III. Organisation scolaire
Le classement des écoliers
L’un de nous a eu l’occasion, dans un travail tout récent, d’étudier en détail la question du classement des écoliers (1).
Rappelons cependant les résultats des dernières enquêtes , qui permettent de se rendre compte de la situation scolaire actuelle au point de vue :
a) Du nombre et du pourcentage des enfants en retard dans leurs études ;
b) De l'importance de ce retard .
(1) Voir G. Boon : Vinsiruciion obligatoire et les Devoirs des administrations publiques. Voir bibliogr.
Ce classement comprend deux étapes successives :
1° Une modification transitoire de la situation actuelle par la formation de groupements homogènes ;
2° Une organisation générale de renseignement primaire et d'un enseignement spécial.
14 vers l’école rénovée
fl
Nombre d’
années de retard
2 © Ph a
O Gû
Ph
fl fl F3 >
tH
Agglomération
bruxelloise :
(région bilingue)
en %
Ostende (1) :
(région flamande)
en %
Seraing :
(région wallonne)
en %
Dans le travail cité, nous avons montré par des chiffres que les enquêtes établies dans des communes différentes de l’agglomération bruxelloise, et parmi des enfants de condition sociale inégale, donnaient des résultats presque identiques. Nous constatons aujourd’hui que des statistiques semblables faites dans des régions différentes du pays fournissent aussi les résultats précédents.
Si plusieurs statistiques pareilles faites dans des pays étrangers viennent confirmer les chiffres et le pourcentage obtenus , il y aurait lieu d’ériger les données qui s’en dégagent en une véritable loi qui dominerait actuellement notre système pédagogique et plus spécialement notre organisation scolaire.
Nous croyons avoir suffisamment insisté, dans la brochure signalée, sur le fait que cette situation est approximativement celle
(1) Voir : Hct Schoolblad voor Vlaanderen , 29 Gdobre 1921.
vers l’école rénovée
qui existait, avant la guerre, depuis longtemps déjà, pour ne pas devoir y revenir plus longuement ici.
Si nous examinons avec attention la composition actuelle de la majorité des classes primaires, nous trouvons des exemples comme ceux que montre le tableau ci-après, et qui se rapportent à deux années d’études similaires dans la même école.
Année
d’études
Population
scolaire
1 an
d’avance
Normaux
Nombre d’années de retard
nJ
D’après les nombres de ce tableau qui indiquent l’âge des enfants en rapport avec leur avancement, scolaire on peut se rendre compte : 1° De V écart qui existe , au point de vue de V âge, entre les divers écoliers qui composent une même classe ;
2° Et prévoir les conséquences qui doivent en résulter au point de vue de V adaptation des élèves au programme , au régime éducatif et
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à la mentalité générale du groupe dont ils font partie .
La conséquence importante résultant de pareille situation, c’est que, comme le fait a déjà été signalé, dans chaque classe, deux groupes nombreux d'enfants sont sacrifiés :
1° Les mieux doués qui pourraient marcher de V avant;
2° Les insuffisants ne profitant pas d'un enseignement qui ne convient qu'à une moyenne d'enfants dont la mentalité est supérieure à la leur .
Pour remédier, et nous croyons que cela peut se faire sans délai, aux deux défauts signalés, — manque d’homogénéité des classes et discordance du programme avec le niveau intellectuel d’une fraction importante des élèves — la solution pratique consiste à former deux groupes d’éléments moins disparates, pour chaque série de classes.
Dans l’exemple choisi, ces deux groupes pourraient approximativement être constitués de la façon suivante (voir tableau p. 17), tout en tenant compte de certains sujets, dont l’âge mental imposerait plutôt de les maintenir avec des élèves plus jeunes.
Il est entendu que certains cas particuliers seraient examinés en détail avec la seule préoccupation de servir les intérêts de l'enfant (1).
(1) Voir les raisons pour lesquelles l’éducation des enfants en retard dans leurs études ne peut se faire d’une façon profitable, s’ils restent en contact avec des enfants plus jeunes; Bqon, Qp. cit., p. 26.
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Nous croyons, et i’expérience le prouve, que le travail des enfants et de l’instituteur sera de cette façon plus agréable et plus productif (1).
La seule chose qui étonne, c’est que ce classement des écoliers ne soit pas réalisé déjà. Cela semble si naturel aux profanes des questions d’éducation, que plusieurs d’entre eux, ainsi qu’un grand nombre de parents, nous en ont déjà fait la remarque, ne comprenant pas comment cette mesure importante n’ait pas encore été appliquée par ceux qui ont la responsabilité de l’organisation des écoles.
(1) « Classes sélectionnées et école active instaurées à Lausanne. » Voir Bulletin corporatif de la Société pédagogique de la Suisse romande , 1921, n° 9, p. 131.
