COUPABLE SILENCE
sœurs, interdisent nos processions ou plus hypocritement les font interdire cependant qu'ils patronnent sur tous les trottoirs de Paris, le chapeau tricolore (noir, bleu, rouge) des dames de l'armée du salut. »
Ils sont accusés « de subir l'influence de leurs meneurs, de leurs patriarches anglo-saxons et allemands, par le cœur et par la pensée. La secte est étrangère, dit-on encore, par son esprit comme par sa politique au commun sentiment français. Ils ajoutent à nos divisions politiques des ferments de guerre civile. »
Par une menace criminelle se termine cet article : « Prenez garde que votre procès ne finisse par se régler à coups de fusil. » C'est ainsi que dans la feiulle du prétendant il est parlé de citoyens qui sont attachés à la France autant qu'on peut l'être.
Il importe peu aux protestants français qu'on les traite d'hérétiques, mais ils ne toléreront jamais aucune atteinte à leur patriotisme.
A ces calomnies ils opposent le souvenir glorieux de Jauréguibéry arrêtant sur la Loire l'envahisseur, de Denfert-Rochereau gardant Belfort à la France, de Montbrison mourant pour elle.
La calomnie s'est étalée avec impudeur dans le Soleil, Nous avions cru, nous le disons sincèrement, à une erreur ; nous imaginions que ces pages vipérines s'étaient glissées par mégârde dans un journal dont nous pouvions combattre la politique mais pour lequel notre estime n'était pas ordinaire.
LBS MINORITÉS 111
Devant le refus d'insérer la lettre de l'honorable pasteur Hollard, devant le silence coupable gardé jusqu'à maintenant, nous sommes contraint de croire à un acte voulu.
Eh bien ! qu'il en soit ainsi, mais les protestants français sauront quel traitement leur réserve le parti royaliste et jamais leur attachement à ]a République ne devra s'affirmer plus sincère, plus inviolable qu'à l'heure présente. Combattre ces fauteurs de guerre civile, qui les outragent dans leur patriotisme, sera pour eux le premier des devoirs (ij.
Signal (30 avril 1898).
Les minorités.
Il n'est point agréable pour l'heure de faire partie d'une minorité. Les jugements sont sévères sans être justes, on le sait de reste, quand il s'agit d'exécuter ceux qui ont le malheur de ne point appartenir à la majorité. Un vilain souffle de
(1) M. le pasteur Hollard avait rappelé ces belles paroles du duc d'Aumale : « Non seulement je suis de ceux qui regardent la Saint-Barthélemy et la Révocation de l'Edit de Nantes comme des actes aussi exécrables qu'impolitiques. Mais je considère que du jour où les Réformés avaient renoncé à former un corps politique, ils étaient devenus un élément essentiel de la nation. »
C'était la condamnation même du Soleil, son directeur se refusa à l'enregistrer.