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QUELQUES DOCUMENTS SUR L'ORIGINE D'UN CONFLIT

Eu parcourant la première partie des Voix canadiennes, le lecteur aura saisi toute la gravité du conflit qui surgit jadis inopinément entre Mgr Taschereau, archevêque de Québec, et runanimité de ses suffragants au sujet du libéralisme; en général, et de la prétendue influence indue du clergé canadien dans les élections en particulier. Il était incontestable que ce clergé, très zélé et fort soucieux de garder en honneur parmi les fidèles les saines doctrines et les bonnes mœurs, tendait ouvertement, très courageusement, du reste, à faire obstacle aux principes pervers, dits principes de 89, qui se faisaient jour alors de toutes parts au détriment de l'Eglise catholique par l'inspiration des loges maçonniques, foyers d'influences étrangères.

Ce conflit, qui transpirait dans les milieux profanes, était singulièrement désagréable au Saint-Siège, qui, éclairé par Mgr Laflèche, évêque des Trois-Rivières, désapprouva Mgr Taschereau, archevêque de Québec, par une lettre du cardinal Patrizi, lettre très explicite, datée de Rome 4 août 1874 1 et par laquelle, dans un bien général et pour la sauvegarde des convenances réciproques, le Saint-Siège prescrivait à tous le silence.

Il eût été désirable que les choses s'arrangeassent dès lors et que le clergé, unanime à préserver son troupeau de choix des influences délétères qui s'accentuaient et s'aggra-

1. Voix Canadiennes, Vers l' abîme, 1» partie, page 129. (Vol. in-8°,- 2 francs, chez Savaète, Paris).

vaient, fît face, avec le même cœur, au danger pressant. Cela eût été trop consolant; c'eût été aussi trop attendre de la sagesse humaine et de la clairvoyance, sinon de l'indépendance de Mgr Taschereau.

Aussi bien, ce pauvre prélat était-il fort mal entouré, tiraillé, pressé, sollicité, troublé de toutes façons et parfois terrorisé. Il avait des attaches officielles qui le mirent dans l'engrenage libéral d'où Saint-Sulpice et l'Université Laval ne l'aidèrent pas à se tirer, au contraire. On le verra bien par la suite.

Et d'abord, il faut avouer qu'à nos yeux, bien que les influences blâmables qui le provoquèrent ne fassent aucun doute, l'origine de ce désastreux conflit demeure obscure. Il était imprévu. Rien, dans tous les cas, ne le faisait prévoir lorsque, après mûres réflexions et longues délibérations, Mgr Taschereau, d'accord avec tous ses suffragants, et signant à leur tête, publia la lettre pastorale collective du 22 septembre 1875 qui fit époque dans les Annales canadiennes.

Nous ne donnerons pas cette lettre in extenso. C'est un document public facile à consulter dont la découverte est de peu de mérite, bien que sa lecture soit édifiante, nécessaire aussi à l'intelligence des débats qui vont suivre.

Nous ne citerons donc que les passages de cette lettre pastorale ayant trait au conflit qui nous occupe, conflit qui causa tant de soucis aux pasteurs zélés, frappés de suspicion et menacés de poursuites, tout en exerçant d'incalculables ravages dans les âmes désemparées. Ce n'est d'ailleurs rien aventurer que d'affirmer que c'est grâce à des disscntim n s déplorablement entretenus par un métropolitain obstiné dans ses errements, grâce au fini! .nient qui s'ensuivit dans les rangs franco-canadiens catholiques, que les libéraux avisés, profitant de l'équivoque et de complaisances indues, escamotèrent le pouvoir qu'ils détiennent encore avec la volonté de le garder indéfiniment.

Et que dit donc cette Lettre pastorale des évêques de 1 1 province ecclésiastique de Québec à la date du 22 septembre

1875, que Mgr Taschereau a vaillamment signée en tète de tous ses suffragants?

D'abord, en termes excellents qui valurent à ses signataires une flatteuse approbation pontificale, elle rappelle au clergé régulier et séculier et aux fidèles de la province de Québec les principes immuables d'où découlent les pouvoirs de l'Eglise, les bases de la constitution divine de cette Eglise, pour en arriver aussitôt au libéralisme catholique qui était alors le cauchemar de l'épiscopat, justement alarmé pçp des entreprises troublantes.