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Or, s’il est vrai que les grands édifices scolaires avec de nombreuses classes (10 à 85), et des effectifs élevés (de 30 à 50 et au delà) engendrent, nous le savons, une kyrielle de désavantages, les uns plus préjudiciables que les autres, à l’instruction et à l’éducation des jeunes écoliers, il faut reconnaître que ces écoles à forte population et à taux élevé de classes se prêtent précisément le mieux au sélectionneront des élèves en raison de ce qu’on y trouve plusieurs classes de même année. Cela permettrait de compenser, en partie, les autres inconvénients et c’est peutêtre là Vunique avantage , vraiment significatif , que ce système présente!
Nous estimons que cette réforme offre une réelle valeur et qu’elle peut être appliquée sans retard. Elle constitue, à notre avis, la première amélioration à réaliser dans toutes nos écoles des grandes villes, amélioration qui n’empêchera pas de préparer les autres transformations qui s’imposent.
Comme premier résultat de cette homogénéisation, on peut prévoir ce que nous avons déjà fait pressentir :
1° Une diminution de l’écart entre les extrêmes d’un même groupe ;
2° Une plus grande facilité à adapter le programme à la mentalité plus égale de la classe .
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Parmi les autres résultats des classes sélectionnées, notons en outre :
1° L’amélioration des conditions de travail dans l’enseignement ordinaire;
2° La diminution du nombre d’enfants qui subissent un retard plus ou moins considérable dans leurs études et une augmentation du nombre de ceux capables de progresser régulièrement à l’école et d’y recevoir une éducation plus complète qu’auparavant;
3° La notion plus exacte de la situation réelle de l’enseignement primaire et de la tâche à accomplir en ce qui concerne l’enseignement spécial à créer pour enfants faiblement doués ou arriérés et anormaux.
Au surplus, dans beaucoup de cas, cette dernière considération suffira pour stimuler les éducateurs à demander la révision des programmes et pour les engager à appliquer des méthodes mieux appropriées à la mentalité des écoliers.
Ce qui précède concerne spécialement les enfants qui fréquentent l’école primaire, à partir de la 2e année d’études.
Pour les enfants qui entrent à Vécole primaire, il serait désirable d’obtenir des renseignements de la part des éducatrices du jardin d’enfants et de les placer dans des classes de lre année d’études qui seraient pendant les premiers mois de véritables classes d'obser -
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vation , jusqu’au moment où une sélection rationnelle serait possible. Il serait désirable aussi que ces classes fussent moins peuplées qu’habituellement, afin de permettre une action individuelle plus intense de la part de l’éducateur; de cette manière, l’évolution de ces écoliers aurait des chances de se faire d’une façon plus favorable et Y on préviendrait ainsi, autant que possible, dès à présent, le retard scolaire avec ses fâcheuses conséquences .
Enfin, il y aurait lieu, pensons-nous, de revoir les groupements constitués de la sorte, deux fois par an .
Dans les milieux favorables, après avoir expérimenté le système des classes sélectionnées, on pourra organiser un enseignement spécial comprenant des classes pour :
1° Retardés ;
2° Faiblement doués ou arriérés ;
3° Anormaux vrais ;
dénominations dont le sens a été précisé dans le travail cité plus haut (1).
Si nous résumons ce chapitre, nous dirons que les résultats obtenus avec les moyens dont nous disposons, ont été inférieurs à ce qu’ils pouvaient être, en raison de ce que notre enseignement uniforme n’a pas été appliqué à des groupes composés d’éléments assez homogènes. Mais nous avons aussi la convie -
(1) Voir Boon, op. cit pp. 32 et suiv.
lion que les modifications les meilleures apportées aux programmes et à V application des méthodes ne donneront leur plein effet utile , qu'à la condition que nos classes , actuellement encore surpeuplées v soient sélectionnées et composées d'éléments suffisamment homogènes (1).
Bref, dans notre esprit, nous assignons à la question de la sélection des écoliers, non la place principale dans la rénovation de notre enseignement, mais nous croyons sincèrement qu’elle constitue une réforme primordiale et fondamentale de la plus haute importance, réalisable immédiatement dans les grandes villes. A elle seule, elle amènerait dans l’enseignement primaire une situation plus favorable pour tous, au point de vue du travail et du rendement scolaires, et son application aurait une heureuse répercussion sur les autres améliorations que nous souhaitons voir se produire au plus tôt.
(1) Cette mesure doit être appliquée dès les classes inférieures, généralement les plus peuplées. Il va sans dire qu’elle n’exclut d’ailleurs, ni le problème d’une meilleure préparation des maîtres, ni d’un choix plus judicieux de ceux d'entre eux, qui sont les plus qualifiés pour s’occuper de l’enseignement des jeunes enfants.
Remarque : La diminution du nombre de naissances à partir de 1915 a amené une réduction très sensible de la population des classes depuis 1921.
I*e programme doit être un tout coordonné. D* D3MQOR et JONCKH^ERE.
{La Science de V Education.)