PRÉFACE III
toutes ses forces^ sans sHnquiéter des conséquent ces? Ce sera l'éternel honneur des protestants de France, d'avoir, presque unanimement, embrassé la cause de la justice, lorsqu'ils ont connu la vérité, tandis que, comme le proclamait récemment un évéque, la masse des membres du clergé catholique et des ordres religieux, la majorité des catholiques qui se disent croyants, s'imaginaient défendre leur foi en s'acharnant à la perte d'un innocent, parce qu'il était juif.
Ces contempteurs de la justice et de la vérité, toujours prêts à prêter aux autres des préventions passionnées semblables aux leurs, nous ont accusés d'avoir pris la défense de Dreyfus par je ne sais quelle hostilité irraisonnée contre l'armée qui l'avait condamné, quand leur bassesse d'âme n'allait pas jusqu'à nous jeter à la face des accusations plus atroces encore, celle de pactiser avec l'étranger pour affaiblir la patrie. Votre livre est là, comme les souvenirs de tous ceux qui ont pris part à ces luttes douloureuses, pour attester avec quels scrupules de conscience, avec quel déchirement de cœur nous avons été amenés à penser et à dire que le jugement de i8g4 était un jugement inique, arraché par fraude à des juges prévenus, intimidés et trompés. Bien loin d'avoir agi avec légèreté et précipitation, nous avons longuement, trop longuement hésité à dire nos doutes sur l'horrible sentence qui avait condamné le plus loyal des officiers, le plus noble des patriotes d'Alsace, aux plus horribles des supplices et à une flétrissure pire que tous les supplices.