La lettre dit textuellement :

« ... Le libéralisme catholique. — Le lil éralisme catholique, dit Pie IX, est l'ennemi le plus acharné et le plus dangereux de la divine constitution de l'Eglise. Semblable au serpent qui se glissa dans le paradis terrestre pour tenter et faire déchoir la race humaine, il présente aux enfants d'Adam l'appât trompeur d'une certaine liberté, d'une certaine science du bien et du mal; liberté et science qui aboutissent à la mort. Il tente de se glisser imperceptiblement dans les lieux les plus saints : il fascine les yeux les plus clairvoyants ; il empoisonne les cœurs les plus simples, pour peu que l'on chancelle dans la Toi à l'autorité du Souverain Pontife.

» Les partisans de cette erreur subtile concentrent toutes leurs forces pour briser les liens qui unissent les peuples aux Evoques et les Evèques au Vicaire de Jésus-Christ. Ils applaudissent à l'autorité civile chaque fois qu'elle envahit le sanctuaire ; ils cherchent par tous les moyens à induire les fidèles à tolérer, sinon à approuver, des lois iniques. Ennemis d'autant plus dangereux que souvent, sans même en avoir la conscience, ils favorisent les doctrines les plus perverses, que Pie IX a si bien caractérisées en les appelant une conciliation chimérique de la vérité avec Verreur.

» Le libéral catholique se rassure parce qu'il a encore certains principes catholiques, certaines pratiques de piété, un

certain fond de foi et d'attachement à l'Eglise, mais il ferme soigneusement les yeux sur l'abîme creusé dans son cœur par l'erreur qui le dévore en silence. Il vante encore à tout venant ses convictions religieuses et se fâche quand on l'avertit qu'il a des principes dangereux : il est peut-être sincère dans son aveuglement, Dieu seul le sait! Mais à côté de toutes ces belles apparences, il y a un grand fond d'orgueil qui lui laisse croire qu'il . a plus de prudence et de sagesse que ceux à qui le Saint-Esprit donne mission et grâce pour enseigner et gouverner le peuple fidèle : on le verra censurer sans scrupule les actes et les documents de l'autorité religieuse la plus élevée. Sous prétexte d'enlever la cause des dissensions et de concilier avec l'évangile les progrès de la société actuelle, il se met au service de César et de ceux qui inventent. Be prétendus droits en faveur d'une fausse liberté : comme si les ténèbres pouvaient coexister avec la lumière et comme si la vérité ne cessait pas d'être la vérité dès qu'on lui fait violence, en la détournant de sa véritable signification et en la dépouillant de cette immutabilité inhérente à sa naturel » En présence de cinq brefs apostoliques qui dénoncent le libéralisme, catholique comme absolument incompatible avec la doctrine de l'Eglise, quoiqu'il ne soit pas encore formellement condamné comme hérétique, il ne peut plus être permis en conscience d'être un libéral catholique. »

Ces déclarations collectives, aussi réfléchies qu'elles sont concertées, ne laissent rien à désirer ni pour la précision de la forme, ni pour la solidité du fonds; qu'on veuille bien les retenir et méditer ce que la même Lettre pastorale ajoute aussitôt relativement à la politique canadienne.

« La politique catholique. — Un des plus puissants génies qui aient paru sur la terre, saint Thomas d'Aquin, a défini la loi en général : « Qusedam raiionis ordinatio ad bonuui » commune et ab co qui cumin (•oininunitatis nabot, promul- » gâta. La loi est un règlement dicté par la raison pour le

» bien commun, et promulgué par celui qui a le soin de la » société. »

» L'Eglise catholique reconnaît dans cette courte définition tous les traits d'une politique chrétienne.

» Le bien commun en est la fin unique et suprême.

» La raison doit être la source de la loi. La raison, c'est-àdire, la conformité des moyens à employer, non seulement avec la fin à atteindre, mais aussi avec la justice et la morale; la raison, et non pas l'esprit de parti, non pas l'intention de se maintenir au pouvoir, non pas la volonté de nuire au parti opposé.

