‹ Vers la ferveurChapitre 18 sur 39 · LES OBSTACLES AU RECUEILLEMENT · texte numérisé non relu

LES OBSTACLES AU RECUEILLEMENT

des à sa voix. En voulez-vous savoir la cause? C'est qu'elles tiennent trop à dire fort à la hâte, et comme pour achever leur tâche, quantité d'oraisons vocales qu'elles ont résolu de réciter chaque jour. En vain Xotre-Seigneur met son royaume entre leurs mains; elles ne veulent pas le recevoir, s'imaginant qu'il vaut mieux réciter leurs oraisons vocales. Au nom de Dieu, mes filles, ne vous conduisez pas de la sorte. Considérez que ce serait perdre par votre faute un très grand trésor, et que c'est beaucoup plus faire de dire de temps en temps quelques paroles du Pater, que de le dire plusieurs fois à la hâte et comme en courant ».

Lorsqu'une âme commence à sentir quelque attrait pour le recueillement, un doute naît en elle : « Est-ce que je ne récite pas trop de formules? N'est-ce pas au détriment de la prière du cœur que j'égrène chaque jour la kyrielle interminable de ces prières vocales qui me fatiguent et ne sont plus pour moi qu'une enfilade de mots vides de sens? » Et cette pauvre âme se raidit contre un doute qu'elle considère comme une vraie tentation. Supprimer une partie de ses prières vocales lui semblerait une concession faite à la lâcheté; peut-être craindrait-elle même que cette suppression ne lui portât malheur.

Ne vous laissez pas impressionner, Mesdames, par des considérations de ce genre, et hâtez-vous plutôt d'éclaireir le doute qui a pris naissance en vous. Demandez à votre confesseur ce qu'il pense de ce désir de rogner sur les prières vocales pour accorder davantage à l'entretien cœur à cœur avec Dieu. Et s il juge, comme la chose est probable, que vous excédez dans la récitation des formules, déférez sans scrupule à son avis et réformez sur ce point votre règlement de vie.

Voici un dernier obstacle au recueillement, l'obstacle le plus fréquent peut-être: c'est la prétention qu'ont beaucoup de chrétiens de le concilier avec leur vie molle, sensuelle, avec l'horreur qu'ils professent pour tout ce qui les gêne. Prétention étonnante, il faut en convenir. Eh quoi? On se dérobera à tout sacrifice, si léger qu'il soit; on s'ingéniera à esquiver la mortification la plus bénigne; on fera des prodiges de diplomatie pour échapper à la plus anodine des humiliations; bref, on refusera tout à Dieu. En retour, on attendra tout de lui : le goût, l'attrait, les délices spirituelles; et cela, non seulement pour les quelques minutes que dure la prière, mais pour les heures où l'on aura

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