Procès Guibord
prières de l'Eglise et destiné par elle à la sépulture de ses enfants fidèles.
»Pour déguiser cette usurpation criminelle, on a invoqué les prétendues llbrtcs. gallicanes, comme si l'unité ca holique fondée par Jésus-Christ sur l'autorité suprême de Pierre et de ses successeurs, n'était qu'un vain nom! Qu'est-ce en effet qu'une autorité contre laquelle il serait permis au sujet de se pourvoir en invoquant ses libertés ! Quel prince, quelle république voudrait reconnaître un pareil principe invoqué par une province, malgré les déclarations cent fois répétées de la constitution et des tribunaux suprêmes de l'état?
» Que ceux qui sont en dehors de l'Eglise trouvent de pareils principes bons et admirables, nous ne pouvons nous en étonner; car ils ne croient pas à cette autorité qui fait le fondement de l'Eglise catholique. Mais que des hommes qui osent encore se dire enfants de l'Eglise en méconnaissant jusqu'à ce point l'enseignement et la hiérarchie, c'est une inconcevable erreur.
» Ceux qui ont commencé, soutenu, ou encouragé par leurs souscriptions, cet inqualifiable attentat contre les droits les plus certains de l'Eglise, nous les tenons pour coupables d'une révolte ouverte contre l'Eglise et d'une grave injustice dont ils ne peuvent recevoir le pardon, s'ils ne s 'efforcent de la réparer par tous les moyens en leur pouvoir »
Et voici les conclusions de ce qui précède :
« Tels sont, N. T„ C. F., les avis importants que nous croyons devoir vous donner dans les circonstances actuelles : Déliez- vous surtout de ce libéralisme qui veut se décorer du beau nom de catholique pour accomplir plus sûrement son œuvre criminelle. Vous le reconnaîtrez facilement à la peinture qu'en a faite souvent le Souverain Pontife : 1" Efforts pour asservir l'Eglise à l'Etat; 2° tentatives incessantes pour briseï les liens qui unissent les Enfants de l'Eglise entre eux et avec le clergé; 3" alliance monstrueuse de la vérité am l'erreur, sous prétexte de concilier toutes choses et d'éviter
des conflits; 4° enfin, illusion et quelquefois hypocrisie, qui, sous des dehors religieux et de belles protestations de soumission à l'Eglise, cache un orgueil sans mesure.
» Souvenez-vous que la véritable politique chrétienne n'a qu'un but qui est le bien publie, qu'un seul moyen' qui est la Conformité parfaite des lois avec la vérité et la justice....
» Donné sous nos signatures, le sceau de l'Archidiocèse et le contre-seing du secrétaire de l'Archevêché, le vingt-deux septembre mil huit cent soixante-quinze.
» f E. A., arch. de Québec; f IG., év. de Montréal; f Li. F., év. des Trois-Rivières ; f Jean, év. de S. G. de Rimouski; f E. C, év. de Gratianopolis ; f Antoine, év. de Sherbrooke:; f J. Thomas, év. d'Ottawa; LI. Z. Moreau, ptre., adm. de s. Hyacinthe. »
Cette Lettre pastorale, dont la lecture était prescrite dans toutes les chapelles et églises de la province de Québec, était accompagnée d'une circulaire au clergé intéressée ; circulaire portant même date et mêmes signatures. Elle disait notamment, après un chaleureux appel à Vunion et à la subordination respectueuse et filiale des inférieurs envers les supérieurs ecclésiastiques :
« ... N'avons-nous pas même plus de motifs de leur (aux prêtres) dire : Défiez-vous des candidats et des partis qui, par leurs chefs, leurs amis, soutiennent des principes et des doctrines condamnés par l'Eglise, et dangereux à la société? Ce sont souvent des ennemis cachés : ils déguisent leurs tendances aussi longtemps que leur intérêt l'exige ; ils se démasquent dès qu'ils croient pouvoir le faire impunément.
» Ces adversaires de la Religion, qui, cependant, prétendent au titre de catholiques, sont les mêmes partout : ils flattent; ceux de ces ministres qu'ils espèrent gagner à leur cause; ils injurient, ils outragent les prêtres qui dénoncent ou qui combattent leurs desseins pervers. Ils les accusent d'exerceï
une influence indue, de convertir la chaire de vérité en tribune politique; ils osent quelquefois les traîner devant les tribunaux civils pour rendre compte de certaines fonctions de leur ministère; ils chercheront même peut-êîre à les forcer d'accorder la sépulture chrérienne en dépit de l'autorité ecclésiastique.
» En présence de semblables menaces, plusieurs d'entre vous, Messieurs, nous ont demandé de leur tracer une ligne de conduite. Elle est clair m< nt indiquée par les règles canoniques.
» 1° Un prêtre, accusé d'avoir exercé une influence indue dans une élection pour avoir rempli quelque fonction ou donné des avis ou des conseils, comme prédicateur, confesseur ou pasteur, et cité pour cela en justice, devrait récuser respectueusement, mais fermement, la compétence du tribunal civil, et invoquer le recours au tribunal ecclésiastique.
