L'INDÉPENDANT
(Les souhaits du petit porteur.)
Visiteur assidu, j'apporte les nouvelles
Aux bienveillants lecteurs du journal quotidien.
Je sais braver du froid les morsures cruelles,
Et je n'aurais pas peur d'un hiver canadien.
Un cœur jeune et chaud bat dans ma poitrine frêle.
D'amour pour le travail il est tout débordant.
Sans murmurer, qu'il pleuve, qu'il neige ou qu'il
[grêle.
Je vais distribuer partout l'Indépendant.
Mes clients sont nombreux; je les sers avec zèle : Ma ponctualité, voilà mon capital.
Je sais qu'à son devoir il faut être fidèle Si l'on veut acquérir un peu de vil métal. On s 'enrichit encor par des moyens honnêtes, Et mon négoce à moi n'a rien de dégradant. Vous comprenez cela, d'ailleurs, puisque vous êtes Contents de recevoir chez vous l'Indépendant.
Vous aimez ce journal qui vous parle sans feinte Et qui tient le lecteur toujours bien informé. Contre moi vous n'aurez jamais à porter plainte: Je vous le livre intact et tout frais imprimé. Vous vous intéressez sans doute à sa lecture. Tl raconte assez bien le meurtre, l'accident. Le faits divers. Le choix de sa littérature Et très judicieux. Lisez V Indépendant.
Le premier numéro de la nouvelle année
Vous présente aujourd'hui ses souhaits de bonheur
Je ne laisserai pas finir cette journée
Sans venir avec lui partager cet honneur.
Je vous souhaite à tous le bonheur sur la terre ;
A la fin de vos jours, le Ciel. En attendant
La récompense due à votre vie austère,
Pour charmer vos loisirs, lisez l'Indépendant.
Je ne puis oublier les charmantes lectrices, Ces anges que parfois j 'entrevois en passant ; Je prendrais pour abri leurs ailes protectrices Si quelqu'un me lançait un regard menaçant. L'invincible penchant qui ver3 elles m'entraîne M'enhardit à ce point, quand c'est le jour de l'An, Que je viens demander quelques sous pour étrenne A ceux qui, grâce à moi, lisent V Indépendant.
Si les hommes étaient des femmes.