AUTRES FRAGMENTS TRADUITS DE L'ANGLAIS
Par malheur, nous laissons nos tâches incomplètes, Et sur les murs du temps, infortunés athlètes,
En vain nous piétinons.
Nous cherchons à monter vers de lointains mirages Sous nos pas les gradins de l'échelle des âges
Se brisent et nous retombons.
Lorsque vous dormirez dans l'ombre et le silence, Les inconnus dont vous séchez les pleurs Sur votre tombe apporteront des fleurs, Humble tribut de leur reconnaissance.
La ¥ie future.
LA VIE FUTURE. 30'
LA VIE FUTURE
(Traduit de l'anglais de William Cullen Bryant)
Comment te reconnaître, ô compagne fidèle, Dans la sphère éthérée où ton âme immortelle, Esprit désincarné, revit parmi les morts, Alors que sous nos pas le Temps a de son aile En poussière jeté tout ce qui fut ton corps?
Car toujours l'aiguillon d'une peine incessante Viendra me torturer si, de ma chère absente Je ne retrouve pas, dans l'éternel séjour, Le regard attendri, la voix si caressante Et les traits adorés si chers à mon amour.
Ton cœur, toujours si bon, obsédé par la crainte
De ne plus me revoir n 'éprouva-t-il pas
Le besoin d'exhaler mon nom dans une plainte?
Ce nom mêlé souvent à ta prière sainte,
Le dis-tu dans le Ciel comme avant ton trépas ?
Dans les prés embaumés par la brise bénie Que l'Eternel emprunte aux vastes profondeurs Pour répandre en tous lieux la vie et l'harmonie. Dans l'espace plus vaste où plane ton génie, Oublieras- tu l'amour qui joignait nos deux cœurs?
LTamour qui survécut, sur ce triste rivage, Aux orageux accès de mon humeur sauvage, Qui grandit chaque jour jusqu'au moment fatal. Est-il mort à l'instant où naquit mon veuvage Sur ton corps dépourvu du principe vital?
Tu trouvas à la fin de ta douce carrière Bonheur moins incomplet et plus vaste lumière Que mon mérite à moi ne me vaudra plus tard ; Car toujours tu courbas ta volonté si fière Et vers les droits sentiers tu fixas ton regard.
Four moi, les noirs soucis qui parsèment ma route Ont racorni mon âme, ébranlé ma raison ;
-Je me suis débattu dans les horreurs du doute; La colère a sur moi répandu goutte à goutte, L« philtre corrosif de son amer poison.
LA VIE FUTURE
Pourtant, quand tu serais du firmament la reine, Ne garderas-tu pas le même nom chéri, Le même front pensif, la même humeur sereine ? Plue adorable encor de beauté souveraine, N'es- tu pas l'ange aimé dont l'amour m'a souri?
Dans ton heureux séjour, au sein de l'harmonie,
Heureuse d'adorer la Sagesse Infinie,
Ne m'apprendras-tu pas ce qu'il me faut savoir,
Afin que ta sagesse à mon amour unie
JCe procure à jamais le bonheur de te voir?
Worcester, 24 août 1894.
Rayon a espoir.