» L'autorité qui impose la loi est ici admirablement définie. Le Saint-Esprit nous la représente souvent comme portant le glaive et prête à frapper quiconque refuse de lui rendre honneur, crainte et tribut; c'est ainsi qu'elle doit apparaître aux peuples, comme ministre des vengeances de Dieu contre ceux qui font le mal; Dei minister est, vindex in iram ei qui malum agit (Rom. XIII. 4.) Mais notre Saint Docteur considérant l'autorité dans la personne qui en est revêtue, lui trace ses devoirs en même temps qu'il définit ses droits : « A vous, ô princes, ô législateurs, a été confié le soin de » la société ; qui curam societatis habet : ce n'est pas pour » contenter votre ambition, votre soif des honneurs et des » richesses, que l'autorité a été donnée : c'est une charge, » une obligation, un devoir qui vous est imposé. »

» Politique vraiment divine! Oh! qu'elle laisse bien loin derrière elle, cette fausse et souverainement déraisonnable politique, qui fait des plus graves intérêts d'un peuple comme un jouet d'enfant avec lequel des partisans aveugles cherchent à s'amuser, à s'enrichir, à se supplanter mutuellement!

» Loin de nous la pensée de méconnaître les avantages du régime constitutionnel considéré en lui-même, et par conséquent, l'utilité de ces distinctions de partis, qui se tiennent les uns les autres en échec pour signaler et arrêter les écarts

du pouvoir. Ce que nous déplorons, ce que nous condamnons, c'est l'abus que l'on en fait; c'est la prétention que la politique réduite aux mesquines et ridicules proportions d'intérêts de parti, devienne la règle suprême de toute administration publique, que tout soit pour le parti et rien pour le bien commun; rien pour cette société dont on a le soin. Ce que nous condamnons encore, c'est que l'on se permette de dire et d'oser tout ce qui peut servir au triomphe d'un parti. Prêtez l'oreille à mes paroles, dit le Saint-Esprit (Sagesse VI); vous qui gouvernez la multitude, considérez que vous avez reçu la puissance du Très-Haut, qui interrogera vos œuvres, scrutera même vos pensées ; parce qu 'étant les ministres de son royaume, vous n'avez gardé la loi de la justice, ni marché selon sa volonté. Aussi viendra-t-il à vous d'une manière effroyable pour vous juger avec extrême rigueur. »

Une politique animée de cet esprit et tendant manifestement au bien public et privé laisse-t-elle un rôle à jouer au clergé ayant droits civiques et charge d'âmes? L'ingérence du clergé dans cette politique est-elle naturelle et légitime? La même Lettre pastorale répond à cet égard sans détours :

« Le rôle du clergé dans la politique. — Des hommes qui veulent vous tromper, Nos Très Chers Frères, vous répètent que la religion n'a rien à voir dans la politique; qu'il ne faut tenir aucun compte des principes religieux dans la discussion des affaires publiques; que le clergé n'a de fonctions à remplir qu'à l'église et à la sacristie et que le peuple doit en politique pratiquer l'indépendance morale.

» Erreurs monstrueuses, Nos Très Chers Frères, et malheur au pays où elles viendraient à prendre racine ! En excluant le clergé, on exclut l'Eglise, et en mettant de côté l'Eglise, on se prive de tout ce qu'elle renferme de salutaire v\ d'immuable : Dieu, la morale, la justice, la vérité, ei quand on a fait ainsi main liasse sur tout le reste, on n'a plus à compter qu'avec la force!

» Tout, homme qui a son salut à cœur doit régler ses actes selon la loi divine dont la religion est l'expression et la gardienne. Qui ne comprendra quelle justice et quelle rectitude rogneraient partout, si les gouvernants et les peuples avaient toujours devant les yeux cette loi divine qui est l'équité même, et ce jugement formidable qu'ils auront à subir un jour devant celui au regard et au bras de qui personne ne saarait échapper? Les plus grands ennemis du peuple sont donc ceux qui veulent bannir la religion de la politique; car sous prétexte d'affranchir le peuple de ce qu'ils appellent la tyrannie du prêtre, V influence indue du prêtre, ils préparent à ce même peuple les chaînes les plus pesantes et les plus difficiles à secouer : ils mettent la force au-dessus du droit et ôtcnt à la puissance civile le seul frein moral qui puisse l'empêcher de dégénérer en despotisme et en tyrannie 1

» On veut reléguer le prêtre dans la sacristie!

» Pourquoi? Est-ce parce qu'il a puisé dans ses études des notions saines et certaines sur les droits et les devoirs de chacun des fidèles confiés à ses soins ? Est-ce parce qu'il sacrifie ses ressources, son temps, sa santé, sa vie même pour le bien de ses semblables?

