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LA FIGURE DE CE MONDE PASSE

de l'heure présente, se moquent du lendemain, et refusent de s'inquiéter de l'avenir. C'est là toute la philosophie épicurienne : « Jouissons! livrons-nous au plaisir; couronnons-nous de roses, les soucis viendront assez tôt I »

Voilà qui ne pourra jamais satisfaire les âmes élevées.

Les clairvoyants, les prudents, ceux qui savent, sentent leur honneur présent s'assombrir des inévitables tristesses de l'avenir. Les séparations, les maladies, les infirmités, la vieillesse, les deuils cruels et, après la mort des autres, notre mort, tout cela est si vrai, si certain I Quelle amère pensée au milieu des joies les plus vives et comme l'Ecriture Sainte a raison: « La fin de toute joie ce sont les larmes! (1)» Ainsi les plaisirs, môme les plus légitimes, sont courts, les joies sont passagères. La vie déroule à nos yeux ses tableaux gais ou tristes suivant une série sans retour; la jeunesse fait oublier l'enfance, l'âge mûr chasse devant lui la jeunesse, et déjà voilà le soir, et la nuit qui tombe, et la mort qui approche! (2)

(l)Extrema gaudii luctus occupât. (Prov., xiv, 13.) (2) « 0 Seigneur, où peut se tourner le cœur de l'homme sans s'arrêter sur une douleur, à moins qu'il ne se repose en vous? Quelque beauté qu'il y ait dans tout ce qu'il cherche hors de tous, il y cherche eu vain son repos. Tout se flétrit, tout eoeurt ici-bas. » Saint A.uuustui<

« La mort, cet ennemi, est sûr de vaincre. 11 n'est peut-être pas le pire de nos ennemis, n'est peut-être pas même un ennemi ; mais il est le plus redouté parce qu'il est le plus mystérieux. Et quoique nous sachions peu de chose de la mort, nous ne pouvons pas ne pas la considérer comme une torpeur sans remède qui prive le héros de son héroïsme, la face de son sourire, le regard de son expression, qui frappe tout d'un coup la forme humaine d'un engourdissement lourd et séparatif, lui enlève la beauté comme xme écorce pelée, et met à nu le squelette. En des degrés différents, l'homme apprend et a toujours appris à surmonter cette terreur. Elle n'en reste pas moins la barrière fatale de toute satisfaction complète, la perturbatrice de tous les grands bonheurs, le découragement barbare et permanent de la nature humaine

« La mort tue la beauté, le bonheur, le génie, la vertu, renverse le chef-d'œuvre de la vie et contredit la création. La mort pèse sur l'homme, elle pèse aussi sur les nations. Leur vie est plus longue, mais la loi du déclin les menace, les atteint, les anéantit! 0 Scipion, où donc est Rome ? 0 Charles, où est l'Espagne ? 0 Gustave, où est la Suède ? La mort tue ainsi d'avance et décourage nos desseins. Êtres d'un jour, nous

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