‹ Vers la fédération d'Occident: Désarmons les Alpes!Chapitre 2 sur 9 · LIBRAIRES-ÉDITEURS 16, RUE SOUFFLOT, ET 12, HUE TOULLIER · texte numérisé non relu

LIBRAIRES-ÉDITEURS 16, RUE SOUFFLOT, ET 12, HUE TOULLIER

\lc^

// ncslpas iimlilt* de noter que M, Much traite ici d*un cas exceptionnel : il suffira de lire ce qui suit pour reconnaître que son conseil de désarmement local et progressif ne saurait faire grief à la défense nationale.

Je l'anarchie à la Les lampions sont éteints, Cour d'arbitrage K les drapeaux sont repliés, et le Président de la République est de retour de ce voyage triomphal en Italie, que les masses populaires ont salué d'un enthousiasme sans précédent.

Il reste à dégager de ces journées historiques la sanction concrète qu'elles comportent, pour le bien des deux nations et du monde civilisé tout entier.

Mais auparavant, il est nécessaire d'embrasser d'un coup d'œil l'ensemble de l'évolution vers la Paix au cours de ces dernières années.

1. Il convient d'indiquer que cette étude a été écrite en mai 1904, et a été publiée, en partie, dans la livraison du 15 juin de la Revue (Voir la note finale).

Rarement, en effet, on a pu observer opposition aussi absolue entre les jugements que suscitent, d'une part, la constatation des actes brutaux de la politique internationale de certains États et, d'autre part, l'étude du mouvement d'idées qui tend, lentement, mais d'autant plus sûrement, à saper les fondements mêmes de cette politique de rapines.

Tant de gens, trop simplistes pour savoir analyser la complexité des phénomènes d'une évolution mentale, ou trop paresseux d'esprit pour s'occuper d'idées qui dérangent leurs habitudes, ou enfin trop prévenus pour vouloir se donner cette peine, ont beau jeu, quand on leur parle des progrès de l'idée pacifique, k répondre : Transvaal, Venezuela, Extrême-Orient !

C'est que, ici, comme dans tous les phénomènes naturels, les événements soudains et brutaux, les grandes catastrophes, produisent une impression disproportionnée avec leurs effets véritables, et masquent à l'observateur superficiel les causes profondes et permanentes de l'évolution. Un témoin de l'éruption de la Martinique aura peine à admettre que ce phénomène terrifiant est négligeable, au point de vue du résultat final, en com-

paraison des dépôts imperceptibles que le temps accumule au fond des mers. Et le dernier survivant d'une famille exterminée par la peste ou le choléra ne concevra pas davantage que les ravages sournois de la tuberculose sont infiniment plus pernicieux à Fhumanité que ceux de ces grandes épidémies.

11 en est de même de la l utte actuellgJiQur Torganisation de la Paix. Cette organisation est une cBuvre de longue haleine, qui ne peut se concevoir que comme la résultante d'une accumulation de petits progrès partiels, comparables aux sédiments sous-marins. Ces progrès, parce qu'ils ont été obtenus dans le domaine de l'idée, sont impérissables,unefoisacquis, de même que les sédiments, déposés en état d'équilibre stable, sont aptes à former les assises inébranlables des continents futurs. Mais, pour l'observateur à courte vue, ils disparaissent devant les violents soubresauts de la civilisation guerrière qui succombe, comme le lent travail des eaux devant l'éruption impétueuse des volcans.

Or, s'il est un fait certain, c'est que l'allure de l'évolution vers la Paix s'est accélérée, depuis six ans, jusqu'à dépasser les espérances des plus optimistes.

Les deux derniers tiers du xix® siècle ont introduit et généralisé, dans l'administration internationale, la pratique des Unions et des Bureaux permanents S et, dans la politique internationale, celle des « arbitrages occasionnels », c'est-à-dire des arbitrages spécialement convenus à roccasion de chaque difficulté particulière.

Une fois cette première étape franchie, on pouvait se représenter que l'évolution aurait à parcourir les stades suivants, dont chacun exigerait de longues années :

Usage de plus en plus fréquent de la clause arbitrale (ou clause compromissoire), qui figure déjà dans un grand nombre de traités ;

Conclusion de traités d'arbitrage permanent entre certaines nations ;

Simplification de la procédure, par l'institution d'une Cour internationale permanente entre deux ou plusieurs de ces Etats, et accession successive d'autres États à cette Cour ;

Formation d'une jurisprudence internationale, d'un droit international véritable, résultant du fonctionnement de la Cour ;

Adhésion générale à cette Cour et à son Code,

Page 1