‹ Vers la joie; conte bleu, en cinq actes, en versChapitre 56 sur 107 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

THÉRÈSE, braTement.

Alors, chez nous, Vous ne vous trouvez pas trop mal?

A G ÉX 0 R, prenant l'accent paysan.

Mal! vertuchoux!

TRUGUELIN, à part.

Oui, parlons paysan! Ça fait bien. (Haut.) Mal! morguenne!

A G EN OR, même jeu.

D'un qui n'est pas content ai-je donc la dégaine?

TRUGUELIN, même jeu.

Et moi, n'ai-je pas l'air d'un tout à fait joyeux?

ÂGÉ N OR, montrant sa mine.

Reluquez-moi ce teint!

TRUGUELIN, montrant ses yeux.

Mirez-vous dans ces yeux!

THÉRÈSE

Oui, vous avez, ma foi, la trogne enluminée.

(A part.)

Auraient-ils bu? Tant mieux, fichtre!

(Haut, et d'un air aimable, en distillant ses mots.)

Alors, pour l'année.

Vingt pistoles, ça vous paraît-il engageant? Vingt!

TRUGUELIN, à part.

Elle veut payer!

AGÉNOR, idem.

Elle offre de l'argent !

TRUGUELIN, idem, et en se frottant les mains.

0 la corruption des champs!

ÂGÉ N OR, idem.

Quelles mœurs! Peste!

THÉRÈSE, à paît.

Ils réfléchissent. Bon!

(Haut.)

Et sans compter le reste ; La dîme sur la tonte, oui, la dîme; et nourris. Comme d'usage.

TRUGUELIN

Ah çà! vous y mettez le prix, Chez vous!

THÉRÈSE

Sûr.

A G É iN 0 R

Carrément, comme ça, sans vergogne?

THÉRÈSE, très simplement.

11 faut bien, quand on veut de la bonne besogne.

TRUGUELIN, se levant, effaré.

Diable!

AGÉNOR, môme jeu.

Diantre !

THÉRÈSE

Et l'on sait que vous êtes de ceux Qui, lorsque ça leur. plaît, n'y sont pas paresseux.

ACTb TUOISIÈME 91

(Les prenanl par la niaia et les faisant rasseoir à ses côtés.)

Allons, avouez donc ! Ne laites point la bête ! Je vous dis que je sais. L'occasion est prêle. Prenez-la. Tous les deux au besoin, par moitié.

TRUGL'ELIN ET AGÉNOR, sécartant délie, sans se lever.

Tous les deux !

THÉRÈSE

Entre vous, c'est de bonne amitié.

Deux frères î

TRCGUELIN

Bah! tant pis!

AGÉX OR

Entrons dans la carrière!

(Ils la prennent tous les deux par la taille. KUe reste d'abord stupéfaite, puis se lève et leur administre des deux mains un grand soofOel à chacun.)

TRUGCELIN

Hein!

AGÉXOR

Quoi!

TRUGCELIN ET AGÉNOR

Qu'est-ce que c'est?

THÉRÈSE

C'est deux tiretarrière.

S'il vous en faut encor pour faire vis-à-vis, Vous n'avez qu'à parler et vous serez servis. En voilà deux vieux fous! Ça se croit jeune drille ! On vous rebroussera le poil à conlre-étrille. Attendez donc que j'en louche un mol à Nanet. 11 vous rentrera, lui, le nez dans le bonnet.

TRUGUE LIN

Mille excuses!

AGÉNOR

Pardon !

TRUGUELIN

Une erreur!

AGÉNOR

Qu'on regrette !

THÉRÈSE

Bon ! bon! D'ailleurs, s'il faut vous raplatir la crête, Je suis là, sans avoir mon homme à déranger; Et tout malin qu'on est quand on est fin berger. Je vous apprendrai, moi, messieurs les niquedoules. Que les coqs déplumés ne font point peur aux poules.

(Faisant une révérence.)

A l'avantage ! Et sans rancune aucune, vieux! Quand vous voudrez encor vous réclaircir les yeux, A vos ordres! De mes deux mains! Passez près d'elles. Et vous aurez gratis vos trente-six chandelles.

(Elle sort par la gaiche.)

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