ACTE PREMIER
TRUGUELIX
C'est votre afFaire.
ARABELLA
Votre Altesse n'est pas galante à mon endroit.
AGÉNOR, à part.
Pour un jeune homme froid, c'est un jeune homme froid.
LE PRINCE, àArabella.
Excusez-moi, madame, et plaignez ma misère. Ah!
(Ea un profond soupir; puis s'adressant à Truguelin.)
Mais, dites-moi donc, est-il très nécessaire Que douze médecins s'attachent à mes pas? Même six? .\ quoi bon? Ne suffirait-il pas D'un seul? Oui, ma santé, j'en conviens, se détraque De plus en plus; je sens que je deviens patraque; Essayer d'essayer un régime plus sain Ne me déplairait pas!... Mais, un seul médecin! Un!
< AArabella.)
Vous, plaidez pour moi! Soyez ma bienfaitrice. Je ferai mon possible afin qu'on me guérisse; Et peut-être qu'un jour ce moi désenchanté, Retrouvant ce qu'on dit que donne la santé, Saura rendre justice à l'aimable figure Qu'aujourd'hui je ne vois qu'en une brume obscure.
AGÉNOR, à Truguelin.
Voilà ce que j'appelle un joli compliment.
ARABELLA, imploranl Truguelin.
Mon père!
TRUGUELIN
Ce n'est pas grand'chose assurément :
L'ombre de l'ombre du semblant d'une promesse!
AGENOR
Oui, nous sommes encore un peu loin de la messe De mariage.
TRUGUELIN
Mais je m'en contenterai.
Il en sera donc fait, mon prince, à votre gré. Entre six médecins vous choisirez vous-même Celui qui...
Permettez! Une faveur suprême!
Entre... trois, voulez-vous?
TRUGUELIN, à Agénor.
Allez dire : entre trois.
AGÉNOR
Entre trois, bien.
TRUGUELIN, le voyant qui hésite avant de s'en aller.
Allez!
AGÉNOR, à part, en s'en allant lentement.
Voici l'instant, je crois, Qu'à son tour mon esprit distingué se révèle.
(Revenant et à voix haute.)
Je vais leur faire part de la bonne nouvelle.
{U sort.)