‹ Vers l'abîmeChapitre 8 sur 46 · Nous arriverons bientôt à ce document · texte numérisé non relu

Nous arriverons bientôt à ce document

l'autorité de quelques autres Evoques dont malheureusement ils abusent pour tromper le bon peuple.

» L'Archevêque acquiesça volontiers à cette proposition, et il voulut bien à la prière de ses suffragants, rédiger luimême cette lettre Pastorale qui fut ensuite souscrite de grand cœur par tous ses Suffragants et publiée le 22 septembre 1875. Votre Sainteté en jugera Elle-même; car une copie de cette lettre est soumise avec la présente Supplique, à ses sages appréciations.

» Mais pendant que la masse du Clergé et des bons Catholiques dans toute la Province applaudissaient à cet important document, les libéraux, qui y voyaient la condamnation de leurs principes et la ruine de leur parti se portèrent dans leurs écrits à des excès inouïs. Comme ce moyen ne leur réussissait pas, ils employèrent toutes sortes d'intrigues et d'autres moyens condamnables, pour faire revenir les Evêques sur leurs pas.

» L'Archevêque, à ce qu'il paraît, fut ébranlé par toutes les menées secrètes qui se tramaient autour de lui pour le détourner de la voie dans laquelle il était entré si généreusement avec ses suffragants.

» Il prêta l'oreille aux propositions qui lui furent faites de modifier la dite Lettre Pastorale, ou plutôt de la regarder comme non avenue.

» Mais comme il ne pouvait modifier seul une lettre qui était entrée dans le domaine public revêtue des signatures de tout l'épiscopat de la Province, il comprit qu'il devait avant tout travailler à avoir le concours de ses suffragants. Il leur proposa donc son projet. Mais tous, d'une voix unanime, lui répondirent que la position qu'ils avaient prise dans leur lettre collective, qui n'est que le résumé des documents du Saint-Siège et des Décrets de nos conciles provinciaux, leur paraissait si juste et si honorable pour l'Eglise, qu'ils n'entendaient nullement la quitter, et qu'ils voulaient à tout prix s'y fixer.

» Là-dessus, l'Archevêque jugea que le seul moyen possible de se tirer de l'embarras que lui suscitaient ses amis était d'adresser au clergé et au peuple de son Archidiocèse un Mandement dans lequel il omit tout ce qui avait rapport au libéralisme Catholique, et il en formula l'exécution de manière à imposer silence au Ctergé, ou à ne lui permettre que des choses qui n'embarrasseraient nullement les libéraux, qui, par là, demeuraient maîtres du champ de bataille.

» Tel est le point de la difficulté qu'a prétendu trancher S. Ern. le Cardinal Préfet, en chargeant l'Archevêque seul, à l'exclusion de ses Suffragants, de faire les suggestions que, dans sa sagesse, il trouverait convenables et propres à faire cesser ces difficultés. Il est facile de s'apercevoir que l'Archevêque est appelé ici à juger sa propre cause.

» Quoi qu'il en soit, Votre Sainteté conclut facilement que; l'Archevêque, au lieu de soutenir et de protéger ses suffragants, dans la cause qu'ils s'étaient engagés, d'un commun accord, à défendre, les abandonna à la fureur des libéraux. Aussi se sont-ils portés à toutes sortes d'excès dans des écrits furibonds publiés sur ce sujet, dans leurs journaux.

» Il s'est montré également faible, quand il a fallu venger ses mêmes suffragants, quand il a vu l'Université-LavaJ les traiter avec un mépris affecté : après s'être uni à eux pour demander que le Séminaire de Québec ne permît pas1 aux Professeurs de Laval de se mêler activement des élections, il a fini par les abandonner, et par approuver les démarches de l'Université contre les vues des Evêques.

» Toutes ces observations sont, comme de raison, abandonnées aux appréciations de la Suprême sagesse de Votre Sainteté.

» Tout ce que les Soussignés attendent aujourd'hui de Votre Sainteté, c'est que Vous daigniez recevoir avec bonté paternelle Monseigneur Laflèche, Evoque des Trois-Rivières, qui veut bien consentir à faire le voyage de la Ville Sainte, pour

Lui donner toutes les explications qui Lui sont nécessaires pour qu'Elle puisse leur rendre la jus ice qu'il? coe.it mériter du Saint-Siège qu'ils vénèrent et honorent d'un culte, vraiment filial.

» Ils croient devoir déclarer en même temps qu'ils reposent toute confiance dans la prudence, l'imparaalité et les intentions droites de ce digne Evoque. Ils supplient en conséquence Votre Sainteté de vouloir bien croire qu'il est autorisé par eux à Lui exprimer leurs vrais sentiments sur les queslions qu'il est chargé d'exposer au Saint-Siège pour le plus grand bien des Eglises confiées à 1 urs soi s.

