‹ Vers la joie; conte bleu, en cinq actes, en versChapitre 2 sur 107 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Une salle du palais.

A droite, au premier plan, petite porte; au deraier plan, grande porte en pan coupé. — A gauche, idem. — .\u fond, estrade avec un trône sous un dais, et, faisant fond, une tenture. — Au milieu, premier plan, une table verte, avec six tabourets et un fauteuil. — Contre le panneau de droite, un fauteuil. — Contre celui de gauche, un fauteuil et un tabouret.

SCÈXE PREMIÈRE

DeuxHuissiers, puis Les Ministres, puis TRUGUELIN

PRE. M 1ER HUISSIER, annonçant duno voix méprisante à la grande porte de gauche.

Les ministres!

Enlrenl, en paquet, les six ministres, leur serviette sous le bras.)

DEUXIE.ME II U I S S I ER, annonçant emphatiquement à la grande porte de droite.

Monsieur le président!

TRUGUELIX, saluant rapidement.

Messieurs !

(Les ministres saluent sans rien dire.)

Vite, à vos places! Nos instants sont précieux.

(Les six ministres s'installent autour do la table, de façon que deux tournent complètement le dos aux spectateurs. Le président fait face, au fond.)

Messieurs, le président du Conseil des ministres

Vous apporte aujourd'hui des nouvelles sinistres,

Et, s'il osait risquer les vieux mots éloquents,

Il vous évoquerait ces flots pleins de volcans

Où le char de l'État ne bat plus que d'une aile.

La langue de nos jours étant moins solennelle,

Contentez-vous du simple exposé que voici.

Sous le feu roi, messieurs, et sous son père aussi,

Ces chers princes n'aimant que les arts et l'étude,

J'ai pris, nous avons pris, la très douce habitude

De régner à leur place, et je crois qu'à présent

Renoncer au pouvoir nous serait mal plaisant.

C'est pourtant là, messieurs, le sort qui nous menace.

Notre bon peuple montre un dévouement tenace,

Dont je profite, à la famille de nos rois;

Mais, la famille éteinte, il reprendrait ses droits

El nous mettrait, messieurs, brusquement à la porte.

A son bonheur ainsi, comme au nôtre, il importe

Que toujours sur le trône on conserve céans

La race à qui sont dus tant de rois fainéants.

Nos vœux étaient comblés. L'héritier légitime

A ses vingt et un ans et toute mon estime.

C'est le prince parfait que mon rêve a conçu.

Pendant le cours de sa minorité, j'ai su

L'orner, comme défunts son père et son grand-père.

De goûts qui m'assuraient un avenir prospère.

J'en ai fait un jeune homme inerte, sans désirs, -

Impropre à l'action, n'ayant d'autres plaisirs

Que les rêves, que les livres, que l'analyse

De soi-même, enfin tel, messieurs, qu'il réalise.

Mieux encore que feu le monarque dernier,

Le vrai type du roi sous qui je peux régner.

Dans le cas improbable où son cœur voudrait battre.

Parmi force beautés j'en avais choisi quatre.

Une blonde, une rousse, une brune, et, ma foi,

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