‹ Vers la justiceChapitre 2 sur 100 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Mon cher Ami,

Je viens de relire vos articles du Signal et de la Revue Chrétienne que j avais lus avec une sipoi^ gnante émotion et une si profonde sympathie, de iSgj à igo3. Vous ave:{ bien fait de les réunir et d'en composer un livre. Il occupera une place d'honneur dans nos bibliothèques à côté des volu-^ mes où Jaurès, Zola, Clemenceau, Reinach, Cor-* nély, P, Stapfer,Duclaux, ont recueilli les articles dans lesquels ils avaient, jour après jour^ noté leurs incertitudes, leurs progrès dans leur recherche passionnée de la vérité, crié leurs révoltes, leurs colères contre le mensonge, la lâcheté et le crime, proclamé leur conviction triomphante dans l'innocence du martyr de l'Ile du Diable, Non seulement vos articles des années terribles ne perdent rien à être relus à distance^ mais ils prennent une valeur plus grande lorsqu'on les revoit dans leur enchaînement et leur ensemble; on suit de jour en jour, de page en page, la révélation progressive de la vérité qui se fait dans votre esprit par la rfécouverle quotidienne

Il PRÉFACE

de preuves nouvelles nées le plus souvent des men^ songes même et des fourberies par lesquels les criminels cherchaient à l'obscurcir; on assiste au drame qui s'est passé alors dans votre conscience comme dans celle de tous les hommes pour qui l'honneur de la France était lié à la cause de la justice.

Vous ave^ raison de dire que vous ave\ agi, dans ces tragiques circonstances, non seulement en bon Français, mais aussi en bon chrétien et en bon huguenot, N^était-ce pas se montrer le fidèle disciple du Juste injustement condamné que de prendre la défense d'un innocent déclaré coupable du plus abominable des crimes par la seule raison qu'il était né juif comme le Christ, persécuté par les prêtres^ hué par la foule aveugle et fanatisée^ torturé par les soldats^ abandonné par les politiciens sceptiques et égoïstes qui, comme Ponce Pilate, se lavaient les mains de ce crime en déclarant : « // n'y a pas d'Affaire Dreyfus » ? N'étaitce pas se montrer fidèle aux leçons que nos ancêtres huguenots ont reçues des persécutions et de l'exil que de défendre le faible qu'on opprime, l'innocent qu'on calomnie, qu'on considère comme un traître à la patrie par cela seul qu'il ne professe pas la religion de la majorité ? N'était-ce pas aussi se montrer un vrai huguenot que de ne pas accepter aveuglément les arrêts d'une autorité passionnée et prévenue, mais d' examiner courageusement et sans parti'pris la question qui se posait aux con^ sciences, et^ après avoir discerné la vérité par une critigue scrupuleuse, de combattre pour elle de

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