» En recommandant ainsi à Votre bonté paternelle leur bien-aimé Frère, porteur de la présente Supplique, ils vous conjurent, Très Saint Père, de vouloir bien, en exauçant leurs prières, les bénir tous, avec leur Clergé et les Fidèles confiés à leurs soins.

» Vu les efforts inouïs faits ici pour répandre furtivement le libéralisme catholique, les Souss'gnés supplin' inst mment Votre Sainteté de condamner expressément pour notre Canada cette subtile et dangereuse erreur qui menace de déraciner des cœurs de nos bons catholiques, tout sentiment de foi et de piété. Par cette condamnation solennelle, Votre Sainteté couronnerait glorieusement les combats qu'Elle livre à ce funeste libéralisme depuis tant d'années avec une vigueur vraiment apostolique.

» Montréal, le 13 juillet 1876

» (Signés) f Ignace, évêque de Montréal; f Edouard chr, év. de Gratianopolis ; f Antoine, évêque de Sherbrooke; f Jean Thomas, év. d'Ottawa; f Louis Zéphirin, év. de Saint- Hyacinthe. »

Mgr Laflèche, délégué dans ces conditions par les évêques de la province de Québec, appuya la supplique ci-dessus par l'adresse suivante au Très Saint-Père le pape Pie IX :

« Très Saint-Père,

» L'Evêque des Trois-Rivières, soussigné, député vers le Saint-Siège par ses Vénérables Frères et Collègues de la Province de Québec pour donner certaines informations demandées par Son Eminence le Cardinal A. Franchi, Préf. de la Propagande, dans une lettre du 18 mai dernier, est heureux de profiter de ce voyage au tombeau des SS. Apôtres pour déposer aux pieds de Votre Béatitude l'expression des vœux que tous les Evêques de la Province de Québec ne cessent d'adresser au ciel pour la conservation de vos jouis précieux, l'assurance de leur profond respect pour Votre personne sacrée, et de leur attachement filial et inébranlable à la Chaire de Pierre.

» C'est aussi un bonheur pour lui d'avoir cette occasion de faire connaître à Votre Sainteté le respect avec lequel ces Vénérables Prélats reçoivent, et la fidélité avec laquelle ils suivent les enseignements et les directions que Votre Sainteté ne cesse de donner au monde entier pour lui signaler les erreurs contemporaines et les abîmes insondables où elles conduisent infailliblement les sociétés humaines qui s'en laissent infatuer.

» Dans cette voix du successeur de Pierre dénonçant au peuple chrétien ses égarements et ses prévarications, nous aimons à reconnaître la voix du Prophète fidèle à qui le Seigneur disait : clama, ne cesses, quasi tuba exalta vocem tuam, annuntha populo meo scelera eorum et domui Jacob peccata eorum (Is. 58). Nous aimons aussi à y entendre un écho de la voix du Grand Apôtre des nations disant à son disciple Timothée, et dans sa personne aux Evoques de tous les temps : « Prcedica verbum, insta, opportune, argue, obsecra increpa, in omni patientia et doetrina. Erit enim tempus eum sanam doetrinam non sustinebunt, sed ad sua desideria coacervabunt sibi magistros prurientes aur/bus, a veritatc quidem avertent, ad fabulas autem convertenlur (2 Tim. IV).

» Oui, Très Saint-Père, les Evêques du Canada recueillent avec le même respect que le disciple de saint Paul les enseignements admirables et les courageux avertissemenls qui leur viennent constamment de la Chaire Apostolique; et, si j'ose le dire, ils s'appliquent avec le même zèle et la même prudence à les faire passer dans les âmes des Fidèles confiés à leurs soins, afin de leur donner la véritable science du salut des sociétés, aussi bien que celle du salut des individus. « Ad dandam scientiam salutis plebi ejus, in remissionem peccatorum eorum. r>

» C'est ce qu'il lui serait facile de faire voir à Votre Béatitude, en Lui exposant brièvement quelques extraits de leurs actes Episcopaux, où ils se sont appliqués à donner cet enseignement et à tracer ces règles de prudence que le Clergé et les Fidèles doivent suivre dans l'accomplissement de ces devoirs importants. Mais comme leur dernier document collectif adressé au Clergé et à tous les Fidèles de la Province est un résumé précis de ces enseignements et de ces règles, il suffira d'en mettre quelques passages sous les yeux de Votre Sainteté, pour qu:£lle puisse juger de leur zèle et de leur fidélité à transmettre à leurs ouailles les enseignements de la Chaire Apostolique.

