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CHAPITRE XII Les divers modes de recueillement

Pour que notre petite étude de la vie intérieure ne reste pas trop incomplète, je vous dois, Mesdames, une exposition rapide des diverses manières dont vous pouvez pratiquer le recueillement. Il existe, en effet, plusieurs méthodes de recueillement correspondant à des dispositions d'âme particulières ou à des drgrés divers d'élévation dans la vie spirituelle. A chacune d'entre vous de choisir, parmi les méthodes que nous allons exposer, celle qui s'harmonise le mieux avec sa trempe d'âme, et qui s'adapte le mieux avec sa façon actuelle de traiter avec Dieu.

La première forme de recueillement a été décrite en ces termes par Alvarez de Paz : « Elle consiste à nous représenter, partout et dans tous nos actes, le Christ notre Sauveur présent à nos côtés sous

une forme sensible. Mais il est inutile, ajoute le même auteur, de vous créer une image de Jésus qui comporte une représentation de son visage et de chacun de ses traits : songez simplement que vous êtes en présence d'un Dieu, sans vous mettre davantage en frais d'imagination, et fixez sur lui un regard respectueux et affectueux. Chercher une représentation trop précise de son extérieur, de sa physionomie, serait une fatigue pour la tête et un danger d'illusion; puis, plus préoccupés de voir que d'aimer, nous apporterions alors une entrave à l'amour même ».

Sainte Thérèse conseille aux âmes qui pratiquent cette sorte de recueillement d'user d'une grande simplicité de langage avec Xotre-Seigneur. de bannir la recherche, l'afféterie, de tous leurs rapports avec lui : excellente leçon à l'adresse des personnes qui s'imaginent qu'elles ne peuvent parler convenablement à Dieu qu'en ciselant leurs phrases et en visant à l'élégance! Le véritable amour, qu'il s'adresse à Dieu ou qu'il aille à la créature, est toujours sobre de paroles et dédaigneux des procédés littéraires.

Certaines .âmes, au lieu de se représenter Jésus présent à leurs côtés, aiment

mieux aller le chercher dans l'Eucharistie; lorsqu'elles songent à lui, leur pensée va d'instinct au tabernacle, et elles aiment à vivre sous le regard de Jésus- Hostie, à fusionner leur vie avec la sienne, à unir leurs actes à la prière incessante qui s'échappe du Cœur eucharistique de Notre-Seigneur.

Que penser de cette sorte de recueillement? On ne peut trop la louer, ni trop féliciter les âmes qui ont pente à la pratiquer. Vivre dans cette union intime avec Jésus-Hostie, c'est répondre à un désir ardent du Sauveur et prendre place parmi ses familiers, parmi ses amis de cœur.

Voici une autre manière de se recueillir : ce n'est plus la sainte Humanité du Christ, c'est Dieu lui-même que, par les yeux de la foi, nous voyons présent à nos côtés. La pratique du recueillement sous cette forme n'est autre chose qu'une application de la parole de saint Paul : « Nous vivons en Dieu, nous nous mouvons en Dieu, nous sommes en Dieu ».

Si Dieu n'enveloppait pas toutes choses, s'il en était une seule qui échappât à sa présence, Dieu ne serait plus Dieu parce qu'il ne serait plus illimité. 11 aurait pour limite la chose à laquelle il ne

serait pas présent. Ce n'est donc pas sous la forme d'un être enfermé dans un lieu qu'il nous faut concevoir Dieu, mais comme un être immense, infini, occupant tous les lieux, présent partout. En quelque endroit que nous nous transportions, nous sommes donc sans cesse en sa présence, et l'avons pour témoin de chacune de nos opérations les plus matérielles, aussi bien que de chacun de nos actes les plus spirituels.

Dieu me voit, et il voit au plus secret de mon âme : telle est la façon populaire d'exprimer le rapport constant de la créature avec l'immensité divine. Telle aussi la base sur laquelle s'appuie le mode de recueillement qui nous occupe. Des saints auxquels cette façon de se recueillir était familière, aimaient à se considérer à l'égard de Dieu comme un atome baigné par une lumière qui rempli) toutes choses, ou comme une éponge plongée au sein de l!Océan. Si vous avez pente à les imiter, ne contrariez pas l'action divine, et cultivez ce recueillement qui est excellent.

J'arrive à un troisième mode de recueillement très beau et très pratique. Puisque Dieu est présent en toutes choses, il est donc présent à notre âme. A quoi

bon dès lors le chercher hors de nous? Regardons-le plutôt présent en nous; accoutumons-nous à l'apercevoir, non plus à nos côtés, mais dans le secret de nos cœurs, dans l'intime de nos âmes. « S'il vous plaît, dit Alvarez de Paz, de pratiquer ce recueillement, accoutumez-vous à quitter toutes les choses créées pour vous replier sur vous-même, pour construire un temple au plus intime de votre cœur, et pour voir Dieu présent dans ce temple, Dieu vous conduisant, vous protégeant, vous soutenant. Là, sans être distrait par aucune chose extérieure, par aucune image sensible, vous vous tiendrez aux pieds du Maître, vous l'écouterez avec respect, vous lui parlerez avec humilité, vous l'aimerez ardemment, vous vous entretiendrez avec lui familièrement, et dans tous vos besoins, dans tous les événements heureux ou malheureux, vous recourrez à lui comme un fils à son père, comme une épouse à son époux ».

Ne pouvant s'isoler des créatures, et obligée par l'ordre de ses parents de se donner à des occupations extérieures, sainte Catherine de Sienne trouva en elle-même un lieu où elle pouvait se reposer et adorer Dieu à son gré. Sans se laisser abattre par ces contradictions, écrit son biographe, elle obéit à l'inspiration de l'Esprit-Saint, et elle construisit en elle-même

un oratoire, une cellule secrète, d'où rien ne pouvait la faire sortir. Dans cette cellule, elle habita dune façon permanente.

Et plus tard, lorsqu'elle • voj^ait son confesseur, Raymond de Pennafort, écrasé sous le poids des affaires extérieures, elle lui conseillait de se faire aussi à lui-même une retraite dans son cœur et de n'en sortir jamais.

Je termine par une remarque qui s'applique à tous les genres de recueillement. Il peut arriver qu'une seule parole, une seule pensée, un seul désir, suffise à occuper notre cœur et à nourrir chez nous le recueillement. Gardons-nous alors de chercher autre chose à dire à Dieu; jouissons plutôt paisiblement de sa présence et empêchons notre esprit de troubler, par son activité intempestive, cette paix de notre cœur. En un mot, allons jusqu'à l'épuisement de l'heureuse veine. Mais je me hâte de dire que ce silence imposé à l'esprit, opportun pour certaines heures de paix, serait une faute en d'autres circonstances. Lorsque le cœur se sent froid, insensible, il faut que l'esprit lui vienne en aide et s'efforce de lui rendre un peu de chaleur. Est-ce le raisonnement, la contention d'esprit sur un sujet de piété qui vont produire ce résultat? Non; mais plutôt un regard tranquille sur l'un des mvstères de la vie du Sauveur.

une parole d'Evangile que l'âme savourera doucement, une aspiration empruntée à un saint, et telle qu'elle a jailli, ardente, de son cœur. Voilà qui mieux que tous les raisonnements et que tout le travail de l'esprit, rendra à l'âme un peu de chaleur et fera son recueillement plus profond.

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