SCÈNE III Les Mêmes, moins LE PRINCE
AGÉNOR
Vous m'en voyez figé comme une cire.
Ah! ce monarque en herbe est un drôle de sire.
TRUGUELIN
Mais non, n'en soyez pas figé. Pauvre cerveau, Vous ne comprenez pas que c'est le renouveau Qui le travaille.
AGÉNOR
Ainsi que moi, j'ose le dire.
TRUGUELIN
Oui, l'on a dans ces bois une âme de satyre.
Quoi! Vous aussi!
TRUGUELIN
Moi-même, Agénor, par moments.
AGÉNOR
Vous, un penseur!
TRUGUELIN
C'est vrai!... Calmons ces mouvements Dans ton bain de tilleul, austère politique !
(D'un air profond.)
Que le prince, un beau jour, devînt moins...
AGÉNOR
Flegmatique...
TRUGUELIN
C'était mon plan. Mon plan suit son train, bien ourdi. Le prince, par sa gueuse une fois dégourdi, Il épouse ma fille, et je tiens le royaume.
(Triomphalement.)
Qu'en dis-tu, Machiavel?
(Il se met à marcher vers le fond, en parlant de temps à autre à Agénor, puis revient, en s'absorbant dans sa pansée, tandis qu'Agénor reste immobile, à le contempler stupidement.)