QUATRIÈME DOCUMENT DE L'APPENDICE DU MÉMOIRE DE MGR LAFLÈCHE
Dans l'automne de 1877, affirme celui-ci, j'avais l'honneur 'de soumettre à. Son Excellence Mgr Conroy, délégué apostolique au Canada, un Mémoire concernant l'enseignement donné à l'Université Laval. J'y dénonçais plusieurs doctrines erronées sorties de la bouche de professeurs protestants dans la faculté de médecine. C'est ainsi, pour ne citer qu'un seul fait, que le professeur de pathologie interne mettait sur le compte de l'hystérie les extases de sainte Thérèse. Je me rappelle, bien que douze années se soient écoulées depuis cette époque, l'expression de cet insulteur d'une des plus grandes saintes que l'Eglise catholique ait canonisées : « La plu- » part de ces visions, extases, ou faits merveilleux, sont » du domaine hystérique ».
Un autre fait. C'était à l'hôpital de la marine, dans une petite chambre où l'on gardait alors les jeunes filles perdues et criminelles, nous étions cinq élèves suivant le cours de clinique du professeur Jackson, encore un protestant. Il y avait dans cette chambrette un petit tableau de la « Vierge au raisin » accroché à la muraille. Ce professeur trouva moyen de faire des gorges-chaudes sur cette image qu'il considérait comune invention ridicule de la part des catholiques et qui prouvait leur idolâtrie...
Dans ce « Mémoire », je signalai bien d'autres points où l'enseignement universitaire de Laval vient en contradiction 'directe avec la théorie de l'enseignement universitaire catholique...
Permettez-moi cependant de vous dire que, d'après mes connaissances personnelles, je ne voudrais pas confier mes en-
fants à l'Université Laval pour en recevoir l'enseignement... J'ai étudié pendant plus de trois ans à l'Université Laval, et, durant ce laps de temps, j'ai étudié, examiné de près l'esprit qui règne dans cette institution, et toujours j'ai constaté que cet esprit était « libéral » dans le sens mauvais du mot, tyrannique, en ce qu'on y persécutait ceux qui ne pensaient pas comme MM. les professeurs sur les questions religieuses et sociales- On y conspuait les RR. PP. Jésuites, etc., etc.
Je ne puis que toucher du doigt ces différents points qu'il me serait très facile de prouver. Mais Votre Grandeur en a suffisamment, je crois, pour qu'Elle soit édifiée sur le compte d'une Université qui, depuis sa fondation, n'a cessé de prôner les idées libérales et en paroles et en actions, qui se targue d,'ètre libérale, et qui a perdu la confiance du clergé de la province et de tous les laïques qui n'ont pas été séduits par les illusions libérales.
A ces extraits de documents écrits par des personnes extrêmement respectables et dignes de foi, et qui ne parlent que @e ce qu'elles ont connu personnellement, nous pourrions, Eminentissimes Seigneurs, en ajouter bien d'autres aussi véri- 'diques et aussi digues de confiance; mais nous croyons que cela n'est pas nécessaire. Ce qui précède suffit pour démontrer que l'Université Laval n'a pas répondu aux espérances légitimes que le clergé et les catholiques les plus éclairés de la province avaient reposées en elle. Les professeurs compromis aux yeux de tout le pays par leurs doctrines et leur conduite qu'elle a persisté à maintenir dans leurs chaires, malgré les réclamations des évoques et. les plaintes du clergé et des meilleurs catholiques, les erreurs libérales dont plusieurs de ces professeurs laïques et même prêtres sont infatués, l'impuissance où sont les évêques de contrôler efficacement les professeurs et l'enseignement défectueux de cette institution, explique suffisamment ce fait étrange que Nous avons signalé dans Notre Mémoire, à savoir : que l'Université Laval a perdu
la confiance et les sympathies de la grande majorité du clergé et des catholiques les plus éclairés ; et qu'en compensation, elle a aujourd'hui pour elle les sympathies des libéraux, des francsmaçons et des protestants.
Voilà, Eminentissimes Seigneurs, ce que je crois être la principale cause du mal et des troubles qui surgissent dans la province de Québec. Je l'ai exposé au meilleur de ma conscience, en de pénibles et douloureuses circonstances. Veuillez maintenant l'étudier avec patience et bonté et indiquer au Médecin Suprême le remède le plus propre à les guérir et à rendre à Notre chère Eglise du Canada la paix dont elle ressent si vivement le besoin et qu'elle désire sincèrement.
Le tout humblement soumis.
j- L. F., Ev. des Trois-Rivières.
Rome, le 1er mars 1882.