ACTE DEUXIÈME
AGÉNOR
^Tu'esl-ce que je disais? Fameux, le traitement!
LE PRINCE
Ohl je ne m'en plains pas. Loin de là! Je me trouve Bien de la lassitude exquise que j'éprouve. Car ce n'est plus du tout ma langueur de jadis. Aux voix qui me chantaient un lent de profanais S'en mêle une autre, vague et très lointaine encore, Et triste, mais avec un rien qui l'édulcore, Un je ne sais quoi, doux, presque allègre vraiment, Comme si, tout en moi, dans le même moment. L'horizon s'avançant cependant qu'il recule, Une aurore naissait au fond d'un crépuscule. C'est pour le prolonger, ce mirage plaisant, Oue je voudrais ne plus m'en distraire à présent, Prendre un peu de repos, seul, où je me balance Dans un hamac de paix, de songe et de silence, Avec l'illusion de l'aube qui grandit.
L'aube miraculeuse et claire!
Biens
Autrement dit, Bref, vous ne seriez point fâché de faire un somme.
LE PRINCE
Mon Dieu! oui, j'en conviens.
AGÉNOR
Ni moi non plus! En somme, Maintenant que j'ai bu, ça me ferait un bien!
TRUGUELIN, bâillant.
Et moi, je reprendrais très volontiers le mien.
BIBUS
Allons, VOUS n'êtes tous que des poules mouillées! Et, mâtin, pour avoir les jointures rouillées, Il ne vous en faut pas épais, mes pauvres gens. Ah! voilà ce que c'est, que de vivre des ans Et des ans, dans des trous reclus comme les vôtres, A respirer de l'air qu'ont respiré les autres. Après cet air-là, vieux, et puant l'œuf couvi, Ça vous soûle, de l'air neuf, qui n'a pas servi.
LE PRINCE
Il faut croire.
On n'est pas des bœufs.
TRUGUELIN
Non. Je me range A cet avis.
BIBUS, au prince, en lui monlranl la grange ouverte.
Tenez, jeune homme, dans la grange Vous pourrez dormir tout à votre aise.
LE PRINCE
Merci.
(U entre dans la grange.) TRUGUELIN ET AGÉNOR, bâillant et avec un air ravi.
Ahl
BI BU S, leur barrant le passage.
Vous deux, un instant ! Que dit-on par ici Démon absence?
(Voyant qu'ils se taisent.)