MES SOIXANTE ANS
L'existence est bien monotone.
Les vers aussi. Pourtant, je veux
Paire, au sujet de "mon automne' '
Quelques couplets harmonieux.
J'ai déjà — Comme le temps passe! —
Vu fleurir soixante printemps.
Tout homme, — à moins qu 'il ne trépasse,
Arrive un jour à soixante ans.
Il fait comme feu La Palisse Qui perdit le jour en mourant.
Il faut qu'une étoile pâlisse Ou qu'elle meure en expirant.
Ma Muse, poussive, s'arrête Et me dit ces mots insultants:
Je ne t'ai jamais vu plus bête Depuis les derniers soixante ans.
J'en suis là. Vous, les bons apôtres,
Qui riez de ma vétusté,
Vous atteindrez, comme les autres,
Une honorable antiquité.
A moins que la Parque ne casse
Vos légers fils avant le temps,
Vous étalerez avec grâce
Le charme de vos soxante ans.
A soixante ans, la vie est belle Lorsqu'on peut, d'un crayon hardi, Taquiner la Muse rebelle.
On se sent tout ragaillardi Quand, de la chrysalide informe, Surgit l'aile aux tons éclatants:
L'âme, papillon qui transforme La chenille de soixante ans.
Ottawa, 2 avril 1907.
La chanson du petit porteur d\ journal "La Justice".