» Les fruits précieux et abondants que notre heureuse patrie en a recueillis jusqu'à présent pour le maintien de l'ordre, Le respect de l'autorité, la soumission à l'Eglise et la protection de ses droits ont surabondamment prouvé la sagesse et l'efficacité salutaire de ces enseignements. « Beatus populus eu jus Dominus Deus ejus est! » Le petit peuple canadien est peut-être celui de toute la grande famille Catholique qui jouit aujourd'hui de la plus véritable et de la plus complète liberté religieuse, grâce à sa fidélité à suivre les enseignements salutaires de ses premiers Pasteurs.

» Ce n'est pas, Très Saint-Père, que le souffle de la grande erreur contemporaine ne se soit fait sentir dans la vallée de notre grand fleuve, et que la voix enchanteresses des Sirènes

libérales n'ait fait entendre ses échos sur les bords du Saint- Laurent, et n'ait même pénétré jusque dans la profondeur de nos forêts ! Mais grâce à la vigilance des Premiers Pasteurs, grâce au zèle éclairé, de leurs dignes coopérateurs dans le saint Ministère, le nombre des victimes de cette subtile et séduisante erreur est encore assez restreint, et la masse de notre peuple est demeurée profondément attachée à notre Mère la Saint Eglise Catholique et fidèlement soumise à tous les enseignements du Vicaire de N.-S. J.-C.

» C'est depuis 25 ans environ que les erreurs contempoarines ont commencé à faire sentir leurs funestes effets dans les éleclions populaires, et à leur donner un caractère bien prononcé d'hostilité contre l'Eglise de la part de certains Catholiques influents de la Province. Ils formèrent un parti jet fondèrent des journaux qui se donnèrent la mission de faire prévaloir en Canada les idées subversives de la France, de battre en brèche les doctrines de l'Eglise sur les rapports des deux Puissances, et d'attaquer ouvertement le Clergé.

» Les Evêques justement alarmés de cette tentative hardie et inouïe jusque là, au milieu de nos religieuses populations jetèrent le cri d'alarme, et ils ne cessèrent depuis de surveiller les allures et les menées de ces dangereux ennemis de la foi de leur peuple, afin de déjouer leurs plans et de faire échouer leurs tentatives hypocrites pour tromper la bonne foi et accaparer la confiance de notre bon peuple. Dans leurs Lettres Pastorales, dans leurs Mandements, dans leurs Décrets de leurs Conciles provinciaux, il est facile de voir avec quel zèle et quelle assiduité ils veillaient à la garde de leurs troupeaux.

» Votre Sainteté peut en avoir un aperçu dans les extraits suivants de leur dernière Lettre Pastorale collective, qu'ils jugèrent nécessaire d'adresser à tous les Catholiques do l:i Province au mois de septembre dernier, pour les prémunir contre de nouveaux dangers. Ce document important résume avec clarté et précision les enseignements et les directions donné., jusque-là. Il commence par rappeler la constitution

divine de l'Eglise, son autorité, sa mission dans le monde»

(Suivent des extraits de la Lettre pastorale, du 22 septembre.1875, reproduite en majeure partie ci-dessus et de la circulaire des Evêques qui l'accompagne, également déjà reproduite.)

Mgr Laflèche termine en disant :

« ... Le soussigné comprend qu'il doit demander pardon à Votre Paternité pour ces longues citations. Il espère néanmoins qtie le désir de bien faire connaître à Votre Sainteté les sentiments de dévouement de l'Episcopat, du Clergé et du peuple canadien à la Chaire Apostolique, ainsi que leur fidélité à suivre ses enseignements, lui servira d'excuse.

» En effet, Très Saint-Père, si votre cœur est souvent eontristé par l'indocilité d'un nombre, hélas ! bien trop grand de vos enfants, les témoignages de l'amour et de la docilité, même des plus petits et des plus éloignés, ne peuvent manquer d'apporter quelque consolation à votre cœur dans ses grandes tribulations.

» Dans l'espoir que cette expression du respect, du dévouement et de l'attachement inébranlable de l'Archevêque et des Evêques de la Province de Québec sera agréée de Votre Sainteté, le soussigné, prosterné à ses pieds, implore avec confiance pour eux, pour leur Clergé et leur peuple la Bénédiction Apostolique, et demeure avec la plus sincère gratitude et le plus profond respect,

» De votre Sainteté,

» Le très humble et très obéissant Fils fen Notre-Seigneur Jésus-Christ,

» f Li. F., Ev. des Trois-Rivières »

La réponse du Saint-Père ne laissa pas d'être satisfaisante . fet consolante pour les evêques appelants. Elle est renfermée

dans le bref du pape Pie IX à l'évêque des Trois-Rivières. En voici la traduction :

« A Notre Vénérable Frère Louis, Evêque des Trois-Rivières.

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