LA MORTIFICATION DE L'HUMEUR
femme est, de ce fait, fort compromis.
Elle a beau avoir les plus belles qualités de l'esprit et du cœur : son entourage oublie tout cela pour ne voir en elle qu'un pauvre petit être victime de ses nerfs, une sorte de malade qu'il faut supporter patiemment.
Quelle déchéance pour vous qui rêviez d'être la confidente de votre mari, son conseil dans toutes les circonstances délicates de la vie et son soutien aux heures difficiles! Vous aviez même conçu la noble ambition de le guider vers ce Dieu que vous connaissez mieux que lui, d'affiner son sens surnaturel, de lui faire une âme plus chrétienne. Beau rêve que tout cela! Rêve qui ne se réalisera jamais, parce qu'entre votre mari et vous il y aura toujours le souvenir de ces boutades capricieuses, de ces variations injustifiées d'humeur qu'il subit mais auxquelles il ne s'accoutume pas. Votre influence sur lui sera nulle : vous marcherez côte à côte avec lui, mais vous resterez isolés tous deux dans votre vie morale. Cette petite chose, ce léger défaut, ce rien qu'on appelle l'inégalité d'humeur est la cloison étanche qui toujours vous séparera de lui.
Votre influence comme éducatrice se
trouve du même coup annihilée. L'enfant est, en même temps qu'un observateur sagace, un juge impitoyable. Son affection pour vous ne lui dissimule pas vos défauts; et s'il vous voit souvent d'humeur inégale, vous ne garderez pas longtemps votre auréole à ses yeux. Si vous voulez qu'il vous respecte et vous vénère, ne tuez pas chez lui le respect et la vénération par vos caprices et vos variations d'humeur.
Que de doléances à l'heure actuelle sur le trouble qui règne dans les familles, sur la désinvolture avec laquelle les enfants se soustraient à l'autorité du père ou de la mère! Faut-il s'en prendre uniquement au vent d'indépendance qui passe aujourd'hui sur nos sociétés, à cette révolte contre: tout pouvoir établi, qui forme pour ainsi dire l'atmosphère où nous respirons? Non, la cause n'est pas toujours extérieure; elle est parfois au dedans, au foyer même où l'autorité ne se rend pas toujours respectable. Comment voulez-vous, par exemple, qu'une femme dont le caractère accuse des variations constantes soit une éducatrice respectée de l'enfant? Hier cet enfant était tendrement caressé; on le mangeait de baisers. Aujourd'hui on lui signifie sans cause qu'il est insupportable et on le tient à distance. Hier on lui passait beaucoup et
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même trop; on ne voulait pas voir ses fautes. Aujourd'hui on sévit contre la moindre de ses peccadilles; on le gronde à temps et à contretemps, sans relâche. Ce sera merveille si l'enfant ne se révolte pas contre ces injustices et ne perd pas toute affection pour sa mère. Quant à avoir confiance en elle et à se laisser façonner par son influence, il n'y faul pas songer.
Que de fois nous entendons, nous, prêtres, de ces mères se demander avec douleur pourquoi elles n'ont pas le cœur de leurs enfants! Il leur semble pourtant qu'elles n'ont rien épargné pour conquérir leur affection et qu'elles n'ont ménagé ni veilles quand ils étaient souffrants, ni sollicitudes pour suivre leurs études, ni fatigues pour leur rendre la vie plus souriante. Pauvres femmes qui oublient dans i leur examen de conscience un seul pointle caractère! Il eût infiniment mieux1 valu qu'elles fussent moins parfaites par ailleurs, et que leur effort portât davantage sur l'égalité d'humeur. C'est bien le cas de répéter : Petite cause, grands effets. Il est déplorable vraiment qu'une éducation soit manquée et une famille profondément troublée par un défaut qui n'est pas grave en lui-même et ne compromet pas le salut, mais dont les conséquences peuvent être incalculables.
Je vous propose, Mesdames, de faire en ce moment un sérieux examen de conscience et de vous demander si avec votre mari et vos enfants vous pratiquez habituellement l'égalité d'humeur. Beaucoup d'entre vous auront à se battre la poitrine et reconnaîtront qu'elles sont fort éloignées en cette matière de l'idéal de la femme chrétienne. Plusieurs devront même confesser, si elles sont franches, que pour ne s'être jamais surveillées sur ce point, elles sont insupportables à tout leur entourage. Or la question qui se pose après une semblable constatation est celle-ci : Voulez-vous encore faire faillite au programme que vous vous étiez tracé au jour de votre mariage et qui tient dans ces mots : régner sur ceux qui vous entourent par l'oubli de vous-même et par une bonté qui ne se dément jamais?
Je connais d'avance votre réponse : vous voulez remonter la pente sur laquelle vous vous êtes laissé glisser et reconquérir les cœurs qui commençaient à vous échapper. C'est très bien : je vous félicite au nom de Notre-Seigneur. Affermissez cette volonté générale, enracinez-la très profondément. Mais n'en restez pas là : examinez votre vie habituelle dans les moindres détails, et notez chacune des oc-