» 2° Un prêtre qui, ayant suivi exactement les décrets des Conciles Provinciaux et les Ordonnances de son Evêque, serait néanmoins condamné pour influence indue par le t i' unal civil, devrr.it souffrir patiemment cette persécution, par amour pour la Sainte Eglise.
» Avant de temrner cette circulaire, nous peris< ns à prrp. s de vous répéter, Messieurs, les sages prescriptions du IXe décret du Quatrième Concile de Québec. Dans les circonstances ordinaires, bornez-vous à développer à votre peuple les règles qui doivent le guid r dans les élections : « nec ultra procédant in circumstantiis consuetis. S'il se présente quelques circonstan es pariiculères ou extraordinair s, ay z 1 ien soin de ne rien dire, de ne rien faire, sans avoir consulté e- quidquam moHantur inconsuV.o E. iscopo, votre Evêque :»
» Dans notre pastorale nous insistons fortement sur les droits du Clergé comme citoyen', parce que ses ennemis veulent le lui dénier pour lui fermer la bouche eu bout lemps; mais l'exercice de ces droits, comme de beaucoup d'autres, se ti ouve nécessairement restreint par les règles que vous
imposent vos supérieurs ecclésiastiques, à qui seuls i! appartient de juger jusqu'à quel point il est opportun d'en user. Le décret du Quatrième Concile de Québec est bien clair et bien formel sur ce sujet.
» Notre pastorale expose également en quel cas le prêtre peut et doit élever la voix, non seulement comme citoyen, mais aussi comme ministre de la religion : nous croyons utile de vous faire remarquer que, même dans ces circonstances, vous devez avant tout prendre l'avis et l'ordre de votre Evoque, car ces questions sont toujours de la plus g.ande importance et elles tombent a fortiori sous la restriction imposée par notre Quatrième Concile....
» S'il est nécessaire de mettre les fidèles en garde contre les mauvaises doctrines sociales et religieuses, et de les instruire des vrais principes aussi bien que des devoirs imposés à leur conscience, pour le choix d'un candidat et le vote qu'ils ont à donner; d'un autre côté, il est aisé de comprendre qu'il faut s'abstenir de traiter en chaire des questions purement temporelles et profanes, et d'y adresser des injures ou des personnalités à qui que ce soit, comme le dit notre Premier Concile dans les avis qu'il donne aux prédicateurs. (Décret XV, N° 8).
» Ordinairement même il convient à un prêtre de ne pas se mêler activement aux luttes de partis : sa considération et son caractère seraient exposés à n'y rien gagner. Bien plus, quand, à raison des principes, des antécédents ou des alliances compromettantes de quelque candidat, il sera obl:gé de se prononcer dans l'intérêt de la religion et de la patrie, sa parole aura beaucoup plus de poids et d'autorité, s'il ne l'a pas prodiguée inutilement.... »
Ainsi donc Lettre pastorale du 22 septembre 1875 et circulaire au Clergé de la province de Québec qui l'accompa-
gnait exprimaient l'accord existant entre Mgr Taschereau, archevêque de Québec, et ses suffragants relativement aux difficultés religieuses du Canada, auxquelles s'adaptaient les instructions données et les recommandations faites, le tout aussi sage qu'opportun, on ne le contestera pas.
Il faudrait ne rien connaître du tempérament des Français-*canadiens, n'avoir qu'une faible idée de la vivacité de leur foi, de la force de leur attachement à des pasteurs ordinairement populaires à cause de leur zèle éclairé, de leur dévouement sans bornes, pour se figurer que ces avis des évoques ne firent pas une sensation profonde. En effet, dans le camp libéral, le désarroi fut complet et la confiance en l'avenir ébranlée jusqu'à la désespérance.
Qu'arriva-t-il alors? Que tentèrent les ennemis de l'Eglise, les courtisans du pouvoir pour retenir la Fortune hésitante et rétablir leurs affaires? Quelles menaces furent proférées, et quelles promesses faites?
Là-dessus nous n'avons pas à fournir de renseignements immédiats; qu'il nous suffise d'affirmer que Mgr Taschereau fut assailli de réclamations, importuné par des démarches pressantes et qu'on usa auprès de lui des arguments les mieux faits pour troubler un esprit indécis, porté à la complaisance.
Il en résulta que l'Archevêque de Québec, regrettant la publication de la Lettre pastorale qui lui valait tous ces iracas, songea sérieusement, vu les instances qu'il subissait, à en rapporter ou, du moins, à en modifier sensiblement les prescriptions.
Seulement, le document qu'il s'agissait d'atténuer ainsi ou d'annuler était collectif; il fallait, pour y porter la main, l'agrément des suffragants qui l'avaient approuvé et publié d'accord avec lui.
L'embarras i l'un, esprit flottant, en pareille occurrence, .levait être extrême. Il fallait consulter, au besoin négocier. Des corrosiM. nuances furent donc échangées, et ce fut à Mgr La-
flèche, .évoque des Trois-Rivières, tenu en singulière estime paj ses collègues dans l'épiscopat, qu'incomba le devoir de résiste] aux desseins de son métropolitain. A le faire, il était d'accord avec tous les évoques sufl'ragants intéressés.
