LES FEMMES ÉTAIENT DES HOMCMCES
Chez nous, qui n'a pas fréquemment Entendu quelque fille d'Eve Avouer fort ingénument Que d'être homme elle a fait le rêve?
Quand nous guettons, à deux genoux, De leur amour les vains symptômes, Nul n'aurait l'air sot comme nous Si les femmes étaient des hommes.
La femme n'aurait plus d'enfant^ Mais elle porterait cuiotte.
En pantalon pied d'éléphant, Elle deviendrait matelote.
Sous le harnais d'un cuirassier, On la verrait aux hippodromes; Les corsets seraient en acier Si les femmes étaient des hommes.
Parfois elle se griserait, Ce qui serait abominable; Quand sa moitié rechignerait, Elle l'enverrait paître, au diable.
Les gens iraient au cabaret Lamper, coup sur coup, dix rogommes.
Bon Dieu! que ça nous changerait Si les femmes étaient des hommes.
Jamais on ne convolerait,
Pas même après la quarantaine.
Aucun galant ne daignerait
' ' Courir de fredaine en fredaine. ' '
Nulle blonde enfant n'oserait,
En tapinois, gruger des pommes.
L'antique Eden refleurirait
Si les femmes étaient des hommes.
Les roses, veuves de boutons,
Attendraient en vain la rosière.
On ferait rentrer les moutons
Sans jamais dire: "Il pleut, bergère."
L'hiver de l'âge et ses glaçons
Nous rendraient, tous tant que nous sommes,
D'incorrigibles vieux garçons
Si les femmes étaient des hommes.
Des fichus soustrairaient la peau Pectorale aux regards obscènes Des gommeux. L'énorme chapeau N'intercepterait plus la scène.
On pourrait — plaisir sans égal, —