LE POINT DE DÉPART. — LE TERME
Plusieurs d'entre vous se sont reconnues sans doute au portrait que je viens de crayonner. Il me reste à leur dire maintenant où j'ai l'ambition de les mener.
Le titre que j'ai choisi pour cette étude : « Vers la ferveur », dit assez mon dessein. Mais qu'est-ce au juste que la fervçur?
Je puis emprunter ici à saint Thomas sa définition de la dévotion et l'appliquer à la ferveur, puisque dévotion et ferveur sont termes synonymes. D'après le grand docteur, la ferveur est « la ualonté de se donner avec promptitude à tout ce qui intéresse le service de Dieu ». J'ai souligné à dessein le mot de volonté. La volonté est, en effet, la seule faculté dans laquelle réside la ferveur. Aussi lorsqu'une âme constate en elle-même une ferme résolution de ne rien refuser à Dieu et un besoin ardent de se dépenser pour lui, elle a le droit, même en l'absence de tout entraînement et de tout enthousiasme de la sensibilité, de penser qu'elle possède la vraie ferveur.
Il y a une ferveur qui agit avec joie, et une autre qui agit avec répugnance.
Mais Tune et l'autre sont excellentes : joie ou répugnance, ce n'est, quand il s'agit des choses de Dieu, qu'un simple acci-
dent de sensibilité. N'oubliez donc jamais que la ferveur réside uniquement dans la volonté. Aussi, lorsque vous voulez savoir si vous êtes ferventes, ce n'est pas à votre sensibilité qu'il faut vous adresser : c'est à votre volonté seule qu'il convient de poser la question.
Voulez-vous une autre définition, ou plutôt une autre description de la ferveur? C'est saint François de Sales qui va vous la donner. D'après lui, la ferveur est l'amour de Dieu parvenu à ce point de perfection qui nous fait agir pour Dieu soigneusement, fréquemment et promptement. Elle n'est autre chose « qu'une agilité et vivacité spirituelle par le moyen de laquelle l'amour de Dieu fait ses actions en nous, ou nous par lui, promptement et affectionnément. C'est donc une grande vivacité et promptitude aux actions voulues par Dieu ».
Remarque importante : comme saint François de Sales vient de le faire, tous les saints identifient la ferveur avec l'accomplissement de la volonté de Dieu.
Mais rappelons-nous qu'il y a deux sortes de volonté de Dieu : il y a d'abord celle qui nous est signifiée par Dieu sous la forme d'ordres précis, et dont la violation constituerait un péché; puis celle qu'on appelle le bon plaisir. Cette dernière n'a aucune force obligatoire et ne fait