UNE DÉCLARATION
obstinée du jugement, loin de là, passionner à outrance des débats si pénibles pour notre orgueil national, voilà le but avéré de certaines polémiques.
Un journal de Marseille, le Soleil du Midi s'est permis, sous la signature de M. 0. Havard de parler du Signal comme faisant campagne en faveur de Dreyfus, le traître.
Celui qui écrit ces lignes a vu flotter sur les murs de Sedan les couleurs allemandes et il ne s'en est jamais consolé. Si un crime lui fait horreur c'est celui de la trahison. Aussi le spectacle des jours que nous traversons lui inspire-t-il la plusamère des tristesses. Ce mot odieux déborde toutes les conversations et stupéfie toutes les pensées. Il faut être délivré de cette obsession affreuse et c'est gravir un calvaire que d'être contraint au pénible labeur de suivre la marche de cette marée montante d'infamies. Nous ne faisons campagne ici que pour la justice et la vérité estimant qu'elles seules doivent avoir la victoire. Une question angoissante s'est posée : Dreyfus serait-il innocent du crime infâme dont il est accusé. Il n'est personne qui ne doive exiger qu'une réponse soit donnée, réponse qui condamne ou innocente mais qui mette fin à ce cauchemar sans nom qui nous torture.
Signal (21 novembre 1897).