SI LES FEMMES ÉTAIENT DES HOMMES
Dire au vieux crampon : ' ' Tu ni 'assommes.
Ça détruirait le madrigal
Si les femmes étaient des hommes.
Plumes, rubans, colifichets,
Tout l'assortiment des modistes,
Iraient dans la boîte aux déchets
Avec les produits des fleuristes.
Certe, on économiserait
Sur ces hochets de fortes sommes;
Mais le commerce languirait
Si les femmes étaient des hommes.
Bref, la femme a bien sa valeur Lorsqu'elle reste dans sa phère.
Elle occupe un poste d'honneur Sur notre globe subluaaire.
Chercher mieux c'est suivre, à travers L'illusion, de vains fantômes.
Ça détraquerait l'Univers Si les femmes étaient des hommes.
Worcester, 8 novembre 1895.
Si les bas-bleus faisaient nos lois.
Plus d'une femme sait écrire Sans se transformer en bas-bleu :
La preuve, c 'est qu 'on aime à lire Les bluettes du Coin (Lu Feu.
Mais de la femme politique Nous n 'avons que faire, et je crois Qu'il vaudrait mieux fermer boutique Si les bas-bleus faisaient nos lois.
La femme arbore des chaussettes A l'azur plus ou moins foncé Quand le charme de ses fossettes Par des rides est remplacé.
La pétroleuse à la tribune, Prônant l'égalité des droits, Ressusciterait la Commune Si les bas-bleus faisaient nos lois.
340 veus l'idéal.
Jadis, l'homme avait charge d'âme:
C'était à lui de protéger
L'âtre où ses enfants et sa femme
Vivaient à l'abri du danger.
Gaiment, sur ses larges épaules,
Du travail il portait le poids.
On intervertirait les rôles
Si les bas-bleus faisaient nos lois.
Pour bien remplir sa lourde tâche, Ne marchandant pas ses efforts, L'homme prodigue sans relâche Ses muscles vigoureux et forts.
Les travaux de l'agriculture Occupaient ses bras autrefois :
C'est lui qui ferait la couture Si les bas-bleus faisaient nos lois.
Certains tendrons à mine austère,
Par un long célibat aigris,
En attendant, partent en guerre
Contre l'engeance des maris
Qui, brisant maint cœur disponible,
A sur d 'autres porté son choix :
Son châtiment serait terrible
Si les bas-bleus faisaient nos lois.
Quand le mari, navrant spectacle !
Donnerait à boire aux poupons, Ne tolérant aucun obstacle, La femme ôterait ses jupons Pour enfourcher la bicvclette.
Cyr, l'hercule de nos tournois,
Deviendrait une femmelette
Si les bas-bleus faisaient nos lois.
S'il gravissait le Capitule, On verrait le sexe charmant Accaparer tout le Pactole Avec un sans- gêne alarmant.
Les forts budgets où l'homme émarge Le maintiennent sur le pavois, Mais il n'en mènerait pas large Si les bas-bleus faisaient nos lois.
Quiconque oserait, par îa plume,
Protester irait subito
Se broyer entre l 'homme-enclume
Et l'aveugle femme-marteau.
Sur son affreux lit de torture
Le critique serait sans voix.
Ça tuerait la littérature
Si les bas-bleus faisaient nos lois.
Woroester, 12 novembre 1895.
Le bonheur dans le devoir.