‹ Vers l'idéalChapitre 55 sur 76 · JE ME SOUVIENS · texte numérisé non relu

JE ME SOUVIENS

Je me souviens du temps où les tendres caresses De parents vénérés savaient sécher mes pleurs. Où Clio, me narrant les antiques prouesses. M 'entr 'ouvrait du passé les vastes profondeurs. Je me souviens des jours de ma première enfance, J'étais naïf alors et je le redeviens.

Des vieux actes de foi, d'amour et d'espérance, Je me souviens.

Je me souviens d'un temps, qui reviendra peut-être, Où le mérite avait le pas sur l'entregent, Où l'on sacrifiait volontiers son bien-être Au devoir, sans passer pour inintelligent, Où le vice doré n'osait lever la tête, Où la seule vertu comportait tous les biens. D'un temps où l'on était tout simplement honnête. Je me souviens.

Je me souviens — Voyez, si j 'ai bonne mémoire Alors que sur mon front douze lustres ont lui — Je me souviens d'exploits consignés dans l'histoire Qui scandaliseraient nos hommes d'aujourd'hui. Si l'on mourait encor pour défendre sa race, Lorsqu'ils verraient surgir des héros canadiens, Nos froids calculateurs se voileraient la face. Je me souviens.

Je me souviens aussi des jours de défaillance. Où nos chefs, oublieux de notre dignité Ont, après un semblant de molle résistance, Laissé porter atteinte à notre liberté.

De tous les tyranneaux qui se disaient nos maîtres, De ceux qui se sont faits leurs perfides soutiens, Des lâches apostats, des vendus et des traîtres. Je me souviens.

Je me souviens aussi des braves patriotes Morts au champ de l'honneur: de tous ceux qui, jadis. Ont su rester debout en face des despotes, Réfrac taires et sourds aux lâches compromis. De ces fiers laboureurs qui, prompts comme la foudre, Savaient se transformer en soldats-citoyens, (Sans vivres, sans argent, sans fusils et sans poudre.) Je me souviens.

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