11 nous faut donner, à ce sujet, une lettre du distingué prélat, datée du Séminaire des Trois-Rivières, 13 février 1876, adressée à Mgr E.-A. Taschereau, archevêque de Québec, ainsi conçue :
« Monseigneur,
» Notre lettre du 22 Septembre est un exposé clair et précis de la doctrine catholique sur la question si difficile des rapports de l'Eglise et de l'Etat. Elle est de plus une affirmation des droits de l'Eglise en cet ordre de choses, et une revendication courageuse de ses droits contre les empiétements et aussi contre les lâchetés du libéralisme catholique. Or la doctrine et les droits affirmés dans ce document sont tellement clairs et précis, que les adversaires ont été comme étourdis et éblouis, et qu'aucun n'a osé les attaquer de front. Ils ont cru qu'une attaque indirecte aurait plus de chance, et ils ont tourné leurs regards vers le protestantisme, ' soufflant de ce côté le feu de la discorde et attisant le fanatisme. Mais tout ce tapage n'aboutira pas à grand chose; car le document est là, il parle par lui-même et prouve à qui veut le consulter loyalement que nous n'avons blessé les droits de personne; mais que nous en sommes tenus strictement aux droits de la défense en affirmant la doctrine catholique et en revendiquant ses droits là où ils étaient attaqués, et en traçant aux fidèles confiés à nos soins des règles de conduite sur ces questions, pour la sûreté de leur conscience et l'acquit de leurs devoirs envers la sainte Eglise.
» Et nous nous en sommes tenus là. Nous avons cru qu'il était mieux de ne pas descendre sur le terrain des faits et des personnes pour y faire l'application de ces principes; nous
avons cru qu'il fallait mieux en laisser le soin à la conscience des fidèles sous la direction de 'eurs Pasteurs respectifs conformément aux règles que nous leur avions déjà données. » Depuis, les adversaires ont. cru trouver une bonne fortune dans la lettre de Mgr l'Archevêque de Toronto qu'ils ont interprétée dans tin sens favorable au gouvernement de M. McKenzie, et de là les efforts qu'ils ont faits pour jeter du trouble et de l'hésitation dans les esprits. Mais en réalité cette lettre ne fait qu'exposer la même doctrine que la nôtre et constater le fait regrettable que des Pasteurs auraient été trop loin dans leurs instructions, puisqu'il a fallu les ave ir de ne p s changer la chaire sacrée en tribune politique. Tel n'est point le cas ici, et les quelques écarts qui ont pu se produire ont pu être facilement corriges par quel Ju s avis \ articu iers.
» Après avoir mûrement réfléchi et prié je suis d'avis :
» 1° Qu'il faut s'en tenir à ce que nous avons dit dans notre lettre; elle est suffisamment claire et explicite pour tout homme de bonne volonté, et les quelques difficultés qu'elle pourrait présenter à certains esprits, peuvent facilement se lever par une explication verbale et privée ;
» 2° Que tout commentaire collectif que nous donnerions publiquement ne pourra manquer de soulever des interprétations qui ne feront qu'augmenter le trouble, et par là même atténuer et même paralyser le bien que cette lettre a déjà fait et qu'elle continue encore à faire;
» 3° Que le temps n'est pas encore venu d'en faire nousmême l'application directe aux partis, et qu'il en résulterait beaucoup plus de mal que de bien-;
» 4° Qu'il faut, par conséquent, suspendre notre jugement public et officiel sur le parti au pouvoir fédéral, ni le condamner ni l'absoudre, mais laisser ce soin à chaque fidèle en V»articulier, à l'aide de la direction que nous lui avons donnée;
» 5° Qu'il ne faut point non plus déclarer que nous n'avons
pas eu l'intention do ne condamner qui que ce soit, homme ovi parti, mais seulement de proclamer la doctrine et les droits de l'Eglise : la lettre le dit assez par elle-même.
» En résumé donc, je suis d'opinion que le silence est le meilleur parti pour le présent.
» Le tout humblement soumis.
» Bien cordialement, de Votre Grandeur, le tout dévoué et obéissant serviteur.
» f L. F., Ev. des Trois-Rivières. »
Que répliqua Mgr Taschereau à ces remarques de ses su.fragants dont Mgr Laflèche était, en somme, le porte-parole autorisé? Nous en faisons grâce à nos lecteurs qui le devineront suffisamment par la riposte de ce dernier, datée encore du Séminaire des Trois-Rivières, 26 mars 1876. La voici :
« A. Mgr E. A. Taschereau, Archevêque de Québec.
Monseigneur,
» V. G. nous ayant parlé des accusations portées contre quelques prêtres du comté de Charlevoix, je crois répondre à son désir en lui faisant connaître mon opinion sur cette difficile affaire.
» 1° Ces prêtres sont accusés d'avoir exercé une influence indue sur leurs paroissiens en disant en chaire que les Evoques de la Province de Québec avaient condamné le parti libéral dans leur lettre du 22 septembre dernier.
