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JE ME SOUVIENS

Je me souviens de ceux qui, dans une autre sphère, Ont su, par leurs écrits, leurs actes, leurs discours, Assurer, sur le sol du nouvel hémisphère, Des généreux efforts le précieux concours. Des hardis découvreurs, prêtres et moralistes, Poètes, romanciers, doctes historiens, Apôtres du progrès orateurs, journalistes, Je me souviens.

Je me souviens. Malgré ce qu'on a feint de croire. Je n'admetrai jamais qu'un malheureux traité, Nous dérobant le fruit d'une ultime victoire, Nous décerne un brevet d'infériorité.

Nos pères, en tous lieux signalant leur vaillance, Se sont montrés du droit inflexibles gardiens. Admirant leurs hauts faits, des gloires de la France Je me souviens.

A ma femme.

(Décédée le 22 juin 1896.)

Dans les calmes parvis du céleste empyrée Où ton ombre m'attend,

Perçois-tu les appels que mon âme ulcérée Répète à chaque instant!

Discemes-tu l'écho de l'ardente prière

Que m'inspire la Foi?

Vois- tu les pleurs brûlants inonder ma paupière

Lorsque je pense à toi?

Lorsque nous étions deux les chagrins de la vie Nous paraissaient légers,

Et des heureux mortels nous voyions sans envie Les bonheurs passagers.

Je sais qu'en expirant ta belle âme a vu luire L'aube d'un jour plus beau,

Et pourtant, malgré moi, je verse en mon délire Des pleurs sur ton tombeau.

J 'avais en ce bas monde eu ma part d 'allégresse

Avant ce jour de deuil, Et mon cœur n 'a connu la suprême détresse

Qu'au bord de ton cercueil.

Tu me semblais un ange égaré sur la terre

Pour embellir mes jours.

Tu remontes au Ciel. Je reste solitaire,

Et je t'aime toujours.

Je t'aime, et je suis seul. Je n'ai plus en ce monde

Que nos fils éplorés, Entourant avec moi d'une douleur profonde

Tes restes vénérés.

Du séjour éternel, j'en ai la certitude. Tu sauras bien encor,

Sur ceux qui te sont chers, de ta sollicitude Répandre le trésor.

Nos trois enfants, issus d 'un heureux hyménée, Orphelins aujourd 'nui,

Trop jeunes pour braver sans moi la destinée, Réclament mon appui.

Lorsque j'aurai cessé d'être leur providence Attire-moi vers toi;

Et saluant la mort comme une délivrance, Je bénirai sa loi.

Worcester, 14 août 1896.

Le Monument National.

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