ACTE TROISIÈME
LE PRINCE
Oui. Depuis le matin qu'on court dans la forêt, On a faim. Je me sens un appétit d'ogrel.
B I B C s, ne comprenant pas.
D'ogret?
LE PRINCE
De petit ogre.
BIBDS
Ah ! bon! Le mot pour rire !
J'aime ça! Sans compter qu'on aura de quoi frire Au repas de ce soir, dimanche, sauf erreur. C'est le jour de la soupe aux choux, mon empereur! Et vous n'en aviez pas chez vous, quoique à votre aise, Comme celle qu'on fait chez la maman Thérèse. Et sans compter non plus que l'autre, en l'apportant, Vous la rendra plus chère et meilleure d'autant.
LE PRINCE
Mais, Bibus...
BIBUS
Mais Bibus y voit clair par la brèche. Et ça s'accorde bien, petit ogre et chair fraîche. A quoi bon avec moi faire le cachottier? Ouvrez-moi donc, petit, votre cœur tout entier.
LE PRINCE
Vraiment, je ne sais pas me l'ouvrir à moi-même. Oui, Jouvenette est douce et charmante. Elle m'aime Comme une sœur; pendant les quatre premiers jours Que je restai malade à la ferme, toujours
Elle et sa mère, avec des mines attendries, Étaient pleines pour moi de soins, de gâteries, Et de soins délicats, bons, plus qu'intelligents. D'ailleurs, ils sont si bons, tous! Ah! les braves gens! Certes, pour commencer, l'abord semble un peu rude, Presque brutal, quand on n'en a pas l'habitude. Mais sous cette rugueuse écorce (oh! pas bien loin) J'ai si vite trouvé ce dont j'avais besoin, J.a pitié, la candeur, l'afteclion sincère. Le mutuel recours dans l'humaine misère. Ah! combien ce que tant de livres m'ont appris Près de leur ignorance était d'un pauvre prix! Être bon! La bonté, voilà ma foi nouvelle. Car je sais désormais que ma triste cervelle. Grosse et vaine d'un lourd fatras... sophistiqueur, N'en savait pas autant qu'en sait leur simple cœur. Vous le voyez, je vous parle du fond de l'àme. Hélas ! en un parler peut-être qui déclame. Car je me sers de mots tout faits, lus, et trop grands Sans doute...
BIBUS
Ils sont un peu..., oui! Mais je les comprends. Sous l'écorce à gros nœuds votre œil, à vous, devine ; Le mien devine aussi, sous l'écorce trop fine. Ce que vous avez dit, en mots lus ou pas lus, Est senti : je ne vous en demande pas plus. Votre guérison, fils, est à présent certaine. Vous avez trouvé l'eau de la bonne fontaine. Buvez-en désormais à tire-larigo !
Ce qui ne marchait pas marchera tout de go. Et pour bien débuter, mon petit camarade. Retournons où j'étais avant votre...
(11 hésite, cheichanl son mot.)