» 2° 11 me paraît évident que M. Tremblay, l'accusateur, doit d'abord faire la preuve de ses allégués de manière à lever et à dissiper tout doute. Or on me dit que ses avancés et ses témoins sont contredits et même niés formellement par les accusés qui ont des témoins à leur appui. De ces accusations contredites et de ces preuves contradictoires, il ressort un doute sérieux. Le parti le plus prudent à prendre en
ce cas, est de suspendre le jugement jusqu'à ce que les doutes soient dissipés par une enquête convenable faite sur les lieux, afin de bien établir les faits.
» 3° Supposé que l'enquête faite, l'accusation se trouve dûment prouvée, vient alors la question de droit. Ces curés en disant en chaire à leurs paroissiens que les Evêques de la Province avaient condamné dans leur lettre pastorale le parti libéral, ont-ils réellement exercé une influence indue sur ces fidèles ?
» 4° Examinons d'abord la portée de cette lettre pastorale sur ce point, et voyons en quel sens et comment la condamnation qu'elle portait pouvait atteindre un individu ou un parti politique.
» Ce document contient la condamnation formelle et pr<> cise des doctrines libérales et catholico-libérales; par conséquent un individu ou un parti politique, imbu de ces doctrines condamnées, qui les suit dans la pratique, qui s'efforce de les faire prévaloir, tombe certainement sous le coup de cette condamnation; mais comment? De quelle manière? Il y tombe* indirectement et par voie d'interprétation.
» 5° Les Evêques n'ont pas jugé prudent ni praticable de faire eux-mêmes l'application directe et explicite de cette condamnation aux individus et aux partis politiques qui pouvaient se trouver en défaut et imbus de ces doctrines funestes et de ces erreurs ; mais ils ont laissé ce soin à la conscience de chacun, en leur traçant cependant des règles sûres pour les conduire dans l'accomplissement de ce devoir qui a une grande analogie avec le verdict, des jurés.
» 6" Maintenant ces curés en lisant la lettre pastorale à leurs paroissiens et en la leur expliquant au meilleur de leur capacilé, remplissaient une fonction qui a aussi de l'analogie avec celle du juge qui fait sa charge aux jurés afin de les aider à bien remplir leur devoir. Or la. loi civile laisse in une grande latitude aux juges dans ces sortes d'adresse, parce qu'ils sont les guides naturels des jurés qui ont faut, besoin
d'être éclairés en ces moments solennels où ils ont à décider du sort de leurs semblables, et surtout la loi leur accorde sa haute protection. Nul doute que l'Eglise n'accorde à ses pasteurs une latitude et une protection convenables dans les instructions et directions qu'ils ont à donner aux fidèles qui leur sont confiés, pour reconnaître l'erreur où elle se trouve et la repousser dans la mesure de leurs forces.
» 7° Ces curés ont-ils donc été trop loin, et ont-ils commis un acte criminel en disant en chaire que la lettre pastorale condamnait le parti libéral ?
» Je réponds : ils ont été trop loin, mais ils n'ont pas commis un acte criminel, ni exercé une influence indue .
» 8° Et d'abord ils ont été trop loin, parce qu'un règlement disciplinaire de nos conciles leur défendait d'aller plus loin que l'exposé des principes, sans consulter l'Ordinaiie {inconsulto Episcopo), et ils ont manqué à ce règlement en faisant ainsi une application des principes à un parti politique sans avoir consulté leur Archevêque. s
» 9° En second lieu, ils n'ont point fait un acte criminel, ni exercé une influence indue. Les fidèles venaient d'entendre la lecture de cette lettre; ils pouvaient la relire sur les journaux, et ils étaient certains qu'elle ne contenait point la condamnation directe et explicite d'un individu ou d'un parti politique quelconque. Il leur restait donc à conclure qu'il ne pouvait s'agir que d'une condamnation indirecte et interprétative, qui dans l'opinion et au jugement de leur curé s'appliquait au parti libéral en question; et que, par conséquent, cette opinion, toute respectable qu'elle fût, n'était pour eux qu'un conseil qui ne leur ôtait point la liberté de porter un autre jugement, s'ils croyaient que le parti libéral n'est pas imbu des erreurs condamnées par la lettre pastorale. L'opinion de ces curés ainsi manifestée en chaire n'est pas plus une influence indue, que ne l'est l'opinion des juges manifestée dans leur charge aux jurés.
» ÎO Pour qu'il y eût une influence indue, il faudrait que
ces curés eussent dit à leurs paroissiens que les Evoques avaient condamné formellement et explicitement le parti libéral, et qu'en conséquence, ils avaient défendu aux fidèles sous peine de péché de le supporter ou quelque chose d'équivalent, qui ôtât aux électeurs la liberté de leur vote et le droit de constater par eux-mêmes si ce parti est réellement imbu des doctrines condamnées. Telle est, Monseigneur, mon humble opinion sur cette question.
» 11° Je pense qu'il faut se garder de dire dans le jugement, que la lettre n'a pas condamné le parti libéral, ce qui ne serait pas strictement vrai. Car ce document condamne indirectement tout individu ou tout parti politique imbu des erreurs libérales, et par conséquent, cette condamnation atteint le parti libéral en autant qu'il est imbu de ces erreurs.
