ACTE TROISIÈME
LE PRINCE, avec un sourire amer.
Tirade, N"est-ce pas? Ma tirade, oui, vous avez raison.
BIBDS
Tirade!... Moi, j'aurais plutôt dit : oraison. El, là-dessus, deux mots, en passant, sur le pouce ! C'est un regain du mal, tenace, et qui repousse, Que ces revenez-y sur vous-même, en moqueur. Ne serait-ce point ça, d'être... sophisliqueur? Enfin, passons ! Suffit que je vous mette en garde. Arracher ce mauvais regain, ça vous regarde. Retournons à nos ileurs ! A Jouvenette, quoi ! Vous ignorez si vous l'aimez, donc! Eh bien! moi. Je dis que oui.
(Sur un geste du prince qui vent interrompre.)
Si, si ! Je vois quel grain je sème.
Vous l'aimez ! Et je dis aussi qu'elle vous aime.
(Nouveau geste et même jeu du prince.)
Taisez-vous ! Et je dis, qui plus est, que c'est bien,
Et que vous ne saurez encore rien de rien
Tant que vous n'aurez pas dans ce cœur qui s'éveille
Senti poindre la vraie et l'unique merveille.
Le grand miracle, auquel ne s'en compare aucun,
Celui d'être à la fois deux et de n'être qu'un.
C'est aussi là des mots tout faits que je répète.
Bien sûr, et mal, n'étant, moi, qu'une vieille bête ;
Mais plus jeune pourtant que vous, mon jeune gas,
Car en les répétant je ne m'en moque pas.
Et que ce soit tirade, ou non tirade, en somme
Qui ne les a jamais répétés n'est pas homme.
Et cet amour d'autrui, ce mutuel recours
Dont vous parliez et qui parfumait vos discours,
C'est dans l'amour à deux qu'en est l'apprentissage.
Aimer tout son prochain, très beau ! Mais il est sage
De s'y prendre d'abord par aimer humblement. N'ayez pas plus grands yeux que grand'panse, gourmand! Quel que soil le bouquet que votre cœur s'apprête, Commencez donc par y mettre ma pâquerette Qui s'offre à vous, et qui peut-être, on ne sait pas, Est ce que vous aurez de meilleur ici-bas.
(Le prince lui serre affectueusement les deux mains.)