SCÈNE V LE PRINCE, TRUGUELIN, ARABELLA
TRUGUELIN
Prince, vous le voyez, je ne suis pas méchant : A vos moindres désirs je souscris sur-le-champ. En retour, faites-moi la grâce, je vous prie. Pour rendre honneur à la puissante confrérie Des médecins, de les recevoir assis...
(En montrant le trdne.)
Là.
Moi, sur le trône I
TRUGUELIN
Oui, vous.
(A Arabella.)
Insiste, Arabella.
(A part.)
S'il y prenait goût!
ARABELLA, au prince.
Oui, prince, je vous conjure.
LE PRINCE
Non I jamais I
ARABELLA
Supposez que c'est une gageure, Et que je me suis mis en têle justement De vous y voir assis, ne fût-ce qu'un moment.
LE PRINCE
Mais...
ARABELLA
J'ai plaidé pour vous. « Soyez ma bienfaitrice! » Disiez-vous. Je la fus. Caprice pour caprice !
(Le poussapt vers le trône.)
Cher prince 1
TRUGUELIN
Approchez donc!
(Montrant le trône, dont il gravit les marches.)
II n'est pas effarant.
Un fauteuil comme un autre, à part qu'il est plus grand î Et... regardez !
(Il exécute successivement tout ce qu'il dit.)
On y prend place de la sorte.
Là, bonnement, sans plus. Faut-il que l'on en sorte? On en sort, voilà! Bouh! Bah! Plaisanterie!... Hein! Asseyez-vous!... Pour voir!... Cela n'engage à rien.
ARABELLA
Prince, vous me rendez attristée et confuse. Vouloir ce peu de chose, et qu'on me le refuse! Oh!
(Elle éclate en sanglots.)
LE PRINCE
Vous pleurez, madame!
ARABELLA
Un si petit désir!
LE PRINCE, s'asseyant sur le trône.
Allons, soit! Mais c'est bien pour vous faire plaisir.