» Je prie le Seigneur de vous envoyer son Esprit de lumière et de sagesse pour le règlement de cette affaire difficile.
» Veuillez agéer, Monseigneur, l'assurance de mon estime et de mon affection les plus sincères, et me croire comme toujours, de Votre Grandeur, le tout dévoué s mt-ur,
» t L- F., Ev. des Trois-Rivières »
Comment contester la sagesse de ces appréciations et leur opportunité? Est-ce que l'Archevêque se laissa convaincre? Non pas ! Il avait des raisons pour complaire et il ne pouvait entraîner les suffragants à une condescendance qu'ils jugeaient périlleuse, téméraire, à divers égards injuste.
En cet état de choses, et s'obstinant, Mgr Taschereau, n'étant pas en mesure ni de rapporter ni de modifier la Lettre pastorale qu'il avait signée et publiée avec le concours de se.; coll'gues, tuur.ia la difficulté en publ a .t, le 25 mai 1876, un mandement qui affaiblissait la Lettre pastorale et en détruisait les principaux effets.
En ce mandement au clergé séculier et régulier et à tous
les fidèles de l'archidiocèse do Québec qu'il bénissait, il disait :
« Bientôt, Nos Très Chers Frères, vous serez appelés à élire un membre pour représenter votre comté dans le Parlele:, ionl. Noire charge pastorale nous engage à vous [appeler en peu de mots vos obligations de conscience en cette circonstance solennelle et si importante pour vous et pour le pays tout entier.
» La grande erreur des temps modernes tend à bannir Dieu de la société civile et à rendre celle-ci étrangère à la religion : on admet bien en apparence du moins, la vérité de ce jugement que Jésus-*Ghrist doit un jour exercer sur tous les hommes, mais on veut en restreindre l'objet à la conduite privée. L'on oublie que le même Dieu qui doit juger les individus, est aussi celui qui juge les peuples (PB. VII, 9) et qu'il exercera un jugement terrible sur ceux ^ui gouvernent (Sagesse VI 6), comme sur ceux qui sont gouvernés. Aucun homme n'en sera exempt.
» Il jugera donc les candidats; il jugera les électeurs; iï jugera tous ceux qui prennent part aux élections de quelque manière que ce soit, il vous demandera compte de vos intentions, de votre choix, de votre suffrage, de vos paroles, de vos actes, dans l'exercice de ce droit important de vote que la constitution de notre pays vous accorde et vous garantit. Dieu vous demandera donc un jour pour qui, pourquoi ei comment vous aurez usé de ce droit? Pas une parole pas une démarche pas une pensée si cachée qu'elle puisse être dans votre cœur n'échappera à son œil scrutateur.
» Il est donc souverainement important, N. T. C. F., que durant cette élection qui va avoir lieu prochainement, vous observiez si bien les lois de la sobriété, de la justice, de la charité, de la vérité, de la prudence, qu'à l'heure de votre mort votre conscience n'ait rien à vous reprocher,
» Vous aimez votre pays, N. T. C. F., ce sentiment que la nature a mis dans votre cœur, la religion l'approuve et le
sanctifie. La religion va encore plus loin, car en vous mettant sous les yeux la loi divine, elle vous procure le moyen infaillible d'assurer à votre patrie ce repos, cette stabilité, cette liberté véritable, qui ne peuvent se trouver ailleurs que dans la vérité, la justice et la charité.
» Durant cette élection il faut éviter certains désordres, et observer certaines règles de prudence pour ne pas se tromper.
» I. — Quels sont les désordres à éviter durant les élections? — Souvenez-vous, N. T. C. F., que tout ce qui est défendu en temps ordinaire, est également défendu durant les élections. Bien plus on peut dire en toute vérité que les fautes commises à l'occasion des élections contre la vérité, contre la justice, contre la charité, contre la tempérance, sont plus graves, à cause des conséquences qui en résultent, non seulement contre le prochain, mais aussi contre le pays tout entier.
» 1° Vous savez que c'est un péché mortel de faire un faux serment. N'allez donc pas vous parjurer durant l'élection.
» C'est un énorme scandale que d'engager queluu'un à faire un faux serment.
» Le parjure est un cas réservé dans cette province, c'està-dire que ceux qui ont eu le malheur de s'en rendre coupable, ne peuvent en recevoir l'absolution que de l'Evèque ou de Son Grand Vicaire, ou d'un prêtre spécialement autorisé pour cela. Les Evêques assemblés en Conciles ont jugé qu'il en devait être ainsi, afin que l'on comprenne bien quelle est l'énormité de ce péché du parjure, qui appelle en témoignage du mensonge, le Dieu de toute vérité et de toute majesté.
» Le mensonge n'a pas sans doute la même gravité que le parjure, mais il peut facilement devenir un péché mortel, à cause des conséquences. Ne faites pas '!<> calomnies contre votre prochain, ne répétez pas les calomnies que vous aurez entendues. Vous n'aimez pas qu'on vous trompe par .les mensonges; ne trompez pa.s vous-mêmes les autres. Vous n'.n pas qu'on dise des calomnies poutre vous; ne calomniez pas votre prochain.