» N'est-il pas citoyen au même titre que les autres? Eh quoi! le premier venu peut écrire, parler et agir; on voit quelquefois affluer vers un comté, ou une paroisse, des étrangers qui viennent pour y faire prévaloir leurs opinions politiques : seul le prêtre ne pourra parler et écrire! Il sera permis à quiconque le veut de venir dans une paroisse débiter toutes sortes de principes, et le prêtre qui est au milieu de ses enfants n'aura aucun droit de parler, aucun droit de protester contre les éiiormiiés qu'on leur apporte!

» Tel qui aujourd'hui crie très fort que le prêtre n'a rien à voir dans la politique, trouvait naguère cette influence salutaire ; tel qui nie aujourd'hui la compétence du clergé dans ces questions exaltait jadis la sûreté de principes que donne à un homme l'étude de la morale chrétienne! D'où vient ce

changement, sinon de ce que l'on sent agir contre soi cette influence que l'on a la conscience de ne plus mériter.

» Sans doute, N. T. C. F., l'exercice de tous les droits de citoyen par un prêtre n'est pas toujours opportun, il peut même avoir ses inconvénients et ses dangers ; mais il ne faut pas oublier que c'est à l'Eglise seule qu'il appartient de donner à ses ministres les instructions qu'elle juge convenables, et à reprendre ceux qui s'en écartent, et les évêques de cette Province n'ont pas manqué à leur devoir sur ce point.

» Jusqu'ici nous avons considéré le prêtre comme citoyen en parlant politique en son propre et privé nom, comme tout autre membre de la société civile.

» Y a-t-il des questions où l'Evêque et le prêtre puissent, et même quelquefois doivent intervenir au nom de la religion?

» Nous répondons sans hésitation : Oui, il y a des ques* tions politiques où le clergé peut et même doit intervenir au nom de la religion. La règle de ce droit et de ce devoir se trouve dans la distinction même que nous avons déjà signalée, entre l'Eglise et l'Etat.

» Il y a, en effet, des questions politiques qui touchent aux intérêts spirituels des âmes, soit parce qu'elles ont rapport à la foi ou à la morale, soit parce qu'elles peuvent affecter la liberté, l'indépendance ou l'existence de l'Eglise, même sous le rapport temporel.

» Il peut se présenter un candidat dont le programme soit hostile à l'Eglise, ou bien les antécédents soient tels que sa candidature soit une menace pour ces mêmes intérêts.

» De même un parti politique peut être jugé dangereux, non seulement par son programme et par ses antécédents, mais encore par les programmes et les antécédents particuliers de ses chefs, de ses principaux membres et de sa presse, si ce parti ne les désavoue point et ne se sépare pas définitive-

ment d'eux, dans le cas où ils persistent dans leur erreur après en avoir été 'avertis.

» Dans ces cas, un catholique peut-il, sans renier sa 101, sans .se montrer hostile à l'Eglise dont il est membre, un catholique peut-il, disons-nous, refuser à l'Eglise le droit de, se défendre, ou plutôt de défendre les intérêts spirituels des âmes qui lui sont confiées! Mais l'Eglise parle, agit et combat par son clergé, et refuser ces droits au clergé, c'est les refuser à l'Eglise.

» Alors le prêtre et l'Evêque peuvent en toute justice et doivent, en toute conscience élever la voix, signaler le danger, déclarer avec autorité que voter en tel sens est un péché, que faire tel acte expose aux censures de l'Eglise. Ils peuvent et doivent parler non seulement aux électeurs et aux candidats, mais même aux autorités constituées, car le devoir de tout homme qui veut sauver son âme est tracé par la loi divine; et l'Eglise, comme une bonne mère, doit à tous ses enfants, de quelque rang qu'ils soient, l'amour, et, par conséquent, la vigilance spirituelle. Ce n'est donc point convertir la chaire en tribune politique que d'éclairer la conscience des fidèles sur toutes ces questions où le salut se trouve intéressé.

» Sans doute, N. T. C. F., de semblables questions ne se présentent pas tous les jours ; mais le droit n'en est pas moins 'certain.

» Il est évident, par la nature même de la question, qu'à l'Eglise seule doit appartenir l'appréciation des circonstances où il faut élever la voix en faveur de la foi et de la morale chrétienne.

