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LA FIGURE DE CE MONDE PASSE

La nature est belle ; le monde plein de charmes, la vie a quelques heures bien douces (1). Il n'est pas vrai de dire que tout y soit tristesse et affliction. En somme, pour ceux qui n'ont pas tiré le mauvais lot sur la terre, l'existence est préférable au néant.

Mais le grand mal, c'est 'que toutes choses sont éphémères; les joies, les plaisirs ne durent qu'un moment; on voudrait s'arrêter, contempler un instant un splendide paysage qui se déroule, entendre chanter un oiseau, respirer le parfum d'une fleur : « Marche, marche, » dit Bossuet.

Les écrivains sacrés, les orateurs de la chaire, après l'Ecriture Sainte, multiplient les images, les comparaisons, pour exprimer cette rapidité

(1) « La vie n'est pas tout à fait heureuse, parce qu elle nest pas le ciel, ni tout à fait malheureuse, parce qu'elle eu est lo chemin. » (Récits d'une sœur; Mme Graven.)

24 VERS L'ÉTEUNITÉ.

du temps, cette brièveté de la vie. Les jours, les mois, les années se poussent l'un l'autre, et s'écoulent tantôt tumultueusement comme un torrent, tantôt plus lentement comme un fleuve qui traverse une plaine, mais toujours d'une façon sûre et définitive. Nous vivons du souvenir du passé, et le passé n'est qu'un fantôme ; l'avenir est incertain ; le moment présent nous échappe quand nous pensons le saisir. En vérité la vie se précipite avec une rapidité effrayante. Déjà, l'on est arrivé au seuil de la vieillesse que l'on n'a pas encore tout à fait appris l'art de vivre. Ceux-là seulement qui ont beaucoup souffert, trouvent la vie plus longue, comme si c'était le propre de la douleur d'augmenter les jours ; mais en même temps elle les rend pesants et fastidieux. La figure de ce monde passe, dit saint Paul. Ainsi le grand défaut des joies de ce monde c'est qu'elles ne sont pas durables (1).

Les esprits légers et superficiels, et c'est le grand nombre, s'amusent follement, profitent

^1) Le livre de la vie est le livre suprême

Que Ton ne peut ouvrir ni fermer à son choix. Le passage attachant ne s'y lit pas deux foi», Et le feuillet fatal se tourne de lui-même. On voudrait revenir à la pnge où l'on aime, Et la page où l'on ineurt est déjà sous vos doigts.

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