» 2° Evitez toute violence en. temps d'élection. Vous voulez, avec raison, que l'on respecte votre liberté; respectez celle des autres. Ne faites pas à autrui ce que vous ne voulez pas qu'on vous fasse. Donc, point de violence, point de menaces. Ceux qui ont recours à ces moyens pour faire triompher leur candidat, seront tôt ou tard punis de la même manière, car la justice de Dieu rend à chacun ce qui lui est dû.
» 3° Toujours l'ivrognerie est un vice dégradant; mais en temps d'élection, elle doit être évitée avec plus de soin. Là raison en est bien claire.
» Le droit de voter est un droit noble et important, il doit donc être exercé en toute liberté d'esprit et en connaissance de cause. Celui qui a le malheur de s'enivrer ne sait plus ce qu'il fait, ni ce qu'il dit, et, par conséquent, il ne peut pas donner son suffrage en homme raisonnable. De plus l'expérience démontre que l'intempérance est la cause de bien des parjures, des violences et quelquefois même de batailles sanglantes.
» 4° Ne vendez pas votre voix. Celui qui vend sa voix, se déshonore lui-même; il se dégrade et s'avilit, car il devient l'esclave de celui qui l'achète.
» Le droit de voter est trop noble et trop! important pour être l'objet d'un pareil marché.
» Vendre sa voix, N. T. C. F., c'est une trahison contre le bien public; car c'est une faute qui tend à abaisser le caractère d'un peuple, c'est un moyen de favoriser un candidat que l'on juge indigne de son suffrage, c'est exposer le pays à être mal gouverné.
» Vendre sa voix, c'est montrer qu'on ne sait pas ce que c'est que d'être électeur, qu'on est indigne et incapable d'exercer le noble droit attaché à ce titre.
» Vendre sa voix, c'est s'exposer au danger du parjure.
» Voilà pourquoi, N. T. C. F., vendre sa voix est un péché grave de sa nature, et ceux qui ont le malheur de s'en rendre
Vers l'Abîme. S
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coupables, doivent s'en confesser et en avoir unf contrition sincère.
» Que faut-il penser de ceux qui reçoivent de l'argent pour ne pas aller voter?
» Ils se dégradent eux-mêmes; ils font un acte souverainement déraisonnable, puisqu'ils reçoivent de l'argent pour ne rien faire, et quelquefois même pour omettre un devoir important. En effet, c'est un moyen de favoriser indirectement un candidat en qui l'on n'a pas confiance : au contraire, Ion prive d'un suffrage un homme que l'on en croit digne; c'est donc une véritable trahison.
» Quand on aime son pays, N. T. C. F. comme tout bon chrétien doit le faire, on s'occupe avec joie et avec zèle de tout ce qui peut contribuer à sa prospérité. Un vrai patriote ne craint pas la peine et le trouble quelquefois nécessaires pour cela. Il ne craint pas non plus les menaces et les violences des gens sans principes, qui ne reculent devant aucun moyen.
» Il faut donc éviter le parjure, le mensonge, la calomnie, la violence, l'intempérance, la vente de votre suffrage. Reste Une autre question bien importante à traiter.
» II. — Quels sont les moyens à prendre pour ne pas vous tromper dans votre choix'} — Nous ne venons pas, N. T. C. F., vous dire de voter pour tel parti ou pour tel Candidat, plutôt que pour tel autre. Quand des circonstances exceptionnelles exigeront que nous élevions la voix, avec autorité, pour vous signaler quelque danger, pour votre foi, ou pour les saintes règles de la morale, ou pour les droits imprescriptibles de la Sainte Eglise, nous espérons que Dieu nous fera la grâce de ne pas manquer à notre devoir de pasteur, et nous avons la confiance que vous écouterez notre voix. Notre unique but, dans la présente pastorale, est de vous exposer les règles générales de prudence chrétienne qui doivent vous guider dans toutes les élections.
» 1° Des lois sévères mais très sages, ont été faites pour assurer la liberté et la pureté des élections; observez-les fidè-
lement, N. T. C. F., non pas seulement par la crainte des peines qui sont portées oonre ceux qui les enfreignent, mais par amour pour votre comté et pour votre pays, que ces lois protègent, et par respect pour l'autorité d'où elles émanent.
» 2° En même temps que la Constitution vous donne le droit et la liberté de choisir celui qui vous représentera au Parlement, Dieu vous fait une obligation de n'user de cette liberté et de ce droit, que dans la vue du plus grand bien du pays; car c'est à ce plus grand bien que doit tendre toute politique, et, par conséquent, toute élection.
» Vous ne devez donc" ne donner votre suffrage qu'à des hommes que vous jugez capables de le procurer, et sincèrement disposés à le faire.
» 3" De là suit une autre obligation pour vous : celle de vous appliquer à connaître ceux qui briguent vos suffrages. Vous seriez bien imprudents si vous donniez votre voix au premier venu qui se présente avec de belles paroles et de grandes promesses, sans vous mettre en peine de sa capacité et surtout de ses principes. Examinez avec soin jusqu'à quel point, vous pouvez compter sur chaque Candidat pour la protection de vos intérêts religieux, aussi bien que de vos intérêts temporels. Nous disons vos intérêts religieux, car, N. T. C. F., si vous avez 'à cœur votre salut, vous devez tenir compte de ces intérêts religieux dans mie circonstance aussi solennelle.
