‹ Vers l'idéal [microforme]Chapitre 54 sur 87 · L'AUTOMNE · texte numérisé non relu

L'AUTOMNE

Le sol est saturé de brumes automnales ;

Le ciel s’est alourdi d'un manteau gris-de-plomb ; Les vents désordonnés dansent leurs bacchanales

Au nez du vieux Phébus dont l'œil manque d’aplomb. S’il soulève en tremblant le voile humide et sombre Que la nature en deuil se plait à revêtir,

L’astre, pris de dégoût, nous replonge dans l’ombre, Et sous nos frèles toits nous force à nous blottir.

Pourtant, il est bien beau le soleil de l’automne, Lorsqu'il darde en riant ses rayons attiédis

Sur les monts chevelus qu’il brode et qu’il festonne. Le bocage a l’aspect d’un coin du paradis.

Les bois touffus, parés d'éclatartes aigrettes, Jonchent de feuilles d’or la côte et le ravin,

Et les tons diaprés des ramures discrètes

Etalent les couleurs d’un pinceau tout divin.

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Et

L'automne est la saison belle par excellence,

Nous dit-on, et c’est vrai—lorsque l'automne est beau. L'automne en nos climats ramène l’ahondance ;

Mais ses arbres jaunis font songer au tombeau .

De la plante caduque :} supprime la sève,

Puis, recouvre le sol d’un blane linceul glacé. Æmblême de la mort, il provoque le rêve

ŒEn évoquant les traits de l'ami trépassé.

H'automne a bien son charme; il a sa poésie:

Longues nuits, jours tissus d’ombres et de rayons.

$i le ciel est serein, notre âme s’extasie :

& il est sombre, elle glane au fond des noirs sillons. L'automne a des cieux gris pour le penseur morose ; il a des cieux d’azur pour qui garde l'espoir: Beaux jours enspleillés pour qui voit tout en rose,

Jours mornes £t pluvieux pour qui voit tout en noir.

Ottawa, 20 octobre 1898.

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