ACTE PREMIER
Une négresse (j'ai tout prévu), pour l'emploi
(Sous ma direction toujours) de favorite.
Restait à lui trouver une femme. Au mérite
De ma fille j'ai cru que cela conviendrait.
Elle est, vous le savez, messieurs, tout mon portrait.
Fine autant que profonde, experte politique,
Savante, connaissant l'eslliétique et l'éthique,
On regrette, en voyant ses viriles vertus.
Que le beau sexe manque au sein des Instituts.
Nous avions là, messieurs, la meilleure des reines,
Et du char de l'État je conservais les rênes.
Donc mon plan, notre plan, était sublime ainsi.
Vos approbations me rendent fier. Merci!
0 ciel! Pourquoi faut-il qu'une si belle affaire,
Mon zèle l'ait gâtée à vouloir trop bien faire!
Si le prince était mort, messieurs, que diriez-vous?
(Les ministres se lèvent à demi.)
Ah! rien qu'à celte idée, on lit dans vos yeux fous L'épouvante, la fuite éperdue en province!
(Les ministres se lèvent tout à fait, prêts à se sauver.)
Non! un instant, messieurs. Rasseyez-vous!
(Les minisires se rassoient.)
Le prince N'a pas encor rejoint ses augustes aïeux. Mais, hélas ! Quoiqu'il vive, il n'en vaut guère mieux; Pour nous, du moins; et c'est de quoi je suis coupable. Il est, grâce à mes soins, tellement incapable De désirs, d'action, de ceci, de cela.
De tout, qu'il ne veut plus même régner. Voilà! Tout à l'heure, en montant sur le trône, il abdique. El nous, bonsoir!... Messieurs, j'ai dit. Net, méthodique, En un discours peut-être un peu long, mais complet, Je vous montrai sans fard la chose comme elle est. La situation étant bien éclaircie.
Souffrez, messieurs, souffrez que je vous remercie
De m'avoir prodigué pour sortir de ce pas Vos excellents conseils que je n'oublierai pas. Allez !
(U les congédie du geste.)
(Les ministres saluent et sortent à la queue leu leu.)