‹ Vers l'idéal [microforme]Chapitre 59 sur 87 · FR · texte numérisé non relu

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Aussitôt, le rimeur se rend chez un intime Et, sans pitié pour sa victime, [1 lui lit les écrits qu'il a le mieux troussés. L'autre dit : ‘* Ce sont là sujets bien ressassés. Si tu veux réussir, il faudra que tu chantes Des chansons du pays, allègres ou méchantes, Quelque chose qui sente à plein nez le terroir.” Le poête écrivit une pièce à tiroir Qui sentait trop la plèbe et ne fut pas jouée. Désireux de s’ouvrir, dans l'ombre, une trouée, Il consacra sa lyre aux chants régionaux.

On lui dit: ‘Vos écrits sont fort originaux, Mais ils sont resserrés dans d’étroites limites. Qu'importe ce qui bout dans vos vicilles marmites? j1 faudrait entonner quelque chant magistral D'un intérêt plus général. ” Dans notre beau pays le poête a beau faire, T1 ne peut contenter tout le monde et son père.

Ottawa, ler décembre 1908.

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JE ME SOUVIENS

JE ME SOUVIENS

Je me souviens du temps où les tendres caresses De parents vénérés savaient sécher mes pleurs, Où Clio, me narrant les antiques prouesses, M'entr'ouvrait du passé les vastes profondeurs. Je me souviens des jours de ma première enfance, J'étais naïf alors et je le redeviens.

Des vieux actes de foi, d'amour et d'espérance,

Je me souviens.

Je me souviens d’un temps, qui reviendra peut-être.

Où le mérite avait le pas sur l’entregent,

Où l'on sacrifiait volontiers son bien-être

Au devoir, sans passer pour inintelligent,

Où le vice doré n'osait lever la tête,

Où la seule vertu comportait tous les biens.

D'un temps où l'on était tout simplement honnête. Je me souviens.

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Je me souviens—Voyez, si j'ai bonne mémoire Alors que sur mon front douze lustres ont lui- Je me souviens d’exploits consignés dans l'histoire Qui scandaliseraient nos hommes d'aujourd'hui. Si l’on mourait encor pour défendre sa race, Lorsqu'ils verraient surgir des héros canadiens. Nos froids calculateurs se voileraient la face.

Je me souviens. ‘

Je me souviens aussi des jours de défaillance. Où nos chefs, oublieux de notre dignité Ont, après un semblant de molle résistance.

Laissé porter atteinte à r°tre liberté.

De tous les tyranneaux qui se disaient nos maîtres, De ceux qui se sont faits leurs perfides soutiens, Des lâches apostats, des vendus et des traîtres, Je me souviens.

Je me souviens aussi des braves patriotes

Morts au champ de l'honneur: de tous ceux qui. jadis.

Ont su rester debout en face des despotes,

Réfractaires et sourds aux lâches comprotais.

De ces fiers laboureurs qui, prompts comme la foudre.

Savaient se transformer en soldats-citoyens,

(Sans vivres, sans argent, sans fusils et sans poudre.) Je me souviens.

JE ME SOUVIENS. 245

Je me souviens de ceux qui, dans une autre sphère, Ont su, par leurs écrits, leurs actes, leurs discours, Assurer, sur le so] du nouvel hémisphère, Des généreux efforts le précieux concours.

Des hardis découvreurs, prêtres et moralistes, Poètes, romanciers, doctes historiens, Apôtres du progrès orateurs, journalistes,

Je me souviens,

Je me souviens. Malgré ce qu'on a feint de croire.

Je n’admetrai jamais qu'un malheureux traité,

Nous dérobant le fruit d’une ultime victoire,

Nous décerne un brevet d’infériorité.

Nos pères, en tous lieux signalant leur vaillance.

Se sont montrés du droit inflexibles gardiens.

Admirant leurs hauts faits, des gloires de la France, Je ne souviens,

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