A MA FEMME
(Décédée le 22 juin 1896.)
Dans les calmes Parvis du céleste empyrée Où ton ombre m'attend,
Perçoistu les appels que mon âme ulcérée Répète à chaque instant?
Discernes-tu l'écho de l’ardente prière Que m'inspire la Foi?
Vois-tu les pleurs brûlants inonder ma paupière Lorsque je pense à toi?
Lorsque nous étions deux les chagrins de Ja vie Nous paraissaient légers,
Et des heureux mortels nous voyions sans envie Les bonheurs Passagers.
Je sais qu'en expirant ta belle âme a vu luire L'aube d’ün jour plus beau,
Et pourtant, malgré moi, je verse en mon délire Des pleurs sur ton tombeau.
J'avais en ce bas monde eu ma part d’allégresse Avent ce jour de deuil,
Et mon cœur n’a connu la suprême détresse Qu’au bord de ton cercueil.
Tu me semblais un ange égaré sur la terre Pour embellir mes jours.
Tu remontes au Ciel. Je reste solitaire, Et je t’aime toujours.
Je taime, et je suis seul. Je n’ai plus en ce monde Que nos fils éplorés,
Entourant avec moi d’une douleur profonde Tes restes vénérés.
Du séjour éternel, j'en ai la certitude, Tu sauras bien encor,
Sur ceux qui te sont chers, de ta sllicitude Répandre le trésor.
Nos trois enfants, issus d’un heureux hyménée, Orphelins aujourd’hui,
Trop jeunes pour braver sans moi la destinée, Réclament mon appui.