» Lorsque les Candidats, ou leurs amis, viendront vous exposer leurs propres principes et combattre ceux de leurs adversaires, écoutez-les avec l'attention que mérite l'importance de l'affaire, et avec la politesse que commande la charité chrétienne. Ecoutez-les sans prévention et sans parti pris; soyez disposés à renoncer à votre erreur, dès que vous l'aurez reconnue. Soyez calmes et tranquilles pour juger en' connaissance de cause. Il y va de votre honneur et de celui 'de votre paroisse; il y va aussi de votre conscience. Dans e doute, consultez quelque personne de confiance.
» 4° Tout en observant ces règles dictées par la prudence et par l'obéissance, n'oubliez pas, N. T. C. F., de demander à Dieu d'éclairer tous ceux qui prennent part à l'élection, les Candidats, les électeurs, les officiers chargés d'y faire observer les lois. Demandez pour vous-même la grâce de bien connaître ce que vous avez à faire et d'éviter avec soin tous les dangers que présentent ces temps d'excitation et de trouble. Invitez vos familles à prier afin qu'avec la bénédiction de Dieu, cette élection tourne au plus grand bien spirituel et temporel de notre chère patrie.
» Ce serait même une excellente chose si les électeurs, sans distinction de partis politiques, s'entendaient pour faire célébrer une messe solennelle à cette intention. Quoique divisés sur la politique de ce monde, en ce qui touche uniquement aux intérêts temporels, les cœurs vraiment catholiques, parfaitement unis par une même foi en ce qui touche à la religion, ne doivent pas cesser d'être unis par les liens d'une charité sincère; ils doivent pouvoir se rencontrer avec joie, avec confiance, avec cette foi, et cette charité, aux pieds des autels, où Notre-Seigneur s'immole pour le salut de tous.
» Conclusion. — Pour résumer en peu de mots toute cette instruction, nous vous invitons, N. T. C. F., à vous conduire durant cette élection avec tant de prudence, de modération, de vérité, de sobriété, de justice et de charité que votre conscience n'ait ensuite rien à vous reprocher. Notre Seigneur nous demande à quoi servira d'avoir gagné l 'univers entier si Von perd son âme, f (S. Mat., XVI, 28.) A quoi vous servirait, N. T. C. F., d'avoir gagné une élection par des moyens défendus, la fraude, le mensonge, la violence, la corruption? Tout péché, dit l'Apôtre S. Paul, produit la mort, finis illorum mors.... la récompense du péché c'est la mort : stipendia peccati mors. (Rom. V 21 et 23.)
» La fidèle observation des avis que nous venons de vous
donner, vous évitera bien des remords, fera le bonheur de vos familles, l'honneur de votre paroisse et de votre comté et la prospérité du pays tout entier. Les bonnes élections font les bons membres, les bons députés font les bonnes lois et les bonnes lois font le bonheur d'un peuple....
» Signé f E. A., Arch. de Québec »
On le voit : du libéralisme il n'est plus question; de la condamnation implicite des libéraux francs-maçons, point davantage. On demande une messe solennelle aux électeurs, sans doute aussi aux candidats qui, à l'exemple du bon roi Henri IV, auraient trouvé que, comme Paris, un mandat au Parlement valait bien cette démarche ou ce léger sacrifice.
C'était, en somme, faire bon marché de la Lettre pastorale collective et en réduire, après coup, l'importance à celle du mandement personnel et à fleur de roses du seul archevêque de Québec, qui ne s'expliquait pas sur les motifs de son étrange détermination et de son acte contradictoire.
La situation faite aux évêques suffragants devenait intolérable ; les accusations dont, eux et leur clergé, étaient l'objet leur dictaient le devoir d'en référer à Rome. Ils le firent par une supplique au T. S. Seigneur et Père le pape Pie IX, dont voici le texte intégral :
« Très Saint-Père,
» Nous, soussignés, Evêques suffragants de la Province Métropolitaine de Québec, humblement prosternés aux pieds de Votre Sainteté, que nous baisons avec une profonde vénération, prenons la respectueuse liberté de Lui exposer, en toute confiance et humilité, que Nous Nous trouvons gravement compromis aux yeux de la S. Congrégation de la Propagande par certains rapports qui y auraient été faits contre
nous. C'est toutefois en protestant de tout notre cœur que nous professons un profond respect pour toutes les Congrégations romaines en général, et pour cette Sainte Congrégation de la Propagande en particulier, que nous le faisons.
» 1° Une lettre de Son Eminence, le cardinal .Préfet de cette Sainte Congrégation, écrite le 18 Mai dernier, et dont copie a été envoyée à chacun de nous, nous fait connaître que des rapports y auraient été faits par différents personnages, tendant à y faire croire que le clergé de la Province aurait gravement compromis les intérêts de la religion en intervenant dans les élections politiques.
