous donc, catholiques, de nous instruire de nos droits et de travailler par tous les moyens constitutionnels à les maintenir dans l'administration et dans les parlements aussi bien que devant le judiciaire.
A Laval, comprend-on cela ? Hélas ! non. On ne songe pas à nous lester de ces grands principes immuables qui font pouvoir rencontrer d'un pas ferme les mille idées fausses des nu> dernes sur le droit, sur les institutions sociales...
Maints élèves quittent l'Université et endossent la robe de l'avocat sans avoir l'idée de ce que c'est que le droit; pour eux, ce n'est que la loi. Il n'y ai pour eux que le texte des codes et des statuts...
En résumé, la Faculté de droit à Laval, telle que constituée, n'enseigne pas le droit à la manière catholique, n'apprend pas à ses élèves à être des avocats catholiques danS l'interprétation, le maintien et la défense de leurs droits, ne rend aucun service direct à l'Eglise catholique en ce pays.
Vers l'Abîme. i»
Elle n'esi. pas catholique. C'est connu du reste : notre pauvre Université Laval est neutre, indifférente en matière de religion. Loin de prémunir ses élèves contre les erreurs et les fausses théories du droit, elle leur enseigne même quelques erreurs.
Ce document, Eminentissimes Seigneurs, porte les signatures de cinq anciens élèves gradués de l'Université Laval. En le lisant, on se rappelle involontairement les paroles du prophète Jérémie : « Parvuli petierunt panem, et non erat qui frangeret eis. »
Les déclarations ci-dessus de ces anciens gradués de l'Université de Laval, sont confirmées par les extraits suivants d'un mémoire adressé à Son Excellence Mgr Conroy en 1877 et qui Nous a été communiqué.