» L'on objectera peut-être que le prêtre est exposé comme tout homme à dépasser la limite qui lui est assignée et qu'alors c'est à l'Etat à le faire rentrer dans le devoir.

» A cela nous répondrons d'abord que c'est faire gratuitement injure à l'Eglise entière que de supposer qu'il n'y a pas dans sa hiérarchie un remède à l'injustice ou à l'erreur

d'un de ses ministres. En effet, l'Eglise a ses tribunaux régulièrement constitués, et si quelqu'un croit avoir droit de se plaindre d'un ministre de l'Eglise, ce n'est pas au tribunal civil qu'il doit le citer, mais bien au tribunal ecclésiastique, seul compétent à juger la doctrine et les actes du Prêtre. Voilà pourquoi Pie IX, dans sa bulle Apostolicœ Sœdis, octobre 1869, déclare frappés d'une excommunication majeure ceux qui obligent directement les juges laïques à citer devant leur tribunal les personnes ecclésiastiques, contre les disposions du droit canonique.

» En second lieu, quand l'Etat envahira les droits de l'Eglise, foulera aux pieds ses privilèges les plus sacrés, comme cela arrive aujourd'hui en Italie, en Allemagne et en Suisse, ne serait-ce pas le comble de la dérision que de donner à ce même Etat le droit de bâillonner sa victime?

» En troisième lieu, si l'on pose en principe qu'un pouvoir n'existe pas, parce qu'il peut arriver que quelqu'un en abuse, il faudra nier tous les pouvoirs civils, car tous ceux qui en sont revêtus sont faillibles ».

La Lettre pastorale dit ensuite les devoirs de la Presse et ce qu'il faut penser du serment des fonctionnaires, et elle ajoute ce qui suit à propos de la sépulture ecclésiastique qui, refusée à Guibord comme indigne et pourtant revendiquée, donna lieu à un procès retentissant dont l'issue fut douloureuse pour l'Eglise :

« De la Sépulture ecclésiastique. — La sépulture ecclésiastique n'a pas, sans doute, le même degré de sainteté que les sacrements, mais elle n'en appartient pas moins tout entière et uniquement au jugement de l'Eglise. Nous voulons parler de la sépulture ecclésiastique telle que définie et réglée par les lois canoniques, c'est-à-dire, non seulement les prières et les rites religieux qui accompagnent les funérailles, mais aussi le lieu sanctifié et consacré spécialement par des prières

et des bénédictions, pour la sépulture de ceux qui meurent dans la paix de l'Eglise catholique.

» Nulle puissance temporelle ne peut prescrire de venir prier sur la tombe d'un mort qu'elle a jugé indigne de ses prièies; c'est un attentat sacrilège que de violer par la force la sainteté de la terre consacrée par les prières et les bénédictions de l'Eglise.

» On dira peut-être que la privation des honneurs de la sépulture ecclésiastique emporte une dégradation et une infamie, et qu'ainsi considérée elle est du ressort de l'autorité civile chargée de protéger l'honneur des citoyens.

» Nous répondons que le déshonneur et 1 infamie sont plutôt dans la révolte d'un enfant contre sa mère et que rien ne peut laver la tache d'une désobéissance grave qui persévère jusqu'à la mort. Tous les procès, tous les appels, toutes les sentences du monde, ne feront que donner un plus giand retentissement à la faute et rendre la dégradation et l'infamie plus notoires et plus déplorables aux yeux des vrais catholiques....

» Or, N. T. C. F., nous devons le dire avec douleur, une affaire tristement célèbre * nous prouve que l'Eglise catholique du Canada est menacée dans sa liberté et ses droits les plus précieux. Et ce qui met le comble à notre affliction, c'est que l'Eglise peut dire comme le prophète : J'ai nourri des enfants, je les ai comblés de bienfaits et ils m'ont méprisé: filios enutrivi et exaltavi, ipsi autem spreverunt me (Isaïe I, 2) ! Les premiers auteurs de cet attentat ont été élevés sur les genoux d'une mère catholique, ils se sont assis dans leur enfance à la table sainte, ils ont reçu le caractère ineffaçable de la confirmation, et encore aujourd'hui, malgré leur révolte, ils se disent catholiques pour avoir le droit de faire ouvrir par la force l'entrée d'un cimetière consacré par les

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