» Les soussignés se regardent comme strictement obligés de réclamer contre cette assertion; et ils déclarent formellement à Votre Sainteté que la Sacrée Congrégation a été certainement induite en erreur, en prêtant l'oreille à des hommes qui se tiennent cachés dans l'ombre, pour porter une accusation aussi odieuse contre le Clergé de toute une Province qui, grâce à Dieu, est attaché à ses devoirs. Ils se font forts de prouver que la conduite du Clergé, pendant les élections, a été celle tracée par les décrets de leurs conciles provinciaux sur ce sujet, lesquels n'ont été publiés qu'après l'examen qui en a été fait par le Saint-Siège. Si quelques prêtres eussent été juridiquement convaincus d'avoir oublié ces règles si sages, ils en auraient été certainement réprimandés par leurs Evoques respectifs.
» 2° Le dit Cardinal Préfet, dans une autre lettre écrite a S. G. Mgr l'Archevêque de Québec, le 29 Mai, et communiquée à chacun des Evêques soussignés, mentionne certaines résor lutions prises par eux . par lesquelles il est défendu aux professeurs de i Université catholique de Laval de s'immiscer activement dans les affaires politiques du Canada.
» Les Soussignés se regardent comme profondément humiliés d'avoir à répondre à des accusations si dénuées de tout sentiment des plus simples convenances et présentées sous
des formes odieuses et compromettantes pour le caractère; sacré dont ils sont revêtus.
» Permettez-leur de remarquer que les Evoques n'ont jamais ordonne, à l'Université d'empêcher ses Professeurs de se mêler de politique, mais recommandé ; et cela à la demande formelle de quelques-uns des Professeurs Prêtres de l'Université-Laval.
» Rien ne leur sera plus facile de prouver à Votre Sainteté qu'en recommandant ainsi aux Professeurs de la dite Université-Laval de ne point s'immiscer activement dans les élections, ils n'ont eu intention que de prévenir un très grand scandale, celui de laisser marcher à la tête des libéraux, qui foulaient aux pieds leurs Mandements et leurs Lettres Pastorales traçant aux Fidèles les règles qu'ils avaient à suivre pour faire de bonnes élections, des hommes dont l'influence pouvait être d'autant plus funeste qu'elle paraissait soutenue de l'autorité de la dite Université.
» En attendant, ils croient devoir faire observer à Votre Sainteté qu'après le premier désir exprimé au Séminaire!, sur qui seul repose toute la responsabilité des faits et gestes de l'Université-Laval, de veiller à ce que ses Professeurs ne se compromissent plus dans les élections, comme ils avaient fait précédemment, il s'écoula un an entier, sans qu'aucune réponse ait été donnée aux soussignés.
» Une seule recommandation, donnée en des termes plus explicites, comme de juste, demeura encore un an sans réponse. Cette réponse fut évasive et n'était au fond qu'un refus de se conformer au désir des soussignés dont on est allé se plaindre à Rome. Les principaux motifs allégués dans cette réponse du Recteur, pour justifier ce refus, sont au fond ceux qui ont été formulés devant la S. Congrégation comme sujet de plaintes contre les soussignés.
» Rien de plus futile et de plus faux que ces allégués. Car, à entendre ces accusateurs, l'Université-Laval serait exposée à tomber si on en éloignait ces professeurs. Or il n'en est rien
du tout; mais ce qu'il y a de certain, c'est que cette institution jouirait davantage de la confiance des familles si tous ses professeurs avaient la confiance des Evêques. Malheureusement, ce n'est pas le cas; les soussignés ont la douleur d'admettre ce fait regrettable. Pour ce qui les regarde, ils ont fini par déclarer qu'ils ne voulaient plus rien avoir à démêler avec cette Université.
» 3° Dans sa dite lettre du 18 mai dernier, Son Eminence s'adresse à S. G. Mgr l'archevêque de Québec, pour avoir des informations exactes, concernant les prétendus troubles occasionnés par l'intervention du Clergé de la Province clans les élections politiques, et pour apprendre de lui quels moyens de prudence sa sagesse suggère pour éloigner les difficultés qui se sont présentées.
» Ce n'est pas dans une simple supplique comme celle-ci, que les soussignés peuvent faire un exposé complet de cette malheureuse affaire, pour que Votre Sainteté puisse l'apprécier à sa juste valeur. Mais ils le feront dans un Mémoire particulier1, et forts de la justice de leurs réclamations, ils ont la pleine confiance de pouvoir lui présenter cette question, qui est si fort embrouillée, sous un jour si lumineux, que ce mémoire devra paraître aux yeux des gens sans préjugés, vraiment inattaquable.
» Ils croient devoir, en attendant, présenter ici à Votre Sainteté quelques observations générales qui lui donneront toute la clef de cette sérieuse difficulté.
» Vers la fin de l'année dernière, nos libéraux se montrant plus excités, quelques Evêques proposèrent à S. G. Mgr l'Archevêque de s'entendre avec ses Suffragants, pour donner une lettre collective, qui serait publiée dans toute la Province, afin de fermer la bouche à ceux qui, pour s'autoriser dans leurs fausses opinions, trouvent toujours des prétextes de se soustraire à l'enseignement de leur Evêque, en invoquant